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dimanche 20 octobre 2013

La transition des styles à l'atelier de Laodicée et Cérès sur un denier de Septime Sévère

La huitième acclamation impériale est datée du début de l'été et est remplacée après le 19 février 197 par la neuvième. C'est durant ces quelques mois que le style de l'atelier de Laodicée évolue. En effet, on trouve des deniers portant la marque IMP VIII à la titulature de droit qui sont indéniablement du très caractéristique "nouveau style" et d'autres qui sont encore marqués par l'ancien style plus fruste, initié au moment de l'ouverture de l'atelier au début du règne. Le denier présenté ici relève encore de l'ancien style, mais il a déjà évolué par rapport aux premiers deniers des années 194-195 où seule la légende d'avers permet de distinguer les monnaies d'Emèse, de celles de Laodicée. Je rappelle que l'attribution de ces deux ateliers aux villes syriennes est purement conjecturelle. 
On remarquera également l'erreur du graveur dans la légende de revers, écrivant ERVGIF au lieu de FRVGIF. Ce type d'erreur, typique des premières émissions orientales, la lettre F n'existant pas dans l'alphabet grec, ne se produira plus durant la période du nouveau style. On peut penser que des graveurs latins ou du moins latinisés ont alors remplacé les graveurs de Laodicée du début du règne.


n°S134 

Dénomination: Denier

Empereur: Septime Sévère


Avers: L - SEPT SEV PE-RT AVG IMP VIII - Tête laurée à droite.


Revers: CERE-R ERVGIF - Cérès debout de face, tête à gauche, tenant deux épis de blé de la main droite et une longue torche de la gauche.


Atelier (année de frappe): Laodicée (196-197)


Références: RSC 68e (35£) - RIC 475note (S) - BMC W441 - BnF /


Caractéristiques: Argent, 17mm, 3.04g, 6h - Ex. fonds CGB


Commentaire:

Cérès orne aussi bien des monnaies romaines et orientales de Julia Domna que des deniers exclusivement syriens de Septime Sévère. Dans ce dernier cas, les deux ateliers d'Emèse et Laodicée ont tous deux livré des exemplaires où la déesse de l'agriculture, des moissons et de la fécondité apparaît toujours comme sur notre exemplaire debout portant des épis de blé et une longue torche. Elle partageait son temple quelque part du côté de l'Aventin avec Liber et Libera. On retrouve ainsi la triade d'Eleusis: Déméter, Dionysos et Perséphone. Il semble que le culte qui y était donné soit demeuré grec. On signalera également que le 29 mai, une fête religieuse, les ambervalia étaient données en l'honneur de la déesse. Quand on sait l'importance de la nourriture dans une ville aussi peuplée que Rome sous l'Antiquité où les famines n'étaient pas rares, il n'est pas étonnant que l'empereur se préoccupe des moissons et fasse représenter Cérès sur ses monnaies.
Sur ses statues, Cérès porte fréquemment, outre les épis de blé et la torche, des pavots, symboles du sommeil qu'opère la Nature durant les mois d'hiver lorsque sa fille Proserpine rejoint son mari Pluton aux Enfers.

  
Statue de Cérès portant des épis de blé, des pavots et une torche (Musée du Louvre, Paris)

dimanche 29 septembre 2013

Moneta sur un denier de Septime Sévère à Laodicée

Moneta est une personnification de la Monnaie et symbolise aussi l'atelier monétaire qui a frappé le denier dont elle orne le revers. Ce denier a ainsi été frappé pour rendre hommage à l'atelier de Laodicée, ville syrienne qui s'est ralliée à Septime Sévère lors de la guerre civile, conséquence de la lutte de pouvoir entre différents compétiteurs à la mort de Pertinax en 193. Laodicée a ainsi été promue par le nouvel empereur, sorti gagnant du conflit, afin de récompenser sa fidélité au détriment d'Antioche qui avait soutenu son rival malheureux Pescennius Niger. La capitale de la province de Syrie est ainsi rétrogradée au profit de Laodicea ad Mare qui devient capitale (néanmoins pour une courte période) de la nouvelle province de Syrie Coelé. Antioche ne frappera donc jamais de monnaies impériales pour Septime Sévère ou ses fils, contrairement à Laodicée dont l'atelier fonctionnera jusqu'en 202. Ce dernier ne frappera néanmoins pas d'aes, mais des dénominations en métal précieux. En effet, deniers et aurei sont majoritairement destinées aux légionnaires, la population des provinces orientales utilisant plutôt les monnaies dites provinciales, à légendes grecques, frappées par les cités. Notons enfin que le rôle de l'atelier syrien a été important lors de la campagne parthique de 198 afin de payer les troupes engagées dans le conflit. La titulature fait d'ailleurs référence au titre de Grand Parthique obtenu par l'empereur lors de cette campagne.


n° S115

Dénomination: Denier

Empereur: Septime Sévère

Avers: L - SEPT SEV [A]VG IMP XI PART MAX - Tête laurée à droite.

Revers: MONETA - AVGG - Moneta assise à gauche, tenant dans sa main droite une balance et une corne d'abondance de la gauche.

Atelier (année de frappe): Laodicée (198-202)

Références: RSC 345 (25£) - RIC 510a (C) - BMC 669-70 - BnF 6405.

Caractéristiques: Argent, 18mm, 3.5g, 12h - Ex. fonds Cresson.

Commentaire:
Sous Septime Sévère, les quatre ateliers impériaux (Rome, Alexandrie jusqu'en 195, Emèse fermé vers 198 et Laodicée jusqu'en 202) ont tous frappé des deniers à l'effigie de Moneta. Cette dernière est ici assise et tient dans les mains ses deux attributs: la balance et la corne d'abondance. La balance garantit le juste poids de la monnaie et son titre en métal fin.


Balance d'époque romaine (Musée d'Aquitaine, Bordeaux)

Les deux empereurs, le G répété de AVGG indiquant qu'ils sont deux, Septime Sévère et son fils Caracalla, montrent ainsi par l'intermédiaire de cette pièce qu'ils sont les protecteurs de la monnaie et que le peuple peut avoir confiance dans les émissions des ateliers monétaires impériaux. La corne d'abondance précise que la monnaie est source de richesse et d'abondance pour l'Empire et ses habitants. La représentation de Moneta est rangée dans la catégorie Evergesia par E. Manders ("Coining Images of Power") au même titre que l'Annone ou des images de bâtiments, c'est-à-dire qu'elle promeut les réalisations socio-économiques accomplies par l'Empereur.

dimanche 8 septembre 2013

Une statue équestre de l'empereur sur un denier de Septime Sévère (Rome, 206)

La représentation présente au revers de ce denier est tout à fait intéressante. On y observe l'empereur à cheval dans une attitude hiératique, la lance est verticale et il porte dans la main gauche une statuette de Victoire. Même si la légende n'explique pas l'image, car elle est décline la titulature de l'empereur, elle indique néanmoins la date de frappe (TR P XIIII = 206). Il s'agit là très certainement d'une représentation d'une statue équestre de l'empereur qui s'élevait au centre du Forum romain et qui est aujourd'hui disparue. Elle avait été élevée afin de commémorer un "rêve prémonitoire" qu'avait eu Septime Sévère alors qu'il était gouverneur de Pannonie supérieure peu avant l'assassinat de Pertinax en 193. Hérodien en rappelle les faits dans son livre II d'Histoire romaine:
Lorsqu'on eut reçu la nouvelle de l'avènement de Pertinax au trône, Sévère, après s'être rendu au temple pour y sacrifier, et prêter serment de fidélité à la puissance du nouvel empereur, rentra le soir dans sa maison, et s'endormit presque aussitôt. Il rêva qu'il était à Rome : il vit un grand et superbe cheval, magnifiquement caparaçonné, qui portait Pertinax à travers la Voie sacrée. Arrivé à l'entrée du forum, où le peuple, du temps de la république, se rassemblait pour délibérer, ce cheval, par une secousse violente, renversa Pertinax, vint s'offrir à lui, Sévère, qui se trouvait près de cet endroit, et sembla l'inviter, en se courbant, à prendre la place de l'empereur. Il monta le cheval, qui, docile à son nouveau maître, le conduisit au milieu du forum, l'offrant aux regards et à la vénération de la multitude. La statue équestre d'airain, élevée, pour représenter ce songe, au forum même et dans des proportions colossales, subsiste encore de nos jours.
Après sa propre accession à la pourpre, Sévère fera ériger son image en empereur victorieux à l'emplacement désigné par le songe.


n° S122

Dénomination: Denier

Empereur: Septime Sévère

Avers: SEVERVS - PIVS AVG - Tête laurée à droite.

Revers: P M TR P XIIII - COS III P P - Septime Sévère à cheval marchant à gauche, tenant une haste verticale de la main droite et une statuette de Victoire de la gauche. 

Atelier (année de frappe): Rome (206)

Références: RSC 478 (50£) - RIC 203 (S) - BMC 494 - Hill 791 (R4) - BnF /.

Caractéristiques: Argent, 18mm, 2.99g, 12h - Ex. Cayon Auction May 2012 n°4811.

Note: ce type est peu commun comme l'indique la cote du RSC, celle de Cohen (5f) et l'indice fourni par Hill. Le type est d'ailleurs absent de la collection du Cabinet de Paris et du trésor de Réka Devnia pourtant riche en monnaies sévériennes.

Commentaire:

Comme je l'ai indiqué, la statue de Septime Sévère n'existe plus, mais elle était encore debout au moment où Hérodien écrit son texte au milieu du IIIème siècle. Cependant, il est possible que quelques dizaines d'années plus tard, Constantin Ier ait fait déplacer celle de son prédécesseur pour la remplacer par sa propre statue équestre.
La statue est proche de celle de Marc Aurèle visible aujourd'hui à l'abri au palais des Conservateurs à Rome et dont la copie orne toujours la place du Capitole. La main gauche devait porter une statuette, mais le bras droit est étendu alors que celui de Sévère devait porter verticalement une lance.



Statue équestre de Marc Aurèle (Musées Capitolins, Rome)

dimanche 23 juin 2013

La Lune et la Grande Ourse sur un denier de Septime Sévère frappé à Emèse

La représentation d'objets stellaires sur les monnaies commence dès la République et continue sous l'Empire, mais sont relativement peu fréquentes au total. Le monnayeur L. Lucretius Trio au premier quart du Ier siècle av. J.-C. a frappé une monnaie avec le buste de Sol à l'avers et le croissant de lune accompagné de sept étoiles au revers, mais disposées différemment que sur le denier de Sévère. Il s'agit d'une représentation des septem triones (les sept boeufs de labour) dont le nom évoque un boeuf tournant sur une aire à battre le blé, image que les Anciens ont repris pour l'étoile polaire tournant autour des six autres étoiles de la constellation. Et en effet, une étoile est au centre de la composition. Ce nom de septem triones, formant aussi un jeu de mot avec le nom du monnayeur républicain, a donné le terme de septentrion pour désigner le nord, l'étoile polaire étant le pôle nord céleste. Certains auteurs interprètent les étoiles comment étant les corps célestes connus dans l'Antiquité: Soleil, Lune, Mercure, Vénus, Mars, Jupiter et Saturne. Dans ce cas, la Lune serait répétée avec la présence du croissant.


n° S33

Dénomination: Denier

Empereur: Septime Sévère

Avers: IMP CAE L SEP SEV - [PERT AVG COS] II - Tête laurée à droite.

Revers: SAECVL F[EL]ICIT . - Croissant de lune surmonté de sept étoiles.

Atelier (année de frappe): Emèse (194)

Références: RSC 628a (30£) - RIC 417 (S) - BMC W390-1 - BnF 6514-6

Caractéristiques: Argent, 17mm, 2.86g, 12h - Ex. CGB Rome XVI n°204.

Commentaire:

Ce type fait partie du programme sévérien annonçant l'aube d'un nouvel âge d'or, comme Virgile dans la quatrième églogue au sujet d'Auguste. La légende SAECVLI FELICITAS y fait référence: "le bonheur du siècle". En latin, saeculum désigne au départ la génération. L'empereur affirme ainsi que son règne va marquer le retour des temps heureux et qu'ils vont se prolonger par l'installation de sa dynastie au pouvoir. Les corps célestes renvoient aussi à l'idée d'Aeternitas. Le début du nouveau Siècle commence lorsque les objets célestes reviennent à leur position initiale après leur périple dans les cieux. C'est l'éternel retour de l'ordre ancien, particulièrement attendu à une époque de troubles et de guerre civile. Dans ce cas, l'hypothèse des planètes avec le Soleil et la Lune est peut-être plus appropriée qu'une représentation de la Grande Ourse.
Le type de revers sur notre denier d'Emèse avait déjà été utilisé par Hadrien, avec la même disposition des objets célestes, mais une légende non explicite (COS III). Septime Sévère se rattache ainsi à la prestigieuse dynastie des Antonins qui l'a précédé, mais en explicitant son programme. Cependant, ce denier n'est connu que pour l'atelier d'Emèse  (on ne le retrouve pas à Rome) et a probablement un message adapté aux populations orientales. En effet, on le trouve quasiment au même moment sur les monnaies d'Antioche de l'usurpateur Pescennius Niger. On peut donc y voir aussi les influences religieuses syriennes où les astres ont une importance de premier ordre.

dimanche 16 juin 2013

Un palmier pour une victoire britannique sur un denier de Septime Sévère (Rome, 210)

Dans sa monographie consacrée au monnayage romain de Septime Sévère et sa famille, P. V. Hill place ce denier en 210 dans une émission spéciale célébrant les victoires impériales en Bretagne. Selon lui, une première émission avait eu lieu un peu plus tôt dans l'année. Les victoires en Bretagne sont l'occasion pour le pouvoir de faire connaitre les succès militaires en multipliant les représentations de Victoria sur les monnaies. Accompagnées de la légende explicite VICTORIAE BRIT (à la Victoire britannique), la déesse de la victoire revêt des positions variées, assise ou debout, à gauche ou à droite, avec ou sans éléments adjoints tels des trophées ou captifs. On notera à l'avers la présence du titre de vainqueur des Bretons (BRIT) que l'empereur arbore sur sa titulature à partir de cette année 210.


n° S72

Dénomination: Denier

Empereur: Septime Sévère

Avers: SEVERVS PIVS - AVG BRIT - Tête laurée à droite.

Revers: VICTORIAE - BRIT - Victoria à moitié nue, debout de face, tête à droite, tenant une palme de la main droite, le bras gauche le long du corps; à droite, un bouclier attaché à un palmier.

Atelier (année de frappe): Rome (210)

Références: RSC 729 (70£) - RIC 337 (S) - BMC G58 - Hill 1139 (R) - BnF 6541-2

Caractéristiques: Argent, 18mm, 3.16g, 6h - Ex. Gorny & Mosch Auktion 170 n°2436

Note: on notera la présence d'une variante où le bras gauche de Victoria au lieu d'être le long du corps, attache le bouclier à l'arbre.

Commentaire:

Victoria, équivalent romain de la grecque Nikê, est représentée ailée portant palme et couronne, attributs dédiés aux vainqueurs. Elle est représentée ici à demie-nue à côté d'un arbre portant un bouclier. Nous sommes en présence du trophée primitif qui consistait à attacher des armes à un arbre le rendant ainsi anthropomorphe. L'arbre a ici l'allure d'un palmier, ce qui est curieux puisqu'il ne correspond pas à un végétal poussant dans les îles britanniques! En fait les graveurs ont repris un type émis en 207 sur de possibles victoires en Afrique. Ils ne connaissaient sans doute pas la végétation de ces provinces du nord, le palmier permettant certainement d'introduire de l'exotisme et de la distance.

dimanche 10 février 2013

Un buste atypique sur un denier à la Victoire de Septime Sévère (Rome, 196)

Les bustes de Septime Sévère sur les deniers sont relativement peu variés: la tête laurée à droite domine massivement. Cependant, à y regarder de plus près, on peut trouver des exceptions. Par exemple, les émissions posthumes montrent l'empereur tête nue. Mais du vivant de l'empereur, on trouve aussi des exemplaires qui sortent de l'ordinaire. Ces portraits "exceptionnels" sont localisés essentiellement dans les ateliers orientaux et particulièrement à Laodicée: tête à gauche, buste cuirassé vu de l'avant, etc. Cependant, des deniers romains présentent aussi des bustes sortant de l'ordinaire: présence de l'égide ou d'une légère draperie sur l'épaule gauche, par exemple.


n° S61

Dénomination: Denier

Empereur: Septime Sévère

Avers: L SEPT SEV PE-[RT AVG IMP VIII] - Buste lauré, drapé et cuirassé à droite.

Revers: P M TR P - IIII - C-OS II P P - Victoire marchant à gauche, tenant une palme de la main gauche et tendant une couronne de la droite.

Atelier (année de frappe): Rome (196)

Références: RSC 419v. - RIC 86v. - BMC W146-9v. - Hill 217v. - BnF 6435-6v.

Caractéristiques: Argent, 16mm, 3.2g, 6h - Ex. Forum Ancient Coins, ex. Barry Murphy coll.

Commentaire:

Plusieurs exemplaires de ce type avec buste lauré, drapé et cuirassé vu de l'arrière, ont été trouvés par Barry Murphy. On ne sait pas pourquoi certains types se sont vus attribuer des variations dans le traitement du portrait de l'empereur. L'empereur a peut-être voulu mettre en avant sa fonction de soldat en pleine période de guerre civile, en se présentant revêtu de la cuirasse et du manteau de général
Ce denier daté de 196 (TR P IIII) et présente à l'avers la mention de la huitième acclamation impériale. Cet honneur intervient à l'été 196 au moment de la chute de Byzance. Le siège avait duré deux ans et avait été particulièrement dur. L'empereur était encore en Mésopotamie après avoir vaincu Pescennius Niger quand il apprit la nouvelle. Il se réjouit mais pensait déjà à la prochaine étape: l'affrontement contre Clodius Albinus fraîchement déclaré ennemi public. Voici ce qu'en dit Hérodien: "Aussitôt que Sévère eut ainsi parlé, l'armée entière déclara Albinus ennemi de Rome. Les soldats poussent des acclamations en l'honneur de leur général ; ils témoignent par leurs cris la plus vive impatience; leur confiance redouble l'ardeur et les espérances de Sévère. Après leur avoir distribué de fortes sommes, il se met en marche. Auparavant, il avait envoyé des troupes assiéger Byzance ; cette ville, où s'étaient réfugiés les généraux de Niger, ne lui avait pas encore ouvert ses murs. Elle fut prise plus tard par famine; la ville entière fut détruite; on renversa ses théâtres, ses bains publics et tous les édifices qui l'embellissaient : cette superbe capitale, devenue un faible bourg, perdit encore sa liberté, et fut donnée aux Périnthiens, de même qu'Antioche se vit livrée aux habitants de Laodicée."

mardi 7 août 2012

Une monnaie de Septime Sévère exceptionnelle, rare et complexe iconographiquement

Cette monnaie est exceptionnelle à plus d'un titre. Tout d'abord par sa rareté. Même si le British Museum possède deux exemplaires (dont un usé), elle est absente de beaucoup de grandes collections institutionnelles en premier lieu de Paris. Au moment de la rédaction de son ouvrage à la fin du XIXème siècle, H. Cohen ne connaissait que l'exemplaire du Cabinet de Vienne. Aujourd'hui, cinq exemplaires semblent être connus, tous de même coin de revers, ce qui confirme la rareté du type. Ensuite par son iconographie unique dans le monnayage romain. La scène est complexe, car de nombreux personnages et attributs occupent le flan. Tout d'abord l'empereur, reconnaissable à sa barbe bifide, est assis sur une chaise curule de face, ce qui est déjà remarquable. C'est le magistrat qui est représenté ici puisqu'il est en toge et il est assis sur le siège réservé à ceux qui possèdent l'imperium. On notera que Mattingly dans le RIC interprète le personnage principal comme Roma, contrairement à Cohen, car pour lui l'exemplaire du British Museum montre un personnage féminin. La barbe qui se voit clairement sur l'exemplaire ci-dessous ne laisse planer aucun doute sur l'identité du personnage, c'est bien Septime Sévère. La légende, quant à elle est militaire: VICTORIAE AVGG, les Victoires des Augustes. Et on voit effectivement deux Victoires sur cette monnaie, l'une dans les mains de l'empereur sous la forme d'une statuette, l'autre est Victoria, personnification et déesse de la Victoire qui, planant dans les airs, vient couronner Septime Sévère. Reste à identifier le personnage à genoux et l'attribut qu'il porte à bout de bras au-dessus de lui.

n° S113

Dénomination: Denier

Empereur: Septime Sévère

Avers: SEVERVS - PIVS AVG - Tête laurée à droite.

Revers: VICTORIAE AVGG - Septime Sévère en toge assis de face sur une chaise curule, tenant une Victoriola dans sa main droite; sur la droite à ses pieds, une petite figure nue porte un orbe sur sa tête. A droite, une Victoire volante couronne l'empereur.

Atelier (année de frappe): Rome (206)

Références: RSC 717 (350£) - RIC 301 (R3) - BMC 371-2 - Hill 1008 (R4) - BnF /

Caractéristiques: Argent, 19mm, 3.38g, 6h -  Ex. Aureo & Calico Subasta 238 n°1114 ; Ex. Lanz Auktion 100 n°33 ; Ex. Lanz Auktion 30 n°636.

Note: Cette monnaie est rarissime comme le montre les indices de rareté et les cotes. A la fin du XIXème siècle, Cohen la cotait déjà 100F Or.

Commentaire:

Les mystères sont nombreux pour cette monnaie à commencer par sa datation. Mattingly la date de 208, Hill la place quant à lui en 209 lors d'une émission spéciale sur la campagne et les premières victoires en Bretagne. Or rien n'explique le lien entre cette iconographie hors du commun et la campagne britannique. Curtis C. Clay a un argument décisif pour l'année 206. Il a en effet observé des liaisons de coins de droit avec le type LAETITIA TEMPORVM (jeux du Cirque avec le navire au centre, les chars en haut et les animaux en bas). De nombreux types rares et exceptionnels comme ceux-ci ont été frappés cette année-là et il ne serait pas étonnant que cela soit aussi le cas pour notre denier à la légende VICTORIAE AVGG. 
Il reste à identifier le petit personnage aux pieds de l'empereur. Certains y voit un captif portant un bouclier. Les captifs sont rarement nus et portent des vêtements distinctifs afin de bien les identifier. De plus, le "bouclier" ne correspond pas vraiment à ce que les graveurs représentent pour ce type de matériel militaire. D'autres comme Cohen y voient Atlas soutenant le globe et donc on pourrait penser par extension qu'il s'agit d'une représentation de la chaîne de l'Atlas en Afrique du nord.

Atlas Farnese au Musée archéologique national de Naples

Détail du globe céleste

Cette monnaie symboliserait donc des victoires dans cette province du sud de l'Empire. C'est certainement pour cette raison que Mattingly dans le BMC plaçait approximativement (sans connaitre la liaison de coin?) l'émission de ce denier en 208. Cependant, ce n'est guère probable, la possible visite (et victoire?) de Septime Sévère en Afrique ne daterait que de 207 et si on retient 206 pour la date de frappe, cela ne colle plus... De plus, le globe n'a pas non plus sa représentation canonique (comme on peut le voir par exemple sur des exemplaires de consécration avec l'aigle ou comme attribut de Providentia), donc il ne s'agit pas non plus d'Atlas.  L'émission ne serait alors qu'un rappel des victoires parthiques de 198? Le mystère n'est aujourd'hui pas résolu. En tous les cas, C. Clay fait le lien entre ce denier et un autre de Caracalla tout aussi rare, exceptionnel et avec la même légende... et Septime Sévère au revers! En plus des deux Victoires, deux captifs "parthes" sont présents, ce qui accréditerai ce lien avec la campagne parthique victorieuse de 198. Enfin, la dernière possibilité, certainement la plus séduisante, est celle d'Aiôn, l'Eternité, qui est souvent représenté plus ou moins nu et qui porte au-dessus de lui le ruban zodiacal. Un très bel exemple est visible sur cet auréus d'Hadrien avec explicitement à l'exergue SAEC AVR. On remarquera aussi le phénix posé sur un globe symbole  d'éternité et de renouvellement.

Auréus d'Hadrien avec représentation d'Aiôn au revers
Courtesy: Numismatica Ars Classica

On est donc dans une représentation liée au Saeculum Aureum très en vogue en ce IIIème siècle et dont on aura l'occasion de reparler. La victoire sur l'ennemi héréditaire parthe est peut-être pour le pouvoir impérial le point de départ pour ce nouvel âge d'or que les Sévères incarnent.

lundi 7 mai 2012

Bacchus sur un denier de Septime Sévère (Rome, 194)

Il n'y a pas de référence à la puissance tribunicienne sur ce denier et pourtant il est datable presque encore plus précisément que si elle était présente. En effet, la présence de TR P sur une monnaie de Septime Sévère est la garantie de dater une monnaie à l'année près, car ce dernier revêtait la puissance tribunicienne au 1er janvier de chaque année. Ici, point de TR P, mais IMP III, on note ainsi que l'empereur est salué pour la troisième fois imperator. Cette acclamation impériale semble intervenir au cours du mois de janvier 194 à la suite des victoires des légions de Septime Sévère sur celles de son rival Pescennius Niger. Au revers apparaît Liber, autre nom de Bacchus, un des dieux protecteurs, avec Hercule, de Septime Sévère et de sa ville natale Lepcis Magna.



n° S96

Dénomination: Denier

Empereur: Septime Sévère

Avers: L - SEPT SEV PE-RT AVG IMP III - Tête laurée à droite.

Revers: LIBERO - PATRI - Liber debout de face, tête à gauche, une peau sur l'épaule gauche, tenant un thyrse de la main gauche et une oenochoé de la droite ; à gauche, une panthère se tenant à gauche, tête tournée vers l'arrière essayant d'attraper des gouttes s'échappant du récipient. 

Atelier (année de frappe): Rome (194)

Références: RSC 301 (25£) - RIC 32 (S) - BMC W64-6 - Hill 84 (S) - BnF 6382

Caractéristiques: Argent, 18mm, 2.69g, 12h - Ex. CGB.

Commentaire:
Liber Pater, dieu italique assimilé à Bacchus, est l'équivalent du dieu tutélaire punique Shadrapa. A côté du Capitole de Lepcis Magna, un temple s'élevait, consacré à la fois à Hercule et à Liber. La légende de ce denier, sous forme de dédicace est explicite, LIBERO PATRI: à Liber Pater. La représentation est canonique, le dieu de la vigne et du vin est nu (sauf une peau sans doute de léopard sur l'épaule et il porte cerainement sur la tête une couronne de pampres) et porte ses attributs, le thyrse et l'oenochoé. Le thyrse est un bâton à l'image d'un sceptre long recouvert de lierre ou de vigne et surmonté aux extrémités par une pomme de pin. L'oenochoé est un pichet servant au service du vin, ce dernier était puisé au cratère (un autre vase) où il avait été mêlé à l'eau. Enfin, le jeune dieu est accompagné de son animal fétiche, une panthère. Elle tire parfois le char du dieu, mais boit ici directement le vin qui s'écoule du récipient. Cette représentation est encore visible sur des statues comme celle ci-dessous du Musée du Vatican.


Statue de Bacchus portant ses attributs et accompagné d'une panthère (Musée Chiaramonti, Vatican)

Les deux dieux spécialement honorés à Lepcis Magna, Hercule et Liber auront une place particulière lors de la célébration des Jeux Séculaires en 204. Hercule sera adopté comme dieu protecteur par le fils aîné de Sévère, Caracalla, et Liber par le cadet, Géta.

samedi 14 avril 2012

Deux légendes d'avers pour un type à la Victoire - Deniers de Septime Sévère (Laodicée, 198)

Voici deux deniers présentant la Victoire, comme toujours ailée, marchant à gauche et munie de ses deux attributs traditionnels: la palme et la couronne. La légende de revers indique la Victoire des Augustes (Septime Sévère et Caracalla) et précise les titres de l'empereur père: son deuxième consulat (depuis 194) et celui de Père de la Patrie. 
Ces deux deniers ont été frappés à peu de temps d'intervalle dans l'atelier syrien de Laodicea ad Mare. Le plus ancien (S110) a une titulature que l'on peut déployer ainsi: L[VCIVS] SEP[TIMIVS] SEVERVS PER[TINAX] AVG[VSTVS] P[ONTIFEX] M[AXIMVS] IMP[ERATOR]XI. Cette légende a été utilisée peu de temps au début de l'année 198.  Ce denier ne semble pas avoir été frappé à Rome. Le suivant (S118) a une titulature différente et employée jusqu'en 202. Le début est modifié ainsi: SEPTIMIVS est rallongé de SEP en SEPT, SEVERVS est abrégé en SEV et les mentions à Pertinax (PERT) et au grand pontificat (P M) sont abandonnés. A la fin, la onzième acclamation impériale est suivie du titre de grand Parthique (PART[HICVS] MAX[IMVS]). Ce denier a aussi été frappé à Rome comme souvent pour les deniers de Laodicée dits du "nouveau style".



n°S110



n°S118

Dénomination: Denier

Empereur: Septime Sévère

Avers: S110: L SEP SEVERVS PE-R AVG P M IMP XI ; S118: L SEPT SEV AVG IMP XI - PART MAX - Tête laurée à droite.

Revers: VICT AV-GG - C-OS II P P - Victoire marchant à gauche, tenant une couronne de la main droite et une palme de la gauche.

Atelier (année de frappe): Laodicée (198)

Références: S110: RSC 695 (25£) - RIC 499 (C) - BMC 634-5 - BnF 6531-2 ; S118: RSC 694a (30£) - RIC 513B (R) - BMC / - BnF /.

Caractéristiques: S110: Argent, 18mm, 3.4g, 12h - Ex. Creusy ; S118: Argent, 19mm, 2.8g, 12h - Ex. Cresson.

Note: Ce type est très courant à Rome avec IMP X. Pour Laodicée, la monnaie avec légende en PART MAX semble plus rare que celle en IMP XI seul. Le RIC cite la collection L. A. Lawrence et il est étonnant que le BMC n'en fasse pas mention. Elle est absente des collections de Londres et Paris.

Commentaire:

Tout d'abord, on constate qu'une des deux monnaies porte le titre de PART MAX et que l'autre non. L'acclamation impériale et le titre de grand Parthique sont donc clairement dissociés sur les deux deniers de même type de revers à la Victoire.
L'acclamation impériale est le fait des troupes qui accordent ce titre à leur général en chef victorieux. Ce terme d'imperator a donné abusivement en français le mot empereur. Par cette acclamation, le général a droit au triomphe accordé par le Sénat. Ce dernier ne fait donc que valider en quelque sorte ce que les soldats ont accordé à leur chef. Le premier denier frappé en Syrie, donc au plus près des champs de bataille de la campagne orientale, a été en quelque sorte émis en avant-première juste avant que les nouvelles arrivent à Rome et que le Sénat donne le titre de grand Parthique à Sévère. Ce qui explique l'inexistence de cette monnaie pour l'atelier de Rome. En revanche, le titre de grand Parthique ne pouvait être donné par les soldats. Lorsque le second denier est émis en Syrie, la nouvelle est donc connue à Rome et le Sénat a accordé le titre de Parthicus Maximus à Septime Sévère. C'est pour cette raison que des deniers de ce type ont aussi été frappés à Rome.

dimanche 18 mars 2012

Bonus Eventus représenté sous les traits de Fides sur un denier d'Emèse

La légende de revers BONI EVENTVS, littéralement "au bon événement", fait référence à la personnification d'un génie lié aux événements qui ont une fin heureuse. Son emploi n'est pas courant dans le monnayage romain et il apparaît surtout dans les ateliers orientaux, comme ici sur ce denier d'Emèse, ville natale de l'impératrice. Pescennius Niger qui revendique la pourpre au même moment que Septime Sévère utilise également cette personnification sur son monnayage d'Antioche. On assiste donc à une compétition dans la propagande monétaire entre l'empereur officiel et l'usurpateur sur leurs monnaies destinées à leurs légions se combattant dans les provinces orientales.  
Le denier n'est pas daté avec précision. Le deuxième consulat date de 194 et on pense que l'atelier syrien ferme ses portes en 198 à la fin de la campagne parthique, ce qui laisse presque cinq ans d'incertitudes sur la datation.


n°S85 

Dénomination: Denier

Empereur: Septime Sévère

Avers: IMP CAE L SEP SEV PERT AVG COS II - Tête laurée à droite.

Revers: BONI E-VENTVS - Bonus Eventus debout à gauche, tenant un plateau de fruits dans la main droite et deux épis de blé dans la gauche. 

Atelier (année de frappe): Emèse (194-198?)

Références: RSC 68 (25£) - RIC 369 (S) - BMC W343-4 - BnF 6283-4

Caractéristiques: Argent, 17mm, 3.3g, 12h -  Ex. Monnaies d'Antan VSO 4.

Note: comme souvent avec les monnaies frappées à Emèse, aujourd'hui Homs en Syrie, il existe de nombreuses variantes de légendes fautées.

Commentaire:

On retrouve les origines "agricoles" de ce dieu Bonus Eventus sur les attributs portés par lui sur la monnaie: les fruits et les céréales. Il veillait à la bonne issue des moissons. Mais ce cadre restreint s'est progressivement élargi et les Romains l'invoquaient en de nombreuses circonstances. Cependant, un amalgame est fait ici avec une autre personnification: Fides, la bonne Foi, la Fidélité ou Loyauté. En effet, Bonus Eventus est une divinité masculine, souvent représenté comme Genius, nu tenant une patère et des épis. Or, dans les ateliers orientaux, c'est une personnification féminine drapée qui est représentée sous les traits de Fides et avec les attributs de celle-ci: le plateau de fruits et les épis. Le message qu'ont voulu faire passer les monétaires est qu'avec la fidélité à l'empereur, les conflits qui émaillent le début du règne de Septime Sévère (lutte interne contre Niger et campagne contre les Parthes) ne peuvent qu'aboutir à un heureux dénouement.

dimanche 18 décembre 2011

Un Génie sur un denier de Septime Sévère (Rome, 204)

Ce denier à la titulature précise (douzième puissance tribunicienne) est donc daté de 204 et son type est caractéristique des deniers datés de cette année-là.
L'année 204 est l'année des Jeux Séculaires et j'invite les lecteurs à lire ma contribution à la revue "Les Monnaies de l'Antiquité" à ce sujet. L'auteur du RIC et du BMC/RE, H. Mattingly, voit dans l'utilisation de ce type une référence générale aux cérémonies religieuses qui ont rythmé les célébrations de de ce moment unique de la vie romaine, car ils avaient lieu en moyenne tous les 110 ans. Ces Jeux sont l'occasion pour la famille impériale de montrer sa Pietas en participant aux différents sacrifices, sanglants ou non, qui ont lieu pendant trois nuits et trois jours.  


n° S105

Dénomination: Denier

Empereur: Septime Sévère

Avers: SEVERVS - PIVS AVG - Tête laurée à droite.

Revers: P M TR P XII COS III P P - Genius debout de face, tête à gauche, sacrifiant avec une patère de la main droite au-dessus d'un autel paré et allumé et tenant des épis de la main gauche.

Atelier (année de frappe): Rome (204)

Références: RSC 464 (25£) - RIC 195 (C) - BMC 467 - Hill 682 (S) - BnF 6452; ex. duplicibus Delécluse 6452a; Maspéro 1967/616

Caractéristiques: Argent, 18mm, 3.2g, 11h - Ex. Chris' Numismatique.

Note: Un denier conservé au British Museum et avec la légende SEVERVS AVG PART MAX active jusqu'en 201 est manifestement un faux d'époque, car avers et revers ne peuvent être contemporains. On parle alors d'hybride.

Commentaire:
Il existe de nombreuses divinités tutélaires dans la religion romaine. Ainsi les Lares et les Pénates disposent de temples ainsi que d'autels dans les toutes maisons. Ils sont respectivement les protecteurs des lieux publics ou particuliers et les dieux de la famille (ancêtres).


Statuette de Lare en bronze (Musée de la Civilisation gallo-romaine, Lyon)

Quant aux Génies, ils sont attachés aux lieux, mais aussi aux personnes à qui ils assurent la protection. Les sacrifices au Génie, à l'image de celui exécuté par le Génie au revers de notre monnaie, n'est pas sanglant mais consiste en une libation avec par exemple du vin. On sacrifiait généralement à son Génie le jour anniversaire de sa naissance. Mais les Génies sont aussi invoqués dans de nombreuses célébrations religieuses souvent après Janus, le dieu des commencements. On invoque alors le Génie du lieu ou celui de la divinité destinataire du sacrifice. L'empereur et le peuple romain avaient aussi leurs Génies et un culte leur étaient rendus.
La représentation du revers de ce denier est celle d'un Génie particulier, Bonus Eventus, lié aux événenements heureux et est représenté nu avec des épis de blé dans la main. Ces événement sont très certainement les Jeux Séculaires de 204.

samedi 3 décembre 2011

L'Annone sur un denier de Septime Sévère (Rome, 206)

Ce denier est daté à l'année près grâce à la puissance tribunicienne présente au revers de la monnaie. En 206, Septime Sévère renouvelle sa quatorzième puissance tribunicienne, la première correspondant à sa première année de règne en 193.
Sur les deniers de Septime Sévère frappés à l'atelier de Rome, l'Annone intervient à cinq reprises. La première fois en 198, puis en 200, à chaque fois avec la légende ANNONAE AVGG. Ensuite, de 205 à 207, elle revient chaque année avec cette fois-ci une légende datée (suite de la titulature de l'avers) et non plus explicite. Si on tient compte des autres métaux, la personnification apparaît dès 194 et se retrouve d'autres années encore, mais sans présence de deniers lors de ces émissions. L'étymologie d'annone a un lien avec annus l'année. En effet, il s'agissait à l'origine de la récolte annuelle et donc des provisions disponibles pour une année. L'Annone tient ici une corne d'abondance et des épis de céréales au-dessus d'un modius qui est une mesure pour le grain.


n° S109

Dénomination: Denier

Empereur: Septime Sévère

Avers: SEVERVS - PIVS AVG - Tête laurée à droite.

Revers: P M TR P XIIII - COS III P P - L'Annone debout à gauche, tenant des épis de la main droite et une corne d'abondance de la gauche ; à ses pieds le modius rempli d'épis.

Atelier (année de frappe): Rome (206)

Références: RSC 476 (25£) - RIC 200 (C) - BMC 489-92 - Hill 766 (C2) - BnF 6459-60

Caractéristiques: Argent, 20mm, 3.17g, 12h. - Ex. Hugon Numismatique.

Note: Cette monnaie provient d'un trésor tunisien trouvé par une compagnie de chemin de fer dans les années 1930.

Commentaire:

L'Annone est utilisée sur les monnaies impériales romaines depuis Néron et la représentation utilisée sur notre denier est certainement la plus populaire. Septime Sévère, par exemple, l'emploie sur les trois émissions datées où elle apparaît. Elle a également été très utilisée sous les Antonins. Si l'Annone figure si souvent sur les monnaies de Septime Sévère, c'est qu'il accorde, contrairement à certains de ses prédécesseurs, beaucoup d'importance au ravitaillement de l'Urbs et aux stocks de céréales vitaux pour une ville si dépendante des provinces céréalières, en particulier de l'Afrique. Il veillait donc à conserver des réserves élevées, ce qui n'était pas toujours le cas par le passé. A  deux reprises, l'Histoire Auguste mentionne cet excédent en céréales en particulier au moment de la mort de l'empereur. Voici un des extraits: Rei frumentariae, quam minimam reppererat, ita consuluit, ut excedens vita septem annorum canonem p. R. relinqueret, ce qui signifie: "il s'occupa si efficacement de l'approvisionnement en blé - qu'il aurait trouvé très déficient - qu'à sa mort il laissait dans les greniers du peuple romain un contingent correspondant à l'apport fiscal de sept années" (trad. A. Chastagnol).
Ce blé était stocké dans les entrepôts d'Etat, les horrea, situés à Rome au niveau de l'Emporium, le port fluvial entre les collines de l'Aventin et du Testaceus, au sud-ouest de la ville.


Le port de Rome (Emporium) au bord du Tibre avec les horrea galbana et le portique émilien s ur la maquette de Gismondi au musée de la Civilisation romaine (Rome)

dimanche 25 septembre 2011

Le style de l'atelier d'Emèse - Denier de Septime Sévère avec Liberalitas

Un autre denier pour Emèse avec pour type de revers Liberalitas présentait une légende tronquée en LIBERA. La monnaie présentée ci-dessous à une légende de revers plus longue d'une lettre en LIBERAL. Il est en effet courant dans les ateliers orientaux actifs au début du règne de Septime Sévère de trouver des variantes dans les inscriptions. On remarquera également si on compare ces deux monnaies, une différence de traitement dans le style des portraits. Cette différence, bien plus grande qu'à Rome, permettrait sans aucun doute d'identifier clairement différents graveurs.


n° S103

Dénomination: Denier

Empereur: Septime Sévère

Avers: IMP CAE L SEP SEV - PERT AVG COS II - Tête laurée à droite.

Revers: LIBE-R-A-L - AVG - La Libéralité debout à gauche, tenant une tessère de la main droite et une corne d'abondance de la gauche.

Atelier (année de frappe): Emèse (194)

Références: RSC 283a (30£) - RIC 400 (S) - BMC W373 note - BnF /

Caractéristiques: Argent, 19mm, 2.7g, 6h - Ex. byzancia.

Commentaire:

En plus de présenter des types monétaires bien à lui (très souvent orientaux mais pas seulement), l'atelier d'Emèse se différencie clairement à son style qui selon le BMC est "soigné, mais plutôt léger et simple". Contrairement au style de l'atelier romain plus stéréotypé, les monnaies syriennes sont plus expressives. Il est souvent difficile de distinguer un denier d'Emèse, d'un denier de Laodicée ("ancien style" de 193 à 196, le "nouveau" étant clairement identifiable) sans lire la titulature commençant en IMP pour Emèse et en L SEPT pour Laodicée. Cependant, on constate qu'Emèse est plus fin, détaillé alors que le style de Laodicée est plus grossier.

Portrait de l'atelier de Laodicée ("ancien style")
Portrait de l'atelier d'Emèse

dimanche 3 juillet 2011

Une monnaie au trophée de l'atelier d'Emèse datée de 195

Cette monnaie s'insère parmi les dernières émissions frappées à Emèse et est une des rares qui soit clairement datable (TRP III IMP V). Le trophée atteste la commémoration d'une victoire, mais cette dernière n'est pas ici précisément définie. Dans le même temps, l'atelier de Rome mentionne sur les types portant Victoria au revers PART ARAB PART ADIAB soit un succès militaire sur les Arabes et les Adiabènes, alliés des Parthes. Le type monétaire au trophée prend un peu le contrepied du revers avec la Victoire, car on ne met pas en avant le succès militaire, mais les défaites des ennemis qui se retrouvent enchaînés à un poteau chargé de leurs armes désormais inutiles.
On remarquera que la titulature se déployant sur les deux faces de la monnaie répète le deuxième consulat de l'Empereur, mais omet ses titres de Père de la Patrie et de grand Pontife. Sur les monnaies de l'atelier romain, la fin de la titulature de revers finit généralement bien en P P (Pater Patriae).


n° S58 

Dénomination: Denier

Empereur: Septime Sévère

Avers: IMP CAE L SEP SEV PERT AVG COS II - Tête laurée à droite.

Revers: TR P III IMP V COS II - Deux captifs debout dos à dos au pied d'un trophée, leur jambe droite fléchie; celui de gauche tient sa tête dans sa main droite et l'autre a les mains liées dans le dos.

Atelier (année de frappe): Emèse (195)

Références: RSC 658 (30£) - RIC 435 (S) - BMC W410 - BnF 6522

Caractéristiques: Argent, 17mm, 3g, 6h.

Note: on notera l'attitude des deux prisonniers. Suivant les types, cette attitude peut changer.

Commentaire:

Durant l'année 195, Septime Sévère reçut pas moins de quatre acclamations impériales (de V à VIII), ce qui signifie que ses généraux ont remporté en Mésopotamie au moins quatre victoires. Les détails dans les textes antiques sont rares et fragmentaires. Voici ce qu'en dit Dion Cassius: "Sévère, ayant de nouveau divisé son armée en trois corps, et ayant donné le commandement de l'un à Laetus, celui d'un autre à Anulinus, enfin, celui du troisième à Probus, envoya ces généraux contre l'Adiabénie. Ceux-ci, ayant envahi cette contrée de trois côtés, la soumirent non sans peine ; quant à Sévère, il accorda des privilèges à Nisibis, dont il confia le gouvernement à un chevalier, et il se vanta d'avoir ajouté un vaste territoire à l'empire, et d'avoir fait de cette ville le boulevard de la Syrie. Mais les événements ont suffisamment montré que cette acquisition a été pour nous la cause de guerres continuelles, ainsi que de frais nombreux, car elle rapporte peu et dépense beaucoup, et nous, étant aux prises avec les Mèdes et les Parthes, nos voisins, nous combattons à chaque instant, pour ainsi dire, pour la défense de ce territoire".


Trophée sur les reliefs de la colonne trajane (Rome)



Prisonniers parthes sur un relief de l'arc de Septime Sévère sur le forum romain (Rome)

lundi 13 juin 2011

Jupiter brandit le foudre sur un denier de Septime Sévère (Rome, 208)

La seizième puissance tribunicienne inscrite au revers de ce denier le date de l'année 208 au moment du lancement de la campagne britannique. Les raisons de cette nouvelle guerre sont assez floues, certains auteurs comme Hérodien parlant de troubles: "Pendant que Sévère voyait avec indignation la conduite de ses fils et leurs goûts pour de frivoles plaisirs, il reçut une dépêche du gouvernement de la Bretagne, qui lui annonçait que les Barbares s'étaient soulevés, et que dans leurs incursions ils pillaient et dévastaient tout le pays. Le gouverneur demandait un secours de troupes ou même la présence de l'empereur." Cependant, Dion Cassius ne mentionne pas ces troubles du fait des Méates et des Calédoniens, deux peuples bretons vivant au-delà du mur d'Hadrien. Pour l'historien A. R. Birley la mention de cettre lettre n'est qu'un effet réthorique d'Hérodien. Toujours est-il qu'en 208, Septime Sévère et ses deux fils quittent Rome pour la province septentrionale de Bretagne.


n° S22

Dénomination: Denier

Empereur: Septime Sévère

Avers: SEVERVS - PIVS AVG - Tête laurée à droite.

Revers: P M TR P - X-VI COS III P P - Jupiter nu, marchant à gauche et regardant en arrière, tenant un foudre de la main droite et un sceptre de la gauche.

Atelier (année de frappe): Rome (208)

Références: RSC 501 (25£) - RIC 216 (C) - BMC 559 - Hill 988 (C) - BnF 6471-2

Caractéristiques: Argent, 19mm, 2.7g, 1h.

Commentaire:

Jupiter, dieu des dieux, brandit son foudre à la manière d'un javelot. Il est ici propugnator, c'est-à-dire le protecteur, le défenseur voire le champion et cette attitude indique clairement le début de la guerre contre les tribus bretonnes. Son sceptre est symbole de majesté, un attribut de nombreuses divinités. Il sera protecteur des empereurs pendant les combats et leur apportera la victoire.


Statue de Jupiter (Musée Pio Clementino, Vatican)

Cette monnaie fait suite à un très rare denier émis l'année précédente où Jupiter dans la même attitude est qualifié de vainqueur IOVI VIC (Iovi Victori). Cette monnaie très intéressante quant à son iconographie nous montre le premier des dieux sur un char, à la manière de l'empereur, mais combattant des géants anguipèdes, c'est-à-dire dont le corps se termine en queue de serpent. Un spectaculaire médaillon d'argent conservé à la Bibliothèque nationale de France et daté aussi de 207 reprend ce thème sur une surface plus grande. Cette gigantomachie n'apparait plus sur les émissions de 208 où Jupiter est désormais seul menaçant les ennemis de Rome de son foudre.


Denier de Septime Sévère représentant une Gigantomachie (Lanz, Auktion 112)




Médaillon de la BnF reproduit dans la deuxième édition du catalogue de H. Cohen.

Ces représentations de dieux combattant des monstres anguipèdes ont été abondamment illustrés en particulier par des sculpteurs gallo-romains. Ces groupes sculpturaux étaient placés sur des colonnes et les savants ont rapproché cette divinité à cheval du panthéon gaulois et ce monstre reptilien à Jupiter combattant les Géants.


Cavalier à l'anguipède de la colonne de Merten (Musées de la Cour d'or, Metz)