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dimanche 21 juin 2015

Un Génie sur un denier de Géta Auguste (Rome, 210)

En 210, Géta entame sa deuxième année de règne en tant qu'Auguste. A ce moment de l'Empire, pour la première fois, trois empereurs se partagent le pouvoir, même si l'on imagine que le père, Septime Sévère, le détient en réalité. Les trois empereurs sont alors en campagne en Bretagne et des émissions monétaires spéciales généralement avec la légende VICTORIAE BRIT célèbrent les victoires aux frontières de cette province septentrionale. Dans le cadre de ces émissions, certaines monnaies sont communes aux trois Augustes. Cependant, des émissions ordinaires avec des légendes datées sont également livrées aux troupes et au peuple avec une répartition bien précise des types monétaires. Jupiter, Neptune et Salus sont présents sur les deniers du père, Concordia et Virtus pour le fils aîné et Felicitas et le Génie illustrent ceux du cadet. 


n° G42 

Dénomination: Denier

Empereur: Géta

Avers: IMP CAES P SEPT GETA PIVS AVG - Tête laurée à droite.

Revers: PONTIF TR P II COS II - Génie debout de face, tête à gauche, sacrifiant avec une patère dans la main droite au-dessus d'un autel allumé et tenant des épis de blé de la main droite.

Atelier (année de frappe): Rome (210)

Références: RSC 140 (50£) - RIC 70b (C) - BMC G43-5 - Hill 1085 (S2) - BnF 7069-7070.

Caractéristiques: Argent, 19mm, 2.89g, 7h - Ex. HD Rauch Sommer Auktion 2012 n° 1112.

Commentaire: 
Le Génie est certainement celui de l'empereur, on le voit ici dans l'attitude de la libation au-dessus d'un autel allumé. Il s'agit donc de l'essence-même de l'Empire qui est ici représentée comme le dit l'auteur du BMC, car brûler de l'encens au Génie de l'Empereur était le gage conventionnel de la loyauté envers celui qui présidait aux destinées de l'Imperium. Le Génie est souvent assimilé à Bonus Eventus et sur notre monnaie, les épis sont l'attribut traditionnel de ce numen, Genius portant plutôt une corne d'abondance. Cette iconographie fait écho à un passage de l'Histoire Naturelle de Pline l'Ancien (livre XXXIV traitant du cuivre) où il décrit une statue d'Euphranor similaire à la représentation de notre monnaie: "simulacrum Boni Eventus dextra pateram, sinistra spicam ac papavera tenens". La description précise donc qu'il porte en fait un épi de blé et un coquelicot (pavot). Il est très probable, comme on peut le voir sur certaines monnaies, que sur le revers de ce denier il y ait bien deux épis de blé, tête en bas, et un coquelicot avec la fleur vers le haut le long du bras. 


Agrandissement de la main gauche du Génie à gauche, interprétation à droite: en rose la main, en jaune deux épis et en rouge le pavot.

Epis de blé et pavot font écho aux attributs que l'on retrouve aussi sur des statues de Cérès comme sur celle-ci du Musée du Louvre datée des années 235-250.


Détail d'une statue de femme en Cérès de la collection Borghèse (Musée du Louvre, Paris)

dimanche 14 octobre 2012

Un quadrige pour célébrer le deuxième consulat de Géta (Rome, 208)

Cette monnaie fait partie des deniers les plus rares du règne de Géta. Curtis C. Clay en connait autour d'une douzaine d'exemplaires, tous issus du même coin de revers, ce qui confirme la rareté du type. Un autre coin est connu, mais il présente une légende raccourcie en PONTIF au lieu de PONTIFEX. Philip V. Hill classe cette monnaie dans une émission spéciale de 208 célébrant les consulats des fils de Septime Sévère, le troisième pour Caracalla et le deuxième pour Géta, comme le mentionne la légende à l'exergue du revers. Le pontificat est également mis en avant sur cette légende.


n° G28 


Dénomination: Denier

Empereur: Géta

Avers: P SEPTIMIVS - GETA CAES - Buste drapé, tête nue, à droite.

Revers: PON-TIFEX // COS II - Géta debout dans un quadrige triomphal à droite, tenant le scipio.

Atelier (année de frappe): Rome (208)

Références: RSC 103b (200£) - RIC 66 (R) - BMC S591note - Hill 944 (R4) - BnF /

Caractéristiques: Argent, 20mm, 3.2g, 6h - Ex. Gemini VI n°495.

Note: Ce type est absent des deux grandes collections institutionnelles que sont le British Museum et la Bibliothèque nationale de France. Le BMC cite pour cette monnaie "Ciani Stock, 1927, n°3342". 

Commentaire:
Ce denier commémore une cérémonie qui a lieu le premier jour de l'année et jour de l'investiture des nouveaux consuls ordinaires. Les consuls sont debouts sur leur char et sont revêtus de leurs insignes: le sceptre surmonté d'un aigle et un costume particulier, la toga picta et la tunica palmata. Un peu à la manière du triomphe, ils montent ainsi au Capitole précédés des licteurs dans une procession appelée processus consularis. Ils effectuent ensuite, entre autres, un sacrifice à Jupiter. Cette année là, Caracalla et Géta sont consuls ordinaires. Ils donnent leur nom à l'année de leur mandat, ainsi 208 est l'an de Rome 961, Antonin étant consul pour la troisième fois et Géta pour la deuxième. Il faut signaler enfin que d'autres consuls, dits suffects, peuvent également être nommés par l'empereur.
Cette monnaie rappelle un autre denier de Géta, mais avec le quadrige à gauche cette fois-ci. Elle fait référence au premier consulat du fils cadet de Septime Sévère qui avait eu lieu durant l'année 205.
Sur cette reproduction d'un relief de l'arc de Lepcis Magna, on peut voir l'entrée triomphale des Augustes. Cela donne une idée du faste de ce type de cérémonie.


Copie d'un bas-relief de l'arc de Lepcis Magna (Musée de la Civilisation romaine - Rome)

Des listes chronologiques des consuls existent dans des textes (comme dans "l'Histoire de Rome" de Tite-Live, par exemple), mais aussi sous forme d'inscriptions souvent fragmentaires gravées dans la pierre (fastes consulaires).


Fragment des fastes consulaires, les 'fasti capitolini' (Musées capitolins - Rome)

lundi 23 juillet 2012

Une longue titulature au droit et Felicitas au revers sur un denier de Géta (Rome, 210)

Peu de monnaies de Géta Auguste ont été frappées en 209, année de son accession à l'Augustat au côté de son père et de son frère aîné. A l'opposé, 210 voit de nombreux deniers afficher la deuxième puissance tribunicienne (TR P II) du plus jeune des Sévère. C'est le cas sur cette monnaie que P. V. Hill place en début d'année (2ème émission du règne conjoint des trois Augustes). On remarquera que la titulature de Géta, contrairement à son père (SEVERVS PIVS AVG) et à son frère (ANTONINVS PIVS AVG) pour la même période, est plus complexe: IMP CAES P SEPT GETA PIVS AVG. On y fait encore mention de son nom complet avec prénom et surnom (P[VBLIVS] SEPT[IMIVS] GETA), ainsi que de son titre de César (CAES) alors qu'il vient d'être nommé Auguste (AVG). Enfin, le titre d'Imperator (IMP) est aussi mentionné alors qu'il ne l'est plus pour cause de paix, pour les autres Augustes depuis de nombreuses années. La campagne britannique en cours explique certainement cela, un commandement d'unités militaires étant certainement accordé au jeune homme. Cette titulature se poursuit au revers avec mention du pontificat (PONT), très employé par le jeune prince sur son monnayage, et de son deuxième consulat (COS II), charge qu'il a portée en 208.
 

n°G37

Dénomination: Denier

Empereur: Géta

Avers: IMP CAES P SEPT - GETA PIVS AVG - Tête laurée à droite.

Revers: PONTIF TR P II COS II - Felicitas debout de face, tête à gauche, tenant dans sa main droite, une corne d'abondance et de la gauche, un caducée long.

Atelier (année de frappe): Rome (210) 

Références: RSC 137 (50£) - RIC 69a (C) - BMC G40-2 - Hill 1084 (S) - BnF 7066

Caractéristiques: Argent, 19mm, 3.56g, 12h - Ex. HD Rauch Sommer Auktion 2011 n°839.

Commentaire:

Même si la légende n'est pas explicite, c'est Felicitas (la Félicité, le Bonheur) qui orne le revers de ce denier. C'est une personnification très en vogue au troisième siècle, considéré par les Romains comme l'aube d'un nouvel âge d'or. En effet, pas moins de 27 empereurs de ce siècle utiliseront cette dénomination sur leurs monnaies! Felicitas porte dans ses mains ses deux attributs principaux. Contrairement à d'autres monnaies de Géta où le caducée est court, on remarquera ici un caducée long. Cette combinaison, caducée long et cornucopiae, est abondamment reprise par Macrin, Gordien III ou Philippe I, mais les attributs sont dans les mains opposées (type f1A,E/24 selon la typologie de F. Schmidt-Dick). En effet, peut-être pour des raisons esthétiques, la corne d'abondance est représentée dans la main droite, près du corps quand le personnage est tournée vers la gauche. Ici, c'est le contraire (type f1A/27) et c'est une nouveauté introduite sur les monnaies de Géta. Seul Diaduménien, un autre jeune empereur, reprendra cette disposition.
Felicitas forme avec Pax, Securitas et Salus le noyau des personnifications bénéfiques utilisées par les empereurs pour glorifier la prospérité de leur règne. Introduite par Galba et très proche iconographiquement de Pax, Felicitas symbolisait alors le bonheur retrouvé après les guerres civiles. Géta reprendra cette personnification à de nombreuses reprises et en combinaison avec de nombreuses légendes: FELIVITAS AVGG, PVBLICA ou TEMPOR. L'âge d'or arrivait assurément avec le règne des Sévères.

dimanche 22 janvier 2012

Un fratricide chez les Sévères: le meurtre de Géta par Caracalla

En 211, Géta et Caracalla rentrent à Rome avec les cendres de leur père Septime Sévère mort de maladie à Eboracum (actuelle York) le 4 février au cours de la campagne de Bretagne.
Sur ce denier daté de cette année-là (TR P III = troisième puissance tribunicienne), Géta arbore les titres d'Auguste (il a été promu en 209 = TR P) et de Britannicus pour les victoires romaines dans cette province du nord de l'Empire. Au revers P P pour Pater Patriae précise un peu plus la date de frappe de cette monnaie: forcément postérieure à la mort de de son père qui possédait ce titre. Il partage cet honneur d'être "Père de la Patrie" avec son frère aîné qui ne va pas tarder à se débarrasser de son cadet.


n° G34 

Dénomination: Denier

Empereur: Géta

Avers: P SEPT GETA - PIVS AVG BRIT - Tête laurée à droite.

Revers: FORT RED TR P III COS II P P - Fortuna assise à gauche, tenant un gouvernail de la main droite et une corne d'abondance de la gauche; sous le trône, une roue.

Atelier (année de frappe): Rome (211)

Références: RSC 59 (50£) - RIC 76 (C) - BMC p.421,* - Hill 1263 (R4) - BnF /

Caractéristiques: Argent, 18mm, 3.23g, 6h. ; Ex. HD Rauch Auction Numismata 2011 n°325.

Note: Précisons que ce denier est absent des deux grandes collections institutionelles que sont le British Museum et la Bibliothèque nationale de France. Il existe aussi une variante sans la roue sous le trône (BnF, Paris).

Commentaire:
Quand cette monnaie est frappée, les deux jeunes empereurs qui règnent désormais conjointement sont déjà arrivés à Rome. La Fortune est ainsi remerciée pour le retour sans encombres dans l'Urbs. Pourtant la haine entre les deux frères est trop forte. Certainement au tout début de l'année 212, Caracalla assassine son jeune frère. Les faits sont longuement relatés par Hérodien:
"Enfin, impatient de régner seul et dominé par sa violente ambition, Antonin se détermina à porter un coup décisif, funeste à son rival ou à lui-même, et à ne plus employer d'autre arme que le fer, d'autre moyen que le meurtre.
Il avait vu ses manœuvres secrètes échouer; il voulut recourir, dans l'aveuglement de son ambition, à un acte de désespoir. Il envahit soudainement la chambre de son frère, qui ne s'attendait à rien de semblable; il frappe Géta d'un coup mortel ; l'infortuné tombe et inonde de sang le sein de sa mère. Antonin, après avoir commis le crime, s'échappe aussitôt et parcourt le palais, s'écriant qu'il vient d'être préservé du plus grand péril, et qu'il n'a sauvé sa vie qu'avec peine. En même temps il ordonne à ses gardes de l'entraîner avec eux dans le camp, seule retraite, disait-il, qui pût garantir ses jours et le défendre ; car s'il restait au palais il était perdu. Les soldats ajoutent foi à sa frayeur, et, ignorant ce qui venait de se passer dans l'intérieur du palais, se précipitent sur ses pas et l'accompagnent. Le peuple, cependant, s'agite, étonné de voir l'empereur s'élancer en fuyard à travers la ville."
Dans ce récit, Caracalla tue son frère de ses propres mains, nous sommes en pleine trgédie grecque ! L'histoire est un peu différente chez Dion Cassius qui revient également longuement sur les événements. Pour lui, si Caracalla est bien le commanditaire du meurtre, il laisse à d'autres la sale besogne: "Antonin avait eu l'intention d'assassiner son frère pendant les Saturnales, mais il ne le put pas, parce que le crime aurait été trop manifeste pour être caché ; à partir de ce moment, il y eut entre eux des combats semblables à ceux de gens qui cherchent à se surprendre mutuellement, beaucoup de précautions prises pour se garantir contre son rival.
Mais, comme des soldats et des gladiateurs en grand nombre gardaient Géta nuit et jour, tant au dehors que dans sa maison, Antonin persuada à sa mère de les convoquer tous les deux, seuls, dans sa chambre, afin d'amener une réconciliation. Géta, s'étant laissé persuader par cette offre, vint avec son frère ; mais ils ne furent pas plutôt entrés qu'une troupe de centurions, apostés par Antonin, s'élança et massacra Géta qui, à leur vue, s'était réfugié auprès de sa mère, et, suspendu à son cou, attaché à sa poitrine et à son sein, poussait des cris lamentables : « Mère, ô ma mère, toi, ô toi qui m'as enfanté, viens à mon secours, on m'égorge. » Julia, ainsi abusée, eut la douleur de voir son fils tué entre ses bras par le crime le plus impie, et elle reçut, pour ainsi dire, la mort dans ces mêmes entrailles où elle lui avait donné le jour ; car, elle fut couverte tout entière de son sang, en sorte qu'elle compta pour rien une blessure qui lui avait été faite à la main."

samedi 30 juillet 2011

Un buste de transition peu courant pour Géta (Rome, 209)

Ce portrait est caractéristique de l'année 209, où Géta est promu au rang d'Auguste et rejoint ainsi son père et son frère aîné au sommet de la hiérarchie impériale. Durant moins de trois ans, trois Augustes sont au pouvoir, ce qui est un fait sans précédent jusqu'à cette date. Sur notre monnaie, Géta est encore César, comme l'indique la titulature au droit et son portrait ne revêt pas encore la couronne de laurier. Cependant, il a abandonné sur les deniers le buste drapé (avec ou sans cuirasse) qu'il a utilisé depuis ses premières monnaies émises en 198. Ce type de buste (tête nue) est peu utilisé dans le monnayage sévérien, surtout pour un empereur vivant. En effet, ce type de portrait est généralement employé sur les monnaies de consécration où l'empereur apparait dans la nudité des dieux. Il est donc débarrassé des attributs des hommes tels que le paludamentum ou la couronne. En tout cas, ce type monétaire est un type de transition, car il existe aussi avec un buste drapé. Quelques mois plus tard, au passage à l'Augustat, Géta conservera l'absence de draperies sur ces deniers mais portera désormais la couronne laurée.


n° G13

Dénomination: Denier

Empereur: Géta

Avers: P SEPTIMIVS GETA CAES - Tête nue à droite.

Revers: PONTIF COS - II - Géta galopant à gauche et terrassant un ennemi.

Atelier (année de frappe): Rome (209)

Références: RSC 123a (90£) - RIC 64b (R) - BMC S591A - Hill 1056 (R4) - BnF 7060.

Caractéristiques: Argent, 19mm, 3.5g, 7h.

Note: cette monnaie est peu courante, Cohen la cotait 15f or à la fin du XIXème siècle. Cela est confirmé par des ouvrages plus récents (R pour le RIC, 90£ pour le RSC et R4 pour Hill).

Commentaire:

Hill classe cette monnaie dans une deuxième émssion spéciale consacrée à la campagne de Bretagne. La thématique est éminemment guerrière, l'empereur est à cheval armé d'une lance et terrasse un ennemi un genou à terre et tentant de se protéger à l'aide de son bouclier. Cette iconographie sera largement utilisée aux IIIème et IVème siècles et peut faire penser aux images de St Georges terrassant le dragon. Elle prend sa source dans la chasse à cheval au gros gibier où une longue lance sert à mettre à mort l'animal tout en le maintenant à distance.


Chasse au sanglier de Calydon par Méléagre sur un sarcophage romain (Musée d'Ostie antique)

Sur ce sarcophage romain, se développe une scène de chasse que l'on rencontre fréquemment sur ce type de cuve funéraire: la chasse au sanglier de Calydon. Le héros Méléagre a sa vie liée à un tison fatidique que sa mère Althée enlève du feu afin d'éviter qu'il ne meure précocement. Adulte, il participe à la chasse du monstrueux sanglier de Calydon qu'il finit par tuer. Il offre alors la dépouille à Atalante une jeune fille dont il s'est épris et qui la première a blessé l'animal. Mais les oncles de Méléagre, furieux que le prix revienne à une femme, l'arrache des mains de la jeune fille. Méléagre tue les frères d'Althée, mais celle-ci faisant passer ses sentiments de soeur avant ceux de mère, finit par jeter au feu la bûche liée à la vie de son fils, le condamnant ainsi à mort.

lundi 16 mai 2011

La Félicité des Temps sur un denier de Géta (Rome, 198)

Peu avant l'annonce de la promotion de son frère aîné à l'Augustat en 198, Géta est nommé César et des monnaies présentent alors le jeune garçon serrant la main de la Félicité. La monnaie ci-dessous est légèrement postérieure et date de la première émission du règne conjoint de Septime Sévère et Antonin (Caracalla). On retrouve Felicitas sur les monnaies du jeune César, seule cette fois-ci alors que son frère hérite du revers avec Fides. Le jeune garçon de 9 ans symbolise la continuité du pouvoir et de la dynastie tout juste mise en place. Cette période de temps qui s'ouvre avec cette nouvelle famille de dirigeants est censée apporter le bonheur.


n° G2 

Dénomination: Denier

Empereur: Géta

Avers: L SEPTIMIVS GETA CAES - Buste, tête nue, drapé et cuirassé.

Revers: FELICIT-AS T-EMPOR - La Félicité debout à gauche, tenant un caducée de la main droite et une corne d'abondance de la gauche.

Atelier (année de frappe): Rome (198)

Références: RSC 44a (30£) - RIC 2 var. (C) - BMC  S144-5 var. - Hill 337 var. (C) - BnF 7019 var.

Caractéristiques: Argent, 18mm, 3.5g, 6h.

Note: Ce buste, en plus d'être drapé, est cuirassé. En effet, on voit de fines ptéryges sur l'épaule de Géta. Cette variante de buste est bien plus rare que le portrait drapé seul, elle est seulement référencée dans le RSC mentionnant la collection G. R. Arnold.

Commentaire:

Felicitas est la personnification du bonheur, du bien-être. Elle apparait sous Galba et son attribut principal est le caducée, symbole de paix et qui en fait donc très souvent une personnification de la paix elle-même, indispensable au bonheur du peuple.Les empereurs considéraient qu'il était de leur devoir de promouvoir le bonheur public. Il en découle une iconographie très abondante dans le monnayage romain. F. Schmidt-Dick dans son atlas des types monétaires romains d'Auguste à Emilien recense par exemple 47 types et variantes de Felicitas uniquement debout auquel s'ajoutent 4 types où elle apparaît assise. Géta reprendra Felicitas debout avec corne d'abondance et caducée à plusieurs reprises, en particulier en 204 avec la légende FELICITAS AVGG.

dimanche 28 novembre 2010

La Fidélité de l'armée portant des enseignes sur un denier de Géta (Rome, 211)

Cette monnaie de Géta Auguste date de 211 et du court règne conjoint des deux frères. Elle fait partie d'une émission spéciale célébrant les victoires de la campagne britannique. Les empereurs ont signé une trêve avec les Calédoniens et sont rentrés à Rome. Au revers est représentée Fides Exercitum, la Fidélité des armées, portant des enseignes. La signification de l'image est renforcée par la légende FID EXERC.


n° G6

Dénomination: Denier

Empereur: Géta

Avers: P SEPT GETA PIVS - AVG BRIT - Tête laurée à droite.

Revers: FID EXERC TR P III - COS II - Fides debout de face, tête à gauche, tenant une enseigne plantée verticalement dans le sol et une aigle légionnaire transversalement; derrière elle à droite, une deuxième aigle légionnaire fichée au sol.

Atelier (année de frappe): Rome (211)

Références: RSC 50a (55£) - RIC 74A (R) - BMC G116-7 - Hill 1241 (R4) - BnF 7023

Caractéristiques: Argent, 20mm, 3.01g, 1h. - Ex. CGF Monnaies XXI

Note: cet exemplaire est illustré dans le livre "Les monnaies romaines" de L. Schmitt et M. Prieur au n°2849

Commentaire:

La Fidélité des armées apparait sur le monnayagede Géta au moment où il en a le plus besoin. Les deux frères règnent en effet ensemble et leur rivalité atteint son paroxysme après la mort de Septime Sévère qui était garant d'une certaine unité du pouvoir, malgré une direction tricéphale depuis 209. La personnification qui est représentée ici n'est donc pas la déesse Fides qui a un temple sur le Capitole, mais est plutôt un symbole de la fidélité et du soutien des soldats à son général en chef. Dans la même émission, Caracalla préfère mettre en avant l'un des dieux tutélaires de Lepcis Magna, cité d'origine du père et tout récent dieu, Septime Sévère.
Il est très difficile de distinguer précisément les détails des enseignes (signa militaria) sur ces deniers de Géta. Certaines semblent être surmontées d'une aigle légionnaire et on peut constater qu'il y a une certaine liberté dans les représentations. L'enseigne de cohorte, manipule ou centurie, comme le vexillum de cavalerie ou l'aigle de la légion, est très souvent représentée sur les reliefs mettant en scène l'armée. Elle symbolise l'unité concernée et est constituée d'une hampe sur laquelle est fixée différents ornements métalliques: phalères (disques parfois ornés), croissants, globes, couronnes de chênes, pendeloques, etc. Son but est avant tout tactique, car sa forme lui permet d'être vue de loin par les hommes et elle sert donc de point de ralliement durant les phases de combat. Les ordres militaires font souvent référence aux enseignes comme "signa inferre !" qui signifie "en avant !" ("à l'attaque !"). Elle peut aussi avoir une fonction religieuse si une divinité est accrochée à son sommet. Elle est portée par un porte-enseigne (signifer) revêtu d'une peau d'ours ou de loup. Lorsque les unités sont à l'arrêt dans un campement, elles sont plantées dans le sol et on peut voir sur la monnaie à la base de l'enseigne un système de cran d'arrêt évitant qu'elle soit fichée trop profondément dans le sol.


Relief de l'arc de Constantin (face sud) à Rome datant de l'époque de Marc Aurèle: l'empereur interrogeant un prisonnier germain. A l'arrière des enseignes.



Détails des enseignes sur le relief ci-dessus de l'arc de Constantin.

dimanche 5 septembre 2010

Un mystérieux changement de prénom - Denier de Géta (Laodicée, vers 198)

Spes a une iconographie qui n'évolue pas durant toute l'époque impériale et les variantes sont rares. Elle tient toujours de la main droite son attribut principal, une fleur, qui suffit à lui seul à la reconnaitre. On trouve dans le monnayage sévérien les légendes de revers BONA SPES, SPES PVBLICA ou encore comme ici SPEI PERPETVAE. Cette dernière, "à l'espérance durable", place le jeune le prince sur une destinée de futur empereur. Cependant, il sera César presque douze ans, c'est-à-dire prince héritier, alors que le titre d'empereur en titre, Auguste, il ne le revêtira jamais seul et ne le portera que trois ans à la fin de sa courte vie. 


n° G24

Dénomination: Denier

Empereur: Géta

Avers: L SEPTIMIVS - GETA CAES - Buste, tête nue, drapé et cuirassé à droite.

Revers: SPEI PER-PETVAE - L'Espérance marchant à gauche, tenant une fleur de la main droite et relevant sa robe de la gauche.

Atelier (année de frappe): Laodicée (198)

Références: RSC 192a (35£) - RIC 96corr. (S) - BMC 688 - BnF 7089

Caractéristiques: Argent, 18mm, 3.06g, 6h. - Ex. CGB

Note: ce type n'existe pas à Rome pour Géta, mais seulement pour Caracalla. Nous avons daté ce denier de 198 au vu du portrait juvénile de Géta, mais il pourrait aussi être daté de 199, voire 200. Ce denier existerait aussi avec buste drapé seul, or dans le BMC les deux monnaies présentes ne sont pas illustrées. De même, Cohen fait une erreur (reprise par le RIC) en citant l'exemplaire du Cabinet de France. Cette monnaie (inventaire 7089) a bien un buste drapé et cuirassé. Il est possible étant donnée la finesse des ptéryges ou comme sur l'exemplaire présenté ici que ces dernières, sur les monnaies de Londres, ne soient visibles qu'à la loupe car très effacées.

Commentaire:

La légende de droit L SEPTIMIVS GETA CAES est la toute première portée par le jeune César en 198. Elle commence par son prénom, le même que son père, Lucius. En 199, il change de praenomen pour celui de Publius et ajoute le pontificat à sa titulature. Il semblerait qu'à Laodicée les monnaies à légende portant le L de Lucius aient continué à être frappées, alors qu'à Rome les monnaies avec une légende de droit commençant par P étaient déjà diffusées par l'atelier monétaire. Ce changement est à l'heure actuelle encore mystérieux. Il faut cependant noter que le frère de Septime Sévère s'appelait P. Septimius Geta et ce changement a ainsi permis de créer une relation plus étroite entre le fils cadet de l'empereur et son oncle. L'Histoire Auguste rapporte cette identité de nom entre les deux hommes, mais aussi avec le grand-père paternel: "Geta autem dictus est vel a patrui nomine vel avi paterni..." Septime a donc voulu que son fils ait le même prénom, nom et surnom que son grand-père et que son oncle, alors qu'à la naissance père et fils avaient le même prénom. Mattingly dans le BMC indique que le frère de Septime Sévère n'avait demandé aucune faveur à l'empereur et qu'il est difficile de comprendre la raison pour laquelle une relation plus étroite aurait pu être demandée. Il faut certainement voir dans ce changement un renforcement du lien entre grand-père et petit-fils, plutôt qu'entre oncle et neveu.

dimanche 27 juin 2010

Minerve sur un denier de Géta (Rome, 205)

Minerve, fille de Jupiter, est une divinité particulièrement bien représentée dans le monnayage des héritiers à la pourpre jusqu'à devenir parfois le thème prédominant des revers. On pense dans ce cas à Domitien qui vouait un culte important à sa déesse protectrice, jusqu'à pratiquement monopoliser la propagande monétaire même lorsque ce Prince deviendra seul Auguste. Pour les enfants de Septime Sévère, il en est tout autrement. Bien que Minerve soit bien présente, elle est associée à de nombreux autres types de revers afin de fournir une propagande plus complexe. En  tout état de cause, Minerve indique qu'en tant que Prince, Géta est amené un jour à prendre part au gouvernement du monde. Il est à noter que dans la famille impériale, Géta est seul à utiliser cette légende avec le nom complet de la déesse. Son frère aîné avait utilisé quelques années plus tôt la légende MINER VICTRIX avec Minerve devant un trophée.


n° G30

Dénomination: Denier

Empereur: Géta

Avers: P SEPTIMIVS - GETA CAES - Buste, tête nue, drapé à droite.

Revers: MINE-RVA - Minerve debout à gauche, appuyée sur un bouclier et tenant une haste de la main gauche.

Atelier (année de frappe): Rome (205)

Références: RSC 77 (40£) - RIC 46 (S) - BMC S454 - Hill 760 (R) - BnF 7039

Caractéristiques: Argent, 19mm, 2.96g, 12h. - Ex. Chris' Numismatique - Ex. CGB Rome VIII n°255

Note: Ce type existe aussi avec les titulatures GETA CAES PONT COS et GETA CAES PONTIF. On peut noter que sur la période Auguste-Emilien couverte par l'atlas des types de F. Schmidt-Dick, ce type apparait sous Septime Sévère et n'a pas de descendance.

Commentaire:

Minerve est revêtue d'une grande importance dans la religion romaine, car elle fait partie avec Jupiter et Junon de la triade capitoline. La cella de droite du temple du Capitole était dédiée à Minerve. Cette déesse est traditionnellement représentée casquée, habillée du chiton sur lequel repose l'égide et tenant une lance et un bouclier. Minerve est la déesse de la sagesse, des arts et des sciences. Mais c'est aussi une divinité guerrière comme le montre ces attributs. Cependant, contrairement au fouguex Mars son demi-frère, elle symbolise plutôt l'intelligence au combat. Elle vient d'ailleurs régulièrement en aide aux héros en les conseillant ou en leur faisant cadeaux d'armes magiques. Assimilée à la grecque Athena, elle est sortie de la tête de son père, armée et poussant un cri de guerre. Elle a pour emblème animal la chouette mais aussi le serpent. Son utilisation dans le monnayage romain est avant tout guerrier, mais également afin d'assurer au peuple la sagesse du Prince dans la conduite de son gouvernement.


Statue de Minerve "Athena Giustiniani" (Braccio Nuovo - Vatican)

dimanche 21 mars 2010

Géta, Prince de la Jeunesse (Rome, 201)

Géta a porté, comme son frère aîné auparavant, le titre de Princeps Iuventutis, "Prince de la Jeunesse". Il le reçoit en 200, deux ans après celui de César. Ces deux distinctions confirment qu'il est, au même titre que Caracalla, héritier du trône de son père. 



n°G15

Dénomination: Denier

Empereur: Géta

Avers: P SEPT GETA - CAES PONT - Buste drapé à droite.

Revers: PR-INC - IVVENT - Géta en habit militaire, debout à gauche, tenant un rameau de la main droite et une haste renversée de la gauche.

Atelier (année de frappe): Rome (201)

Références: RSC 159 (35£) - RIC 15a (S) - BMC S229-31 - Hill 503 (C2)

Caractéristiques: Argent, 20mm, 3.4g, 6h. - Ex. Poinsignon

Note: ce denier existe aussi avec un buste drapé et cuirassé.

Commentaire:

A l'origine, le Prince de la Jeunesse était le chef de l'ordre équestre. En tout cas, ce titre place d'emblée Géta à la tête des jeunes hommes, comme son père est le premier personnage de l'Etat.
Trois monnaies mentionnent le rôle de Géta au sein de la jeunesse romaine, celle-ci datée par Hill de 201 précédée par un premier type avec Géta devant un trophée en 200. Le troisième type avec des cavaliers est plus tardif et commémore le cinquième anniversaire de l'obtention du titre, mais rappelle bien les origines équestres de cette distinction. Sur la monnaie présentée aujourd'hui les éléments militaires sont mis en avant, mais avec un rôle pacificateur à l'image de Mars Pacator: rameau, symbole du triomphe de la Paix dans une main et une haste renversée de l'autre. Géta est habillé de manière militaire, on voit en particulier parfaitement bien le pan de paludamentum sur son épaule gauche.
L'Histoire Auguste, toujours sujette à caution décrit ainsi le jeune Prince: "C'était un beau jeune homme, d'un caractère violent sans être immoral, glouton, très porté sur la nourriture et les vins diversement aromatisés. [...] En dépit d'un léger bégaiement, sa voix était harmonieuse. Il avait la passion des vêtements élégants, ce qui lui valait les sarcasmes paternels. Tout ce que lui offraient ses parents, il le consacrait à sa toilette, sans jamais rien donner à personne."

lundi 1 février 2010

Un caducée sur un denier de Géta (Rome,204)

Felicitas est le seul type de revers (solitaire ou en compagnie de Géta) présent sur les premières frappes des monnaies du jeune César en 198. Cette personnification l'accompagne alors tout le long de son règne et est encore présente la dernière année peu avant son assassinat par son frère. C'est certainement le type le plus utilisé par le fils cadet de Septime Sévère avec de nombreuses légendes comme FELICITAS TEMPOR ou PVBLICA. Ici il s'agit de la Félicité des Augustes, Septime Sévère et Caracalla.

n°G26

Dénomination: Denier

Empereur: Géta

Avers: P SEPT GETA - CAES PONT - Buste, tête nue, drapé à droite.

Revers: FELICITAS AVGG - Felicitas debout à gauche, tenant le caducée de la main droite et la corne d'abondance de la gauche.

Atelier (année de frappe): Rome (204)

Références: RSC 36 (30£) - RIC 8 (C) - BMC S218-9 - Hill 685 (C) - BnF 7016

Caractéristiques: Argent, 19mm, 3.38g, 6h. - Ex. HD Rauch Summer Auction 2009 n°978

Note: dans la légende de revers, le doublement des G dans AVGG indique le pluriel Augusti, "des Augustes".

Commentaire:

Felicitas est la personnification du Bonheur et de la Chance. Elle partage son attribut, le caducée, avec Pax, la Paix.  


Le caducée est une baguette autour de laquelle sont entrelacés deux serpents, signes de prudence. On y trouve parfois des ailes, symbole de la rapidité de Mercure, l'Hermès romain, autre divinité qui en a fait son attribut fétiche. En effet, la légende raconte que Mercure en chemin vers l'Arcadie trouva deux serpents qui se battaient. Il les sépara avec une baguette que lui avait donné Apollon et les serpents se mirent à grimper le long du bâton tout en s'appaisant.
Mercure n'apparait que rarement sur le monnayage romain contrairement à Felicitas. On peut néanmoins le voir sur un antoninien de Valérien, par exemple. Mercure étant le dieu du commerce et il porte souvent dans la main une bourse remplie d'argent, Felicitas est donc aussi liée à la prospérité économique. Cela est renforcé sur notre denier de Géta par l'autre attribut que porte Felicitas: la corne d'abondance.


Statue de Mercure (Musée Chiaramonti - Vatican) et représentation de Mercure sur un antoninien de Valérien

samedi 5 décembre 2009

Deux frères qui se détestent - Denier de Géta (Rome, 202)

La propagande mise en place par Septime Sévère met en avant sa progéniture, dont il fait ses héritiers désignés. Il rompt ainsi avec l'adoption du "meilleur" en vigueur sous les premiers Antonins. La nouvelle dynastie est sensée apporter, comme sur cette monnaie, la Sécurité de l'Empire. On va voir que les héritiers ne s'entendent pas vraiment...


n°G4

Dénomination: Denier

Empereur: Géta

Avers: P SEPT GETA - CAES PONT - Buste, tête nue, drapé et cuirassé à droite.

Revers: SECVRIT - IMPERII - Securitas assise à gauche tenant un globe dans sa main droite.

Atelier (année de frappe): Rome (202)

Références: RSC 183a (30£) - RIC 20b (C) - BMC S240note - Hill 553var. (C2)

Caractéristiques: Argent, 19 mm, 3.41 g, 12 h.

Note: Hill oublie le buste drapé et cuirassé dans son inventaire et ne retient que le buste drapé. De même, les 4 exemplaires du BMC sont signalés comme étant avec un buste drapé, or le seul exemplaire illustré montre clairement des ptéryges à l'épaule.

Commentaire:

En 202, de nombreuses festivités ont lieu, j'aurai l'occasion d'en reparler, afin de célébrer le triomphe parthique, la mariage de Caracalla et Plautille ainsi que les Décennales de Septime Sévère. "Après toutes ces fêtes, il resta à Rome, où il passa plusieurs années, rendant assidûment la justice, s'occupant des affaires de l'État et donnant le plus grand soin à l'éducation de ses enfants", nous dit Hérodien. Cependant ses fils lui donnent de nombreux soucis. Géta, le fils cadet, est César et n'a donc pas le même rang que les deux Augustes, son père et son frère aîné. La différence de traitement entre les deux fils a certainement dû jouer dans la relation entre les deux frères, l'un rabaissant l'autre et le plus jeune ayant sûrement de l'amertume et de la jalousie envers son frère aîné.
Toujours en citant Hérodien, voici comment les relations des deux frères sont relatées: ils "nourrissaient entre eux une haine qui s'était manifestée dès leurs premiers ans. Soit qu'alors ils fissent lutter des cailles et des coqs, soit qu'ils figurassent dans ces combats simulés qui sont un des jeux de l'enfance, ils prenaient toujours un parti différent : ils montrèrent les mêmes sentiments dans les jeux du cirque et pour le choix de leurs plaisirs. Souvent opposés l'un à l'autre, ils étaient toujours séparés et n'avaient aucun goût commun : ce qui plaisait à l'un déplaisait nécessairement à l'autre. Ils étaient assiégés de courtisans, de favoris officieux qui flattaient les passions de leur âge et entretenaient leur animosité mutuelle. Sévère, qui les observait, fit tous ses efforts pour les rapprocher et leur faire changer de conduite." Cette animosité conduira jusqu'au meurtre de Géta par Caracalla en 212.

Le camée ci-dessous dont la date de fabrication ne doit pas être très éloignée de la frappe de notre monnaie, nous montre l'image d'une famille unie: le couple impérial d'un côté et les deux jeunes princes de l'autre, Géta étant au fond en face de sa mère.


Camée représentant la famille impériale, de gauche à droite: Septime Sévère, Julia Domna, Géta et Caracalla (Bibliothèque nationale de France: Cabinet des monnaies, médailles et antiques - Paris)

dimanche 11 octobre 2009

Mars Victorieux sur un denier de Géta (Laodicée, 202)

Mars, dieu de la Guerre, est ici casqué et porte la haste en avant et vers le haut, il se dirige vers la droite, prêt au combat. Néanmoins, la victoire est assurée car il porte un trophée sur son épaule. 
Ce type pour Géta ne semble exister qu'à Laodicée, alors que son père utilise abondamment la figure du dieu de la guerre (avec différentes légendes dont MARTI VICTORI) vers 198 à Rome. Cette émission fait donc écho aux victoires sur les Parthes au tournant du siècle.

n°G18

Dénomination: Denier

Empereur: Géta

Avers: P SEPTIMIVS GETA CAES - Buste, tête nue, drapé à droite.

Revers: MARTI - VICTORI - Mars casqué, nu, avec le manteau flottant, marchant à droite et portant une haste de la main droite et un trophée sur l'épaule gauche.

Atelier (année de frappe): Laodicée (202)

Références: RSC 76 (30£) - RIC 103 (S) - BMC S742-8

Caractéristiques: Argent, 19 mm, 3.88 g, 6 h. - Ex. CGB Rome VIII n°453

Note: Le catalogue Rome VIII est entièrement consacré au monnayage de Septime Sévère et sa famille de 193 à 211.

Commentaire:

On trouve pour Laodicée une bonne douzaine de types différents frappés pour Géta entre 198 et 202, date de fermeture de l'atelier syrien. Le style oriental, moins fin que celui de la moneta romaine, est cependant plsu expressif en particulier dans le traitement des portraits. On observera également sur ce denier que le dieu de la guerre est particulièrement bien "membré" ;-)
On trouvera sur le relief ci-dessous, un Mars nettement plus décent...


Mars sur le relief dit de Domitius Ahenobarbus (Musée du Louvre - Paris)

mardi 1 septembre 2009

Nobilitas: une personnification rare dans le monnayage romain - Denier de Géta (Rome, 199)

Cette personnification, rare dans le monnayage romain, apparait sous Commode et sera assez peu utilisée après l'emploi fait par les Sévères (Philippe I ou Tetricus II par exemple). Elle est en général utilisée pour les successeurs héréditaires au trône afin de souligner leur haute naissance. Ce denier entre donc parfaitement dans la politique de mise en place d'une nouvelle dynastie par Septime Sévère et dont le monnayage se fait l'écho (voir: SEVERI PII AVG FIL ou IMPERII FELICITAS)


n°G9

Dénomination: Denier

Empereur: Géta (César)

Avers: P SEPT GETA - CAES PONT - Buste, tête nue, drapé à droite.

Revers: NOBI-LITAS - La Noblesse debout à droite, tenant un sceptre de la main droite et le palladium de la gauche.

Atelier (année de frappe): Rome (199)

Références: RSC 90 (35£) - RIC 13a (S) - BMC SC223-7 - Hill 414 (C2)

Caractéristiques: Argent, 19mm, 3.22g, 11h. - Ex. HD Rauch

Commentaire:

Bien que le type soit explicité par la légende, les deux attributs portés par Nobilitas montrent par quel biais la Noblesse doit être acquise: la valeur au combat (la haste) et la sagesse dans le gouvernement (le Palladium en lien avec Minerve). Commode a utilisé le premier ce type et il semblait naturel pour lui puisqu'il descendait d'une illustre famille d'empereurs parmi les meilleurs que Rome ait connu. Pour Géta, il en est autrement, il est le fils d'un homme parvenu au pouvoir à la suite d'un coup d'état militaire, le véritable premier grand homme de la famille. Cette famille n'est pas de la plus haute noblesse, Sévère est provincial (africain), certainement de souche punique et est devenu membre de l'ordre sénatorial au cours de sa carrière, son père n'étant que chevalier. Il y a donc un certain décalage entre la réalité familiale et la propagande mettant en avant les fils de Septime Sévère.

mardi 11 août 2009

Une représentation de triomphe - Denier de Géta (Rome, 206)

On ne trouve pas souvent d'images de triomphe sur les monnaies romaines, les victoires militaires étant souvent annoncées sur le monnayage par l'intermédiaire de la personnification Victoria. Il arrive cependant de voir des représentations de l'empereur en quadrige, comme c'est le cas sur ce denier qui commémore le premier consultat du jeune César Géta.

n°G21

Dénomination: Denier

Empereur: Géta (César)

Avers: P SEPTIMIVS - GETA CAES - Buste drapé à droite.

Revers: // COS - Géta en robe consulaire dans un quadrige au pas à gauche, tenant un sceptre surmonté d'un aigle.

Atelier (année de frappe): Rome (206)

Références: RSC 28 (120£) - RIC 28 (R) - BMC S443 - Hill 796 (R4)

Caractéristiques: Argent, 19mm, 3.45g, 6h. - Ex. Aegean Numismatics

Note: Cette monnaie est rare pour l'ensemble des ouvrages de référence (Cohen la cote 30 francs, elle est R pour le RIC et R4 pour Hill). On remarquera la composition particulièrement réussie de cette monnaie, laissant l'intégralité du champ à l'image, les trois lettres COS étant reléguées à l'exergue. Le char de Géta est ainsi bien mis en valeur.

Commentaire:

Au revers de ce denier, Géta est dans un quadrige en habit consulaire et tient le scipio. Le scipio est un sceptre en ivoire surmonté d'une aigle, on le retrouve en particulier, ainsi que le vêtement, sur les bustes consulaires de Probus.


Portrait de Probus au droit d'un aurelianus

Ce denier a été frappé dans le cadre d'une émission spéciale célébrant par anticipation les quinze ans de règne de Sévère. C'est pourquoi Hill date la monnaie de 206. On trouve dans cette émission de nombreux deniers aux revers exceptionnels (spectacles du Cirque, arc de triomphe, scène de sacrifice ou les Quatre Saisons). Géta a été consul en 205, ce que commémore cette monnaie. Durant cette même année, Caracalla a partagé cette charge avec son frère cadet, mais il s'agissait pour lui de son deuxième consulat.


Triomphe de Marc-Aurèle (Musées capitolins - Rome)

mardi 4 août 2009

Une rare représentation sur le monnayage impérial: Janus debout

Voici une monnaie qui présente un revers peu courant pour le monnayage impérial. En effet, si la tête de Janus apparaît fréquemment sur des monnaies républicaines, ce dieu se fait plutôt discret sur les espèces impériales.

n°G11

Dénomination: Denier

Empereur: Géta

Avers: P SEPT GETA PIVS - AVG BRIT - Tête laurée à droite.

Revers: TR P III - COS II PP - Janus debout de face, tenant un foudre de la main gauche et une haste renversée de la droite.

Atelier (année de frappe): Rome (211)

Références: RSC 197 (60£) - RIC 79 (S) - BMC C13-4 - Hill 1297 (R4)

Caractéristiques: Argent, 20mm, 3.71g, 6h. - Ex. Beast Coins

Note: Il existe une variante où la haste est remplacée par un sceptre.

Commentaire:

Janus est le dieu romain des portes, des ouvertures (de l'année, de la guerre, etc.). Quand Rome était en paix, les portes de son temple étaient fermées, ce qui n'est arrivé que rarement dans l'histoire romaine. Il est le dieu aux deux visages, l'un regardant vers le passé, l'autre le futur.


Buste de Janus (Musée Chiaramonti - Vatican)

Il est couramment représenté sur le monnayage républicain d'argent ou de bronze: http://www.fredericweber.com/republique/FICHES/FURIA1.htm.

Par contre à l'époque impériale, il se fait beaucoup plus rare. La précédente représentation, n'est pourtant pas très ancienne: Pertinax l'a utilisé en 193 lors de son court règne, sa prise de pouvoir s'étant effectuée un 1er janvier, fête du dieu http://www.acsearch.info/ext_image.html?id=152102.
Géta utilise aussi cette iconographie de Janus debout, mais cette fois avec des attributs ioviens, alors qu'il codirige l'empire avec Caracalla. Il exprime ainsi la dualité de l'empire en 211. Mais les deux hommes se détestent et n'acceptent pas l'idée de partager le pouvoir, Caracalla revendiquant son aînesse et donc une certaine primauté sur son cadet. Cette monnaie est pour Géta l'occasion de montrer à tout l'empire qu'il y a égalité entre les deux co-empereurs. Cependant, il s'agit de l'une des dernières émissions de deniers de Géta avant son assassinat par son frère en 212.