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dimanche 23 février 2014

Le portrait de Julia Domna et Hilaritas sur un denier romain

Hilaritas, l'Allégresse, est une personnification célébrant la gaieté, l'enjouement. Elle est présente sur les monnaies de l'atelier de Rome plus particulièrement durant la période Hadrien - Commode. Julia Domna en fera abondamment usage sur ses deniers de Rome ou Laodicée et ce aussi bien durant le règne de son mari, Septime Sévère que celui de son fils, Caracalla. L'attribut principal de l'Allégresse est la longue feuille du palmier. Elle porte sur ce denier de l'atelier romain un sceptre long, mais elle peut tout aussi porter une corne d'abondance comme sur ce denier syrien. L'atelier de l'Urbs a aussi frappé ce type, mais très vraisemblablement quelques années plus tôt.


n° J20

Dénomination: Denier

Impératrice: Julia Domna

Avers: IVLIA - AVGVSTA - Buste drapé à droite.

Revers: HIL-A-RITAS - Hilaritas debout de face, tête à gauche, tenant une longue palme de la main droite et un sceptre long de la gauche.

Atelier (année de frappe): Rome (202)

Références: RSC 76 (25£) - RIC S555 (C) - BMC S32-3 - Hill 563 (R) - BnF 6601.

Caractéristiques: Argent, 18mm, 3.35g, 6h - Ex. iNumis VSO 4 n°283.

Note: ce type existe, toujours en argent, sur un rare quinaire conservé à Vienne (RIC 555 - RSC 77).

Commentaire:

Le portrait de l'impératrice (M selon la codification de Hill) est ici de beau style avec une tête ronde. Durant cette période où l'impératrice a encore des traits jeunes (199-209), on notera que le traitement du portrait est très variable, plus sophistiqué en tout cas que durant la première période et aussi parfois idéalisé. C'est certainement le cas sur ce denier où l'on voit également nettement la mèche de cheveux sur la joue. Le style des portraits durant cette période, la plus faste du règne de Septime Sévère, est très inégal: très fin comme sur ce denier à extrêmement médiocre avec un buste petit et une tête allongée. Il ne semble pas y avoir de chronologie entre ces styles qui sont uniquement le fait de graveurs plus ou moins doués.


Buste de Julia Domna (Braccio Nuovo, Musées du Vatican)

dimanche 24 juin 2012

Caracalla sacrifiant pour ses décennales (Rome, 202 et 206)

En 198, Caracalla est nommé Auguste par son père. Selon Hill, des voeux pour les dix années à venir (VOTA SVSCEPTA X) sont commémorés en 202 et 206. En 202, on trouve effectivement des deniers avec la légende VOT SVSC DEC PON TR P V COS. Caracalla a encore l'allure juvénile (il n'a que 14 ans) et l'avers de la monnaie arbore un buste drapé. Les dix ans de règne sont abrégés en DEC. Le revers mentionne le pontificat et le consulat qu'il revêt en cette année 202. La monnaie est parfaitement datée par la cinquième puissance tribunicienne. Quelques années plus tard, un autre denier est émis pour les voeux. L'enfant a grandi et est maintenant un jeune homme. A l'image de son père, il est représenté sans draperie au droit de la monnaie, mais la légende est la même, celle qui est active de 201 à 210, ANTONINVS PIVS AVG. Le type de revers est lui aussi identique, l'empereur voilé sacrifiant, mais cette fois la monnaie n'est plus datée, seule la mention des voeux VOTA SVSCEPTA X est maintenue, non plus abrégé mais en toutes lettres, le nombre des années étant cette fois noté sous forme de chiffre. Cependant, l'existence d'un buste drapé pour ce même type monétaire prouve que la monnaie date de 206. En effet, c'est cette année-là que la transition de buste s'opère pour le jeune Auguste. Il ne reste donc plus que deux ans avant l'accomplissement des décennales...


n° C103



n° C111

Dénomination: Denier

Empereur: Caracalla

Avers: ANTONINVS - PIVS AVG - C 103: Buste drapé, lauré à droite ; C111: Tête laurée à droite.

Revers: C103: VOT SVSC DEC - PON TR P V COS ; C111: VOTA SVS-CEPTA X - Caracalla, voilé, debout de face, tête à gauche, sacrifiant à l'aide d'une patère au-dessus d'un trépied allumé et tenant un rouleau de la main gauche.

Atelier (année de frappe): C103: Rome (202) ; C111: Rome (206)

Références: C103: RSC 686 (40£) - RIC 68 (S) - BMC S396-7 - Hill 552 (R) - BnF 6981 (+1ex. sans n°) ; C111: RSC 689 (25£) - RIC 179 (S) - BMC S524-6 - Hill 821 (C2) - BnF 6982;244

Caractéristiques: C103: Argent, 19mm, 3.4g, 6h - Ex. Creusy ; C111: Argent, 20mm, 3.8g, 6h - Ex. Creusy.

Commentaire:
Le voeu est un contrat conclu entre un homme et une divinité. A cette occasion (ici pour les décennales à venir), un sacrifice était dû.
La représentation de l'empereur sacrifiant répond à un canon que l'on retrouve sur des bas-reliefs, statues etc. D'un seul coup d'oeil on reconnait l'action, même si, ici, le terme VOTA appuie l'image. L'empereur qui est aussi prêtre (pontife) est voilé (sa toge de citoyen est drapée afin de recouvrir sa tête et libérer le bras) comme l'impose le rite romain. Il tient en main une patère et effectue une libation au-dessus d'un trépied allumé. Son geste est celui d'une offrande (encens et vin) faite aux dieux. Le trépied devant lui contient un foyer qui sert donc à transmettre cette offrande à la divinité. Sur le bas-relief ci-dessous (face interne de l'arc des changeurs sur le Vélabre), on voit le jeune Caracalla effectuant un sacrifice, très certainement lors des Jeux Séculaires de 204. Il suit le rite grec (sa tête n'est pas couverte) et comme sur la monnaie, il tient en main un rouleau ainsi que la patère au-dessus d'un trépied où un feu est allumé.



Caracalla effectuant une libation au-dessus d'un autel portatif (Arc des changeurs, Rome).

samedi 2 avril 2011

Les décennales de Septime Sévère célébrées sur un denier de Laodicée

Les fêtes décennales (decennalia) marquaient le dixième anniversaire du règne de l'empereur, mais étaient célébrées au bout de neuf ans le jour du dies imperii, c'est-à-dire le jour anniversaire de la prise de pouvoir. L'empereur entrait ainsi dans sa dixième année de règne par des célébrations religieuses, des distributions de blé et d'argent (donativa), des jeux, etc. qui ont duré sept jours pour Septime Sévère selon Dion Cassius: "Sévère, à l'occasion du dixième anniversaire de son règne, fit don à la multitude qui recevait du blé de l'Etat, ainsi qu'aux soldats prétoriens, d'autant d'aurei qu'il y avait d'années qu'il était au pouvoir. Ce fut pour lui une occasion de montrer la grandeur de sa vanité ; personne n'avait, en vérité, tant donné à tous à la fois ; car cinquante millions de drachmes furent dépensés pour ce don. On célébra aussi les noces d'Antonin, fils de Sévère, et de Plautilla, fille de Plautianus ; la dot donnée par celui-ci était assez forte pour suffire à cinquante filles de rois. Nous la vîmes porter au palais à travers le Forum. On nous fit également un festin qui tenait à la fois et de la magnificence des rois et de la grossièreté des barbares, festin où on nous donna tout ce qu'on a coutume de servir cuit et cru, et même des animaux vivants. Il y eut aussi alors des spectacles de toute sorte, à l'occasion du retour de Sévère, de la dixième année de son règne et de ses victoires."
On le voit Sévère célèbre avec faste ses decennalia en 202, en y joignant le mariage de son fils Antonin (Caracalla) avec Plautille la fille de son puissant et riche préfet du Prétoire Plautien, ainsi que son triomphe récent sur les Parthes. Ces festivités ont profondément impressionné les contemporains par un éclat et une opulence rarement vu par les Romains. Cet article revient sur les moments marquants de ces fêtes et les monnaies qui les évoquent.


n° S67

Dénomination: Denier

Empereur: Septime Sévère

Avers: L SEPT SEV AVG IMP XI PART MAX - Tête laurée à droite. 

Revers: VOTIS DECENNALIBVS - Septime Sévère, voilé, debout à gauche, tenant un rouleau de la main gauche et sacrifiant avec une patère au-dessus d'un trépied allumé.

Atelier (année de frappe): Laodicée (202)

Références: RSC 796 (85£) - RIC 519 (S) - BMC 680 - BnF 6564

Caractéristiques: Argent, 19mm, 2.87g, 6h - Ex. HD Rauch Sommerauktion 2008 n°700.

Note: il existe aussi un autre denier de Laodicée présentant la légende VOTIS DECENNALIBVS, mais elle est au centre de la monnaie, entourée par une couronne de laurier. Cette légende n'existe pas à Rome.

Commentaire:

On devine la tête de l'empereur au revers où la barbe "à la Sérapis" de Septime Sévère est parfaitement reconnaissable.


La scène représentée sur la monnaie est typique de la religion romaine qui est basée essentiellement sur des rituels. Au dessus d'un foyer allumé sur un trépied portatif, l'empereur accomplit un geste très souvent représenté comme sur ce bas-relief exposé au Capitole.


L'empereur Marc Aurèle effectuant une libation à l'aide d'une patère au-dessus d'un trépied. En face de lui un jeune assistant, un camille, porte une boîte d'encens (acerra); à l'arrière on devine un flamine (un prêtre) coiffé de son bonnet surmonté d'un apex. (Musées capitolins - Rome).

Il s'agit d'une scène de libation, l'empereur ici dans sa fonction de prêtre verse sur le feu du vin ou de l'encens à partir d'une patère, cette coupelle en céramique ou en métal parfois décorée.
Pour la datation de cette monnaie, le BMC évoque plutôt une date proche des cinq ans de règne (vers 197-198), c'est-à-dire pour les voeux des dix ans à venir (vota solvta V et vota svscepta X) plutôt que pour les voeux accomplis (vota solvta X) qui dateraient alors ce denier de 202-203. La titulature d'avers est active de 198 à 202.

dimanche 17 octobre 2010

Le 15 avril 202: un mariage romain - Deniers de Caracalla et Plautille (Rome, 202)

En 202, lors des fastueuses festivités célébrant les décennales de Septime Sévère et son triomphe parthique, l'empereur organisa aussi le mariage de son fils Antonin Caracalla avec la fille de son meilleur ami et préfet du Prétoire Plautien. Cette union renforçait (provisoirement...) la puissance de cet homme fortuné. Caracalla venait d'avoir 14 ans, mais on ne connait pas l'âge de la future épouse, Plautille, mais on suppose qu'elle était également très jeune.
Dion Cassius parle de l'événement en ces termes: "On célébra aussi les noces d'Antonin, fils de Sévère, et de Plautilla, fille de Plautianus ; la dot donnée par celui-ci était assez forte pour suffire à cinquante filles de rois. Nous la vîmes porter au palais à travers le Forum. On nous fit également un festin qui tenait à la fois et de la magnificence des rois et de la grossièreté des barbares, festin où on nous donna tout ce qu'on a coutume de servir cuit et cru, et même des animaux vivants." Les deux jeunes mariés sont apparentés, car Septime et Plautien sont cousins du côté de la mère de l'empereur. Malgré les voeux de Concorde heureuse et éternelle inscrits sur les revers de ces monnaies, le mariage des deux jeunes princes sera un échec. 
Les deux deniers présentés ici sont classés par Hill dans deux émissions distinctes: tout d'abord une émission spéciale (la deuxième) consacrée au mariage pour Plautille et la 15ème émission qui la suit immédiatement pour Caracalla. Il existe aussi au sein de cette dernière des monnaies similaires pour Plautille mais avec la légende CONCORDIA FELIX.


n°C45


n°P7

Dénomination: Denier

Empereur et impératrice: Caracalla et Plautille

Avers: ANTONINVS - PIVS AVG - Buste drapé et lauré à droite (C45) ; PLAVTILLAE AVGVSTAE - Buste drapé à droite (portrait Pa) (P7). 

Revers: CONCOR-DIA - FELIX (C45) ; CONCORDIAE AETERNAE (P7) - Plautille debout à droite et donnant la main à Caracalla debout à gauche.

Atelier (année de frappe): Rome (202)

Références: C45: RSC 23 (40£) - RIC 124a (S) - BMC S272-3 - Hill 581 (S2) - BnF 6690-1 ; P7: RSC 10 (45£) - RIC 361 (S) - BMC 401-4- Hill 575A (C) - BnF 6996-8 (+1 exemplaire J&M Delepierre 1966)

Caractéristiques: C45: Argent, 19mm, 2.8g, 7h. - Ex. Creusy ; P7: Argent, 17mm, 3.28g, 6h. - Ex. HD Rauch Sommerauktion 2008 n°753

Note: Sur cette monnaie Plautille porte la coiffure chronologiquement la plus ancienne présente sur ses deniers (portrait Pa). La légende au datif est également la première, elle sera remplacée ensuite par la légende au nominatif en même temps que le passage au portrait Pb.

Commentaire:

A. Daguet-Gagey dans sa biographie sur Septime Sévère donne des informations intéressantes sur le déroulement des noces et rend très vivant le récit de celles-ci. Je me permets de retranscrire ici librement son propos. J'invite tous les passionnés par cette période à lire son ouvrage.
Le mariage, comme la plupart des actions des Romains, s'accompagne de rituels et de sacrifices aux dieux. Caracalla et Plautille se rendent ainsi dans la journée avec leurs familles dans un sanctuaire où des animaux (généralement un porc ou une brebis) sont immolés. Une prise d'auspices a lieu afin que l'union ait l'assentiment des divinités consultées. Plautille a revêtu pour l'occasion la traditionnelle tunique sans ourlets, un manteau safran et des sandales de mêmes teintes. Puis, les promis échangent leurs consentements: Ubi tu Antoninus, ego Plautilla que l'on peut traduire par "là où tu seras Antonin, là je serai, moi Plautille". La foule présente sur les lieux clame alors Feliciter! Feliciter! Le festin se déroule ensuite en présence de tout le gratin aristocratique de Rome dont de nombreux sénateurs, ainsi que d'hôtes illustres dont certains venant de loin comme le roi Abgar VIII d'Edesse. Dion Cassius, dans l'extrait cité en introduction, dénonce les comportements de parvenu de l'empereur avec cette profusion et variété de nourriture qui sont très loin de l'antique vertu romaine faite de frugalité, de retenue, de sobriété. Enfin, à la tombée de la nuit,les mariés se rendent en cortège dans leur demeure privée dans une aile réservée du palais impérial sur le Palatin. A l'entrée de la demeure éclairée par une torche d'aubépines tressées, la jeune mariée franchit le seuil sans toucher le sol, portée par des bras amis.


Vestiges de la Domus Severiana (dont il ne reste principalement que l'ensemble thermal), le palais de l'empereur sur le Palatin, commencé par ses prédecesseurs et agrandi par Septime Sévère.

samedi 21 août 2010

Les dernières monnaies émises à Laodicée pour Septime Sévère (202)

Cette monnaie au portrait caractéristique du "nouveau style" de l'atelier de Laodicée fait état du troisième consulat de Septime Sévère. On peut donc dater cette monnaie de 202, année vraisemblable de fermeture du dernier atelier syrien de monnayage impérial encore en activité. Cette monnaie fait donc partie des dernières émises à Laodicée et il n'y a pas d'autres monnaies datables de 202 dans cet atelier oriental.
Ce nouveau style plus soigné reprend très souvent des types romains et présente une gravure moins fruste et avec moins d'erreurs de légendes que durant la première phase d'activité (jusqu'en 198).


n° S12

Dénomination: Denier

Empereur: Septime Sévère

Avers: SEVERVS - PIVS AVG - Tête laurée à droite.

Revers: COS - I-I-I - P-P - Victoire marchant à gauche tenant une palme de la main gauche et tendant une couronne de la main droite.

Atelier (année de frappe): Laodicée (202)

Références: RSC 102 (25£) - RIC 526 (C) - BMC 732-3 - BnF 6301-2

Caractéristiques: Argent, 18mm, 2.81g, 6h.

Note: une monnaie avec mention du deuxième consulat existe aussi à Laodicée

Commentaire:

Victoria, devenue divinité, est présente partout: pièces de monnaies, sculptures célébrant une victoire militaire, autels comme celui de Rome et d'Auguste au sanctuaire fédéral des trois Gaules à Lugdunum, bas-reliefs, etc. Elle symbolise la victoire sous toutes ces formes et devient même un élément décoratif parmi d'autres.
Sur ce buste de jeune femme inconnue du Musée du Louvre, daté vers 120-130 ap. J.-C., la Victoire présente sur le vêtement n'a pas de connotation guerrière. Les spécialistes estiment qu'il s'agit-là du portrait d'une poétesse et la Victoire ferait allusion à un concours de poésie remportée par cette femme, "l'expression inspirée des grands yeux extatiques appuie cette hypothèse" indique la notice.


Buste d'une inconnue de l'ancienne collection du cardinal de Richelieu (Musée du Louvre, Paris)

La représentation de la Victoire est ici "canonique" avec sa longue robe romaine, ses ailes et ses deux attributs principaux la palme du gagnant (concours sportif, cirque...) et la couronne de laurier qu'elle tend au triomphateur. La même image est donc reproduite sur la monnaie et sur cette sculpture et est le signe d'un langage commun compris de tous.


Détail de la Victoire sur la tunique du buste d'inconnue

mercredi 26 mai 2010

Un denier de Plautille au type d'Hilaritas frappé à Laodicée (202)

Il y a peu de monnaies frappées pour Plautille à Laodicée. Nous en connaissons trois types: deux présentant au revers l'allégorie Concordia assise, l'une avec la légende longue au datif (PLAVTILLAE AVGVSTAE), l'autre avec la légende courte au nominatif (PLAVTILLA AVG) et qui est inexistante à Rome. La monnaie présentée aujourd'hui correspond au troisième type avec Hilaritas au revers.
On notera aussi que toutes les monnaies de Laodicée présentent le deuxième type de coiffure (Pb) dans la chronologie des monnaies de Plautille. La première coiffure en chignon haut est curieusement absente et les suivantes (Pbvar, Pc et Pd) n'ont jamais non plus été utilisées sur les deniers de la jeune impératrice à l'atelier syrien.


n° P9

Dénomination: Denier

Impératrice: Plautille

Avers: PLAVTILLAE AVGVSTAE - Buste drapé à droite (portrait Pb).

Revers: HIL-A-R-ITAS - Hilaritas debout à gauche, tenant une longue palme de la main droite et une corne d'abondance de la gauche.

Atelier (année de frappe): Laodicée (202)

Références: RSC 14 (60£) - RIC 371 (S) - BMC 737-8 - BnF 7002

Caractéristiques: Argent, 19mm, 3.24g, 12h. - Ex. FAC

Note: Ce type est le plus rare de l'atelier syrien pour Plautille

Commentaire:

Hilaritas, que l'on pourrait traduire en français par l'Allégresse, la Joie, est peu présente dans le monnayage romain en général. Cependant certains empereurs (les Antonins) et impératrices (Faustine II, Julia Domna...) l'ont utilisée peut-être en lien avec des réjouissances religieuses. Son attribut principal et distinctif est la palme qu'elle plante au sol et qui servait à décorer rues et bâtiments. On peut faire le lien aussi avec les palmes ayant servies à accueillir Jésus-Christ lors de son entrée à Jérusalem peu avant sa Passion ("dimanche des Rameaux"). La joie est aussi celle de la victoire, c'est pourquoi ce symbole est aussi portée par Victoria. La palme est avant tout un symbole de vie comme n'importe quel végétal et il n'est pas rare de voir Hilaritas accompagnée par des enfants. Ici, la jeunesse de la nouvelle Augusta est soulignée par l'utilisation de cette personnification, mais elle doit aussi certainement être mise en relation avec une signification plus religieuse. Enfin, il ne faut pas oublier qu'en 202, la jeune fille est mariée à Caracalla. La joie c'est la promesse de bonheur et d'une progéniture qu'est censée apporter cette union. On connait la suite de l'histoire...

samedi 5 décembre 2009

Deux frères qui se détestent - Denier de Géta (Rome, 202)

La propagande mise en place par Septime Sévère met en avant sa progéniture, dont il fait ses héritiers désignés. Il rompt ainsi avec l'adoption du "meilleur" en vigueur sous les premiers Antonins. La nouvelle dynastie est sensée apporter, comme sur cette monnaie, la Sécurité de l'Empire. On va voir que les héritiers ne s'entendent pas vraiment...


n°G4

Dénomination: Denier

Empereur: Géta

Avers: P SEPT GETA - CAES PONT - Buste, tête nue, drapé et cuirassé à droite.

Revers: SECVRIT - IMPERII - Securitas assise à gauche tenant un globe dans sa main droite.

Atelier (année de frappe): Rome (202)

Références: RSC 183a (30£) - RIC 20b (C) - BMC S240note - Hill 553var. (C2)

Caractéristiques: Argent, 19 mm, 3.41 g, 12 h.

Note: Hill oublie le buste drapé et cuirassé dans son inventaire et ne retient que le buste drapé. De même, les 4 exemplaires du BMC sont signalés comme étant avec un buste drapé, or le seul exemplaire illustré montre clairement des ptéryges à l'épaule.

Commentaire:

En 202, de nombreuses festivités ont lieu, j'aurai l'occasion d'en reparler, afin de célébrer le triomphe parthique, la mariage de Caracalla et Plautille ainsi que les Décennales de Septime Sévère. "Après toutes ces fêtes, il resta à Rome, où il passa plusieurs années, rendant assidûment la justice, s'occupant des affaires de l'État et donnant le plus grand soin à l'éducation de ses enfants", nous dit Hérodien. Cependant ses fils lui donnent de nombreux soucis. Géta, le fils cadet, est César et n'a donc pas le même rang que les deux Augustes, son père et son frère aîné. La différence de traitement entre les deux fils a certainement dû jouer dans la relation entre les deux frères, l'un rabaissant l'autre et le plus jeune ayant sûrement de l'amertume et de la jalousie envers son frère aîné.
Toujours en citant Hérodien, voici comment les relations des deux frères sont relatées: ils "nourrissaient entre eux une haine qui s'était manifestée dès leurs premiers ans. Soit qu'alors ils fissent lutter des cailles et des coqs, soit qu'ils figurassent dans ces combats simulés qui sont un des jeux de l'enfance, ils prenaient toujours un parti différent : ils montrèrent les mêmes sentiments dans les jeux du cirque et pour le choix de leurs plaisirs. Souvent opposés l'un à l'autre, ils étaient toujours séparés et n'avaient aucun goût commun : ce qui plaisait à l'un déplaisait nécessairement à l'autre. Ils étaient assiégés de courtisans, de favoris officieux qui flattaient les passions de leur âge et entretenaient leur animosité mutuelle. Sévère, qui les observait, fit tous ses efforts pour les rapprocher et leur faire changer de conduite." Cette animosité conduira jusqu'au meurtre de Géta par Caracalla en 212.

Le camée ci-dessous dont la date de fabrication ne doit pas être très éloignée de la frappe de notre monnaie, nous montre l'image d'une famille unie: le couple impérial d'un côté et les deux jeunes princes de l'autre, Géta étant au fond en face de sa mère.


Camée représentant la famille impériale, de gauche à droite: Septime Sévère, Julia Domna, Géta et Caracalla (Bibliothèque nationale de France: Cabinet des monnaies, médailles et antiques - Paris)

dimanche 11 octobre 2009

Mars Victorieux sur un denier de Géta (Laodicée, 202)

Mars, dieu de la Guerre, est ici casqué et porte la haste en avant et vers le haut, il se dirige vers la droite, prêt au combat. Néanmoins, la victoire est assurée car il porte un trophée sur son épaule. 
Ce type pour Géta ne semble exister qu'à Laodicée, alors que son père utilise abondamment la figure du dieu de la guerre (avec différentes légendes dont MARTI VICTORI) vers 198 à Rome. Cette émission fait donc écho aux victoires sur les Parthes au tournant du siècle.

n°G18

Dénomination: Denier

Empereur: Géta

Avers: P SEPTIMIVS GETA CAES - Buste, tête nue, drapé à droite.

Revers: MARTI - VICTORI - Mars casqué, nu, avec le manteau flottant, marchant à droite et portant une haste de la main droite et un trophée sur l'épaule gauche.

Atelier (année de frappe): Laodicée (202)

Références: RSC 76 (30£) - RIC 103 (S) - BMC S742-8

Caractéristiques: Argent, 19 mm, 3.88 g, 6 h. - Ex. CGB Rome VIII n°453

Note: Le catalogue Rome VIII est entièrement consacré au monnayage de Septime Sévère et sa famille de 193 à 211.

Commentaire:

On trouve pour Laodicée une bonne douzaine de types différents frappés pour Géta entre 198 et 202, date de fermeture de l'atelier syrien. Le style oriental, moins fin que celui de la moneta romaine, est cependant plsu expressif en particulier dans le traitement des portraits. On observera également sur ce denier que le dieu de la guerre est particulièrement bien "membré" ;-)
On trouvera sur le relief ci-dessous, un Mars nettement plus décent...


Mars sur le relief dit de Domitius Ahenobarbus (Musée du Louvre - Paris)

dimanche 4 octobre 2009

Le troisième type de coiffure pour Plautille - Denier avec Concordia (Rome, 202)

L'année 202 concentre un grand nombre de monnaies pour Plautille du fait de son mariage avec le fils aîné de Septime Sévère, Antonin plus communément appelé Caracalla. Les types à la Concorde (personnification ou entre époux) sont variés au niveau des légendes de droit et de revers et dominent exclusivement les émissions de la jeune fille cette année-là. Quasiment tous les types de coiffure portés par la nouvelle Augusta durant les quelques années où on frappe monnaies pour elle sont présents dès 202. Ces variations capillaires permettent de dater relativement les monnaies entre elles.


n°P5

Dénomination: Denier

Impératrice: Plautille

Avers: PLAVTILLA - AVGVSTA - Buste drapé à droite (portrait Pb var).

Revers: CONCORDIA - AVGG - La Concorde debout à gauche, tenant une patère de la main droite et un sceptre de la gauche.

Atelier (année de frappe): Rome (202)

Références: RSC 1 (45£) - RIC 363b (S) - BMC 414-5 - Hill 585 (C) - BnF 1ex. (J&M Delepierre 1966)

Caractéristiques: Argent, 18mm, 3.35g, 11h. - Ex. CNPR Poindessault

Commentaire:

Les coiffures de Plautille peuvent être décrites en fonction du sens des ondulations des crans et la position du chignon. Sur les premières émissions, la coiffure comporte des tresses ou crans horizontaux et un chignon porté haut. Au cours de cette année 202, la coiffure va évoluer avec les tresses qui vont se verticaliser et s'affiner et un chignon qui va progressivement descendre le long de la nuque. Sur la monnaie présentée ici, les rides formées par les crans sont obliques, voire déjà quasiment verticales et le chignon très bas à l'arrière de la tête. Alors que l'impératrice-mère Julia Domna a une coiffure qui n'évolue pratiquement pas au cours des années, l'adolescente Plautille modifie sa coiffure fréquemment. Sur la photo ci-dessous, on peut voir un buste attribué à la jeune fille avec le même type de coiffure que sur la monnaie. Chronologiquement, il s'agit du troisième type de coiffure (sur cinq) pour Plautille.


Buste de Plautille - Museo Nazionale / Palazzo Massimo (Rome)

mercredi 19 août 2009

L'Arrivée des Augustes - Denier de Septime Sévère (Rome, 202)

L'adventus, l'arrivée, est la contrepartie de la profectio, le départ. Généralement, l'empereur est tourné vers la gauche, car il revient vers Rome d'où il était parti. Ce denier a été frappé en 202 à l'occasion du grand retour de la famille impériale après la campagne parthique. Il s'agit du deuxième adventus célébré sur les monnaies de Septime Sévère. Le premier eut lieu en 196, au plus tard en juin 197 après les victoires sur les usurpateurs Pescennius Niger et Clodius Albinus. Mais à l'été 197, la famille impériale repart pour l'Orient pour ne revenir donc qu'en 202. Après ce retour dans la capitale de nombreuses festivités eurent lieu: triomphe, mariage de Caracalla et décennales de l'empereur.



n°S24

Dénomination: Denier

Empereur: Septime Sévère

Avers: SEVERVS - PIVS AVG - Tête laurée à droite.

Revers: ADVENT AVGG - Septime Sévère en habit militaire, à cheval à gauche, tenant une haste, et précédé d'un soldat à pied tenant un vexillum et menant le cheval.

Atelier (année de frappe): Rome (202)

Références: RSC 1 (45£) - RIC 248 (S) - BMC 304-6 - Hill 559 (S2) - BnF 6258-9

Caractéristiques: Argent, 18mm, 3.2g, 6h.

Note: Le redoublement de la lettre G dans la légende de revers ADVENT AVGG indique que les Augustes sont au nombre de deux: Septime Sévère et Caracalla. C'est le cas depuis l'accession à l'Augustat du fils aîné de l'empereur en 198. Lors du premier adventus en 196, la légende n'indiquait qu'un seul Auguste.

Commentaire:

Observons attentivement la scène du revers. Le soldat qui précède le cheval de l'empereur est casqué et porte un vexillum, étendard de la cavalerie romaine. Ce carré de tissu accroché à une traverse horizontale est l'insigne particulier de cette unité.


Détails de la colonne trajane (Rome)




Détail de l'arc de Constantin (Rome)

Quant à l'empereur, la barbe nous rend son portrait reconnaissable, son cheval est cabré, une des figures équestres les plus impressionnantes. Il salue ses troupes et le peuple qui l'acclame après ses victoires sur les Parthes. Il porte une haste, arme et symbole de son pouvoir militaire. Cette lance, à l'image d'un sceptre long, n'a pas de pointe; elle était remise en récompense au légionnaire qui s'était distingué sur le champ de bataille. L'empereur a revêtu le paludamentum, ce manteau pourpre hérité des généraux de la République, il est retenu à l'épaule par une fibule. Enfin, Septime Sévère est ceint de la couronne de laurier des généraux victorieux.

samedi 1 août 2009

La Concorde des époux - Denier de Plautille (Rome, 202)

Le 15 avril 202, le jeune Auguste de 14 ans, Caracalla, épouse Plautille encore plus jeune. Elle est la fille du Préfet du Prétoire et ami de Septime Sévère, Plautien, également d'origine africaine et apparenté à l'empereur. Ce denier frappé en 202 célèbre la Concorde qui doit régner entre les deux époux.

n°P2
Dénomination: Denier

Impératrice: Plautille

Avers: PLAVTILLA - AVGVSTA - Buste drapé à droite (portrait Pb var).

Revers: CONCORDIA - FELIX - Plautille debout à droite et donnant la main à Caracalla debout à gauche.

Atelier (année de frappe): Rome (202)

Références: RSC 12 (45£) - RIC 365a (S) - BMC 418 - Hill 586 (S2) - BnF 7000

Caracatéristiques: Argent, 19mm, 3.15g, 6h. - Ex. CGF Monnaies XXI

Note: cet exemplaire est illustré dans le livre "Les monnaies romaines" de L. Schmitt et M. Prieur au n°2833.

Commentaire:

Sur les deniers de Plautille la Concorde peut être personnifiée par une femme portant un diadème et tenant dans les mains un sceptre et une patère ou comme ici par les deux époux se donnant la main. On peut d'ailleurs voir sur un sarcophage romain les deux représentations ensembles (voir ci-dessous). Ce revers avec les deux époux, main dans la main, est paradoxal, car on dit qu'ils ne se sont jamais entendus. En 205, après la disgrâce de Plautien, la jeune femme est exilée aux îles Lipari, puis exécutée sous les ordres de Caracalla en 211 après la mort de Sévère.


La Concorde entre les deux époux (sarcophage du IIIè siècle)- Palazzo Massimo (Rome)