Affichage des articles dont le libellé est 209. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est 209. Afficher tous les articles

mardi 7 août 2012

Une monnaie de Septime Sévère exceptionnelle, rare et complexe iconographiquement

Cette monnaie est exceptionnelle à plus d'un titre. Tout d'abord par sa rareté. Même si le British Museum possède deux exemplaires (dont un usé), elle est absente de beaucoup de grandes collections institutionnelles en premier lieu de Paris. Au moment de la rédaction de son ouvrage à la fin du XIXème siècle, H. Cohen ne connaissait que l'exemplaire du Cabinet de Vienne. Aujourd'hui, cinq exemplaires semblent être connus, tous de même coin de revers, ce qui confirme la rareté du type. Ensuite par son iconographie unique dans le monnayage romain. La scène est complexe, car de nombreux personnages et attributs occupent le flan. Tout d'abord l'empereur, reconnaissable à sa barbe bifide, est assis sur une chaise curule de face, ce qui est déjà remarquable. C'est le magistrat qui est représenté ici puisqu'il est en toge et il est assis sur le siège réservé à ceux qui possèdent l'imperium. On notera que Mattingly dans le RIC interprète le personnage principal comme Roma, contrairement à Cohen, car pour lui l'exemplaire du British Museum montre un personnage féminin. La barbe qui se voit clairement sur l'exemplaire ci-dessous ne laisse planer aucun doute sur l'identité du personnage, c'est bien Septime Sévère. La légende, quant à elle est militaire: VICTORIAE AVGG, les Victoires des Augustes. Et on voit effectivement deux Victoires sur cette monnaie, l'une dans les mains de l'empereur sous la forme d'une statuette, l'autre est Victoria, personnification et déesse de la Victoire qui, planant dans les airs, vient couronner Septime Sévère. Reste à identifier le personnage à genoux et l'attribut qu'il porte à bout de bras au-dessus de lui.

n° S113

Dénomination: Denier

Empereur: Septime Sévère

Avers: SEVERVS - PIVS AVG - Tête laurée à droite.

Revers: VICTORIAE AVGG - Septime Sévère en toge assis de face sur une chaise curule, tenant une Victoriola dans sa main droite; sur la droite à ses pieds, une petite figure nue porte un orbe sur sa tête. A droite, une Victoire volante couronne l'empereur.

Atelier (année de frappe): Rome (206)

Références: RSC 717 (350£) - RIC 301 (R3) - BMC 371-2 - Hill 1008 (R4) - BnF /

Caractéristiques: Argent, 19mm, 3.38g, 6h -  Ex. Aureo & Calico Subasta 238 n°1114 ; Ex. Lanz Auktion 100 n°33 ; Ex. Lanz Auktion 30 n°636.

Note: Cette monnaie est rarissime comme le montre les indices de rareté et les cotes. A la fin du XIXème siècle, Cohen la cotait déjà 100F Or.

Commentaire:

Les mystères sont nombreux pour cette monnaie à commencer par sa datation. Mattingly la date de 208, Hill la place quant à lui en 209 lors d'une émission spéciale sur la campagne et les premières victoires en Bretagne. Or rien n'explique le lien entre cette iconographie hors du commun et la campagne britannique. Curtis C. Clay a un argument décisif pour l'année 206. Il a en effet observé des liaisons de coins de droit avec le type LAETITIA TEMPORVM (jeux du Cirque avec le navire au centre, les chars en haut et les animaux en bas). De nombreux types rares et exceptionnels comme ceux-ci ont été frappés cette année-là et il ne serait pas étonnant que cela soit aussi le cas pour notre denier à la légende VICTORIAE AVGG. 
Il reste à identifier le petit personnage aux pieds de l'empereur. Certains y voit un captif portant un bouclier. Les captifs sont rarement nus et portent des vêtements distinctifs afin de bien les identifier. De plus, le "bouclier" ne correspond pas vraiment à ce que les graveurs représentent pour ce type de matériel militaire. D'autres comme Cohen y voient Atlas soutenant le globe et donc on pourrait penser par extension qu'il s'agit d'une représentation de la chaîne de l'Atlas en Afrique du nord.

Atlas Farnese au Musée archéologique national de Naples

Détail du globe céleste

Cette monnaie symboliserait donc des victoires dans cette province du sud de l'Empire. C'est certainement pour cette raison que Mattingly dans le BMC plaçait approximativement (sans connaitre la liaison de coin?) l'émission de ce denier en 208. Cependant, ce n'est guère probable, la possible visite (et victoire?) de Septime Sévère en Afrique ne daterait que de 207 et si on retient 206 pour la date de frappe, cela ne colle plus... De plus, le globe n'a pas non plus sa représentation canonique (comme on peut le voir par exemple sur des exemplaires de consécration avec l'aigle ou comme attribut de Providentia), donc il ne s'agit pas non plus d'Atlas.  L'émission ne serait alors qu'un rappel des victoires parthiques de 198? Le mystère n'est aujourd'hui pas résolu. En tous les cas, C. Clay fait le lien entre ce denier et un autre de Caracalla tout aussi rare, exceptionnel et avec la même légende... et Septime Sévère au revers! En plus des deux Victoires, deux captifs "parthes" sont présents, ce qui accréditerai ce lien avec la campagne parthique victorieuse de 198. Enfin, la dernière possibilité, certainement la plus séduisante, est celle d'Aiôn, l'Eternité, qui est souvent représenté plus ou moins nu et qui porte au-dessus de lui le ruban zodiacal. Un très bel exemple est visible sur cet auréus d'Hadrien avec explicitement à l'exergue SAEC AVR. On remarquera aussi le phénix posé sur un globe symbole  d'éternité et de renouvellement.

Auréus d'Hadrien avec représentation d'Aiôn au revers
Courtesy: Numismatica Ars Classica

On est donc dans une représentation liée au Saeculum Aureum très en vogue en ce IIIème siècle et dont on aura l'occasion de reparler. La victoire sur l'ennemi héréditaire parthe est peut-être pour le pouvoir impérial le point de départ pour ce nouvel âge d'or que les Sévères incarnent.

samedi 30 juillet 2011

Un buste de transition peu courant pour Géta (Rome, 209)

Ce portrait est caractéristique de l'année 209, où Géta est promu au rang d'Auguste et rejoint ainsi son père et son frère aîné au sommet de la hiérarchie impériale. Durant moins de trois ans, trois Augustes sont au pouvoir, ce qui est un fait sans précédent jusqu'à cette date. Sur notre monnaie, Géta est encore César, comme l'indique la titulature au droit et son portrait ne revêt pas encore la couronne de laurier. Cependant, il a abandonné sur les deniers le buste drapé (avec ou sans cuirasse) qu'il a utilisé depuis ses premières monnaies émises en 198. Ce type de buste (tête nue) est peu utilisé dans le monnayage sévérien, surtout pour un empereur vivant. En effet, ce type de portrait est généralement employé sur les monnaies de consécration où l'empereur apparait dans la nudité des dieux. Il est donc débarrassé des attributs des hommes tels que le paludamentum ou la couronne. En tout cas, ce type monétaire est un type de transition, car il existe aussi avec un buste drapé. Quelques mois plus tard, au passage à l'Augustat, Géta conservera l'absence de draperies sur ces deniers mais portera désormais la couronne laurée.


n° G13

Dénomination: Denier

Empereur: Géta

Avers: P SEPTIMIVS GETA CAES - Tête nue à droite.

Revers: PONTIF COS - II - Géta galopant à gauche et terrassant un ennemi.

Atelier (année de frappe): Rome (209)

Références: RSC 123a (90£) - RIC 64b (R) - BMC S591A - Hill 1056 (R4) - BnF 7060.

Caractéristiques: Argent, 19mm, 3.5g, 7h.

Note: cette monnaie est peu courante, Cohen la cotait 15f or à la fin du XIXème siècle. Cela est confirmé par des ouvrages plus récents (R pour le RIC, 90£ pour le RSC et R4 pour Hill).

Commentaire:

Hill classe cette monnaie dans une deuxième émssion spéciale consacrée à la campagne de Bretagne. La thématique est éminemment guerrière, l'empereur est à cheval armé d'une lance et terrasse un ennemi un genou à terre et tentant de se protéger à l'aide de son bouclier. Cette iconographie sera largement utilisée aux IIIème et IVème siècles et peut faire penser aux images de St Georges terrassant le dragon. Elle prend sa source dans la chasse à cheval au gros gibier où une longue lance sert à mettre à mort l'animal tout en le maintenant à distance.


Chasse au sanglier de Calydon par Méléagre sur un sarcophage romain (Musée d'Ostie antique)

Sur ce sarcophage romain, se développe une scène de chasse que l'on rencontre fréquemment sur ce type de cuve funéraire: la chasse au sanglier de Calydon. Le héros Méléagre a sa vie liée à un tison fatidique que sa mère Althée enlève du feu afin d'éviter qu'il ne meure précocement. Adulte, il participe à la chasse du monstrueux sanglier de Calydon qu'il finit par tuer. Il offre alors la dépouille à Atalante une jeune fille dont il s'est épris et qui la première a blessé l'animal. Mais les oncles de Méléagre, furieux que le prix revienne à une femme, l'arrache des mains de la jeune fille. Méléagre tue les frères d'Althée, mais celle-ci faisant passer ses sentiments de soeur avant ceux de mère, finit par jeter au feu la bûche liée à la vie de son fils, le condamnant ainsi à mort.

samedi 28 août 2010

Neptune sur un denier de Septime Sévère (Rome, 209)

Cette monnaie est classée par Hill dans la première émission du règne conjoint de Septime Sévère, Caracalla et Géta. C'est la première fois qu'officiellement trois Augustes sont au pouvoir. La dix-huitième puissance tribunicienne date ce denier de 209 alors que les empereurs sont en Bretagne. La traversée a dû se faire depuis le port d'embarquement de Boulogne (Gesoriacum). Sévère remercie ainsi le dieu des mers pour la traversée sans encombre de la Manche avec ses légions. Il faut dire que la province de Bretagne constitue le finistère de leur empire, une île un peu à l'écart, face aux rochers et aux flots de l'Océan. Les Romains, peuple terrestre et non marin, craignent le dieu des mers dont les colères, matérialisées par des tempêtes sont redoutables et redoutées. On pensera bien évidemment aux mésaventures d'Ulysse errant vingt années en Méditerranée à cause du courroux de Poséidon, l'équivalent grec de Neptune.


n° S19

Dénomination: Denier

Empereur: Septime Sévère

Avers: SEVERVS - PIVS AVG - Tête laurée à droite.

Revers: P M TR P XVII - COS III P P - Neptune debout à gauche, nu avec un manteau sur l'épaule, le pied droit sur un rocher, tenant un trident de la main gauche, la main droite reposant sur son genou droit.

Atelier (année de frappe): Rome (209)

Références: RSC 529 (25£) - RIC 228 (C) - BMC G3-4 - Hill 1059 (C) - BnF 6482 

Caractéristiques: Argent, 18mm, 2.77g, 12h.

Note: Il s'agit de la première apparition de Neptune dans le monnayage de Septime Sévère. Notons que Septime Sévère est le seul de la famille à faire figurer cette divinité sur ses monnaies, par ailleurs toutes des deniers.
On retrouvera Neptune sur les deniers de Sévère en 210, puis en 211, dernière année du règne de l'empereur africain.

Commentaire:

Neptune est immédiatement reconnaissable à son attribut principal, le trident. Cette longue fourche pouvant servir à la pêche est aussi l'arme du rétiaire, ce gladiateur maniant le filet, autre instrument de pêche.
Le dieu des mers est souvent représenté sur les monnaies romaines afin de célébrer des victoires navales, comme par exemple sur les asses avec Agrippa à l'avers. Neptune, dieu des navires et de la navigation, est également celui des chevaux. Contrairement aux autres dieux dont les offrandes étaient jetées au feu, les divinités aquatiques avaient les leurs jetées dans les eaux.
La statuette d'une trentaine de centimètres ci-dessous date du I ou IIème siècle ap. J.-C. et a été retrouvée à Divodurum, l'actuelle Metz. Neptune tenait dans sa main droite, comme sur la monnaie, un trident. Comme il règne sur toutes les eaux, mers et océan, mais aussi fleuves et rivières, de nombreuses statuettes de cette divinité on été retrouvées près des cours d'eau, en Gaule notamment.


Statuette en bronze de Neptune (Musée du Louvre, Paris)

samedi 6 février 2010

Pileus et vindicta: les attributs de la Liberté - Denier de Caracalla (Rome, 209)

La déesse au revers de ce denier est Libertas. Elle a été très utilisée sous la République et représentée sous deux formes: une femme tête nue, image de la Liberté romaine et une femme avec un voile et un diadème. Dans ce cas, il s'agit alors de la déesse Libertas dont le temple était sur l'Aventin à côté de celui de Iuno Regina. Sous l'Empire, comme généralement avec les divinités ou les allégories, Libertas est en pied au revers des monnaies, seuls les empereurs ou les membres de leur famille ayant droit à un portrait. On peut remarquer que ce type est souvent frappé conjointement avec Liberalitas, ce qui est le cas pour cette 29ème émission du règne conjoint de Septime Sévère et Caracalla. Il s'agit ici de la sixième libéralité. Libertas a particulièrement été utilisée par Galba, ce qui n'est pas surprenant car après le règne de Néron le peuple croyait que la République allait être restaurée: d'après le témoignage de Suétone, les Romains couraient dans les rues coiffés du bonnet de la Liberté. Nous allons revenir sur ses attributs.


n° C12

Dénomination: Denier

Empereur: Caracalla

Avers: ANTONINVS - PIVS AVG - Tête laurée à droite.

Revers: LIBER-TAS AVG - La Liberté debout à gauche, tenant un bonnet (pileus) et un sceptre (vindicta).

Atelier (année de frappe): Rome (209)

Références: RSC 143 (25£) - RIC 161 (C) - BMC S511-2 - Hill 1027 (S) - BnF 6743-6

Caractéristiques: Argent, 18mm, 2.72g, 12h.

Commentaire:

Les attributs portés par la déesse évoquent la liberté des esclaves au moment de leur affranchissement (manumissio). Elle tient en effet dans la main droite le pileus, le bonnet de laine des esclaves affranchis. Ce symbole très fort orne le revers d'une des monnaies romaines les plus célèbres: celle de Brutus commémorant la "libération" qu'a été l'assassinat de César. Le bonnet est entouré de deux poignards et à l'exergue l'inscription EID MAR rappelle la date de cet événement: les ides de mars. On le trouve aussi sur un quadrans, la plus petite dénomination du système monétaire d'Auguste, frappé par Caligula afin de célébrer la réduction d'un impôt particulièrement impopulaire.


De la main gauche Libertas tient la vindicta, une baguette servant lors de la cérémonie d'affranchissement. Cela se passait devant un magistrat qui demandait au maître les raisons qui le poussait à libérer son esclave. Pendant que le maître tenait son esclave, le licteur du magistrat plaçait la baguette sur la tête de l'esclave tout en prononçant les formules d'usage. Ainsi le droit romain envisage la possibilité d'une ascension sociale même pour ceux qui ne sont considérés que comme des objets. Cependant, l'affranchi (libertus) a des obligations envers son ancien maître qui devient son patron, ses enfants par contre en seront exemptés. Les affranchis exercent aussi bien des activités d'esclaves (professeur, médecin, acteur) que d'hommes libres (commerçant, artisan, banquier). Quelques-uns deviennent très riches et acquièrent un pouvoir important.
On lira avec intérêt l'article en deux parties de F. Da Silva dans "Numismatique et Change" de décembre 2004 et janvier 2005, repris ici: La Liberté sur les monnaies romaines.

dimanche 25 octobre 2009

Junon sur un denier de Julia Domna (Rome, 209)

Junon est une des déesses réservées au monnayage des impératrices. Elle préside aux différents moments importants de la vie des femmes: mariages et accouchements. Elle fait partie de la triade capitoline avec Jupiter et Minerve et est l'épouse de Jupiter, le dieu des dieux, qui est une des divinités les plus présentes sur le monnayage des empereurs. L'impératrice s'assimile ainsi à cette déesse importante du panthéon romain.



n°J2

Dénomination: Denier

Impératrice: Julia Domna

Avers: IVLIA - AVGVSTA - Buste drapé à droite.

Revers: I-V-N-O - Junon voilée debout à gauche, tenant une patère et un sceptre ; à ses pieds un paon.

Atelier (année de frappe): Rome (209)

Références: RSC 82 (25£) - RIC S559 (C) - BMC SC38-9 - Hill 1029 (C) - BnF 1 ex. (J&M Delepierre 1966)

Caractéristiques: Argent, 19 mm, 2.15 g, 12 h.

Note: Selon le classement de Hill, cette monnaie s'intègre dans une émission (la 29è) dominée par la sixième libéralité de Septime Sévère et de ses fils. 

Commentaire:

Junon est ici représentée dans une attitude cultuelle, elle est voilée et porte un sceptre long symbole de son pouvoir et une patère pour le sacrifice. Elle est accompagnée du paon, son animal-attribut principal comme l'aigle l'est pour Jupiter. Dans la mythologie, Argus était un géant avec cent yeux dont cinquante restaient ouverts pendant que les cinquantes autres étaient fermés durant le sommeil. Junon  lui confia la garde d'Io changée en vache, mais Mercure l'endormit avec sa flûte et lui coupa la tête. Triste, Junon répandit alors les yeux d'Argus sur la queue du paon.
Ce type monétaire inaugurée par Sabine, l'épouse d'Hadrien, a été très populaire sous les Antonins et les Sévères, de nombreuses impératrices l'utilisant sur leurs monnaies.



Junon et le paon sur un groupe statuaire représentant la triade capitoline (Musées du Capitole - Rome)