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dimanche 23 février 2014

Le portrait de Julia Domna et Hilaritas sur un denier romain

Hilaritas, l'Allégresse, est une personnification célébrant la gaieté, l'enjouement. Elle est présente sur les monnaies de l'atelier de Rome plus particulièrement durant la période Hadrien - Commode. Julia Domna en fera abondamment usage sur ses deniers de Rome ou Laodicée et ce aussi bien durant le règne de son mari, Septime Sévère que celui de son fils, Caracalla. L'attribut principal de l'Allégresse est la longue feuille du palmier. Elle porte sur ce denier de l'atelier romain un sceptre long, mais elle peut tout aussi porter une corne d'abondance comme sur ce denier syrien. L'atelier de l'Urbs a aussi frappé ce type, mais très vraisemblablement quelques années plus tôt.


n° J20

Dénomination: Denier

Impératrice: Julia Domna

Avers: IVLIA - AVGVSTA - Buste drapé à droite.

Revers: HIL-A-RITAS - Hilaritas debout de face, tête à gauche, tenant une longue palme de la main droite et un sceptre long de la gauche.

Atelier (année de frappe): Rome (202)

Références: RSC 76 (25£) - RIC S555 (C) - BMC S32-3 - Hill 563 (R) - BnF 6601.

Caractéristiques: Argent, 18mm, 3.35g, 6h - Ex. iNumis VSO 4 n°283.

Note: ce type existe, toujours en argent, sur un rare quinaire conservé à Vienne (RIC 555 - RSC 77).

Commentaire:

Le portrait de l'impératrice (M selon la codification de Hill) est ici de beau style avec une tête ronde. Durant cette période où l'impératrice a encore des traits jeunes (199-209), on notera que le traitement du portrait est très variable, plus sophistiqué en tout cas que durant la première période et aussi parfois idéalisé. C'est certainement le cas sur ce denier où l'on voit également nettement la mèche de cheveux sur la joue. Le style des portraits durant cette période, la plus faste du règne de Septime Sévère, est très inégal: très fin comme sur ce denier à extrêmement médiocre avec un buste petit et une tête allongée. Il ne semble pas y avoir de chronologie entre ces styles qui sont uniquement le fait de graveurs plus ou moins doués.


Buste de Julia Domna (Braccio Nuovo, Musées du Vatican)

dimanche 10 mars 2013

La Lune sur son char sur un antoninien de Julia Domna

La dualité Lune/Soleil est exprimée sur les premiers antoniniens aussi bien dans le choix des revers (Sol sur son quadrige, Luna sur son bige), que sur les avers. En effet, la marque du doublement de valeur de l'antoninien est, sur la tête de l'empereur, la couronne radiée, attribut principal du Soleil. Quant aux impératrices, elles se placent sous l'autorité d'une divinité féminine souvent représentée sur leurs monnaies, Diane (DIANA LVCIFERA) ou plus précisément ici, son avatar Luna. Luna est la déesse de la Lune chez les Romains et un temple lui était dédié sur l'Aventin. Avec son frère Sol, elle symbolise le cycle du jour et de la nuit ainsi que des saisons. Elle a été identifiée très tôt à Séléné ainsi qu'évidemment à Diane, soeur d'Apollon, lui-même identifié au Soleil. On voit en fait que la marque du double denier est répétée pour les impératrices. Les premiers antoniniens de Julia Domna ne comportaient que le buste drapé de l'impératrice, avec dans ses cheveux le stephané, un diadème en forme de croissant. Des méprises ont très certainement eu lieu au sein de la population et ont donc poussé les autorités à ajouter un deuxième élément distinctif en complément du diadème: le croissant de lune, pendant bien plus parlant de la couronne de rayons.


n° J30

Dénomination: Antoninien

Impératrice: Julia Domna

Avers: IVLIA PIA - FELIX AVG - Buste diadémé et drapé posé sur un croissant.

Revers: LVNA LVCIFER-A - La Lune, un croissant sur la tête et l'écharpe flottant autour de la tête, debout sur un bige au galop, à gauche.

Atelier (année de frappe): Rome (215)

Références: RSC 106 (85£) - RIC 379a (C) - BMC C9 - Hill 1471-2 (R) - BnF 6616-8;Armand Valton 1138 - Ex. CNG Electronic Auction 202 n°358 - Ex. White Mountain Coll.

Caractéristiques: Argent, 23mm, 5.48g, 7h. 

Note: le RSC distingue une variante où la Lune n'aurait pas son diadème, citant le BMC. Or, ce dernier ne mentionne pas cette variante qui de toute évidence ne pourrait être due qu'à l'usure. Hill indique aussi cette variante (n°1472) en indiquant que Luna avec le croissant est plus rare (R4). Les deux occurrences 1471 et 1472, ne font en fait qu'une et l'indice de rareté est donc erroné.  

Commentaire:

Luna Lucifera ("celle qui apporte la lumière") est représentée sur son char tiré par des chevaux volant dans les airs, car il n'y a pas de ligne d'exergue indiquant le sol. Caracalla, bien que privilégiant Sol sur les revers de ses monnaies, a également fait représenter la Lune dans un bige, mais tirée par deux taureaux sur certains de ces antoniniens, donc contemporains de notre monnaie.
On retrouve l'iconographie de Luna sur un bige, son écharpe volant au-dessus de sa tête diadémée, sur un des tondo de l'arc de Constantin, mais accompagnée de deux autres personnages (Oceanus et Hesperus). Il s'agit d'une représentation du coucher nocturne de la Lune descendant dans l'Océan, accompagnée de Vénus en tant qu'étoile du soir.


Luna sur un tondo de l'arc de Constantin (Rome)

dimanche 7 octobre 2012

Hilaritas sur un denier syrien de Julia Domna

Hilaritas fait partie de ces personnifications que l'on retrouve traditionnellement sur les monnaies des impératrices, plus rarement chez des empereurs (majoritairement les Antonins). Ce type est partagé avec d'autres deniers frappés pour sa belle-fille, Plautille. Mais contrairement à cette dernière, l'atelier de Rome a également émis des monnaies avec l'Allégresse portant les mêmes attributs, la palme et la corne d'abondance. On fait la distinction entre les deux ateliers par leur style iconographique et épigraphique. La monnaie n'est pas datée, il y a en effet peu de titres pour une impératrice, ce qui limite la précision dans la datation. La monnaie est dans le nouveau style de Laodicée en vigueur à partir de 196 et jusqu'à la fermeture de l'atelier en 202. On peut envisager alors une date autour de 198-200 comme son prototype romain ou alors vers 202 pour coïncider avec l'émission du mariage de son fils aîné conjointement avec Plautille.


n° J46

Dénomination: Denier

Impératrice: Julia Domna

Avers: IVLIA - AVGVSTA - Buste drapé à droite.

Revers: HIL-A-RITAS - Hilaritas debout à gauche, tenant une longue palme de la main droite et une corne d'abondance de la gauche.

Atelier (année de frappe): Laodicée (198?)

Références: RSC 72 (25£) - RIC S639 (S) - BMC S600 - BnF 6597.

Caractéristiques: Argent, 19mm, 3.1g, 11h - VAuctions Sale 275 n°383.

Commentaire:

Hilaritas est la personnification de la bonne humeur, de la gaîté, de l'allégresse. Une matrone romaine se devait en public de montrer cette qualité et de la transmettre à son entourage. Les seules monnaies en métaux précieux que l'on connaisse de Didia Clara, la fille du prédécesseur malheureux de Septime Sévère, Didius Julianus ont également ce revers, mais avec la légende HILAR TEMPOR, l'Allégresse des Temps. La légende de la monnaie de Julia Domna est moins claire, s'agit-il de la promotion d'une qualité de l'impératrice elle-même (Hilaritas Augustae) ou de la propagande pour un nouvel âge d'or (Hilaritas Temporum)? En effet, le règne des nouveaux maîtres de Rome, les Sévères, est censé apporter la joie aux différents habitants de l'Empire. La légende HILARITAS ne permet hélas pas de trancher.

dimanche 15 janvier 2012

Vénus heureuse sur deux deniers de Julia Domna à Rome et Alexandrie

Vénus est dite ici "heureuse", car elle a remporté le titre de plus belle des déesses face à ses "rivales" Minerve et Junon. La déesse de l'Amour et de la Beauté a usé de tous ses charmes pour l'emporter, on la voit d'ailleurs relever sur cette monnaie la draperie qui couvre son épaule et tenir en main la "pomme de la Discorde", prix de ce concours des "miss de l'Olympe". Mais, surtout elle a promis à Pâris qui avait été désigné arbitre de la confrontation, la main d'Hélène, reine de Sparte et épouse de Ménélas. Ce jugement va entraîner la guerre de Troie et par ricochet être aux origines de Rome, par la fuite du prince troyen Enée à l'issue de la victoire des Grecs.
Vénus est très utilisée sur leurs monnaies par les impératrices avec différents épithètes: Victrix, Genetrix, etc. Felix attribue ainsi les pouvoirs de Felicitas, c'est-à-dire le bonheur, à son porteur. Vénus est donc heureuse, mais aussi l'impératrice, et de par son mariage avec l'empereur qui règne sur le monde, elle étend cette bénédiction sur l'ensemble des femmes de l'Empire. Ce bonheur est bien sûr celui d'être épouse et d'avoir des enfants...


n°J43



n°J3

Dénomination: Denier

Impératrice: Julia Domna

Avers: IVLIA - AVGVSTA - Buste drapé à droite.

Revers: VENVS - FELIX - Vénus drapée debout à gauche, tenant une pomme de la main droite et ramenant sa robe sur son épaule de la gauche.

Atelier (année de frappe): J43: Alexandrie (195) ; J3: Rome (199)

Références: J43: RSC 198var. - RIC / - BMC / - BnF / ; J3: RSC 198 (25£) - RIC S580 (S) - BMC SC85-9 - Hill 379 (C) - BnF 6656

Caractéristiques: J43: Argent, 18mm, 2.8g, 5h - Ex. HD Rauch Auction 88 n°45 ; J3: argent, 17mm, 3.02g, 12h.

Commentaire:

Le type n'est mentionné dans les ouvrages de référence que pour l'atelier de Rome. Or il est apparaît clairement que deux styles différents sont à distinguer. Le portrait de la première (J43) est à rattacher aux monnaies d'Alexandrie. R. Bickford-Smith a publié dans la Rivista Italiana di Numismatica e Scienze Affini au milieu des années 1990 un article de référence sur les monnaies de Septime Sévère frappées dans les ateliers orientaux. Il a permis d'ajouter un grand nombre de monnaies au répertoire des deniers syriens et alexandrins qui datait un peu depuis les travaux de Mattingly pour le RIC et le BMC. Ce type avec Vénus est placé dans la troisième phase de l'atelier, dans les premiers mois de 195 et peu avant sa fermeture. Pour son époux, les types utilisés dans cette phase sont ceux de l'atelier de Rome exclusivement. Pour Domna, seul ce type est rattaché à cette phase et il a également son prototype romain (J3). Cependant, Hill le date de 199, ce qui semble incompatible avec ce que l'on observe à Alexandrie. Notons que pour le denier alexandrin, il semble relativement abondant avec la légende longue IVLIA AVGVSTA. Néanmoins, il existe aussi avec la légende courte antérieure, mais cette dernière n'a pas dû être utilisée très longtemps avec ce type car elle est beaucoup plus rare.
La statue ci-dessous représente Vénus Felix à moitié déshabillée et accompagnée de son fils Cupidon (Eros).


Statue de Vénus (Musée Pio Clementino, Vatican)

samedi 22 octobre 2011

Une mauvaise decription d'un denier de Julia Domna avec Vénus et Cupidon (Rome, 210)

Généralement les deniers, étant donné leur faible diamètre (autour de 19mm), ne présentent pas de scène complexe: un ou deux personnages tout au plus avec leurs attributs. C'est le cas sur cette pièce, mais ici la représentation est plus riche et n'a jamais été correctement décrite par les ouvrages de référence. Qu'observe-t-on sur cette monnaie ? De gauche à droite, Cupidon tenant un arc ou un bouclier, la déesse portant casque et palme, une colonne et derrière celle-ci une cuirasse posée à terre. Ce denier pourtant présent à la Bibliothèque nationale de France, avait été décrit incomplètement en 1860 par H. Cohen dans sa première édition de sa "Description historique des monnaies frappées sous l'Empire romain" (C 115). En effet, il décrit Vénus comme étant à demi nue et oublie l'objet qui se trouve entre Cupidon et la déesse de l'Amour, nous y reviendrons. Dans sa deuxième édition en 1884, Cohen oublie carrément cette fois de mentionner la présence du petit Amour sur cette même monnaie (qui porte désormais la référence C 218) et cette erreur sera reprise telle quelle dans le RIC et dans la note du BMC, cette monnaie étant absente du British Museum. Une autre monnaie décrite dans la note du catalogue britannique fait référence à deux Cupidons (Atti et Mem. dell'Ist. It., 1925), mais il s'agit certainement d'une confusion avec la cuirasse derrière la colonne.


n° J40

Dénomination: Denier

Impératrice: Julia Domna 

Avers: IVLIA - AVGVSTA - Buste drapé à droite.

Revers: VENVS - VI-CTRIX - Vénus drapée debout de face, tête à gauche, les jambes croisées et le bras gauche appuyé sur une colonne, tenant une palme de la main gauche et un casque de la droite ; devant elle, Cupidon appuyé sur son arc (ou un bouclier?) ; derrière elle, une cuirasse.

Atelier (année de frappe): Rome (210)

Références: RSC 218a corr. (45£) - RIC 581note corr. - BMC S90note corr. - Hill 1123A corr. (R4) - BnF 6664

Caractéristiques: Argent, 19mm, 3.57g, 7h - ex. Helios Auktion 5 n°309

Note: On notera le traitement particulier de la draperie ainsi que du portrait si on les compare à d'autres deniers de cette impératrice.

Commentaire:

Revenons maintenant à l'objet que tient l'enfant ailé. On peut de prime abord penser à un bouclier. En effet, de nombreuses armes sont représentées sur cette scène: cuirasse derrière la colonne et casque dans la main de la déesse. Elles font très certainement référence aux armes de Mars, dieu de la Guerre et amant de Vénus. Cette dernière fait également forger des armes par son mari Vulcain pour son fils, le héros Enée durant la guerre de Troie. On sait l'importance d'Enée dans les origines de Rome et l'imaginaire des Romains. Jules Cesar se déclarera même descendant d'Enée et donc de Vénus. Le groupe sculpté ci-dessous de l'ancienne collection Borghèse montre Vénus et Cupidon portant des armes: épée, casque, une cuirasse est posée derrière eux. Il date du IIème siècle, mais a été complété au XVIème siècle comme c'était la mode à l'époque.


Vénus en armes (Musée du Louvre, Paris)

De plus, Vénus est qualifiée ici de Victrix, nous sommes donc dans un contexte guerrier. P. V. Hill place d'ailleurs cette monnaie au sein d'une émission spéciale consacrée aux victoires en Bretagne où elle est accompagnée de deniers au nom des trois Augustes avec des revers montrant les empereurs à cheval terrassant des ennemis, ainsi que de multiples Victoria dans diverses attitudes. Ainsi même l'Augusta participe, même si elle est restée à Rome, aux victoires de son époux et de ses fils. Septime Sévère est donc victorieux des tribus calédoniennes, car ses armes sont aussi puissantes que celles forgées par les dieux qui le soutiennent sur le champ de bataille. Mais revenons maintenant à l'objet dans les mains de Cupidon. Un autre denier plus courant (RSC 215), montre Vénus à demi nue cette fois, avec casque, palme et colonne, mais sans la cuirasse et sans Cupidon. Un bouclier rond est posé devant elle. Sur notre denier, l'objet de Cupidon ne ressemble pas forcément à un bouclier, même de profil. On constate que dans ce cas il est souvent strié et "plein". Ici, nous ne voyons qu'un contour. On ne peut cependant tranché définitivement, car des bouclier peuvent être représentés pr un arc de cercle fin. Il est donc possible qu'il s'agisse d'un arc, attribut généralement utilisé par Cupidon. Cet arc, le fils de Mars et Vénus, se l'était taillé lui-même dans un frêne, comme on peut le voir sur de célèbres statues antiques. Celle présentée ci-dessous est une copie romaine d'après un original de Lysippe (IVème siècle av. J.-C.) représentant l'Amour tendant son arc qui a hélas disparu.


L'Amour tendant son arc d'après Lysippe (Musée du Louvre, Paris)

dimanche 22 mai 2011

Une Diane aux épaules ornées d'un croissant sur un denier de Laodicée

Diane, l'Artemis des Grecs, fille de Jupiter et de Latone, soeur d'Apollon est une divinité lunaire comme son frère est solaire. Le croissant de Lune que l'on trouve sur ses épaules, rappelle qu'elle est parfois assimilée à Luna, celle qui éclaire la nuit. Le flambeau qu'elle tient tranversalement dans ses mains est là pour le rappeler. De même, son épithète est explicite: lvcifera, la porteuse de lumière. Cette monnaie dont le prototype romain date de 196 a été frappé à Laodicée, certainement entre 196 et 202, et est caractéristique du "nouveau style" de l'atelier syrien. 


n° J9 

Dénomination: Denier

Impératrice: Julia Domna

Avers: IVLIA - AVGVSTA - Buste drapé à droite.

Revers: DIANA - LV-CIFERA - Diane, un croissant sur ses épaules, debout à gauche, tenant une longue torche des deux mains.

Atelier (année de frappe): Laodicée (196)

Références: RSC 27 (25£) - RIC S638 (S) - BMC S598-9var. - BnF 6584

Caractéristiques: Argent, 18mm, 3.04g, 12h - Ex. CGB.

Note: L'exemplaire illustré dans le catalogue du British Museum ne présente pas le croissant sur les épaules de Julia. Ce type existe aussi à Rome.

Commentaire:

Ce type monétaire est fréquent chez les impératrices. On le retrouve pour Julia Domna vers le début du règne de son époux Septime Sévère et vers la fin de celui de son fils Caracalla. Le temple de Diane à Rome se situait sur l'Aventin  derrière les thermes de Dèce. Il était fréquenté par la plèbe et les esclaves. Ces derniers étaient protégés par la déesse chasseresse. Le culte de Diane/Lune est symptomatique du syncrétisme des cultes traditionnels avec les nouveaux cultes orientaux (Isis, Sol, Cybèle, etc.).
L'autel ci-dessous provenant de l'ancienne collection Borghèse date du IIème siècle ap. J.-C. On y voit un buste de Séléné, la Lune, posé sur le croissant, à l'image des bustes ornant les futurs antoniniens. Julia Domna sera la première à figurer sur cette nouvelle dénomination dont rapidement le portrait au croissant sera l'équivalent féminin du buste radié de l'empereur.


Autel de Séléné (Galerie Daru, Musée du Louvre - Paris)

dimanche 27 mars 2011

Julia Domna, la Mère des Camps portant un phénix - Denier de Rome, 197

Le titre de Mater Castrorvm avait été accordé à Julia Domna en 197, comme avant elle à Faustine II, parce qu'elle avait été la compagne fidèle de son empereur de mari durant les campagnes militaires du début de son règne. Elle l'avait en effet suivi dans les camps légionnaires au gré des batailles. Cette "Mère des Camps" est aussi la mère de deux garçons dont l'un, Caracalla, est déjà César en 197. Mais il ne s'agit pas du seul titre qui sera porté par l'impératrice, Augusta depuis 194. Elle sera en 211, et de manière inédite et même osée, mère du Sénat et mère de la Patrie, ce qui fait d'elle une des femmes de l'Antiquité de tout premier plan. Son influence sur ses hommes, les empereurs Septime Sévère puis son fils Caracalla, était importante et elle devait très certainement pouvoir signer des décrets en leur absence. On dit aussi qu'elle s'était entourée d'une cour d'écrivains et de philosophes, mais la liste établie par les historiens du XIXème siècle est certainement hypothétique. Sur ce denier, est également montrée son importance militaire ce qui est exceptionnel pour une impératrice. En effet, les enseignes devant elle sont un symbole militaire évident. De même, le sceptre symbolise sa majesté divine et le phénix est un symbole d'éternité comme sur les monnaies des deux divines Faustine. Les monnaies ne sont pas les seuls éléments faisant référence à ce titre de "Mère des Camps". Une inscription a aussi été retrouvée sur une base de statue de l'impératrice qui devait s'élever sur la Via Sacra.


n° J34

Dénomination: Denier

Impératrice: Julia Domna

Avers: IVLIA - AVGVSTA - Buste drapé de Julia Domna à droite.

Revers: MATRI - CASTR[ORVM] - Julia Domna, voilée, drapée, assise à gauche sur un trône, tenant un phénix sur un globe de la main droite et un sceptre de la gauche: devant elle à gauche, deux enseignes.

Atelier (année de frappe): Rome (197)

Références: RSC 131 (65£) - RIC 568 (S) - BMC S58-59 - Hill 298 (R2) - BnF 6626

Caractéristiques: Argent, 16mm, 2.6g, 6h - Ex. Monnaies d'Antan VSO 4


Note: Le flan court de cette monnaie est caractéristique des frappes de l'atelier romain à cette période.

Commentaire:

Le type de Julia Domna reprend intégralement celui initié pour la divine Faustine, femme de Marc Aurèle, morte dans un camp légionnaire durant une campagne de l'empereur philosophe. Comme sur la monnaie de Domna, on trouve dans les mains de Faustine II un globe surmonté d'un oiseau fabuleux : le phénix.


Denier de Faustine II (NAC Auction 38, Lot 79)

Le phénix est cet oiseau légendaire (pour Hérodote l'oiseau était un animal réel) des mythes orientaux et égyptiens dont on pensait qu'il pouvait renaitre après s'être consumé. En effet, quand sa vie arrivait à son terme, il s'enflammait et se consumait lui-même sur un bûcher et son successeur sortait de ses cendres (il n'existait qu'un seul phénix à la fois). Le premier acte du nouvel oiseau était de donner une sépulture aux restes de son parent sur l'autel du temple du Soleil. Il symbolise ainsi le cycle continu du renouvellement de la vie et est donc un symbole d'Aeternitas. On peut aussi par extension dire qu'il représente la piété envers le géniteur, transmise d'une génération à l'autre. Enfin, au niveau impérial il signifie la continuité du pouvoir et de l'empire, un empereur succédant à celui qui venait de décéder.


Détail de la mosaïque du phénix (vers 500 ap. J.-C.) en provenance de Daphné près d'Antioche sur l'Oronte (Musée du Louvre - Photo Wikipédia-Clio20)

On trouve une représentation similaire du phénix de la mosaïque du Louvre sur des revers de monnaies du IVème siècle comme sur cette demi-maiorina de Constans. Sous le dominat, le phénix ne désigne plus simplement l'éternité de l'Empire, mais aussi celles des princes qui sont placés au rang des dieux. Le phénix est aussi l'espoir que des temps meilleurs arrivent après la crise du IIIème siècle.


Demi-maiorina de Constans (CGB)

samedi 12 février 2011

Poids et titres des deniers de 193 à 198 et Junon sur un denier de Julia Domna

Le denier présenté ici est issu de l'atelier de Laodicée durant la période qui s'ouvre de 196 à 202. On constate que les deniers de cet atelier durant le règne conjoint de Septime Sévère et Caracalla (à partir de 198) sont plus lourds que durant la période précédente. Ainsi Mattingly trouve un poids de 3.16g pour les 148 spécimens de l'atelier syrien de cette période au British Museum contre 3.04g (nouveau style) et 3.03g (ancien style) pour le règne de Septime Sévère seul. Cette valeur est la plus élevée des ateliers orientaux (3.12g à Emèse et 2.94g à Alexandrie), mais ces moyennes correspondent à la période des guerres de sucession qui s'achèvent avec les défaites de Pescennius Niger puis de Clodius Albinus. Même à Rome durant le règne de Sévère seul on observe des poids faibles avec des frappes peu soignées et des flans courts (3.10g en moyenne). L'empereur africain poursuivait ainsi la politique monétaire commencée à la fin du règne de Commode avec une taille du denier au 114ème de livre. Si on revient au règne conjoint de Sévère et Caracalla à partir de 198, on remarque également que Rome frappe des deniers plus lourds que Laodicée (3.24g) et plus proches du poids théorique de 3.38g correspondant à une taille au 96ème de la livre (pied néronien). Si on constate donc une augmentation du poids entre 193 et 198, il faut néanmoins noter aussi une baisse importante de près de 20% du titre d'argent durant la période du règne seul passant de 7500/00 en 193 à 6500/00 vers 194, puis à une valeur autour de 5500/00 en 198. Cette baisse a permis évidemment de financer l'effort de guerre de Septime Sévère durant cette première période de son règne en frappant plus de monnaies pour une même quantité de métal précieux.


n° J22

Dénomination: Denier 

Impératrice: Julia Domna

Avers: IVLIA - AVGVSTA - Buste drapé à droite.

Revers: IVNO - REGINA - Junon voilée debout à gauche, tenant une patère et un sceptre ; à ses pieds un paon.

Atelier (année de frappe): Laodicée (196-202)

Références: RSC 97 (25£) - RIC S640 (S) - BMC S601 - BnF 6606-7

Caractéristiques: Argent, 19mm, 3.4g, 11h - Ex. Joël Creusy.

Note: Ce type existe aussi à Rome comme pour la plupart des monnaies de cette période à Laodicée.

Commentaire:

Les deniers frappés pour Julia Domna à Laodicée durant la période 196-202 et que l'on qualifie de "nouveau style" sont épais, les lettres des inscriptions sont grossières et le style est caractéristique et inchangé durant cette période d'au moins sept années. Il en est de même bien sûr pour les autres membres de la famille impériale. Pour l'impératrice, le monnayage est dominé par des types portant au revers des vertus féminines (Pudeur, Joie, Piété, Concorde...) ainsi que des déesses du panthéon Romain: Cérès, Vesta, Vénus ou comme ici Junon. Mises à part quelques exceptions (Claude II le Gothique), cette inscription à la gloire de Junon reine (IVNO REGINA) n'est jamais utilisée pour les empereurs, mais seulement pour les impératrices. Junon, l'Héra romaine, est la femme de Jupiter le dieu des dieux d'où son emploi massif par les épouses des dirigeants de l'Empire. La statue romaine présentée ci-dessous est voilée et diadémée comme sur la monnaie d'où son attribution à Junon. Mais il semblerait plutôt qu'il s'agisse d'une Muse reprenant un type grec du IIIème siècle av. J.-C.


Statue de déesse dite "Héra Campana" (Musée du Louvre - Paris)

Un paon accompagne fréquemment la déesse et est intimement liée à la personne de l'impératrice comme on peut le voir sur les deniers de consécration. Cet oiseau est aussi souvent représenté sur des objets de la vie courante comme sur ces fibules zoomorphes servant d'attaches aux vêtements romains.


Fibules zoomorphes en forme de paons (Musée des Antiquités nationales - Saint Germain-en-Laye)

vendredi 12 novembre 2010

La mort de Julia Domna: un paon sur un denier de l'impératrice divinisée

Au droit de ce denier on observe le seul buste voilé de l'impératrice pour cette dénomination. Elle apparaît ainsi divinisée à l'égale de Junon ou de Vesta qui portent souvent un voile. Au revers, le paon, oiseau-emblème de Junon fait la roue, attitude impressionnante qui met en valeur la beauté et les couleurs de l'animal qui est lié à la légende du géant Argus. Le paon est un oiseau qui a été très tôt ramené d'Inde, car il impressionnait les Anciens. En effet, l'oiseau mue et perd donc ses plumes qui se regénèrent ensuite. Il devient ainsi symbole d'immortalité et donc de l'apothéose des impératrices. On le retouve donc sur les monnaies des princesses divinisées, emportant parfois dans les cieux l'âme de la défunte.


n° J37

Dénomination: Denier

Empereur: Elagabale

Avers: DIVA IVLIA - AVGVSTA - Buste voilé, drapé à droite de Julia Domna.

Revers: CONSECRATIO - Paon marchant à gauche, faisant la roue.

Atelier (année de frappe): Rome (218)

Références: RSC 24 (350£) - RIC 395 & Sev. Alex. 715 (R2) - BMC Elag. 9 - BnF 6583

Caractéristiques: Argent, 19mm, 2.21g, 12h. - Ex. FAC

Commentaire:

Julia Domna ne survécut pas longtemps à la mort de son fils ainé Caracalla. Elle souffrait en effet d'un cancer du sein et a peut-être mis fin à ses jours afin d'abrégrer ses souffrances. Voici ce que dit Dion Cassius :
"Julia [...] se trouvait à Antioche ; lorsqu'elle apprit sa mort, elle fut tellement affectée sur le moment qu'elle se frappa avec force la poitrine et essaya de se laisser mourir de faim. [...] [lorsqu'elle apprit les discours qu'on tenait à Rome sur son fils,] elle n'eut plus d'amour pour la vie ; déjà pour ainsi dire, rongée par le cancer qu'elle avait au sein, cancer qui, resté fort longtemps presque stationnaire, avait été alors irrité par les coups qu'elle se donna en se frappant la poitrine à l'occasion de la mort de son fils, elle se laissa mourir de faim. Après s'être élevée si haut, malgré son origine plébéienne, après avoir, pendant le règne de son mari, mené une vie remplie de douleurs par Plautianus, après avoir vu le plus jeune de ses deux fils égorgé dans ses bras, avoir haï l'aîné tant qu'il vécut, et avoir appris la manière dont il avait été tué, elle tomba vivante du pouvoir et elle se donna la mort [...] Voilà quel fut le sort de Julia ; son corps, rapporté à Rome, fut déposé dans le monument de Caius et de Lucius ; plus tard, néanmoins, ses os, ainsi que ceux de Géta, furent transférés, par les soins de Maesa, sa soeur, dans l'enceinte consacrée à Antonin."
Hérodien retient également la thèse du suicide, sans évoquer cependant la maladie : "Cependant Macrin, après avoir livré aux flammes le corps d'Antonin, envoya ses cendres renfermées dans une urne, à sa mère Julia, alors à Antioche, afin qu'elle pût lui rendre les honneurs de la sépulture. Cette princesse à qui deux assassinats avaient ravi ses deux fils, cédant à son désespoir ou obéissant à quelque ordre secret, se donna la mort. "

Ce denier a donc été frappé après la mort de Julia Domna en 217. Cette monnaie est une histoire de famille... Il a certainement été émis en 218 sous le règne de son petit-neveu Elagabale, fils de sa nièce Julia Soaemias et petit-fils de sa soeur Julia Maesa qui apparaissent aussi toutes deux sur des monnaies. Le RIC classe cette monnaie plutôt sous le règne suivant de Sévère Alexandre cousin d'Elagabale, fils de Julia Mamaea, soeur de Soaemias. Ces deux jeunes empereurs sont les derniers de la famille des Sévères, même s'ils sont en réalité de la lignée syrienne de Bassianus.


Arbre généalogique des Sévères

mercredi 21 juillet 2010

Isis sur un denier de Julia Domna (Rome, 201)

Il n'est pas rare de rencontrer sur le monnayage impérial des divinités orientales comme Cybèle ou Sérapis, les Sévères les prisant tout particulièrement. Cependant, malgré sa popularité à Rome, la grande déesse égyptienne Isis est quasiment absente du monnayage romain à légende latine. Voici donc une très rare occurrence sur un denier de Julia Domna. Et encore, la légende ne décrit pas explicitement Isis, mais fait appel à la Félicité.
Le culte d'Isis, déesse égyptienne, se développe à Rome au cours du premier siècle après Jésus-Christ et devient public sous Caligula. Au IIIème siècle, les cultes égyptiens sont en vogue et on compte pas moins de sept temples consacrés à Isis et Sérapis dans l'Urbs à la fin de l'Empire, tous sous le contrôle d'un clergé spécifique. Le plus grand sanctuaire d'Isis à Rome (Iséum) est au Champ de Mars et comporte un temple avec obélisques et sculptures égyptiennes ou égyptisantes (sphinx, cynocéphales..) ainsi qu'une représentation du Nil.

n° J5

Dénomination: Denier

Impératrice: Julia Domna

Avers: IVLIA - AVGVSTA - Buste drapé à droite.

Revers: SAECVLI - FELICITAS - Isis debout à droite, posant le pied sur une proue de vaisseau et allaitant Horus qu’elle tient dans ses bras ; derrière elle, la poupe contre laquelle est posé un gouvernail.

Atelier (année de frappe): Rome (201)

Références: RSC 174 (30£) - RIC S577 (C) - BMC SC75-82 - Hill 504 (C3) - BnF 6644-5, Maspéro 1967/621

Caractéristiques: Argent, 18mm, 3.21g, 6h. - Ex. HD Rauch New York Auction 2009 n°123

Note: Ce type existe aussi à Laodicée. Il peut être mis en relation avec le voyage de Septime Sévère dans la province égyptienne en 200.

Commentaire:

Sur notre denier, on voit Isis coiffée du polos (ou s'agit-il d'un siège, son hiéroglyphe?) comme sur cette statuette ci-dessous.


Statuette d'Isis de l'époque ptolémaïque (Musée du Louvre, Paris)

Elle est debout sur un navire dont on distingue à droite la proue et à gauche la poupe (interprétée par H. Cohen comme un autel) avec le gouvernail. Il faut indiquer qu'Isis est une divinité particulièrement invoquée par les marins. Voici ce que dit le dictionnaire de Daremberg et Saglio à cet effet: "Désignée par l'épithète de pelagia, Isis préside à la navigation ; le nom de Pharia (Phariê), qui rappelle son origine égyptienne, semble lui avoir convenu particulièrement quand on l'envisageait comme divinité marine ; adorée dans la petite île de Pharos, en avant d'Alexandrie, à côté du fameux phare de Sostrate, Pharus, elle veillait sur les matelots en danger. De là son culte se propagea rapidement le long des côtes de la Méditerranée. On lui dédiait des ex-voto quand on avait échappé à la tempête ; dans les ports on trouvait des peintres qui avaient pour spécialité de représenter sur des tableaux votifs les naufragés secourus par Isis pelagia ; suivant Juvénal, c'était un métier qui nourrissait son homme." Le gouvernail fait aussi référence à une autre assimilation d'Isis: la Fortune. Les fonctions d'Isis sont en effet nombreuses: déesse-mère présidant aux saisons et à l'agriculture, déesse-reine à l'image de Junon, déessee de la santé, de l'amour, etc.
Type divin de l'amour maternel, elle tient dans ses bras son fils Horus enfant ou Harpocrate qu'elle allaite (Isis lactens) et cette image n'est pas sans rappeler les vierges à l'enfant gothiques ou de la Renaissance. C'est donc Julia Domna, par l'intermédiaire de la déesse égyptienne qui est honorée en tant que mère. Le nouvel âge d'or promis par la légende de revers de ce denier est mis sous le patronage de la divinité égyptienne et d'une civilisation plusieurs fois millénaires.


Statuette d'Isis allaitant Harpocrate (Musée du Louvre, Paris)

Enfin, je ne peux m'empêcher de signaler ici une monnaie exceptionnelle, citée par tous les ouvrages de référence et figurant Isis au revers. Il s'agit d'un auréus rarissime de Caracalla frappé en 215 et présentant Isis tenant le sistre et présentant des épis de céréales à l'empereur. Ce dernier est en tenue militaire tenant une haste et posant un pied sur un crocodile!


Aureus de Caracalla (Rome, 215)
Numismatica Ars Classica NAC AG Auction 38 (21/03/2007), lot 109.
Ex ventes Hirsch 29, 1910, Lambros, 1172 et Leu 22, 1979, 304.

Le sistre est un instrument de musique égyptien accompagnant danses et cérémonies religieuses. Il revêt donc une fonction sacrée. 


Sistre (Musée du Louvre, Paris)

Isis a sur cette monnaie les fonctions de Cérès, car le sistre a un rôle magique dans les crues du Nil indispensables à l'agriculture et les épis rappellent que l'Egypte est un des greniers à blé de Rome. Cette monnaie d'exception commémore la visite de Caracalla à Alexandrie en 215 et le crocodile vaincu n'est pas sans rappeler les monnaies d'Auguste avec ce reptile et la légende AEGVPTO CAPTA (l'Egypte captive). Il faut savoir que l'Egypte est une province impériale depuis la chute de Cléopatre VII et qui a gardé un statut particulier durant tout l'Empire: cette monnaie évoque donc encore la domination de Rome sur l'Egypte.

mercredi 24 mars 2010

La question des attributions des ateliers orientaux pour Julia Domna

Il est assez facile d'attribuer les deniers de Julia Domna du deuxième style ou nouveau style de Laodicée (196-202), car à cette époque il n'y a que deux ateliers: la moneta romaine et son annexe orientale. Pour cette dernière, les monnaies se distinguent aisément des productions romaines par le style plus "naïf" et expressif de l'iconographie et une épigraphie plus grossière. Pour la princesse syrienne, un élément supplémentaire de distinction est la boucle sur le cou juste au-dessus de la draperie. Par contre, pour la période précédente de 194 à 196, il n'est pas évident de distinguer les monnaies de Julia émises par Emèse de celles de Laodicée, Rome et Alexandrie se distinguant plus aisément par leur style.
Cependant, des études plus poussées permettent de différencier le style des deux ateliers syriens: celui d'Emèse est plus fin, plus minutieux alors qu'à Laodicée, il est plus audacieux, mais aussi plus grossier. La relation avec des revers de Septime Sévère permet parfois de guider l'identification du lieu de frappe. Malgré tout l'attribution à un atelier plutôt qu'à un autre reste difficile, d'autant que le BMC qui est l'ouvrage le plus avancé sur la question s'emmêle les pinceaux dans la numérotation des deniers de Julia Domna. De même, il n'y a pas de certitude absolue sur la localisation des ateliers dans ces deux villes syriennes. R. Bickford-Smith (Roger A. Bickford-Smith (R. I. N. p. 53-71) Rivista Italiana di Numismatica e Scienze Affini Vol. XCVI 1994-1995) dans l'article de référence sur la question les nomme d'ailleurs "the so-called syrian mints". Il parle plutôt des groupes 2 et 3 en fonction des légendes de droit de Septime Sévère.


n°J32

Dénomination: Denier

Impératrice: Julia Domna

Avers: IVLIA DO-MNA AVG - Buste drapé à droite.

Revers: VENER - VICT - Vénus debout à gauche, tenant une pomme de la main droite et un sceptre de la gauche. 

Atelier (année de frappe): Emèse (194-197)

Références: RSC 188a (30£) - RIC S630 (S) - BMC W422 - BnF 6651

Caractéristiques: Argent, 19mm, 2.84g, 12h. - Ex. FAC

Commentaire:

Le denier présenté aujourd'hui serait plutôt issue d'une officine d'Emèse, ville natale de l'impératrice. Mais, ce type avec Vénus drapée tenant pomme et sceptre est présent aussi sur les deniers du nouveau style de Laodicée avec la légende VENVS FELIX. Sur le denier présenté ici la légende de droit arbore le nom complet de l'impératrice IVLIA DOMNA AVG[usta] qui sera remplacé en 196 par la légende IVLIA AVGVSTA. La datation des deniers de Julia Domna est encore plus problématique que son attribution aux ateliers syriens durant les premières années du règne de son mari, car contrairement à son impérial époux, il n'y a aucun élément de datation dans ses légendes de droit ou de revers. On sait uniquement que cette première légende d'avers est active à partir des premières émissions de la nouvelle Augusta en 194 et jusqu'en 196-197. On peut noter également que ce type n'existe pas à Rome et est donc une production typiquement orientale. 

samedi 9 janvier 2010

Un programme de propagande partagé entre toutes les dénominations: Julia Domna en tant que mère (Rome, 216)

J'avais présenté il y a peu de temps un antoninien de Julia Domna avec Vénus au revers. Voici son petit frère! En effet, dans une grande majorité, les types de revers étaient communs entre la plupart des dénominations. Ainsi lors de l'émission des "doubles deniers", ces derniers ont souvent partagé leur programme iconographique avec les "simples" deniers, mais aussi avec les espèces d'or et de bronze. Prenons par exemple la 9ème émission selon Hill du règne de Caracalla où a été replacé ce denier. On y trouve pour Julia Domna des doubles aurei, des aurei, des antoniniens, des deniers, des sesterces et des as qui ont tous pour légende VENVS GENETRIX et une représentation de Vénus assise tendant une main et tenant un sceptre de l'autre.


n°J7

Dénomination: Denier

Impératrice: Julia Domna

Avers: IVLIA PIA FELIX AVG - Buste drapé à droite.

Revers: VENVS GENETRIX - Vénus assise à gauche, tendant la main droite et tenant un sceptre de la main gauche.

Atelier (année de frappe): Rome (216)

Références: RSC 212 (£) - RIC 388c (C) - BMC C23B-26 - Hill 1536 (C) - BnF 6662

Caractéristiques: Argent, 18 mm, 3.19 g, 12 h.

Commentaire:

Vénus représentée sur ce denier diffère des représentations habituelles de la déesse de l'Amour, en particulier sur les statues grecques et romaines. Elle est ici habillée et ne possède pas les attributs (pomme, Cupidon, armes de Mars...) qu'on a l'habitude de rencontrer sur les objets (bas-reliefs, statues ou statuettes, céramiques etc.) qui n'ont pas toujours, contrairement à la monnaie, de texte pour expliciter la représentation. En tant que GENETRIX, Vénus est la mère de tous les Romains, puisque mère d'Enée, lui même ascendant de Romulus et Rémus. Mais, il ne faut pas oublier que l'on parle aussi de l'impératrice, puisque c'est son portrait qui est à l'avers de cette monnaie. C'est donc au final Julia Domna qui est honorée sur ce denier en tant que mère de l'empereur Caracalla.

samedi 12 décembre 2009

Vénus sur un antoninien de Julia Domna (Rome, 216)

En 215, Caracalla introduit une nouvelle dénomination et sa mère émet toujours des monnaies à son effigie, une officine de l'atelier romain étant exclusivement dédiée à son monnayage. Il est donc normal qu'il y ait eu aussi des émissions d'antoniniens à son nom, d'autant plus qu'elle assure en quelque sorte l'interim du pouvoir durant la campagne oriental de son fils. Outre un diamètre un peu plus grand et un poids plus important que le denier (une fois et demie), le principal élément de différentiation est le buste. Alors que sur les deniers l'empereur porte une couronne de laurier et ne possède aucun vêtement, sur les antoniniens il est radié et porte draperie et/ou cuirasse. Julia Domna porte un diadème sur les antoniniens et le buste est très souvent posé sur un croissant de lune. Ainsi le symbole lunaire est associé à l'impératrice et le symbole solaire à l'empereur.

n°J18

Dénomination: Antoninien

Impératrice: Julia Domna

Avers: IVLIA PIA - FELIX AVG - Buste diadémé, drapé à droite, le tout posé sur un croissant.

Revers: VENVS GENETRIX - Vénus assise à gauche, tendant la main droite et tenant un sceptre de la main gauche.

Atelier (année de frappe): Rome (216)

Références: RSC 211 (75£) - RIC 388a (S) - BMC C22-3A - Hill 1528 (C) - BnF 6660

Caractéristiques: Argent, 25 mm, 4.4 g, 12 h. - Ex. Poinsignon

Note: Il s'agit du plus commun des antoniniens de Julia Domna.

Commentaire:

A Rome, le temple de Venus Genetrix a été construit par Jules César à la suite d'un voeu avant la bataille de Pharsale contre Pompée en 48 av. J.-C. Il était entièrement en marbre avec huit colonnes en façade et également huit colonnes sur les côtés. On y trouvait à l'intérieur de la cella de nombreuses oeuvres d'art: peintures grecques, statues de César et de Cléopâtre et bien sûr la statue de Vénus en bronze par le sculpteur grec Arcésileos. Jules César prétendait descendre comme tous les Julii de Vénus par l'intermédaire d'Enée, le héros troyen. Ce temple situé au niveau du forum de César a été à plusieurs reprises reconstruit, en particulier par Trajan, puis par Dioclétien suite à l'incendie sous Carin en 283. Il ne reste cependant aujourd'hui que 3 colonnes avec une architrave. Les chapiteaux et la frise sculptée laissent imaginer un somptueux décor.


Temple de Venus Genetrix (Forum de César - Rome)

dimanche 25 octobre 2009

Junon sur un denier de Julia Domna (Rome, 209)

Junon est une des déesses réservées au monnayage des impératrices. Elle préside aux différents moments importants de la vie des femmes: mariages et accouchements. Elle fait partie de la triade capitoline avec Jupiter et Minerve et est l'épouse de Jupiter, le dieu des dieux, qui est une des divinités les plus présentes sur le monnayage des empereurs. L'impératrice s'assimile ainsi à cette déesse importante du panthéon romain.



n°J2

Dénomination: Denier

Impératrice: Julia Domna

Avers: IVLIA - AVGVSTA - Buste drapé à droite.

Revers: I-V-N-O - Junon voilée debout à gauche, tenant une patère et un sceptre ; à ses pieds un paon.

Atelier (année de frappe): Rome (209)

Références: RSC 82 (25£) - RIC S559 (C) - BMC SC38-9 - Hill 1029 (C) - BnF 1 ex. (J&M Delepierre 1966)

Caractéristiques: Argent, 19 mm, 2.15 g, 12 h.

Note: Selon le classement de Hill, cette monnaie s'intègre dans une émission (la 29è) dominée par la sixième libéralité de Septime Sévère et de ses fils. 

Commentaire:

Junon est ici représentée dans une attitude cultuelle, elle est voilée et porte un sceptre long symbole de son pouvoir et une patère pour le sacrifice. Elle est accompagnée du paon, son animal-attribut principal comme l'aigle l'est pour Jupiter. Dans la mythologie, Argus était un géant avec cent yeux dont cinquante restaient ouverts pendant que les cinquantes autres étaient fermés durant le sommeil. Junon  lui confia la garde d'Io changée en vache, mais Mercure l'endormit avec sa flûte et lui coupa la tête. Triste, Junon répandit alors les yeux d'Argus sur la queue du paon.
Ce type monétaire inaugurée par Sabine, l'épouse d'Hadrien, a été très populaire sous les Antonins et les Sévères, de nombreuses impératrices l'utilisant sur leurs monnaies.



Junon et le paon sur un groupe statuaire représentant la triade capitoline (Musées du Capitole - Rome)

samedi 19 septembre 2009

Un type dédié traditionnellement aux impératrices: Pudicitia (Rome, 205)

Pudicitia, la Pudicité ou Pudeur, est un type qui apparait sous Hadrien et qui sera repris régulièrement au cours des IIè et IIIè siècles. Elle est souvent associée aux impératrices qui revendiquent, en bonne matrone romaine, cette qualité morale.


n°J13

Dénomination: Denier

Impératrice: Julia Domna

Avers: IVLIA - AVGVSTA - Buste drapé à droite.

Revers: PVDI-CITIA - La Pudeur voilée assise à gauche, regardant à gauche, portant la main droite à son sein et posant la main gauche sur son siège.

Atelier (année de frappe): Rome (205)

Références: RSC 168 (25£) - RIC 576 (C) - BMC SC72note - Hill 701 (R2)

Caractéristiques: Argent, 17mm, 2.75g, 1h. - Ex. iNumis VSO 2 n°168

Note: Il existe plusieurs types de Pudicitia pour Julia Domna, à Rome et Laodicée, sous Septime Sévère et sous Caracalla. Les attitudes de la personnification peuvent aussi changer, en particulier le visage qui peut être de face ou à gauche et la position des mains: sur le visage, la poitrine ou l'accoudoir.

Commentaire:

Pudicitia apparait très souvent voilée afin de cacher ses appâts féminins. Elle représente la chasteté, la modestie et la loyauté à l'époux. Même si elle est souvent réservée aux monnayage des personnages féminins de la famille impériale, la Pudeur est une qualité qui concerne aussi les hommes. De plus, elle n'est pas seulement une idée abstraite, ainsi l'apparence physique donne des indications sur la moralité de la personne. De même, la façon dont elle se comporte en public révèle ses qualités morales. Des statues montrent l'allure de la personnification et donnent aux femmes un exemple à suivre.


Statue de Pudicitia (Musée Chiaramonti - Vatican)

mardi 18 août 2009

La Mère de la Patrie - Denier de Julia Domna (Rome, 211)

En 205, Julia Domna reçoit le titre de mère des Augustes, même si de ses deux enfants, seul Caracalla est Auguste, Géta n'étant encore que César. Après la mort de son mari, Septime Sévère, en 211, elle obtient l'honneur de porter les noms de Mère de la Patrie et Mère du Sénat. Ce sont ces trois titres que l'on voit au revers de cette monnaie, autour d'une représentation de l'impératrice assise en majesté. Des statues lui ont certainement été dédiées à cette occasion dans la capitale de l'Empire.


n°J28

Dénomination: Denier

Impératrice: Julia Domna

Avers: IVLIA PIA - FELIX AVG - Buste drapé à droite.

Revers: MAT AVGG MAT SEN M PATR - Julia assise à gauche, tenant un rameau d'olivier de la main droite et un sceptre long de la gauche.

Atelier (année de frappe): Rome (211)

Références: RSC 111 (35£) - RIC C381 (S) - BMC C12-3 - Hill 1265 (R) - BnF 6619-20

Caractéristiques: Argent, 18mm, 3.26g, 6h. - Ex. Monnaies d'Antan VSO 4 n°241

Note: Il existe aussi un autre type ou l'impératrice est debout. Julia Domna est parfaitement reconnaissable au revers de ce denier. Elle porte sur la tête le stephané que l'on retrouvera sur les bustes des antoniniens.


Commentaire:

A partir de 212, Julia Domna est une impératrice régnante. Ses capacités gouvernementales étaient nées sous le règne de son mari et elle peut maintenant les épanouir pleinement. Elle accompagne son fils dans ses déplacements et s'occupe de l'administration impériale. Sa curiosité intellectuelle fait d'elle une des femmes les plus cultivées de son époque et on parle d'un véritable salon de philosophes et de savants qu'elle réunit autour d'elle.
Comme Caracalla ne se remaria pas après la mise à mort de Plautille et qu'il vécut avec sa mère, une rumeur d'inceste que l'"Histoire Auguste" prend pour argent comptant se développe. Des pamphlets la comparant à Jocaste circulent. Quelques années plus tard, on accusera aussi Caracalla d'avoir eu des relations avec sa cousine Julie Soaemias. En fait, c'est Elagabale lui-même qui exploita cette rumeur par intérêt politique en se présentant ainsi comme le fils de Caracalla qui était très apprécié par les légionnaires.

jeudi 13 août 2009

Julia Domna à Laodicée: le nouveau style - Denier avec Venus Felix

De 196-197 à 202, date de sa fermeture, Laodicée (Laodicea ad Mare, en Syrie) va frapper des deniers plus soignés que lors de sa première phase de production à partir de 194. Hybrides et légendes fautives se font plus rares et le style est plus fin, on parle du "nouveau style" de Laodicée, dû certainement à la présence de nouveaux graveurs. Durant son existence, l'atelier va émettre principalement des deniers à l'intention des troupes engagées dans la campagne parthique. Cet atelier est alors une "filiale" de la moneta romaine, utilisant les mêmes types de revers que l'atelier central.


n°J14

Dénomination: Denier

Impératrice: Julia Domna

Avers: IVLIA - AVGUSTA - Buste drapé à droite.

Revers: VENVS - FELIX - Vénus debout à gauche, tenant une pomme de la main droite et un sceptre de la gauche.

Atelier (année de frappe): Laodicée (199)

Références: RSC 197 (25£) - RIC S646 (S) - BMC SC619-21 - BnF 6655

Caractéristiques: Argent, 20mm, 3.3g, 6h. - Ex. CGB

Note: la date d'émission de cette monnaie est postérieure à 199, datation estimée pour le prototype romain. On observera sur le drapé du portrait de l'impératrice, au niveau du cou, une boucle qui "signe" les productions de Laodicée pour Julia Domna durant cette deuxième phase d'existence de l'atelier.


Boucle sur le vêtement de Julia Domna
Commentaire:

VENVS FELIX est la Vénus "heureuse", celle qui vient de gagner le concours de beauté face à Junon et Minerve. Elle tient dans la main son prix, la pomme de discorde offerte par le berger Pâris. Cet épithète est aussi utilisé dans la dédicace du temple de Vénus et de Rome (Venus Felix et Roma Aeterna) construit par Hadrien au sommet de la Velia aplanie ; il s'agit d'un des temples les plus vastes de Rome (110m sur 53m). Pour construire le temple, Hadrien fit déplacer la statue colossale de Néron (Colosseum) par vingt-quatre éléphants. Elle fut placée à côté de l'amphithéâtre flavien qui prit progressivement le nom de la statue pour devenir le Colisée.


Temple de Vénus et de Rome (Rome)