samedi 30 avril 2011

Une Victoire volante sur des deniers de Septime Sévère (Rome, 200)

Victoria est certainement le type le plus répandu sur les monnaies de Septime Sévère. De 193 à 211, cette divinité/personnification apparait chaque année sur les deniers de l'empereur africain sauf à six reprises, si on se réfère au classement de Hill. La Victoire est généralement debout à droite ou à gauche, plus rarement assise ou dans un bige. Ici, elle vole littéralement sur le revers de la monnaie, car la marque horizontale qui définit l'exergue de celle-ci est absente. La couronne du vainqueur est inhabituellement dépliée et tenue par la Victoire au-dessus d'un bouclier ovale posé sur un socle. Les deux monnaies présentées partagent leur avers et le type de revers, seule l'inscription autour de la Victoire diffère et en font donc deux types monétaires différents. Il arrive fréquemment que deux émissions quasiment identiques soient produites, l'une avec une légende datée précisément, l'autre avec une légende non datée mais explicitant le revers illustré.


n° S15



n° S37

Dénomination: Denier

Empereur: Septime Sévère

Avers: SEVERVS AVG - PART MAX - Tête laurée à droite.

Revers: VICT AE-T-ERN (S15) ; P M TR VIII - COS II - P P (S37) - La Victoire volant à gauche, tenant un diadème des deux mains ; devant elle, un bouclier sur un cippe.

Atelier (année de frappe): Rome (200)

Références: S15: RSC 670 (25£) - RIC 170 (C) - BMC 209-10 - Hill 455 (R) - BnF 6524-1986/334 ;  S37: RSC 454 (25£) - RIC 150 (C) - BMC 175-7 - Hill 444 (C4) - BnF 6447-6493.

Caractéristiques: S15: Argent, 18mm, 3.43g, 12h ; S37: Argent, 19mm, 2.79g, 6h.

Note: Septime Sévère partage le revers à la légende VICT AETERN avec ses fils. Selon Hill, la monnaie de Caracalla est plus courante et celle de Géta plus rare que celle de leur père. De plus pour Sévère, la légende datée semble plus courante que la légende non datée.

Commentaire:

En 200, Septime Sévère séjournant dans la partie orientale de l'Empire est sorti vainqueur de ses rivaux et de l'ennemi héréditaire parthe, il n'est donc pas encore rentré à Rome. Il n'a pas célébré son triomphe dans l'Urbs mais entend le faire au travers de ses monnaies destinées à circuler parmi le peuple et ses légionnaires. Il abandonne cependant sur sa titulature le titre d'Imperator mais adopte une légende courte en ne gardant que son titre de Grand Parthique: SEVERVS AVG PART MAX. Les deux monnaies présentées ici sont issues de deux émissions consécutives (la 9ème et la 10ème) frappées en 200 selon P. V. Hill. La légende datée (huitième puissance tribunicienne) est antérieure selon le chercheur anglais à celle qui est non datée. Cette dernière renvoie aux guerres remportées récemment par l'empereur, mais lui donne aussi l'assurance de la permanence de sa supériorité militaire ("à la Victoire éternelle").
On retrouve la légèreté de ces Victoires volantes monétaires sur des terres cuites grecques de Myrina (IIème siècle avant J.-C).


Victoire volante (Musée du Louvre, Paris)

samedi 2 avril 2011

Les décennales de Septime Sévère célébrées sur un denier de Laodicée

Les fêtes décennales (decennalia) marquaient le dixième anniversaire du règne de l'empereur, mais étaient célébrées au bout de neuf ans le jour du dies imperii, c'est-à-dire le jour anniversaire de la prise de pouvoir. L'empereur entrait ainsi dans sa dixième année de règne par des célébrations religieuses, des distributions de blé et d'argent (donativa), des jeux, etc. qui ont duré sept jours pour Septime Sévère selon Dion Cassius: "Sévère, à l'occasion du dixième anniversaire de son règne, fit don à la multitude qui recevait du blé de l'Etat, ainsi qu'aux soldats prétoriens, d'autant d'aurei qu'il y avait d'années qu'il était au pouvoir. Ce fut pour lui une occasion de montrer la grandeur de sa vanité ; personne n'avait, en vérité, tant donné à tous à la fois ; car cinquante millions de drachmes furent dépensés pour ce don. On célébra aussi les noces d'Antonin, fils de Sévère, et de Plautilla, fille de Plautianus ; la dot donnée par celui-ci était assez forte pour suffire à cinquante filles de rois. Nous la vîmes porter au palais à travers le Forum. On nous fit également un festin qui tenait à la fois et de la magnificence des rois et de la grossièreté des barbares, festin où on nous donna tout ce qu'on a coutume de servir cuit et cru, et même des animaux vivants. Il y eut aussi alors des spectacles de toute sorte, à l'occasion du retour de Sévère, de la dixième année de son règne et de ses victoires."
On le voit Sévère célèbre avec faste ses decennalia en 202, en y joignant le mariage de son fils Antonin (Caracalla) avec Plautille la fille de son puissant et riche préfet du Prétoire Plautien, ainsi que son triomphe récent sur les Parthes. Ces festivités ont profondément impressionné les contemporains par un éclat et une opulence rarement vu par les Romains. Cet article revient sur les moments marquants de ces fêtes et les monnaies qui les évoquent.


n° S67

Dénomination: Denier

Empereur: Septime Sévère

Avers: L SEPT SEV AVG IMP XI PART MAX - Tête laurée à droite. 

Revers: VOTIS DECENNALIBVS - Septime Sévère, voilé, debout à gauche, tenant un rouleau de la main gauche et sacrifiant avec une patère au-dessus d'un trépied allumé.

Atelier (année de frappe): Laodicée (202)

Références: RSC 796 (85£) - RIC 519 (S) - BMC 680 - BnF 6564

Caractéristiques: Argent, 19mm, 2.87g, 6h - Ex. HD Rauch Sommerauktion 2008 n°700.

Note: il existe aussi un autre denier de Laodicée présentant la légende VOTIS DECENNALIBVS, mais elle est au centre de la monnaie, entourée par une couronne de laurier. Cette légende n'existe pas à Rome.

Commentaire:

On devine la tête de l'empereur au revers où la barbe "à la Sérapis" de Septime Sévère est parfaitement reconnaissable.


La scène représentée sur la monnaie est typique de la religion romaine qui est basée essentiellement sur des rituels. Au dessus d'un foyer allumé sur un trépied portatif, l'empereur accomplit un geste très souvent représenté comme sur ce bas-relief exposé au Capitole.


L'empereur Marc Aurèle effectuant une libation à l'aide d'une patère au-dessus d'un trépied. En face de lui un jeune assistant, un camille, porte une boîte d'encens (acerra); à l'arrière on devine un flamine (un prêtre) coiffé de son bonnet surmonté d'un apex. (Musées capitolins - Rome).

Il s'agit d'une scène de libation, l'empereur ici dans sa fonction de prêtre verse sur le feu du vin ou de l'encens à partir d'une patère, cette coupelle en céramique ou en métal parfois décorée.
Pour la datation de cette monnaie, le BMC évoque plutôt une date proche des cinq ans de règne (vers 197-198), c'est-à-dire pour les voeux des dix ans à venir (vota solvta V et vota svscepta X) plutôt que pour les voeux accomplis (vota solvta X) qui dateraient alors ce denier de 202-203. La titulature d'avers est active de 198 à 202.

dimanche 27 mars 2011

Julia Domna, la Mère des Camps portant un phénix - Denier de Rome, 197

Le titre de Mater Castrorvm avait été accordé à Julia Domna en 197, comme avant elle à Faustine II, parce qu'elle avait été la compagne fidèle de son empereur de mari durant les campagnes militaires du début de son règne. Elle l'avait en effet suivi dans les camps légionnaires au gré des batailles. Cette "Mère des Camps" est aussi la mère de deux garçons dont l'un, Caracalla, est déjà César en 197. Mais il ne s'agit pas du seul titre qui sera porté par l'impératrice, Augusta depuis 194. Elle sera en 211, et de manière inédite et même osée, mère du Sénat et mère de la Patrie, ce qui fait d'elle une des femmes de l'Antiquité de tout premier plan. Son influence sur ses hommes, les empereurs Septime Sévère puis son fils Caracalla, était importante et elle devait très certainement pouvoir signer des décrets en leur absence. On dit aussi qu'elle s'était entourée d'une cour d'écrivains et de philosophes, mais la liste établie par les historiens du XIXème siècle est certainement hypothétique. Sur ce denier, est également montrée son importance militaire ce qui est exceptionnel pour une impératrice. En effet, les enseignes devant elle sont un symbole militaire évident. De même, le sceptre symbolise sa majesté divine et le phénix est un symbole d'éternité comme sur les monnaies des deux divines Faustine. Les monnaies ne sont pas les seuls éléments faisant référence à ce titre de "Mère des Camps". Une inscription a aussi été retrouvée sur une base de statue de l'impératrice qui devait s'élever sur la Via Sacra.


n° J34

Dénomination: Denier

Impératrice: Julia Domna

Avers: IVLIA - AVGVSTA - Buste drapé de Julia Domna à droite.

Revers: MATRI - CASTR[ORVM] - Julia Domna, voilée, drapée, assise à gauche sur un trône, tenant un phénix sur un globe de la main droite et un sceptre de la gauche: devant elle à gauche, deux enseignes.

Atelier (année de frappe): Rome (197)

Références: RSC 131 (65£) - RIC 568 (S) - BMC S58-59 - Hill 298 (R2) - BnF 6626

Caractéristiques: Argent, 16mm, 2.6g, 6h - Ex. Monnaies d'Antan VSO 4


Note: Le flan court de cette monnaie est caractéristique des frappes de l'atelier romain à cette période.

Commentaire:

Le type de Julia Domna reprend intégralement celui initié pour la divine Faustine, femme de Marc Aurèle, morte dans un camp légionnaire durant une campagne de l'empereur philosophe. Comme sur la monnaie de Domna, on trouve dans les mains de Faustine II un globe surmonté d'un oiseau fabuleux : le phénix.


Denier de Faustine II (NAC Auction 38, Lot 79)

Le phénix est cet oiseau légendaire (pour Hérodote l'oiseau était un animal réel) des mythes orientaux et égyptiens dont on pensait qu'il pouvait renaitre après s'être consumé. En effet, quand sa vie arrivait à son terme, il s'enflammait et se consumait lui-même sur un bûcher et son successeur sortait de ses cendres (il n'existait qu'un seul phénix à la fois). Le premier acte du nouvel oiseau était de donner une sépulture aux restes de son parent sur l'autel du temple du Soleil. Il symbolise ainsi le cycle continu du renouvellement de la vie et est donc un symbole d'Aeternitas. On peut aussi par extension dire qu'il représente la piété envers le géniteur, transmise d'une génération à l'autre. Enfin, au niveau impérial il signifie la continuité du pouvoir et de l'empire, un empereur succédant à celui qui venait de décéder.


Détail de la mosaïque du phénix (vers 500 ap. J.-C.) en provenance de Daphné près d'Antioche sur l'Oronte (Musée du Louvre - Photo Wikipédia-Clio20)

On trouve une représentation similaire du phénix de la mosaïque du Louvre sur des revers de monnaies du IVème siècle comme sur cette demi-maiorina de Constans. Sous le dominat, le phénix ne désigne plus simplement l'éternité de l'Empire, mais aussi celles des princes qui sont placés au rang des dieux. Le phénix est aussi l'espoir que des temps meilleurs arrivent après la crise du IIIème siècle.


Demi-maiorina de Constans (CGB)

dimanche 13 mars 2011

La victoire parthique sur un antoninien et son imitation en 217

Ces deux antoniniens font partie de la dernière émission de 217 peu avant la mort de l'empereur assassiné près de Carrhes. Cette émission spéciale célèbre la victoire sur les Parthes (au revers: Victoire assise et VIC PART à l'exergue) et les Vicennalia de l'empereur (VO XX inscrit sur le bouclier tenu par la Victoire). En effet, Caracalla est Auguste depuis son enfance en 198 et allait donc célébrer ses vingt ans de règne en 218. Les deux monnaies présentées ici sont intéressantes, car l'une est officielle en argent (titre de fin à 500 0/00) et l'autre est une imitation en bronze destinée à circuler dans les zones frontalières et périphériques de l'Empire. Ces antoniniens du "limes" comme on pourrait les appeler sont beaucoup plus rares que les deniers du "limes" dénommés ainsi par les Anglo-Saxons en référence aux fortifications le long du Rhin et du Danube aux marges de l'Empire romain. Il se peut en effet qu'à cette époque les espèces frappées à Rome arrivaient difficilement dans ces régions du haut et moyen Danube alors en plein développement économique. Afin de pallier ces problèmes d'approvisionnement en numéraire des faux étaient alors fabriqués. On remarque cependant que l'antoninien imité est de très bon style et quasiment identique à celui de l'atelier officiel. Seuls la disparition de la pellicule d'argent le recouvrant initialement et le poids plus léger permettent de distinguer le vrai du faux. Il y a néanmoins des différences dans le détail comme on pourrait en trouver d'ailleurs sur deux exemplaires officiels de coins différents: traitement de la gravure de la Victoire (les ailes en particulier ainsi que son attitude: plus active sur l'imitation car elle écrit sur le bouclier) ou du trophée, présence ou non du bouclier sous celle-ci, taille des captifs.


n° C86



n° C28

Dénomination: Antoninien

Empereur: Caracalla

Avers: ANTONINVS PIVS AVG GERM - Buste radié, drapé et cuirassé vu de l'arrière (C86), buste radié et drapé vu de l'arrière (C28).

Revers: P M TR P XX COS IIII P P // VIC PART - La Victoire assise à droite sur une cuirasse, tenant sur ses genoux un bouclier, sur lequel est inscrit VO XX ; devant elle deux captifs assis sous un trophée.

Atelier (année de frappe): C86: Rome (217) ; C28: atelier indéterminé (après 217)

Références: C86: RSC 648 (125£) - RIC 297d (S) - BMC 199 - Hill 1597 (R3) - BnF 6969-70

Caractéristiques: C86: Argent, 22mm, 4.27g, 12h - Ex: Gorny & Mosch Auction 191 n°2207 ; C28: Bronze, 22mm, 3.36g, 12h - Ex: CGB Rome XVI n°227.

Commentaire:

L'annonce de la victoire sur les Parthes arrive au moment où l'empereur s'apprête à célébrer ses vota XX soluta. Ces voeux sont effectifs l'année suivante, mais comme souvent les célébrations commencent au cours de la vingtième année. Il est certain que si l'empereur avait continué sa carrière un peu plus longtemps, il aurait certainement ajouté le titre de Parthique à sa titulature, ainsi qu'une nouvelle acclamation impériale. Le triomphe est d'ailleurs vu de bon augure pour l'accompagnement naturel de l'anniversaire (Mattingly, BMC). On verra qu'il n'en sera rien, l'empereur étant assassiné peu après cette victoire. On reviendra également lors d'un autre message sur la façon perfide dont Caracalla a vaincu les Parthes. Simplement écoutons juste Hérodien dans son livre IV (§ XXI) mentionner cette victoire: "Après avoir ainsi surpris et égorgé un peuple sans défense, il pénètre bientôt jusqu'au fond du royaume des Parthes; et quand ses soldats sont las de meurtres et de rapines, il retourne en Mésopotamie, et écrit au sénat et au peuple romain qu'il a soumis l'Orient et réduit sous son obéissance tous les rois de ces vastes contrées. Le sénat, quoique instruit de tout (car les actions des princes ne peuvent rester cachées), lui décerne cependant, par crainte et par flatterie, les honneurs du triomphe. Antonin se reposa quelque temps en Mésopotamie de la gloire de son expédition, uniquement occupé à conduire des chars et à tuer des bêtes féroces."