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dimanche 3 juillet 2011

Une monnaie au trophée de l'atelier d'Emèse datée de 195

Cette monnaie s'insère parmi les dernières émissions frappées à Emèse et est une des rares qui soit clairement datable (TRP III IMP V). Le trophée atteste la commémoration d'une victoire, mais cette dernière n'est pas ici précisément définie. Dans le même temps, l'atelier de Rome mentionne sur les types portant Victoria au revers PART ARAB PART ADIAB soit un succès militaire sur les Arabes et les Adiabènes, alliés des Parthes. Le type monétaire au trophée prend un peu le contrepied du revers avec la Victoire, car on ne met pas en avant le succès militaire, mais les défaites des ennemis qui se retrouvent enchaînés à un poteau chargé de leurs armes désormais inutiles.
On remarquera que la titulature se déployant sur les deux faces de la monnaie répète le deuxième consulat de l'Empereur, mais omet ses titres de Père de la Patrie et de grand Pontife. Sur les monnaies de l'atelier romain, la fin de la titulature de revers finit généralement bien en P P (Pater Patriae).


n° S58 

Dénomination: Denier

Empereur: Septime Sévère

Avers: IMP CAE L SEP SEV PERT AVG COS II - Tête laurée à droite.

Revers: TR P III IMP V COS II - Deux captifs debout dos à dos au pied d'un trophée, leur jambe droite fléchie; celui de gauche tient sa tête dans sa main droite et l'autre a les mains liées dans le dos.

Atelier (année de frappe): Emèse (195)

Références: RSC 658 (30£) - RIC 435 (S) - BMC W410 - BnF 6522

Caractéristiques: Argent, 17mm, 3g, 6h.

Note: on notera l'attitude des deux prisonniers. Suivant les types, cette attitude peut changer.

Commentaire:

Durant l'année 195, Septime Sévère reçut pas moins de quatre acclamations impériales (de V à VIII), ce qui signifie que ses généraux ont remporté en Mésopotamie au moins quatre victoires. Les détails dans les textes antiques sont rares et fragmentaires. Voici ce qu'en dit Dion Cassius: "Sévère, ayant de nouveau divisé son armée en trois corps, et ayant donné le commandement de l'un à Laetus, celui d'un autre à Anulinus, enfin, celui du troisième à Probus, envoya ces généraux contre l'Adiabénie. Ceux-ci, ayant envahi cette contrée de trois côtés, la soumirent non sans peine ; quant à Sévère, il accorda des privilèges à Nisibis, dont il confia le gouvernement à un chevalier, et il se vanta d'avoir ajouté un vaste territoire à l'empire, et d'avoir fait de cette ville le boulevard de la Syrie. Mais les événements ont suffisamment montré que cette acquisition a été pour nous la cause de guerres continuelles, ainsi que de frais nombreux, car elle rapporte peu et dépense beaucoup, et nous, étant aux prises avec les Mèdes et les Parthes, nos voisins, nous combattons à chaque instant, pour ainsi dire, pour la défense de ce territoire".


Trophée sur les reliefs de la colonne trajane (Rome)



Prisonniers parthes sur un relief de l'arc de Septime Sévère sur le forum romain (Rome)

mardi 26 octobre 2010

Des Africains à l'allure parthe - Denier de Septime Sévère (Rome, 207)

Contrairement à la monnaie à la Victoire au bige qui est non datée, ce denier au trophée est datée de 207 grâce à la présence au revers de la quinzième puissance tribunicienne. Hill place cette monnaie au sein de la 27ème émission du règne conjoint de Sévère et Caracalla à la fin de l'année 207. Les textes antiques sont assez pauvres sur ces années qui vont de la chute de Plautien jusqu'au début de la campagne britannique en 208. Cependant, les monnaies de cette période sont très riches iconographiquement et comptent parmi les plus spectaculaires du règne. Celle présentée ici est plus classique avec la représentation d'un trophée et de deux captifs à ses pieds.
Même si aucun texte ne parle d'un voyage impérial sur le continent africain en 207, il y a bien une unique inscription de Sicca Veneria en Afrique Proconsulaire, la province natale de l'empereur, et datée de 208 qui fait allusion à des embuscades (insidiae) dressées par des hostes publici, c'est-à-dire des ennemis publics. Cette inscription fait donc plus référence à un complot qu'à des raids de tribus hostiles. Il est donc curieux que l'empereur se soit déplacé lui-même pour mettre fin à cette situation. Pourtant la monnaie présentée ici, comme d'autres, font référence à une intervention et une victoire militaire.


n° S83

Dénomination: Denier

Empereur: Septime Sévère

Avers: SEVERVS - PIVS AVG - Tête laurée à droite.

Revers: P M TR P XV COS III P P - Trophée avec à sa gauche un captif assis à gauche dans l'attitude de la tristesse et à droite un captif debout à droite, les mains liées dans le dos.

Atelier (année de frappe): Rome (207)

Références: RSC 498 (35£) - RIC 214 (S) - BMC 541 - Hill 923 (R4) - BnF 6469-70

Caractéristiques: Argent, 20mm, 3.19g, 6h. - Ex. CGF Monnaies 38 n°666

Commentaire:

On s'accorde donc à dire que le trophée au revers de ce denier commémore la victoire de l'empereur en Afrique sur des tribus révoltées du désert saharien. Les provinces africaines sont en effet vitales pour l'Empire et il est important que les échanges commerciaux avec Rome soient assurés.
Le trophée lui-même a ici une iconographie qui est stéréotypée, on s'imagine en effet mal les tribus africaines portant une cuirasse qui est souvent l'apanage des officiers romains. Les captifs sont eux aussi des stéréotypes, même si ici leur attitude est un peu inhabituelle. Sur les représentations monétaires de trophées avec captifs durant le règne de Septime Sévère, les prisonniers sont généralement tous deux assis les mains attachées dans le dos. L'habillement est celui de parthes ou de daces avec tunique et bonnet "phrygien". On est en présence sur ce denier d'une variante de ce type classique non pas par leur vêtement mais par leur attitude. Le personnage de droite est en effet debout, la jambe gauche fléchie. Il s'agit d'un homme, car barbu et porte une sorte de cape qui lui recouvre l'avant du corps. La barbe est très certainement intentionnelle afin de contraster avec le personnage de gauche. Ses mains sont liées dans le dos.


Détail du revers: personnage à droite du trophée

Le personnage de gauche est au contraire habillé, il est revêtu d'une longue tunique ou robe et est très certainement de sexe féminin. Cette personne est assise sur un casque ou une cuirasse dans l'attitude de la tristesse ou de la mélancolie, le bras droit replié et le poing sur le menton. Il s'agit souvent d'une province qui est représentée ainsi après une défaite.


Détail du revers: personnage à gauche du trophée

On a une représentation similaire sur un sesterce de Domitien où le personnage de gauche est interprété comme la Germanie. On remarquera en passant le traitement du trophée dont l'axe fait référence à l'arbre d'origine.


Sesterce de Domitien à la légende GERMANIA CAPTA (Musée de Xanten)

Doit-on pour autant considérer ce personnage attristé sur le denier de Sévère comme une province? Bien sûr que non! Aucune conquête n'est mentionnée en 207 et l'habillement des captifs montre parfaitement que l'on est en présence d'un motif stéréotypé repris sur des types plus que centenaires. Cependant on ne peut que s'étonner de la publicité faite par le pouvoir à propos de ces opérations de pacification en Afrique.


Détail d'un trophée et de captifs sur le sarcophage de Portonaccio daté des environs de 190 (Museo Nazionale Romano, Palazzo Massimo - Rome)

mardi 29 septembre 2009

Un trophée sur un denier de Septime Sévère (Emèse, 194)

Les trophées sont avec la Victoire, un thème militaire récurrent sur les monnaies romaines. Les Gaulois avaient déjà l'habitude d'élever des trophées avec les dépouilles des vaincus, en particulier ils clouaient la tête de leurs ennemis dans leur habitation. Quant aux Romains sur le champ de bataille, ils accrochaient aux arbres les armes des vaincus. La représentation monétaire classique du trophée est le trophée anthropomorphe où il prend l'allure d'un guerrier: une cuirasse autour d'un tronc d'arbre représente le corps, un casque orne le sommet pour la tête, enfin armes et boucliers sont accrochés au niveau de deux branches horizontales et formant les bras. Parfois des armes, voire des captifs se trouvent au pied du trophée.


n°S42

Dénomination: Denier

Empereur: Septime Sévère

Avers: IMP CAE L SEP SEV PERT AVG COS II - Tête laurée à droite.

Revers: INVIC-T-O IMP - Trophée au pied duquel sont: à gauche un casque et une enseigne (?) ou un javelot; et à droite deux boucliers et deux javelots.

Atelier (année de frappe): Emèse (194)

Références: RSC 232 (30£) - RIC 389 (S) - BMC W365-6 - BnF 6343-7

Caractéristiques: Argent, 3.25g, 17.5mm, 6h. - Ex. FAC

Note: il existe de nombreuses variantes de ce type oriental: variantes de légendes d'avers et légendes fautées de revers. Un autre type avec trophée nomme explicitement au revers ce symbole militaire victorieux : INVICTO IMP TROPAEA.
Commentaire:
Ce denier qui est daté du deuxième consulat de Septime Sévère (194), mais qui a peut-être aussi été frappé l'année suivante, commémore les victoires de l'empereur sur son rival Pescennius Niger. Contrairement aux trophées sur les monnaies plus tardives et rappelant les victoires Parthiques, il n'y a pas de captifs aux pieds du trophée, mais des armes romaines. Le casque au pied du trophée présente un protège-nuque, ainsi qu'un panache. Selon Yann le Bohec, "cet élément de la guerre psychologique visait à faire paraître plus grands les hommes s'avançant dans la plaine." Du même côté que le casque, un objet est planté au sol, il semble qu'il s'agisse d'une enseigne de manipule. Sur d'autres exemplaires, on voit clairement qu'il s'agit d'une lance. A droite et sur le trophée, les boucliers sont ovales et il s'agit effectivement du modèle le plus répandu à cette époque dans les légions. Les armes offensives étaient principalement le gladius (épée courte) remplacée progressivement par l'épée longue et le pilum (javelot).

Détail d'un trophée sur le sarcophage de Portonaccio daté des environs de 190 (Museo Nazionale Romano, Palazzo Massimo - Rome)