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dimanche 15 janvier 2012

Vénus heureuse sur deux deniers de Julia Domna à Rome et Alexandrie

Vénus est dite ici "heureuse", car elle a remporté le titre de plus belle des déesses face à ses "rivales" Minerve et Junon. La déesse de l'Amour et de la Beauté a usé de tous ses charmes pour l'emporter, on la voit d'ailleurs relever sur cette monnaie la draperie qui couvre son épaule et tenir en main la "pomme de la Discorde", prix de ce concours des "miss de l'Olympe". Mais, surtout elle a promis à Pâris qui avait été désigné arbitre de la confrontation, la main d'Hélène, reine de Sparte et épouse de Ménélas. Ce jugement va entraîner la guerre de Troie et par ricochet être aux origines de Rome, par la fuite du prince troyen Enée à l'issue de la victoire des Grecs.
Vénus est très utilisée sur leurs monnaies par les impératrices avec différents épithètes: Victrix, Genetrix, etc. Felix attribue ainsi les pouvoirs de Felicitas, c'est-à-dire le bonheur, à son porteur. Vénus est donc heureuse, mais aussi l'impératrice, et de par son mariage avec l'empereur qui règne sur le monde, elle étend cette bénédiction sur l'ensemble des femmes de l'Empire. Ce bonheur est bien sûr celui d'être épouse et d'avoir des enfants...


n°J43



n°J3

Dénomination: Denier

Impératrice: Julia Domna

Avers: IVLIA - AVGVSTA - Buste drapé à droite.

Revers: VENVS - FELIX - Vénus drapée debout à gauche, tenant une pomme de la main droite et ramenant sa robe sur son épaule de la gauche.

Atelier (année de frappe): J43: Alexandrie (195) ; J3: Rome (199)

Références: J43: RSC 198var. - RIC / - BMC / - BnF / ; J3: RSC 198 (25£) - RIC S580 (S) - BMC SC85-9 - Hill 379 (C) - BnF 6656

Caractéristiques: J43: Argent, 18mm, 2.8g, 5h - Ex. HD Rauch Auction 88 n°45 ; J3: argent, 17mm, 3.02g, 12h.

Commentaire:

Le type n'est mentionné dans les ouvrages de référence que pour l'atelier de Rome. Or il est apparaît clairement que deux styles différents sont à distinguer. Le portrait de la première (J43) est à rattacher aux monnaies d'Alexandrie. R. Bickford-Smith a publié dans la Rivista Italiana di Numismatica e Scienze Affini au milieu des années 1990 un article de référence sur les monnaies de Septime Sévère frappées dans les ateliers orientaux. Il a permis d'ajouter un grand nombre de monnaies au répertoire des deniers syriens et alexandrins qui datait un peu depuis les travaux de Mattingly pour le RIC et le BMC. Ce type avec Vénus est placé dans la troisième phase de l'atelier, dans les premiers mois de 195 et peu avant sa fermeture. Pour son époux, les types utilisés dans cette phase sont ceux de l'atelier de Rome exclusivement. Pour Domna, seul ce type est rattaché à cette phase et il a également son prototype romain (J3). Cependant, Hill le date de 199, ce qui semble incompatible avec ce que l'on observe à Alexandrie. Notons que pour le denier alexandrin, il semble relativement abondant avec la légende longue IVLIA AVGVSTA. Néanmoins, il existe aussi avec la légende courte antérieure, mais cette dernière n'a pas dû être utilisée très longtemps avec ce type car elle est beaucoup plus rare.
La statue ci-dessous représente Vénus Felix à moitié déshabillée et accompagnée de son fils Cupidon (Eros).


Statue de Vénus (Musée Pio Clementino, Vatican)

samedi 19 novembre 2011

Un projet de mariage sournois - Vénus sur un denier de Caracalla (Rome, 216)

Deux antoniniens du même type ont déjà été présentés, mais ici c'est un denier issu de la même émission. Selon la théorie des cycles, au sein d'une même émission les différents métaux (et donc dénominations) étaient monnayés les uns après les autres, un type monétaire étant attaché à une des six officines (c'est le nombre pour la période qui nous intéresse) de l'atelier de Rome. Selon Hill, durant la 9ème émission, ce type avec Vénus est d'abord émis en or avec le double aureus, puis l'aureus, ensuite vient l'argent avec l'antoninien, puis notre denier, enfin les aes avec le sesterce, puis le dupondius et finalement l'as. Il n'y a plus ni semis, ni quadrans à cette période. Ce type précis n'existe que pour Caracalla.


n° C98

Dénomination: Denier

Empereur: Caracalla

Avers: ANTONINIVS PIVS AVG GERM - Tête laurée à droite.

Revers: VENVS VICTRIX - Vénus debout à moitié à gauche, tenant une Victoriola de la main droite et un sceptre transversal de la gauche, son bras gauche reposant sur un bouclier posé sur un casque.

Atelier (année de frappe): Rome (216)

Références: RSC 606 (25£) - RIC 311b (C) - BMC 82-5 - Hill 1534 (C) - BnF X.L. 1984/389

Caractéristiques: Argent, 19mm, 2.91g, 6h. - Ex. Hugon Numismatique.

Note: Cette monnaie provient d'un trésor tunisien trouvé par une compagnie de chemin de fer dans les années 1930.

Commentaire:

Après la campagne germanique du début de son règne seul et son séjour à Alexandrie en 215, Caracalla entreprend une guerre contre les Parthes. Le type de Vénus, victorieuse ici, est extrêmement rare pour un empereur et est généralement réservé aux impératrices. De rares exemples existent cependant pour des hommes (Auguste, Titus, Hadrien ou Gordien III). On remarque que dans notre cas la déesse de l'Amour revêt des attributs guerriers. Caracalla envisageait tout d'abord unir son Empire à celui des Parthes par l'intermédiaire d'une union avec la fille du Roi des rois. Mais cette offensive diplomatique va rapidement se transformer en conflit armé. Certains textes antiques évoquent ce mariage dans leurs écrits et décrivent une noce où l'empereur romain, modèle de perfidie, massacre les invités parthes.
Ainsi, Dion Cassius (LXXVIII, 1): "Menant après cela, son armée contre les Parthes, sous prétexte qu'Artabanos ne voulait pas lui donner sa fille, dont il avait demandé la main (Artabanos, en effet, savait bien que l'intention de l'empereur était, en apparence, d'épouser sa fille, mais, en réalité, de s'emparer du royaume des Parthes), Antonin dévasta une grande partie de la contrée qui entoure la Médie..." 
C'est Hérodien dans son livre IV de son Histoire romaine (chapitres XVIII, XIX et XX) qui est le plus prolixe à ce sujet: "Peu de temps après, il imagina de se faire donner le surnom de Parthique : il désirait vivement pouvoir écrire à Rome qu'il avait dompté les Barbares de l'Orient. Il était en pleine paix avec les Parthes; il eut recours à son arme ordinaire, la perfidie. Il écrivit à Artaban, leur roi, et lui adressa une députation chargée de présents aussi précieux pour la richesse de la matière, que pour la perfection du travail. Il lui demandait dans sa lettre la main de sa fille : « Empereur, fils d'empereur, il devait à sa gloire de ne point devenir le gendre de quelque obscur citoyen, mais de s'unir à la fille d'un roi puissant. Grâce à cette alliance, il n'y aurait plus d'Euphrate; les deux plus grands empires du monde, l'empire romain et celui des Parthes, réunis par un lien commun, formeraient une puissance invincible, et les autres nations barbares, encore indépendantes, se soumettraient facilement, si on leur laissait leurs mœurs et leurs lois. Les Romains avaient une infanterie habituée à combattre de près, et sans égale pour le maniement de la lance ; les Parthes, une cavalerie nombreuse, composée d'excellents archers. Forts de tous ces avantages, et possédant ainsi tous les éléments de la victoire, ils subjugueraient sans peine sous un seul sceptre l'univers entier. » Il ajoutait que les productions des Parthes, leurs parfums, leurs précieuses étoffes, les métaux des Romains, et tous les chefs-d'œuvre de leur industrie, ne seraient plus des raretés d'un trafic clandestin, mais que ces richesses, répandues sur une même terre, dans un même empire, viendraient en liberté s'offrir aux besoins des deux nations. Artaban rejeta d'abord ces propositions : « Une femme étrangère, disait-il, ne pouvait convenir à un Romain. Quelle harmonie règnerait entre deux époux différents de langage, de mœurs, d'habitudes? Il y avait d'ailleurs à Rome vingt familles patriciennes où l'empereur pouvait se choisir un beau-père, comme Artaban un gendre parmi les Arsacides. Pourquoi alors se mésallier? » Telle fut la première réponse du Parthe : les offres de Caracalla étaient donc repoussées. Cependant ses instances, des présents, des serments d'amitié, les protestations de son vif désir d'un tel mariage, triomphèrent de la sage défiance du roi barbare. Il lui promet sa fille, il l'appelle déjà son gendre. A la nouvelle de cette alliance, les Parthes se préparent avec empressement à recevoir l'empereur, et embrassent avec joie l'espérance d'une paix éternelle. Cependant, après avoir passé le Tigre et l'Euphrate sans aucun obstacle, Antonin traverse le pays des Parthes, comme il eût traversé ses propres États. A son passage on couvrait les autels du sang des victimes et de fleurs ; on lui offrait de toutes parts les parfums les plus précieux. Il recevait tous ces hommages avec une feinte reconnaissance. Lorsqu’après un long trajet, il approcha enfin de la capitale, le roi vint à sa rencontre dans une plaine hors de la ville, pour recevoir l'époux futur de sa fille. Il était accompagné d'une multitude de Parthes qui, couronnés de fleurs du pays, revêtus d'habits brillants d'or et de l'éclat de mille couleurs, se livraient à la joie la plus vive, et dansaient au son de la flûte et des cymbales. Les Parthes aiment avec passion la danse et la musique, quand le vin a échauffé leur esprit. Lorsque les Barbares eurent inondé la plaine, ils abandonnèrent leurs chevaux, déposèrent leurs arcs et leurs javelots, firent des libations, et se livrèrent aux plaisirs de l'ivresse. Réunis par groupes dans l'imprudente sécurité d'un joyeux désordre, ils se pressent pour voir le nouvel époux : aussitôt Antonin donne le signal et toute son armée se précipite sur cette foule d'hommes désarmés. Épouvantés de cette attaque imprévue, ils reçoivent, en fuyant, les coups du fer ennemi; le roi lui-même, enlevé par ses gardes et jeté sur un cheval, s'échappe à peine avec une faible escorte. Les Parthes privés de leurs chevaux, sans lesquels ils ne peuvent combattre et qui paissaient dans la plaine, tombaient par milliers; la longueur de leur robe flottante les embarrassait dans leur fuite et entravait l'agilité de leur course. Ils n'avaient avec eux ni leurs flèches ni leurs arcs. Devaient-ils garder ces armes pour une fête ? Après avoir fait un affreux massacre, Antonin s'éloigna, emportant, sans trouver de résistance, un riche butin et un grand nombre de prisonniers; il permit à ses soldats d'incendier sur leur passage les bourgs et les villes, les laissant maîtres de tout enlever et de tout piller."
Ces évènements sont le début de conflits armés récurrents entre Romains et Parthes (puis Perses) et mettent fin à une paix qui durait depuis la campagne orientale de Septime Sévère en 198. Ils se solderont par plusieurs défaites romaines, l'empereur Valérien étant même fait prisonnier en 259 et mourra en captivité en Perse.

samedi 22 octobre 2011

Une mauvaise decription d'un denier de Julia Domna avec Vénus et Cupidon (Rome, 210)

Généralement les deniers, étant donné leur faible diamètre (autour de 19mm), ne présentent pas de scène complexe: un ou deux personnages tout au plus avec leurs attributs. C'est le cas sur cette pièce, mais ici la représentation est plus riche et n'a jamais été correctement décrite par les ouvrages de référence. Qu'observe-t-on sur cette monnaie ? De gauche à droite, Cupidon tenant un arc ou un bouclier, la déesse portant casque et palme, une colonne et derrière celle-ci une cuirasse posée à terre. Ce denier pourtant présent à la Bibliothèque nationale de France, avait été décrit incomplètement en 1860 par H. Cohen dans sa première édition de sa "Description historique des monnaies frappées sous l'Empire romain" (C 115). En effet, il décrit Vénus comme étant à demi nue et oublie l'objet qui se trouve entre Cupidon et la déesse de l'Amour, nous y reviendrons. Dans sa deuxième édition en 1884, Cohen oublie carrément cette fois de mentionner la présence du petit Amour sur cette même monnaie (qui porte désormais la référence C 218) et cette erreur sera reprise telle quelle dans le RIC et dans la note du BMC, cette monnaie étant absente du British Museum. Une autre monnaie décrite dans la note du catalogue britannique fait référence à deux Cupidons (Atti et Mem. dell'Ist. It., 1925), mais il s'agit certainement d'une confusion avec la cuirasse derrière la colonne.


n° J40

Dénomination: Denier

Impératrice: Julia Domna 

Avers: IVLIA - AVGVSTA - Buste drapé à droite.

Revers: VENVS - VI-CTRIX - Vénus drapée debout de face, tête à gauche, les jambes croisées et le bras gauche appuyé sur une colonne, tenant une palme de la main gauche et un casque de la droite ; devant elle, Cupidon appuyé sur son arc (ou un bouclier?) ; derrière elle, une cuirasse.

Atelier (année de frappe): Rome (210)

Références: RSC 218a corr. (45£) - RIC 581note corr. - BMC S90note corr. - Hill 1123A corr. (R4) - BnF 6664

Caractéristiques: Argent, 19mm, 3.57g, 7h - ex. Helios Auktion 5 n°309

Note: On notera le traitement particulier de la draperie ainsi que du portrait si on les compare à d'autres deniers de cette impératrice.

Commentaire:

Revenons maintenant à l'objet que tient l'enfant ailé. On peut de prime abord penser à un bouclier. En effet, de nombreuses armes sont représentées sur cette scène: cuirasse derrière la colonne et casque dans la main de la déesse. Elles font très certainement référence aux armes de Mars, dieu de la Guerre et amant de Vénus. Cette dernière fait également forger des armes par son mari Vulcain pour son fils, le héros Enée durant la guerre de Troie. On sait l'importance d'Enée dans les origines de Rome et l'imaginaire des Romains. Jules Cesar se déclarera même descendant d'Enée et donc de Vénus. Le groupe sculpté ci-dessous de l'ancienne collection Borghèse montre Vénus et Cupidon portant des armes: épée, casque, une cuirasse est posée derrière eux. Il date du IIème siècle, mais a été complété au XVIème siècle comme c'était la mode à l'époque.


Vénus en armes (Musée du Louvre, Paris)

De plus, Vénus est qualifiée ici de Victrix, nous sommes donc dans un contexte guerrier. P. V. Hill place d'ailleurs cette monnaie au sein d'une émission spéciale consacrée aux victoires en Bretagne où elle est accompagnée de deniers au nom des trois Augustes avec des revers montrant les empereurs à cheval terrassant des ennemis, ainsi que de multiples Victoria dans diverses attitudes. Ainsi même l'Augusta participe, même si elle est restée à Rome, aux victoires de son époux et de ses fils. Septime Sévère est donc victorieux des tribus calédoniennes, car ses armes sont aussi puissantes que celles forgées par les dieux qui le soutiennent sur le champ de bataille. Mais revenons maintenant à l'objet dans les mains de Cupidon. Un autre denier plus courant (RSC 215), montre Vénus à demi nue cette fois, avec casque, palme et colonne, mais sans la cuirasse et sans Cupidon. Un bouclier rond est posé devant elle. Sur notre denier, l'objet de Cupidon ne ressemble pas forcément à un bouclier, même de profil. On constate que dans ce cas il est souvent strié et "plein". Ici, nous ne voyons qu'un contour. On ne peut cependant tranché définitivement, car des bouclier peuvent être représentés pr un arc de cercle fin. Il est donc possible qu'il s'agisse d'un arc, attribut généralement utilisé par Cupidon. Cet arc, le fils de Mars et Vénus, se l'était taillé lui-même dans un frêne, comme on peut le voir sur de célèbres statues antiques. Celle présentée ci-dessous est une copie romaine d'après un original de Lysippe (IVème siècle av. J.-C.) représentant l'Amour tendant son arc qui a hélas disparu.


L'Amour tendant son arc d'après Lysippe (Musée du Louvre, Paris)

mardi 28 juin 2011

Des variations de bustes sur des antoniniens de Caracalla au revers avec Vénus

L'antoninien est créé par Caracalla en 215 et durant trois années jusqu'à sa mort en 217, cette nouvelle dénomination sera associée aux mêmes types de revers que sur les deniers et les espèces d'or et de bronze. La plupart des types d'antoniniens sont datés avec la suite de la titulature (en particulier la puissance tribunicienne) au revers. Le type le plus courant des antoniniens de Caracalla est par contre non daté et représente Vénus drapée tenant un sceptre et une petite statue de Victoire (Victoriola), un bouclier est également posée à côté d'elle. Le revers des antoniniens portent le portrait de l'empereur ceint de la couronne radiée, symbole solaire, et qui indique la valeur double de la pièce, l'unité étant le denier au portrait lauré. Ces bustes radiés sont, contrairement aux deniers, plus variés au niveau des attributs vestimentaires. 


n° C25



n° C78

Avers: ANTONINVS PIVS AVG GERM - Buste radié, drapé à droite, vu de l'arrière (C25) ; Buste radié cuirassé à droite, vu de l'arrière (C78).

Revers: VENVS VICTRIX - Vénus drapée debout à gauche, tenant une Victoriola de la main droite et un sceptre de la gauche; son bras gauche reposant sur un bouclier posé au sol.

Atelier (année de frappe): Rome (216)

Références: C25: RSC 608c (65£) - RIC 311d (S) - BMC 80-1 - Hill 1525 (S) ; C78: RSC 608var. - RIC / - BMC / - Hill 1525var. - BnF 6956-7;6960.

Caractéristiques: C25: Argent, 24mm, 5.49g, 11h ; C78: Argent, 23mm, 4.72g, 12h - Ex. Gorny & Mosch Auktion 186 n°2158

Note: L'antoninien C78 n'est curieusement pas présent dans les ouvrages de référence avec ce buste cuirassé, alors que trois exemplaires sont conservés à la BnF. Cela prouve le peu de précision dans la description des bustes dans les répertoires et catalogues.

Commentaire:

En 206, le portrait de Caracalla sur les deniers évolue, il abandonne les bustes drapés ou drapés cuirassés qu'il utilise depuis ses premières monnaies lorsqu'il était enfant pour le buste nu ("tête" dans le vocabulaire numismatique) utilisé par son père jusqu'à présent et de manière quasiment unique. A partir de ce moment, cette tête laurée est aussi utilisé massivement sur les deniers de Caracalla. En revanche, sur les antoniniens les bustes radiés sont habillés en utilisant la cuirasse et/ou le paludamentum, le manteau pourpre du général en chef. Plusieurs combinaisons existent en fonction de l'élément de costume utilisé et l'angle de vue à savoir depuis l'avant ou l'arrière, on a donc les bustes radiés suivants:
- cuirassé, vu de l'arrière
- cuirassé, vu de l'avant
- drapé, vu de l'arrière
- drapé et cuirassé, vu de l'arrière
- drapé et cuirassé, vu de l'avant
Le buste drapé vu de l'avant rarement utilisé en denier (on connait quelques exemplaires de deniers pour Caracalla enfant par exemple), ne l'est pas du tout pour l'antoninien. La description des bustes et portraits n'est souvent pas très bien précise et rigoureuse dans les ouvrages de référence et il y a souvent des erreurs et des oublis. Par exemple: ni Hill, ni le RIC ne mentionnent le sens de visualisation, quant au RSC, plus précis, il omet le sens de visualisation pour le portrait cuirassé et signale des monnaies avec des bustes drapés de l'avant qui n'existent pas. Le BMC, également plus rigoureux sur ce point, n'est pas exempt d'erreurs.
On constate une grande disparité sur la distribution statistique des bustes. Ainsi par exemple, le buste cuirassé de l'avant est rarissime et ne se rencontre que sur le type de Sérapis émis en 217. Le buste drapé vu de l'arrière de l'exemplaire C25 est le plus courant soit près de 35% des antoniniens tous types confondus sur un comptage de plus de 600 échantillons. Le buste cuirassé vu de l'arrière (C78) est moins courant avec moins de 15% du total. On peut noter aussi que les bustes changent au cours du temps. Ainsi ce buste cuirassé de l'arrière est uniquement utilisé durant l'année 215 et pour Vénus. Il disparait ensuite au profit du buste drapé qui domine l'année 216 et qui est lui-même doublé en 217 par le buste drapé et cuirassé vu de l'arrière. L'utilisation massive du buste drapé et marginale du buste cuirassé semblent donc accréditer la date de 216 proposée par Hill pour ce type Venvs Victrix.

vendredi 5 novembre 2010

Vénus et des captifs sur un antoninien

Tous les antoniniens de Caracalla sont datés par la présence au revers du nombre de puissances tribuniciennes, sauf pour deux types: Vénus debout portant une Victoriola et Vénus debout entre deux captifs portant un casque. Dans les deux cas, elle tient également un sceptre long et s'appuie sur un bouclier. Hill place ces deux monnaies dans une même émission en 216. Ce type est plus rare que celui avec Vénus portant la Victoire (2.37% du total des antoniniens de Caracalla contre 16.58% selon une étude statistique réalisée sur 591 antoniniens pointés). Le trésor de Marcianopolis (Réka-Devnia) qui est le plus gros trésor sur la période en recense 8 contre 33 pour le type plus courant, ce qui représente une proportion plus importante que sur mon comptage. Sans être rare, ce type fait malgré tout partie des antoniniens peu communs. Ce type aurait été précédé un peu plus tôt (en 215 selon Hill), comme la Vénus sans les captifs, d'un type avec la légende au datif: VENERI VICTRICI. Retrouvé à deux exemplaires (sur 176) par Mouchmov dans le trésor de Marcianopolis, il n'a pas été observé dans mon recensement de 591 monnaies (BM, BnF, ventes aux enchères, boutiques sur internet).


n° C54

Dénomination: Antonionien

Empereur: Caracalla

Avers: ANTONINVS PIVS AVG GERM - Buste radié à droite, drapé et cuirassé vu de l'arrière.

Revers: VENVS VICTRIX - Vénus debout à gauche, tenant un casque de la main droite et un sceptre long de la gauche, son coude gauche appuyé sur un bouclier; deux captifs assis de part et d'autre.

Atelier (année de frappe): Rome (216)

Références: RSC 612b var. (65£) - RIC 312c var. (S) - BMC 86 var. - Hill 1521 (R) - BnF 6961

Caractéristiques: Argent, 22mm, 4.89g, 5h. - Ex. Gorny & Mosch Auktion 170 n°2471

Note: Le RSC recense comme le RIC une variante avec un buste cuirassé (RSC 612, RIC 312b) et drapé (RSC 612a, RIC 312a). Sur cet exemplaire, il est drapé et cuirassé comme sur celui du British Museum (BMC 86), mais dans cette collection on voit au revers que le bouclier écrase le captif de droite (RSC 612b, RIC 312c). Il n'y a peut-être pas lieu de distinguer cette variante.

Commentaire:

Les deux captifs sont représentés dans l'attitude de la tristesse et non attachés dans le dos comme on a l'habitude de les voir de part et d'autre d'un trophée par exemple. Ici, le trophée est remplacé par Vénus, mais en compagnie d'éléments composant habituellement ce genre de représentation, un casque et un bouclier. En empruntant les attributs de son mari Mars, dieu de la guerre, la déesse de l'amour s'est transformée en guerrière. Cette monnaie illustre en fait le projet raté de mariage de Caracalla avec la fille du roi des rois parthe et qui se transforme en expédition militaire.

mercredi 24 mars 2010

La question des attributions des ateliers orientaux pour Julia Domna

Il est assez facile d'attribuer les deniers de Julia Domna du deuxième style ou nouveau style de Laodicée (196-202), car à cette époque il n'y a que deux ateliers: la moneta romaine et son annexe orientale. Pour cette dernière, les monnaies se distinguent aisément des productions romaines par le style plus "naïf" et expressif de l'iconographie et une épigraphie plus grossière. Pour la princesse syrienne, un élément supplémentaire de distinction est la boucle sur le cou juste au-dessus de la draperie. Par contre, pour la période précédente de 194 à 196, il n'est pas évident de distinguer les monnaies de Julia émises par Emèse de celles de Laodicée, Rome et Alexandrie se distinguant plus aisément par leur style.
Cependant, des études plus poussées permettent de différencier le style des deux ateliers syriens: celui d'Emèse est plus fin, plus minutieux alors qu'à Laodicée, il est plus audacieux, mais aussi plus grossier. La relation avec des revers de Septime Sévère permet parfois de guider l'identification du lieu de frappe. Malgré tout l'attribution à un atelier plutôt qu'à un autre reste difficile, d'autant que le BMC qui est l'ouvrage le plus avancé sur la question s'emmêle les pinceaux dans la numérotation des deniers de Julia Domna. De même, il n'y a pas de certitude absolue sur la localisation des ateliers dans ces deux villes syriennes. R. Bickford-Smith (Roger A. Bickford-Smith (R. I. N. p. 53-71) Rivista Italiana di Numismatica e Scienze Affini Vol. XCVI 1994-1995) dans l'article de référence sur la question les nomme d'ailleurs "the so-called syrian mints". Il parle plutôt des groupes 2 et 3 en fonction des légendes de droit de Septime Sévère.


n°J32

Dénomination: Denier

Impératrice: Julia Domna

Avers: IVLIA DO-MNA AVG - Buste drapé à droite.

Revers: VENER - VICT - Vénus debout à gauche, tenant une pomme de la main droite et un sceptre de la gauche. 

Atelier (année de frappe): Emèse (194-197)

Références: RSC 188a (30£) - RIC S630 (S) - BMC W422 - BnF 6651

Caractéristiques: Argent, 19mm, 2.84g, 12h. - Ex. FAC

Commentaire:

Le denier présenté aujourd'hui serait plutôt issue d'une officine d'Emèse, ville natale de l'impératrice. Mais, ce type avec Vénus drapée tenant pomme et sceptre est présent aussi sur les deniers du nouveau style de Laodicée avec la légende VENVS FELIX. Sur le denier présenté ici la légende de droit arbore le nom complet de l'impératrice IVLIA DOMNA AVG[usta] qui sera remplacé en 196 par la légende IVLIA AVGVSTA. La datation des deniers de Julia Domna est encore plus problématique que son attribution aux ateliers syriens durant les premières années du règne de son mari, car contrairement à son impérial époux, il n'y a aucun élément de datation dans ses légendes de droit ou de revers. On sait uniquement que cette première légende d'avers est active à partir des premières émissions de la nouvelle Augusta en 194 et jusqu'en 196-197. On peut noter également que ce type n'existe pas à Rome et est donc une production typiquement orientale. 

samedi 9 janvier 2010

Un programme de propagande partagé entre toutes les dénominations: Julia Domna en tant que mère (Rome, 216)

J'avais présenté il y a peu de temps un antoninien de Julia Domna avec Vénus au revers. Voici son petit frère! En effet, dans une grande majorité, les types de revers étaient communs entre la plupart des dénominations. Ainsi lors de l'émission des "doubles deniers", ces derniers ont souvent partagé leur programme iconographique avec les "simples" deniers, mais aussi avec les espèces d'or et de bronze. Prenons par exemple la 9ème émission selon Hill du règne de Caracalla où a été replacé ce denier. On y trouve pour Julia Domna des doubles aurei, des aurei, des antoniniens, des deniers, des sesterces et des as qui ont tous pour légende VENVS GENETRIX et une représentation de Vénus assise tendant une main et tenant un sceptre de l'autre.


n°J7

Dénomination: Denier

Impératrice: Julia Domna

Avers: IVLIA PIA FELIX AVG - Buste drapé à droite.

Revers: VENVS GENETRIX - Vénus assise à gauche, tendant la main droite et tenant un sceptre de la main gauche.

Atelier (année de frappe): Rome (216)

Références: RSC 212 (£) - RIC 388c (C) - BMC C23B-26 - Hill 1536 (C) - BnF 6662

Caractéristiques: Argent, 18 mm, 3.19 g, 12 h.

Commentaire:

Vénus représentée sur ce denier diffère des représentations habituelles de la déesse de l'Amour, en particulier sur les statues grecques et romaines. Elle est ici habillée et ne possède pas les attributs (pomme, Cupidon, armes de Mars...) qu'on a l'habitude de rencontrer sur les objets (bas-reliefs, statues ou statuettes, céramiques etc.) qui n'ont pas toujours, contrairement à la monnaie, de texte pour expliciter la représentation. En tant que GENETRIX, Vénus est la mère de tous les Romains, puisque mère d'Enée, lui même ascendant de Romulus et Rémus. Mais, il ne faut pas oublier que l'on parle aussi de l'impératrice, puisque c'est son portrait qui est à l'avers de cette monnaie. C'est donc au final Julia Domna qui est honorée sur ce denier en tant que mère de l'empereur Caracalla.

samedi 12 décembre 2009

Vénus sur un antoninien de Julia Domna (Rome, 216)

En 215, Caracalla introduit une nouvelle dénomination et sa mère émet toujours des monnaies à son effigie, une officine de l'atelier romain étant exclusivement dédiée à son monnayage. Il est donc normal qu'il y ait eu aussi des émissions d'antoniniens à son nom, d'autant plus qu'elle assure en quelque sorte l'interim du pouvoir durant la campagne oriental de son fils. Outre un diamètre un peu plus grand et un poids plus important que le denier (une fois et demie), le principal élément de différentiation est le buste. Alors que sur les deniers l'empereur porte une couronne de laurier et ne possède aucun vêtement, sur les antoniniens il est radié et porte draperie et/ou cuirasse. Julia Domna porte un diadème sur les antoniniens et le buste est très souvent posé sur un croissant de lune. Ainsi le symbole lunaire est associé à l'impératrice et le symbole solaire à l'empereur.

n°J18

Dénomination: Antoninien

Impératrice: Julia Domna

Avers: IVLIA PIA - FELIX AVG - Buste diadémé, drapé à droite, le tout posé sur un croissant.

Revers: VENVS GENETRIX - Vénus assise à gauche, tendant la main droite et tenant un sceptre de la main gauche.

Atelier (année de frappe): Rome (216)

Références: RSC 211 (75£) - RIC 388a (S) - BMC C22-3A - Hill 1528 (C) - BnF 6660

Caractéristiques: Argent, 25 mm, 4.4 g, 12 h. - Ex. Poinsignon

Note: Il s'agit du plus commun des antoniniens de Julia Domna.

Commentaire:

A Rome, le temple de Venus Genetrix a été construit par Jules César à la suite d'un voeu avant la bataille de Pharsale contre Pompée en 48 av. J.-C. Il était entièrement en marbre avec huit colonnes en façade et également huit colonnes sur les côtés. On y trouvait à l'intérieur de la cella de nombreuses oeuvres d'art: peintures grecques, statues de César et de Cléopâtre et bien sûr la statue de Vénus en bronze par le sculpteur grec Arcésileos. Jules César prétendait descendre comme tous les Julii de Vénus par l'intermédaire d'Enée, le héros troyen. Ce temple situé au niveau du forum de César a été à plusieurs reprises reconstruit, en particulier par Trajan, puis par Dioclétien suite à l'incendie sous Carin en 283. Il ne reste cependant aujourd'hui que 3 colonnes avec une architrave. Les chapiteaux et la frise sculptée laissent imaginer un somptueux décor.


Temple de Venus Genetrix (Forum de César - Rome)

jeudi 13 août 2009

Julia Domna à Laodicée: le nouveau style - Denier avec Venus Felix

De 196-197 à 202, date de sa fermeture, Laodicée (Laodicea ad Mare, en Syrie) va frapper des deniers plus soignés que lors de sa première phase de production à partir de 194. Hybrides et légendes fautives se font plus rares et le style est plus fin, on parle du "nouveau style" de Laodicée, dû certainement à la présence de nouveaux graveurs. Durant son existence, l'atelier va émettre principalement des deniers à l'intention des troupes engagées dans la campagne parthique. Cet atelier est alors une "filiale" de la moneta romaine, utilisant les mêmes types de revers que l'atelier central.


n°J14

Dénomination: Denier

Impératrice: Julia Domna

Avers: IVLIA - AVGUSTA - Buste drapé à droite.

Revers: VENVS - FELIX - Vénus debout à gauche, tenant une pomme de la main droite et un sceptre de la gauche.

Atelier (année de frappe): Laodicée (199)

Références: RSC 197 (25£) - RIC S646 (S) - BMC SC619-21 - BnF 6655

Caractéristiques: Argent, 20mm, 3.3g, 6h. - Ex. CGB

Note: la date d'émission de cette monnaie est postérieure à 199, datation estimée pour le prototype romain. On observera sur le drapé du portrait de l'impératrice, au niveau du cou, une boucle qui "signe" les productions de Laodicée pour Julia Domna durant cette deuxième phase d'existence de l'atelier.


Boucle sur le vêtement de Julia Domna
Commentaire:

VENVS FELIX est la Vénus "heureuse", celle qui vient de gagner le concours de beauté face à Junon et Minerve. Elle tient dans la main son prix, la pomme de discorde offerte par le berger Pâris. Cet épithète est aussi utilisé dans la dédicace du temple de Vénus et de Rome (Venus Felix et Roma Aeterna) construit par Hadrien au sommet de la Velia aplanie ; il s'agit d'un des temples les plus vastes de Rome (110m sur 53m). Pour construire le temple, Hadrien fit déplacer la statue colossale de Néron (Colosseum) par vingt-quatre éléphants. Elle fut placée à côté de l'amphithéâtre flavien qui prit progressivement le nom de la statue pour devenir le Colisée.


Temple de Vénus et de Rome (Rome)