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dimanche 20 octobre 2013

La transition des styles à l'atelier de Laodicée et Cérès sur un denier de Septime Sévère

La huitième acclamation impériale est datée du début de l'été et est remplacée après le 19 février 197 par la neuvième. C'est durant ces quelques mois que le style de l'atelier de Laodicée évolue. En effet, on trouve des deniers portant la marque IMP VIII à la titulature de droit qui sont indéniablement du très caractéristique "nouveau style" et d'autres qui sont encore marqués par l'ancien style plus fruste, initié au moment de l'ouverture de l'atelier au début du règne. Le denier présenté ici relève encore de l'ancien style, mais il a déjà évolué par rapport aux premiers deniers des années 194-195 où seule la légende d'avers permet de distinguer les monnaies d'Emèse, de celles de Laodicée. Je rappelle que l'attribution de ces deux ateliers aux villes syriennes est purement conjecturelle. 
On remarquera également l'erreur du graveur dans la légende de revers, écrivant ERVGIF au lieu de FRVGIF. Ce type d'erreur, typique des premières émissions orientales, la lettre F n'existant pas dans l'alphabet grec, ne se produira plus durant la période du nouveau style. On peut penser que des graveurs latins ou du moins latinisés ont alors remplacé les graveurs de Laodicée du début du règne.


S134 

Dénomination: Denier

Empereur: Septime Sévère


Avers: L - SEPT SEV PE-RT AVG IMP VIII - Tête laurée à droite.


Revers: CERE-R ERVGIF - Cérès debout de face, tête à gauche, tenant deux épis de blé de la main droite et une longue torche de la gauche.


Atelier (année de frappe): Laodicée (196-197)


Références: RSC 68e (35£) - RIC 475note (S) - BMC W441 - BnF /


Caractéristiques: Argent, 17mm, 3.04g, 6h - Ex. fonds CGB


Commentaire:

Cérès orne aussi bien des monnaies romaines et orientales de Julia Domna que des deniers exclusivement syriens de Septime Sévère. Dans ce dernier cas, les deux ateliers d'Emèse et Laodicée ont tous deux livré des exemplaires où la déesse de l'agriculture, des moissons et de la fécondité apparaît toujours comme sur notre exemplaire debout portant des épis de blé et une longue torche. Elle partageait son temple quelque part du côté de l'Aventin avec Liber et Libera. On retrouve ainsi la triade d'Eleusis: Déméter, Dionysos et Perséphone. Il semble que le culte qui y était donné soit demeuré grec. On signalera également que le 29 mai, une fête religieuse, les ambervalia étaient données en l'honneur de la déesse. Quand on sait l'importance de la nourriture dans une ville aussi peuplée que Rome sous l'Antiquité où les famines n'étaient pas rares, il n'est pas étonnant que l'empereur se préoccupe des moissons et fasse représenter Cérès sur ses monnaies.
Sur ses statues, Cérès porte fréquemment, outre les épis de blé et la torche, des pavots, symboles du sommeil qu'opère la Nature durant les mois d'hiver lorsque sa fille Proserpine rejoint son mari Pluton aux Enfers.

  
Statue de Cérès portant des épis de blé, des pavots et une torche (Musée du Louvre, Paris)

dimanche 29 septembre 2013

Moneta sur un denier de Septime Sévère à Laodicée

Moneta est une personnification de la Monnaie et symbolise aussi l'atelier monétaire qui a frappé le denier dont elle orne le revers. Ce denier a ainsi été frappé pour rendre hommage à l'atelier de Laodicée, ville syrienne qui s'est ralliée à Septime Sévère lors de la guerre civile, conséquence de la lutte de pouvoir entre différents compétiteurs à la mort de Pertinax en 193. Laodicée a ainsi été promue par le nouvel empereur, sorti gagnant du conflit, afin de récompenser sa fidélité au détriment d'Antioche qui avait soutenu son rival malheureux Pescennius Niger. La capitale de la province de Syrie est ainsi rétrogradée au profit de Laodicea ad Mare qui devient capitale (néanmoins pour une courte période) de la nouvelle province de Syrie Coelé. Antioche ne frappera donc jamais de monnaies impériales pour Septime Sévère ou ses fils, contrairement à Laodicée dont l'atelier fonctionnera jusqu'en 202. Ce dernier ne frappera néanmoins pas d'aes, mais des dénominations en métal précieux. En effet, deniers et aurei sont majoritairement destinées aux légionnaires, la population des provinces orientales utilisant plutôt les monnaies dites provinciales, à légendes grecques, frappées par les cités. Notons enfin que le rôle de l'atelier syrien a été important lors de la campagne parthique de 198 afin de payer les troupes engagées dans le conflit. La titulature fait d'ailleurs référence au titre de Grand Parthique obtenu par l'empereur lors de cette campagne.


n° S115

Dénomination: Denier

Empereur: Septime Sévère

Avers: L - SEPT SEV [A]VG IMP XI PART MAX - Tête laurée à droite.

Revers: MONETA - AVGG - Moneta assise à gauche, tenant dans sa main droite une balance et une corne d'abondance de la gauche.

Atelier (année de frappe): Laodicée (198-202)

Références: RSC 345 (25£) - RIC 510a (C) - BMC 669-70 - BnF 6405.

Caractéristiques: Argent, 18mm, 3.5g, 12h - Ex. fonds Cresson.

Commentaire:
Sous Septime Sévère, les quatre ateliers impériaux (Rome, Alexandrie jusqu'en 195, Emèse fermé vers 198 et Laodicée jusqu'en 202) ont tous frappé des deniers à l'effigie de Moneta. Cette dernière est ici assise et tient dans les mains ses deux attributs: la balance et la corne d'abondance. La balance garantit le juste poids de la monnaie et son titre en métal fin.


Balance d'époque romaine (Musée d'Aquitaine, Bordeaux)

Les deux empereurs, le G répété de AVGG indiquant qu'ils sont deux, Septime Sévère et son fils Caracalla, montrent ainsi par l'intermédiaire de cette pièce qu'ils sont les protecteurs de la monnaie et que le peuple peut avoir confiance dans les émissions des ateliers monétaires impériaux. La corne d'abondance précise que la monnaie est source de richesse et d'abondance pour l'Empire et ses habitants. La représentation de Moneta est rangée dans la catégorie Evergesia par E. Manders ("Coining Images of Power") au même titre que l'Annone ou des images de bâtiments, c'est-à-dire qu'elle promeut les réalisations socio-économiques accomplies par l'Empereur.

dimanche 7 octobre 2012

Hilaritas sur un denier syrien de Julia Domna

Hilaritas fait partie de ces personnifications que l'on retrouve traditionnellement sur les monnaies des impératrices, plus rarement chez des empereurs (majoritairement les Antonins). Ce type est partagé avec d'autres deniers frappés pour sa belle-fille, Plautille. Mais contrairement à cette dernière, l'atelier de Rome a également émis des monnaies avec l'Allégresse portant les mêmes attributs, la palme et la corne d'abondance. On fait la distinction entre les deux ateliers par leur style iconographique et épigraphique. La monnaie n'est pas datée, il y a en effet peu de titres pour une impératrice, ce qui limite la précision dans la datation. La monnaie est dans le nouveau style de Laodicée en vigueur à partir de 196 et jusqu'à la fermeture de l'atelier en 202. On peut envisager alors une date autour de 198-200 comme son prototype romain ou alors vers 202 pour coïncider avec l'émission du mariage de son fils aîné conjointement avec Plautille.


n° J46

Dénomination: Denier

Impératrice: Julia Domna

Avers: IVLIA - AVGVSTA - Buste drapé à droite.

Revers: HIL-A-RITAS - Hilaritas debout à gauche, tenant une longue palme de la main droite et une corne d'abondance de la gauche.

Atelier (année de frappe): Laodicée (198?)

Références: RSC 72 (25£) - RIC S639 (S) - BMC S600 - BnF 6597.

Caractéristiques: Argent, 19mm, 3.1g, 11h - VAuctions Sale 275 n°383.

Commentaire:

Hilaritas est la personnification de la bonne humeur, de la gaîté, de l'allégresse. Une matrone romaine se devait en public de montrer cette qualité et de la transmettre à son entourage. Les seules monnaies en métaux précieux que l'on connaisse de Didia Clara, la fille du prédécesseur malheureux de Septime Sévère, Didius Julianus ont également ce revers, mais avec la légende HILAR TEMPOR, l'Allégresse des Temps. La légende de la monnaie de Julia Domna est moins claire, s'agit-il de la promotion d'une qualité de l'impératrice elle-même (Hilaritas Augustae) ou de la propagande pour un nouvel âge d'or (Hilaritas Temporum)? En effet, le règne des nouveaux maîtres de Rome, les Sévères, est censé apporter la joie aux différents habitants de l'Empire. La légende HILARITAS ne permet hélas pas de trancher.

samedi 14 avril 2012

Deux légendes d'avers pour un type à la Victoire - Deniers de Septime Sévère (Laodicée, 198)

Voici deux deniers présentant la Victoire, comme toujours ailée, marchant à gauche et munie de ses deux attributs traditionnels: la palme et la couronne. La légende de revers indique la Victoire des Augustes (Septime Sévère et Caracalla) et précise les titres de l'empereur père: son deuxième consulat (depuis 194) et celui de Père de la Patrie. 
Ces deux deniers ont été frappés à peu de temps d'intervalle dans l'atelier syrien de Laodicea ad Mare. Le plus ancien (S110) a une titulature que l'on peut déployer ainsi: L[VCIVS] SEP[TIMIVS] SEVERVS PER[TINAX] AVG[VSTVS] P[ONTIFEX] M[AXIMVS] IMP[ERATOR]XI. Cette légende a été utilisée peu de temps au début de l'année 198.  Ce denier ne semble pas avoir été frappé à Rome. Le suivant (S118) a une titulature différente et employée jusqu'en 202. Le début est modifié ainsi: SEPTIMIVS est rallongé de SEP en SEPT, SEVERVS est abrégé en SEV et les mentions à Pertinax (PERT) et au grand pontificat (P M) sont abandonnés. A la fin, la onzième acclamation impériale est suivie du titre de grand Parthique (PART[HICVS] MAX[IMVS]). Ce denier a aussi été frappé à Rome comme souvent pour les deniers de Laodicée dits du "nouveau style".



n°S110



n°S118

Dénomination: Denier

Empereur: Septime Sévère

Avers: S110: L SEP SEVERVS PE-R AVG P M IMP XI ; S118: L SEPT SEV AVG IMP XI - PART MAX - Tête laurée à droite.

Revers: VICT AV-GG - C-OS II P P - Victoire marchant à gauche, tenant une couronne de la main droite et une palme de la gauche.

Atelier (année de frappe): Laodicée (198)

Références: S110: RSC 695 (25£) - RIC 499 (C) - BMC 634-5 - BnF 6531-2 ; S118: RSC 694a (30£) - RIC 513B (R) - BMC / - BnF /.

Caractéristiques: S110: Argent, 18mm, 3.4g, 12h - Ex. Creusy ; S118: Argent, 19mm, 2.8g, 12h - Ex. Cresson.

Note: Ce type est très courant à Rome avec IMP X. Pour Laodicée, la monnaie avec légende en PART MAX semble plus rare que celle en IMP XI seul. Le RIC cite la collection L. A. Lawrence et il est étonnant que le BMC n'en fasse pas mention. Elle est absente des collections de Londres et Paris.

Commentaire:

Tout d'abord, on constate qu'une des deux monnaies porte le titre de PART MAX et que l'autre non. L'acclamation impériale et le titre de grand Parthique sont donc clairement dissociés sur les deux deniers de même type de revers à la Victoire.
L'acclamation impériale est le fait des troupes qui accordent ce titre à leur général en chef victorieux. Ce terme d'imperator a donné abusivement en français le mot empereur. Par cette acclamation, le général a droit au triomphe accordé par le Sénat. Ce dernier ne fait donc que valider en quelque sorte ce que les soldats ont accordé à leur chef. Le premier denier frappé en Syrie, donc au plus près des champs de bataille de la campagne orientale, a été en quelque sorte émis en avant-première juste avant que les nouvelles arrivent à Rome et que le Sénat donne le titre de grand Parthique à Sévère. Ce qui explique l'inexistence de cette monnaie pour l'atelier de Rome. En revanche, le titre de grand Parthique ne pouvait être donné par les soldats. Lorsque le second denier est émis en Syrie, la nouvelle est donc connue à Rome et le Sénat a accordé le titre de Parthicus Maximus à Septime Sévère. C'est pour cette raison que des deniers de ce type ont aussi été frappés à Rome.

dimanche 22 mai 2011

Une Diane aux épaules ornées d'un croissant sur un denier de Laodicée

Diane, l'Artemis des Grecs, fille de Jupiter et de Latone, soeur d'Apollon est une divinité lunaire comme son frère est solaire. Le croissant de Lune que l'on trouve sur ses épaules, rappelle qu'elle est parfois assimilée à Luna, celle qui éclaire la nuit. Le flambeau qu'elle tient tranversalement dans ses mains est là pour le rappeler. De même, son épithète est explicite: lvcifera, la porteuse de lumière. Cette monnaie dont le prototype romain date de 196 a été frappé à Laodicée, certainement entre 196 et 202, et est caractéristique du "nouveau style" de l'atelier syrien. 


n° J9 

Dénomination: Denier

Impératrice: Julia Domna

Avers: IVLIA - AVGVSTA - Buste drapé à droite.

Revers: DIANA - LV-CIFERA - Diane, un croissant sur ses épaules, debout à gauche, tenant une longue torche des deux mains.

Atelier (année de frappe): Laodicée (196)

Références: RSC 27 (25£) - RIC S638 (S) - BMC S598-9var. - BnF 6584

Caractéristiques: Argent, 18mm, 3.04g, 12h - Ex. CGB.

Note: L'exemplaire illustré dans le catalogue du British Museum ne présente pas le croissant sur les épaules de Julia. Ce type existe aussi à Rome.

Commentaire:

Ce type monétaire est fréquent chez les impératrices. On le retrouve pour Julia Domna vers le début du règne de son époux Septime Sévère et vers la fin de celui de son fils Caracalla. Le temple de Diane à Rome se situait sur l'Aventin  derrière les thermes de Dèce. Il était fréquenté par la plèbe et les esclaves. Ces derniers étaient protégés par la déesse chasseresse. Le culte de Diane/Lune est symptomatique du syncrétisme des cultes traditionnels avec les nouveaux cultes orientaux (Isis, Sol, Cybèle, etc.).
L'autel ci-dessous provenant de l'ancienne collection Borghèse date du IIème siècle ap. J.-C. On y voit un buste de Séléné, la Lune, posé sur le croissant, à l'image des bustes ornant les futurs antoniniens. Julia Domna sera la première à figurer sur cette nouvelle dénomination dont rapidement le portrait au croissant sera l'équivalent féminin du buste radié de l'empereur.


Autel de Séléné (Galerie Daru, Musée du Louvre - Paris)

samedi 2 avril 2011

Les décennales de Septime Sévère célébrées sur un denier de Laodicée

Les fêtes décennales (decennalia) marquaient le dixième anniversaire du règne de l'empereur, mais étaient célébrées au bout de neuf ans le jour du dies imperii, c'est-à-dire le jour anniversaire de la prise de pouvoir. L'empereur entrait ainsi dans sa dixième année de règne par des célébrations religieuses, des distributions de blé et d'argent (donativa), des jeux, etc. qui ont duré sept jours pour Septime Sévère selon Dion Cassius: "Sévère, à l'occasion du dixième anniversaire de son règne, fit don à la multitude qui recevait du blé de l'Etat, ainsi qu'aux soldats prétoriens, d'autant d'aurei qu'il y avait d'années qu'il était au pouvoir. Ce fut pour lui une occasion de montrer la grandeur de sa vanité ; personne n'avait, en vérité, tant donné à tous à la fois ; car cinquante millions de drachmes furent dépensés pour ce don. On célébra aussi les noces d'Antonin, fils de Sévère, et de Plautilla, fille de Plautianus ; la dot donnée par celui-ci était assez forte pour suffire à cinquante filles de rois. Nous la vîmes porter au palais à travers le Forum. On nous fit également un festin qui tenait à la fois et de la magnificence des rois et de la grossièreté des barbares, festin où on nous donna tout ce qu'on a coutume de servir cuit et cru, et même des animaux vivants. Il y eut aussi alors des spectacles de toute sorte, à l'occasion du retour de Sévère, de la dixième année de son règne et de ses victoires."
On le voit Sévère célèbre avec faste ses decennalia en 202, en y joignant le mariage de son fils Antonin (Caracalla) avec Plautille la fille de son puissant et riche préfet du Prétoire Plautien, ainsi que son triomphe récent sur les Parthes. Ces festivités ont profondément impressionné les contemporains par un éclat et une opulence rarement vu par les Romains. Cet article revient sur les moments marquants de ces fêtes et les monnaies qui les évoquent.


n° S67

Dénomination: Denier

Empereur: Septime Sévère

Avers: L SEPT SEV AVG IMP XI PART MAX - Tête laurée à droite. 

Revers: VOTIS DECENNALIBVS - Septime Sévère, voilé, debout à gauche, tenant un rouleau de la main gauche et sacrifiant avec une patère au-dessus d'un trépied allumé.

Atelier (année de frappe): Laodicée (202)

Références: RSC 796 (85£) - RIC 519 (S) - BMC 680 - BnF 6564

Caractéristiques: Argent, 19mm, 2.87g, 6h - Ex. HD Rauch Sommerauktion 2008 n°700.

Note: il existe aussi un autre denier de Laodicée présentant la légende VOTIS DECENNALIBVS, mais elle est au centre de la monnaie, entourée par une couronne de laurier. Cette légende n'existe pas à Rome.

Commentaire:

On devine la tête de l'empereur au revers où la barbe "à la Sérapis" de Septime Sévère est parfaitement reconnaissable.


La scène représentée sur la monnaie est typique de la religion romaine qui est basée essentiellement sur des rituels. Au dessus d'un foyer allumé sur un trépied portatif, l'empereur accomplit un geste très souvent représenté comme sur ce bas-relief exposé au Capitole.


L'empereur Marc Aurèle effectuant une libation à l'aide d'une patère au-dessus d'un trépied. En face de lui un jeune assistant, un camille, porte une boîte d'encens (acerra); à l'arrière on devine un flamine (un prêtre) coiffé de son bonnet surmonté d'un apex. (Musées capitolins - Rome).

Il s'agit d'une scène de libation, l'empereur ici dans sa fonction de prêtre verse sur le feu du vin ou de l'encens à partir d'une patère, cette coupelle en céramique ou en métal parfois décorée.
Pour la datation de cette monnaie, le BMC évoque plutôt une date proche des cinq ans de règne (vers 197-198), c'est-à-dire pour les voeux des dix ans à venir (vota solvta V et vota svscepta X) plutôt que pour les voeux accomplis (vota solvta X) qui dateraient alors ce denier de 202-203. La titulature d'avers est active de 198 à 202.

dimanche 20 février 2011

Deux monnaies de Septime Sévère frappées avec les mêmes coins - Mars sur un denier de Laodicée

Ce Mars victorieux fait très certainement partie de la première émission de Laodicée en 194. Le dieu de la guerre  y est représenté nu, casqué et portant un trophée sur l'épaule. L'épithète victorieux renforce la présence du trophée et indique que l'empereur est sorti victorieux d'une ou plusieurs batailles. Les batailles de Cyzique et Nicée ont lieu durant l'année 194 et sont peut-être célébrées par cette monnaie. La lance pointée vers l'avant indique que la guerre n'est cependant pas terminée et que le combat contre son rival Pescennius Niger n'est pas encore terminé.
Ce type monétaire existe aussi avec une légende courte toujours au datif MART VICT. De même, il est également présent au même moment dans l'autre atelier syrien d'Emèse. Les mêmes messages sont ainsi fournis aux troupes par les différents ateliers émettant au plus près des légions.


n° S77

Dénomination: Denier

Empereur: Septime Sévère

Avers: L SEPT SEV P-ERET AVG IMP II - Tête laurée à droite.

Revers: MART - VICTOR - Mars, nu, excepté la présence d'un drap flottant à la taille, avançant à droite, tenant un trophée sur l'épaule gauche et une lance pointée vers l'avant de la main droite. 

Atelier (année de frappe): Laodicée (194)

Références: RSC 323a var. (30£) - RIC 457 var. (S) - BMC p.108 note var. - BnF 6395 var.

Caractéristiques: Argent, 17mm, 3.0g, 12h - Ex. Noël.

Note: Cette monnaie n'est pas présente dans les ouvrages de référence avec la légende d'avers fautive.

Commentaire:

Ce denier frappé à Laodicée (légende de droit se finissant par le nombre d'acclamations impériales) présente la particularité d'avoir une erreur dans sa légende d'avers. En effet, le classique PERT pour PERTINAX est remplacé par PERET qui montre que le graveur syrien, de langue grecque, ne maitrisait pas le latin et ne comprenait peut-être pas non plus le sens de ce qu'il écrivait. D'autres éléments sont caractéristiques de ces frappes orientales du début du règne, comme les lettres parfois approximatives (le A de MART par exemple). Le style de portrait est également très "syrien". Mais ce qui est encore plus remarquable pour cette monnaie, c'est d'avoir pu trouver un autre exemplaire frappé avec les mêmes coins de droit et de revers. En effet, la monnaie ci-dessous, mieux conservée que mon exemplaire, est proposée à la vente sur offres Helios n°6 des 9 et 10 mars 2011. Ce type de liaison renforce la rareté de cette variante qui n'est pas référencée à Londres et existe à Paris avec les légendes MART VICT et MART VICTOR, mais toutes deux avec la titulature non fautée en PERT.


Helios Auktion 6 - Lot n°883

samedi 12 février 2011

Poids et titres des deniers de 193 à 198 et Junon sur un denier de Julia Domna

Le denier présenté ici est issu de l'atelier de Laodicée durant la période qui s'ouvre de 196 à 202. On constate que les deniers de cet atelier durant le règne conjoint de Septime Sévère et Caracalla (à partir de 198) sont plus lourds que durant la période précédente. Ainsi Mattingly trouve un poids de 3.16g pour les 148 spécimens de l'atelier syrien de cette période au British Museum contre 3.04g (nouveau style) et 3.03g (ancien style) pour le règne de Septime Sévère seul. Cette valeur est la plus élevée des ateliers orientaux (3.12g à Emèse et 2.94g à Alexandrie), mais ces moyennes correspondent à la période des guerres de sucession qui s'achèvent avec les défaites de Pescennius Niger puis de Clodius Albinus. Même à Rome durant le règne de Sévère seul on observe des poids faibles avec des frappes peu soignées et des flans courts (3.10g en moyenne). L'empereur africain poursuivait ainsi la politique monétaire commencée à la fin du règne de Commode avec une taille du denier au 114ème de livre. Si on revient au règne conjoint de Sévère et Caracalla à partir de 198, on remarque également que Rome frappe des deniers plus lourds que Laodicée (3.24g) et plus proches du poids théorique de 3.38g correspondant à une taille au 96ème de la livre (pied néronien). Si on constate donc une augmentation du poids entre 193 et 198, il faut néanmoins noter aussi une baisse importante de près de 20% du titre d'argent durant la période du règne seul passant de 7500/00 en 193 à 6500/00 vers 194, puis à une valeur autour de 5500/00 en 198. Cette baisse a permis évidemment de financer l'effort de guerre de Septime Sévère durant cette première période de son règne en frappant plus de monnaies pour une même quantité de métal précieux.


n° J22

Dénomination: Denier 

Impératrice: Julia Domna

Avers: IVLIA - AVGVSTA - Buste drapé à droite.

Revers: IVNO - REGINA - Junon voilée debout à gauche, tenant une patère et un sceptre ; à ses pieds un paon.

Atelier (année de frappe): Laodicée (196-202)

Références: RSC 97 (25£) - RIC S640 (S) - BMC S601 - BnF 6606-7

Caractéristiques: Argent, 19mm, 3.4g, 11h - Ex. Joël Creusy.

Note: Ce type existe aussi à Rome comme pour la plupart des monnaies de cette période à Laodicée.

Commentaire:

Les deniers frappés pour Julia Domna à Laodicée durant la période 196-202 et que l'on qualifie de "nouveau style" sont épais, les lettres des inscriptions sont grossières et le style est caractéristique et inchangé durant cette période d'au moins sept années. Il en est de même bien sûr pour les autres membres de la famille impériale. Pour l'impératrice, le monnayage est dominé par des types portant au revers des vertus féminines (Pudeur, Joie, Piété, Concorde...) ainsi que des déesses du panthéon Romain: Cérès, Vesta, Vénus ou comme ici Junon. Mises à part quelques exceptions (Claude II le Gothique), cette inscription à la gloire de Junon reine (IVNO REGINA) n'est jamais utilisée pour les empereurs, mais seulement pour les impératrices. Junon, l'Héra romaine, est la femme de Jupiter le dieu des dieux d'où son emploi massif par les épouses des dirigeants de l'Empire. La statue romaine présentée ci-dessous est voilée et diadémée comme sur la monnaie d'où son attribution à Junon. Mais il semblerait plutôt qu'il s'agisse d'une Muse reprenant un type grec du IIIème siècle av. J.-C.


Statue de déesse dite "Héra Campana" (Musée du Louvre - Paris)

Un paon accompagne fréquemment la déesse et est intimement liée à la personne de l'impératrice comme on peut le voir sur les deniers de consécration. Cet oiseau est aussi souvent représenté sur des objets de la vie courante comme sur ces fibules zoomorphes servant d'attaches aux vêtements romains.


Fibules zoomorphes en forme de paons (Musée des Antiquités nationales - Saint Germain-en-Laye)

dimanche 30 janvier 2011

La Providence sur un denier frappé à Laodicée

Ce denier fait mention de la huitième acclamation impériale qui a été décernée à Septime Sévère en décembre 195 suite aux différentes victoires sur les alliés de Pescennius Niger. En 196, l'empereur rentre alors à Rome et apprend en chemin la chute de Byzance qui lui assure une relative tranquilité en Orient et qui lui permet de s'occuper plus sereinement de son front occidental. Ainsi, l'année 197 voit la défaite de Clodius Albinus à la bataille de Lyon, puis une nouvelle campagne en Orient cette fois-ci contre l'empire parthe. Cette monnaie a été frappée dans l'atelier syrien de Laodicée qui permet d'assurer un bon approvisionnement de la solde des légionnaires basés dans les provinces orientales et qui seront mis à contribution dans cette nouvelle guerre contre les Parthes. Il s'agit là d'une bonne "prévoyance" de Sévère comme le rappelle le revers de ce denier.


n° S99 

Dénomination: Denier

Empereur: Septime Sévère

Avers: L SEPT SEV PERT - AVG IMP VIII - Tête laurée à droite.

Revers: PR-OVIDEN-TIA AVG - Providentia debout à gauche, tenant de la main droite une baguette au-dessus d'un globe et un sceptre de la gauche.

Atelier (année de frappe): Laodicée (197)

Références: RSC 592 (25£) - RIC 491a (C) - BMC 456-7 - BnF 6503-4 - Ex. Merson

Caractéristiques: Argent, 18mm, 3.2g, 11h.

Commentaire:

Providentia symbolise la providence divine et impériale. En effet, les Romains, peuple superstitieux, ont toujours cru que les dieux intervenaient en permanence et de manière directe dans les affaires humaines. Tout événement n'est pas le fruit du hasard, mais de la bienveillance divine. Ce terme de providence, étymologiquement "voir en avant", peut être étendu à la prévoyance et c'est là que l'action de l'empereur est capitale pour l'avenir de son gouvernement et de sa conduite de sa politique en particulier dans ses guerres civiles et étrangères. Le globe au pied de la personnification est un symbole de domination et d'éternité et la baguette un symbole de son action. L'empereur, comme toujours, veille sur l'Etat avec sagesse et une divine clairvoyance.

samedi 18 décembre 2010

Un prisonnier écrasé par le bouclier de Mars sur un denier de Septime Sévère (Laodicée, 198)

Ce revers est éminemment guerrier, de part sa légende, "à Mars victorieux" et l'iconographie associée. Mais cette tonalité martiale est quelque peu atténuée: nous somme en vérité à un moment où le combat a déjà eu lieu. On y voit en effet le dieu de la guerre reconnaissable à son casque, tenant une haste renversée, signe de que la bataille est terminée et un bouclier. Sa tenue n'est pas celle habituelle du guerrier avec la cuirasse, il porte plutôt une sorte de toge et est à moitié nu, signe de divinité. On a plutôt ici affaire au dieu vainqueur et non au soldat prêt à livré bataille. Son scutum, bouclier légionnaire dans sa forme initiale ovale, est posé sur la tête d'un ennemi captif assis avec les mains liées dans le dos. Le prisonnier est minuscule face à la taille gigantesque du dieu et est dans une position de faiblesse et humiliante face au dieu debout, bombant son torse et exposant ses armes victorieuses. Mars a ainsi contribué à apporter à l'empereur une victoire décisive sur ses ennemis.  


n° S9

Dénomination: Denier

Empereur: Septime Sévère

Avers: L SEPT SEV AVG IMP XI PART MAX - Tête laurée à droite.

Revers: MARTI - VICTORI - Mars à demi nu debout à droite, tenant une haste avec la pointe renversée et un bouclier sous lequel est un captif.

Atelier (année de frappe): Laodicée (198)

Références: RSC 321 (25£) - RIC 509 (C) - BMC 665-6 - BnF 6391-3

Caractéristiques: Argent, 18mm, 3.2g, 11h.

Note: comme généralement à cette époque, les types monétaires sont partagés entre les deux ateliers de Rome et Laodicée.

Commentaire:

La légende de droit précise que Septime Sévère a été acclamé Imperator, c'est-à-dire général en chef pour la onzième fois et proclamé Très Grand Parthique (PARTHICVS MAXIMVS) pour sa victoire sur les Parthes, ennemis héréditaires des Romains. Ces titres ont été donnés à l'empereur durant l'année 198 après la prise de Ctésiphon, capitale de l'empire parthe sur la rive gauche du Tigre en Mésopotamie. Cette onzième acclamation impériale est la dernière du règne enregistrée sur les monnaies. Voici ce que dit l'Histoire Auguste des événements de 198: "Sur la fin de l’été, Sévère entra dans le pays des Parthes, pénétra jusqu’à Ctésiphon, mit le roi en fuite, et s’empara de la ville au commencement de l’hiver: car, dans ces contrées, c’est la saison la plus favorable pour faire la guerre. Ses soldats vivaient de racines, et, par suite de la mauvaise nourriture, avaient contracté de cruelles maladies. La résistance des Parthes, et, en outre, la dysenterie qui régnait dans l’armée, paraissaient s’opposer à ce qu’on allât plus loin : Sévère cependant persista; prit la ville, mit le roi en fuite, et fit un grand carnage des ennemis. Ce succès lui mérita le surnom de Parthique."


Mars au revers du denier

dimanche 5 septembre 2010

Un mystérieux changement de prénom - Denier de Géta (Laodicée, vers 198)

Spes a une iconographie qui n'évolue pas durant toute l'époque impériale et les variantes sont rares. Elle tient toujours de la main droite son attribut principal, une fleur, qui suffit à lui seul à la reconnaitre. On trouve dans le monnayage sévérien les légendes de revers BONA SPES, SPES PVBLICA ou encore comme ici SPEI PERPETVAE. Cette dernière, "à l'espérance durable", place le jeune le prince sur une destinée de futur empereur. Cependant, il sera César presque douze ans, c'est-à-dire prince héritier, alors que le titre d'empereur en titre, Auguste, il ne le revêtira jamais seul et ne le portera que trois ans à la fin de sa courte vie. 


n° G24

Dénomination: Denier

Empereur: Géta

Avers: L SEPTIMIVS - GETA CAES - Buste, tête nue, drapé et cuirassé à droite.

Revers: SPEI PER-PETVAE - L'Espérance marchant à gauche, tenant une fleur de la main droite et relevant sa robe de la gauche.

Atelier (année de frappe): Laodicée (198)

Références: RSC 192a (35£) - RIC 96corr. (S) - BMC 688 - BnF 7089

Caractéristiques: Argent, 18mm, 3.06g, 6h. - Ex. CGB

Note: ce type n'existe pas à Rome pour Géta, mais seulement pour Caracalla. Nous avons daté ce denier de 198 au vu du portrait juvénile de Géta, mais il pourrait aussi être daté de 199, voire 200. Ce denier existerait aussi avec buste drapé seul, or dans le BMC les deux monnaies présentes ne sont pas illustrées. De même, Cohen fait une erreur (reprise par le RIC) en citant l'exemplaire du Cabinet de France. Cette monnaie (inventaire 7089) a bien un buste drapé et cuirassé. Il est possible étant donnée la finesse des ptéryges ou comme sur l'exemplaire présenté ici que ces dernières, sur les monnaies de Londres, ne soient visibles qu'à la loupe car très effacées.

Commentaire:

La légende de droit L SEPTIMIVS GETA CAES est la toute première portée par le jeune César en 198. Elle commence par son prénom, le même que son père, Lucius. En 199, il change de praenomen pour celui de Publius et ajoute le pontificat à sa titulature. Il semblerait qu'à Laodicée les monnaies à légende portant le L de Lucius aient continué à être frappées, alors qu'à Rome les monnaies avec une légende de droit commençant par P étaient déjà diffusées par l'atelier monétaire. Ce changement est à l'heure actuelle encore mystérieux. Il faut cependant noter que le frère de Septime Sévère s'appelait P. Septimius Geta et ce changement a ainsi permis de créer une relation plus étroite entre le fils cadet de l'empereur et son oncle. L'Histoire Auguste rapporte cette identité de nom entre les deux hommes, mais aussi avec le grand-père paternel: "Geta autem dictus est vel a patrui nomine vel avi paterni..." Septime a donc voulu que son fils ait le même prénom, nom et surnom que son grand-père et que son oncle, alors qu'à la naissance père et fils avaient le même prénom. Mattingly dans le BMC indique que le frère de Septime Sévère n'avait demandé aucune faveur à l'empereur et qu'il est difficile de comprendre la raison pour laquelle une relation plus étroite aurait pu être demandée. Il faut certainement voir dans ce changement un renforcement du lien entre grand-père et petit-fils, plutôt qu'entre oncle et neveu.

samedi 21 août 2010

Les dernières monnaies émises à Laodicée pour Septime Sévère (202)

Cette monnaie au portrait caractéristique du "nouveau style" de l'atelier de Laodicée fait état du troisième consulat de Septime Sévère. On peut donc dater cette monnaie de 202, année vraisemblable de fermeture du dernier atelier syrien de monnayage impérial encore en activité. Cette monnaie fait donc partie des dernières émises à Laodicée et il n'y a pas d'autres monnaies datables de 202 dans cet atelier oriental.
Ce nouveau style plus soigné reprend très souvent des types romains et présente une gravure moins fruste et avec moins d'erreurs de légendes que durant la première phase d'activité (jusqu'en 198).


n° S12

Dénomination: Denier

Empereur: Septime Sévère

Avers: SEVERVS - PIVS AVG - Tête laurée à droite.

Revers: COS - I-I-I - P-P - Victoire marchant à gauche tenant une palme de la main gauche et tendant une couronne de la main droite.

Atelier (année de frappe): Laodicée (202)

Références: RSC 102 (25£) - RIC 526 (C) - BMC 732-3 - BnF 6301-2

Caractéristiques: Argent, 18mm, 2.81g, 6h.

Note: une monnaie avec mention du deuxième consulat existe aussi à Laodicée

Commentaire:

Victoria, devenue divinité, est présente partout: pièces de monnaies, sculptures célébrant une victoire militaire, autels comme celui de Rome et d'Auguste au sanctuaire fédéral des trois Gaules à Lugdunum, bas-reliefs, etc. Elle symbolise la victoire sous toutes ces formes et devient même un élément décoratif parmi d'autres.
Sur ce buste de jeune femme inconnue du Musée du Louvre, daté vers 120-130 ap. J.-C., la Victoire présente sur le vêtement n'a pas de connotation guerrière. Les spécialistes estiment qu'il s'agit-là du portrait d'une poétesse et la Victoire ferait allusion à un concours de poésie remportée par cette femme, "l'expression inspirée des grands yeux extatiques appuie cette hypothèse" indique la notice.


Buste d'une inconnue de l'ancienne collection du cardinal de Richelieu (Musée du Louvre, Paris)

La représentation de la Victoire est ici "canonique" avec sa longue robe romaine, ses ailes et ses deux attributs principaux la palme du gagnant (concours sportif, cirque...) et la couronne de laurier qu'elle tend au triomphateur. La même image est donc reproduite sur la monnaie et sur cette sculpture et est le signe d'un langage commun compris de tous.


Détail de la Victoire sur la tunique du buste d'inconnue

mercredi 26 mai 2010

Un denier de Plautille au type d'Hilaritas frappé à Laodicée (202)

Il y a peu de monnaies frappées pour Plautille à Laodicée. Nous en connaissons trois types: deux présentant au revers l'allégorie Concordia assise, l'une avec la légende longue au datif (PLAVTILLAE AVGVSTAE), l'autre avec la légende courte au nominatif (PLAVTILLA AVG) et qui est inexistante à Rome. La monnaie présentée aujourd'hui correspond au troisième type avec Hilaritas au revers.
On notera aussi que toutes les monnaies de Laodicée présentent le deuxième type de coiffure (Pb) dans la chronologie des monnaies de Plautille. La première coiffure en chignon haut est curieusement absente et les suivantes (Pbvar, Pc et Pd) n'ont jamais non plus été utilisées sur les deniers de la jeune impératrice à l'atelier syrien.


n° P9

Dénomination: Denier

Impératrice: Plautille

Avers: PLAVTILLAE AVGVSTAE - Buste drapé à droite (portrait Pb).

Revers: HIL-A-R-ITAS - Hilaritas debout à gauche, tenant une longue palme de la main droite et une corne d'abondance de la gauche.

Atelier (année de frappe): Laodicée (202)

Références: RSC 14 (60£) - RIC 371 (S) - BMC 737-8 - BnF 7002

Caractéristiques: Argent, 19mm, 3.24g, 12h. - Ex. FAC

Note: Ce type est le plus rare de l'atelier syrien pour Plautille

Commentaire:

Hilaritas, que l'on pourrait traduire en français par l'Allégresse, la Joie, est peu présente dans le monnayage romain en général. Cependant certains empereurs (les Antonins) et impératrices (Faustine II, Julia Domna...) l'ont utilisée peut-être en lien avec des réjouissances religieuses. Son attribut principal et distinctif est la palme qu'elle plante au sol et qui servait à décorer rues et bâtiments. On peut faire le lien aussi avec les palmes ayant servies à accueillir Jésus-Christ lors de son entrée à Jérusalem peu avant sa Passion ("dimanche des Rameaux"). La joie est aussi celle de la victoire, c'est pourquoi ce symbole est aussi portée par Victoria. La palme est avant tout un symbole de vie comme n'importe quel végétal et il n'est pas rare de voir Hilaritas accompagnée par des enfants. Ici, la jeunesse de la nouvelle Augusta est soulignée par l'utilisation de cette personnification, mais elle doit aussi certainement être mise en relation avec une signification plus religieuse. Enfin, il ne faut pas oublier qu'en 202, la jeune fille est mariée à Caracalla. La joie c'est la promesse de bonheur et d'une progéniture qu'est censée apporter cette union. On connait la suite de l'histoire...

samedi 28 novembre 2009

Une représentation inspirée de la statuaire archaïque grecque - Denier de Caracalla (Laodicée, 199)

C'est Claude, le quatrième empereur, qui introduit la personnification de l'Espérance sur les monnaies. Elle est représentée tenant une fleur et relevant le pan de sa robe. La fleur symbolise l'espérance du fruit à venir et c'est pourquoi elle apparaît souvent sur les monnaies des Césars, les héritiers dont le règne à venir est plein d'espoir. Ce qui est remarquable, c'est que sa représentation, abondante dans le monnayage romain, reste cohérente durant trois siècles. Elle est figée dans une attitude archaïque et reprend le type de la statuaire grecque de la Corè. Un temple devait lui être dédié à Rome vers le "marché aux légumes", le forum olitorium.



n°C37

Dénomination: Denier

Empereur: Caracalla

Avers: IMP CAE M AVR ANT AVG P TR P II - Buste lauré, drapé à droite.

Revers: SPES PV-BLICA - Spes marchant à gauche, tenant une fleur de la main droite et relevant sa robe de la gauche.

Atelier (année de frappe): Laodicée (199)

Références: RSC 600 (25£) - RIC 341a (S) - BMC 697-8

Caractéristiques: Argent, 17 mm, 3.46 g, 12 h.

Note: La légende d'avers n'est active qu'en 199, car elle fait référence à la deuxième puissance tribunicienne. Ce type existe avec d'autres légendes d'avers datée (198) ou non datée (198-199) à Rome et Laodicée. 



Commentaire:

Le jeune Prince, il a autour de 10 ans, est ici désigné comme l'espoir de l'Empire. Il est depuis peu Auguste, donc théoriquement co-dirige ces immenses territoires avec son père. Il est donc tout naturel, qu'au commencement du règne de Caracalla, des monnaies à l'effigie de l'Espérance soient frappées. En réalité, c'est bien sûr Septime Sévère qui assure le pouvoir, mais il a voulu très tôt associé ses enfants afin de bâtir une nouvelle dynastie à l'image des Antonins.
La représentation du revers fait immanquablement penser à certaines statues archaïques grecques, sytèles funéraires ou statuettes en argile.


Corè corinthienne, fin du VIè siècle avant J.-C. - (Musée du Louvre - Paris) Copyright Musée du Louvre



Fragment de stèle dit "l'exaltation de la fleur", vers 470-460 av.J.-C. (Musée du Louvre - Paris)

samedi 21 novembre 2009

L'Empereur s'en va-t-en guerre - Denier de Septime Sévère (Laodicée, 197)

La profectio est le départ de l'empereur de la Ville. Il est à cheval tourné vers la droite (pour le retour, il est généralement vers la gauche), sa lance est pointée vers l'avant, car c'est un départ vers la guerre. Ce denier a été frappé à Laodicée au moment du lancement de la campagne parthique en 197. Voilà comment l'Histoire Auguste relate le départ de Sévère de Rome: Profectus dehinc ad bellum Parthicum est edito gladiatorio munere et congiario populo dato, "puis il partit pour la guerre contre les Parthes, après avoir donné un spectacle de gladiateurs et fait au peuple une distribution d'argent".


n°S55

Dénomination: Denier

Empereur: Septime Sévère

Avers: L SEPT SEV PERT - AVG IMP VIIII - Tête laurée à droite.

Revers: PROFEC-TIO AVG - Septime Sévère en habit militaire, à cheval passant à droite, tenant de la main droite une haste vers l'avant.

Atelier (année de frappe): Laodicée (197)

Références: RSC 580 (45£) - RIC 494 (S) - BMC W466-7 - BnF 6499

Caractéristiques: Argent, 18 mm, 3 g, 12 h. - Ex. Poinsignon

Commentaire:

A l'avers, la titulature porte mention de la VIIIIème acclamation impériale reçue en 197 après la défaite de Clodius Albinus à Lyon le 17 février. Le style du portrait est celui de Laodicée. Il fait partie du "nouveau style", même s'il n'a pas encore les caractéristiques des dernières émissions de cet atelier.
On peut se poser la question si ce départ est celui de Rome, dans ce cas la monnaie de Laodicée copie celle de l'atelier romain émise en 197. Si l'empereur est passé par Laodicée sur sa route vers la Mésopotamie, il peut alors s'agir du départ de cette cité syrienne afin de commémorer cet événement.

dimanche 11 octobre 2009

Mars Victorieux sur un denier de Géta (Laodicée, 202)

Mars, dieu de la Guerre, est ici casqué et porte la haste en avant et vers le haut, il se dirige vers la droite, prêt au combat. Néanmoins, la victoire est assurée car il porte un trophée sur son épaule. 
Ce type pour Géta ne semble exister qu'à Laodicée, alors que son père utilise abondamment la figure du dieu de la guerre (avec différentes légendes dont MARTI VICTORI) vers 198 à Rome. Cette émission fait donc écho aux victoires sur les Parthes au tournant du siècle.

n°G18

Dénomination: Denier

Empereur: Géta

Avers: P SEPTIMIVS GETA CAES - Buste, tête nue, drapé à droite.

Revers: MARTI - VICTORI - Mars casqué, nu, avec le manteau flottant, marchant à droite et portant une haste de la main droite et un trophée sur l'épaule gauche.

Atelier (année de frappe): Laodicée (202)

Références: RSC 76 (30£) - RIC 103 (S) - BMC S742-8

Caractéristiques: Argent, 19 mm, 3.88 g, 6 h. - Ex. CGB Rome VIII n°453

Note: Le catalogue Rome VIII est entièrement consacré au monnayage de Septime Sévère et sa famille de 193 à 211.

Commentaire:

On trouve pour Laodicée une bonne douzaine de types différents frappés pour Géta entre 198 et 202, date de fermeture de l'atelier syrien. Le style oriental, moins fin que celui de la moneta romaine, est cependant plsu expressif en particulier dans le traitement des portraits. On observera également sur ce denier que le dieu de la guerre est particulièrement bien "membré" ;-)
On trouvera sur le relief ci-dessous, un Mars nettement plus décent...


Mars sur le relief dit de Domitius Ahenobarbus (Musée du Louvre - Paris)

lundi 17 août 2009

La Victoire - Denier de Septime Sévère à Laodicée (ca 198)

La Victoire est une des personnifications les plus populaires du monnayage romain et particulièrement chez Septime Sévère. Son règne a été marqué par une guerre civile lors de sa prise de pouvoir et de plusieurs campagnes militaires extérieures. Les représentations de Victoria, déesse allégorique de la victoire, sont donc nombreuses et variées, mais elle est toujours représentée ailée, car elle est un messager des dieux. Ses attributs principaux sont la couronne de laurier qui est remise au triomphateur et la palme, récompense des vainqueurs de Jeux sportifs ou du cirque. La représentation de la Victoire sur ce denier est la plus courante du règne de Septime Sévère: marchant à gauche avec couronne et palme.


n°S13

Dénomination: Denier

Empereur: Septime Sévère

Avers: L SEPT SEV AVG IMP - XI PART MAX - Tête laurée à droite.

Revers: COS - I-I - P - P - La Victoire marchant à gauche, tenant une couronne de la main droite et une palme de la gauche.

Atelier (année de frappe): Laodicée (198)

Références: RSC 96 (25£) - RIC 503a (C) - BMC 655-6 - BnF 6296

Caractéristiques: Argent, 19mm, 2.85g, 6h.

Note: cette monnaie appartient au "nouveau style" de Laodicée. La date de frappe de cette monnaie est postérieure à 198, mais a pu être frappée jusqu'en 202, date de fermeture de l'atelier. Le revers fait mention du deuxième consulat de Septime Sévère (194). Il existe toutefois un autre denier de Laodicée, daté cette fois-ci plus sûrement de 202 avec la mention du troisième consulat de l'empereur.

Commentaire:

Auguste institua Victoria comme une des divinités tutélaires du nouveau régime. De nombreux cultes lui étaient rendus et elle était présente à différentes cérémonies et à de nombreux endroits: sur le Forum, au Sénat, lors des triomphes, des funérailles ou de la consécration des empereurs. Elle apparait aussi sur des monuments, en statue ou sur des reliefs figurés. Les empereurs lui rendaient aussi un culte privé, par l'intermédiaire d'une statuette dorée dans une petite chapelle portative. Cette dernière était aussi apportée lors de cérémonies publiques.
Enfin, je ne peux résister à vous narrer une anecdote de présage (l''Histoire Auguste" en fourmille pour Sévère qui était dit-on superstitieux) sur la mort de l'empereur: un jour lors de jeux du cirque, les trois statuettes de la Victoire en plâtre (une pour chacun des augustes: Sévère, Caracalla et Géta) avaient été installées comme habituellement sur un podium. Celle de Sévère fut balayée par un coup de vent, tomba et se planta droite dans le sol. Celle de Géta se désagrégea dans sa chute et celle de Caracalla vacilla et ne perdit que sa palme!

jeudi 13 août 2009

Julia Domna à Laodicée: le nouveau style - Denier avec Venus Felix

De 196-197 à 202, date de sa fermeture, Laodicée (Laodicea ad Mare, en Syrie) va frapper des deniers plus soignés que lors de sa première phase de production à partir de 194. Hybrides et légendes fautives se font plus rares et le style est plus fin, on parle du "nouveau style" de Laodicée, dû certainement à la présence de nouveaux graveurs. Durant son existence, l'atelier va émettre principalement des deniers à l'intention des troupes engagées dans la campagne parthique. Cet atelier est alors une "filiale" de la moneta romaine, utilisant les mêmes types de revers que l'atelier central.


n°J14

Dénomination: Denier

Impératrice: Julia Domna

Avers: IVLIA - AVGUSTA - Buste drapé à droite.

Revers: VENVS - FELIX - Vénus debout à gauche, tenant une pomme de la main droite et un sceptre de la gauche.

Atelier (année de frappe): Laodicée (199)

Références: RSC 197 (25£) - RIC S646 (S) - BMC SC619-21 - BnF 6655

Caractéristiques: Argent, 20mm, 3.3g, 6h. - Ex. CGB

Note: la date d'émission de cette monnaie est postérieure à 199, datation estimée pour le prototype romain. On observera sur le drapé du portrait de l'impératrice, au niveau du cou, une boucle qui "signe" les productions de Laodicée pour Julia Domna durant cette deuxième phase d'existence de l'atelier.


Boucle sur le vêtement de Julia Domna
Commentaire:

VENVS FELIX est la Vénus "heureuse", celle qui vient de gagner le concours de beauté face à Junon et Minerve. Elle tient dans la main son prix, la pomme de discorde offerte par le berger Pâris. Cet épithète est aussi utilisé dans la dédicace du temple de Vénus et de Rome (Venus Felix et Roma Aeterna) construit par Hadrien au sommet de la Velia aplanie ; il s'agit d'un des temples les plus vastes de Rome (110m sur 53m). Pour construire le temple, Hadrien fit déplacer la statue colossale de Néron (Colosseum) par vingt-quatre éléphants. Elle fut placée à côté de l'amphithéâtre flavien qui prit progressivement le nom de la statue pour devenir le Colisée.


Temple de Vénus et de Rome (Rome)