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dimanche 8 septembre 2013

Une statue équestre de l'empereur sur un denier de Septime Sévère (Rome, 206)

La représentation présente au revers de ce denier est tout à fait intéressante. On y observe l'empereur à cheval dans une attitude hiératique, la lance est verticale et il porte dans la main gauche une statuette de Victoire. Même si la légende n'explique pas l'image, car elle est décline la titulature de l'empereur, elle indique néanmoins la date de frappe (TR P XIIII = 206). Il s'agit là très certainement d'une représentation d'une statue équestre de l'empereur qui s'élevait au centre du Forum romain et qui est aujourd'hui disparue. Elle avait été élevée afin de commémorer un "rêve prémonitoire" qu'avait eu Septime Sévère alors qu'il était gouverneur de Pannonie supérieure peu avant l'assassinat de Pertinax en 193. Hérodien en rappelle les faits dans son livre II d'Histoire romaine:
Lorsqu'on eut reçu la nouvelle de l'avènement de Pertinax au trône, Sévère, après s'être rendu au temple pour y sacrifier, et prêter serment de fidélité à la puissance du nouvel empereur, rentra le soir dans sa maison, et s'endormit presque aussitôt. Il rêva qu'il était à Rome : il vit un grand et superbe cheval, magnifiquement caparaçonné, qui portait Pertinax à travers la Voie sacrée. Arrivé à l'entrée du forum, où le peuple, du temps de la république, se rassemblait pour délibérer, ce cheval, par une secousse violente, renversa Pertinax, vint s'offrir à lui, Sévère, qui se trouvait près de cet endroit, et sembla l'inviter, en se courbant, à prendre la place de l'empereur. Il monta le cheval, qui, docile à son nouveau maître, le conduisit au milieu du forum, l'offrant aux regards et à la vénération de la multitude. La statue équestre d'airain, élevée, pour représenter ce songe, au forum même et dans des proportions colossales, subsiste encore de nos jours.
Après sa propre accession à la pourpre, Sévère fera ériger son image en empereur victorieux à l'emplacement désigné par le songe.


n° S122

Dénomination: Denier

Empereur: Septime Sévère

Avers: SEVERVS - PIVS AVG - Tête laurée à droite.

Revers: P M TR P XIIII - COS III P P - Septime Sévère à cheval marchant à gauche, tenant une haste verticale de la main droite et une statuette de Victoire de la gauche. 

Atelier (année de frappe): Rome (206)

Références: RSC 478 (50£) - RIC 203 (S) - BMC 494 - Hill 791 (R4) - BnF /.

Caractéristiques: Argent, 18mm, 2.99g, 12h - Ex. Cayon Auction May 2012 n°4811.

Note: ce type est peu commun comme l'indique la cote du RSC, celle de Cohen (5f) et l'indice fourni par Hill. Le type est d'ailleurs absent de la collection du Cabinet de Paris et du trésor de Réka Devnia pourtant riche en monnaies sévériennes.

Commentaire:

Comme je l'ai indiqué, la statue de Septime Sévère n'existe plus, mais elle était encore debout au moment où Hérodien écrit son texte au milieu du IIIème siècle. Cependant, il est possible que quelques dizaines d'années plus tard, Constantin Ier ait fait déplacer celle de son prédécesseur pour la remplacer par sa propre statue équestre.
La statue est proche de celle de Marc Aurèle visible aujourd'hui à l'abri au palais des Conservateurs à Rome et dont la copie orne toujours la place du Capitole. La main gauche devait porter une statuette, mais le bras droit est étendu alors que celui de Sévère devait porter verticalement une lance.



Statue équestre de Marc Aurèle (Musées Capitolins, Rome)

dimanche 14 octobre 2012

Un quadrige pour célébrer le deuxième consulat de Géta (Rome, 208)

Cette monnaie fait partie des deniers les plus rares du règne de Géta. Curtis C. Clay en connait autour d'une douzaine d'exemplaires, tous issus du même coin de revers, ce qui confirme la rareté du type. Un autre coin est connu, mais il présente une légende raccourcie en PONTIF au lieu de PONTIFEX. Philip V. Hill classe cette monnaie dans une émission spéciale de 208 célébrant les consulats des fils de Septime Sévère, le troisième pour Caracalla et le deuxième pour Géta, comme le mentionne la légende à l'exergue du revers. Le pontificat est également mis en avant sur cette légende.


n° G28 


Dénomination: Denier

Empereur: Géta

Avers: P SEPTIMIVS - GETA CAES - Buste drapé, tête nue, à droite.

Revers: PON-TIFEX // COS II - Géta debout dans un quadrige triomphal à droite, tenant le scipio.

Atelier (année de frappe): Rome (208)

Références: RSC 103b (200£) - RIC 66 (R) - BMC S591note - Hill 944 (R4) - BnF /

Caractéristiques: Argent, 20mm, 3.2g, 6h - Ex. Gemini VI n°495.

Note: Ce type est absent des deux grandes collections institutionnelles que sont le British Museum et la Bibliothèque nationale de France. Le BMC cite pour cette monnaie "Ciani Stock, 1927, n°3342". 

Commentaire:
Ce denier commémore une cérémonie qui a lieu le premier jour de l'année et jour de l'investiture des nouveaux consuls ordinaires. Les consuls sont debouts sur leur char et sont revêtus de leurs insignes: le sceptre surmonté d'un aigle et un costume particulier, la toga picta et la tunica palmata. Un peu à la manière du triomphe, ils montent ainsi au Capitole précédés des licteurs dans une procession appelée processus consularis. Ils effectuent ensuite, entre autres, un sacrifice à Jupiter. Cette année là, Caracalla et Géta sont consuls ordinaires. Ils donnent leur nom à l'année de leur mandat, ainsi 208 est l'an de Rome 961, Antonin étant consul pour la troisième fois et Géta pour la deuxième. Il faut signaler enfin que d'autres consuls, dits suffects, peuvent également être nommés par l'empereur.
Cette monnaie rappelle un autre denier de Géta, mais avec le quadrige à gauche cette fois-ci. Elle fait référence au premier consulat du fils cadet de Septime Sévère qui avait eu lieu durant l'année 205.
Sur cette reproduction d'un relief de l'arc de Lepcis Magna, on peut voir l'entrée triomphale des Augustes. Cela donne une idée du faste de ce type de cérémonie.


Copie d'un bas-relief de l'arc de Lepcis Magna (Musée de la Civilisation romaine - Rome)

Des listes chronologiques des consuls existent dans des textes (comme dans "l'Histoire de Rome" de Tite-Live, par exemple), mais aussi sous forme d'inscriptions souvent fragmentaires gravées dans la pierre (fastes consulaires).


Fragment des fastes consulaires, les 'fasti capitolini' (Musées capitolins - Rome)

mardi 7 août 2012

Une monnaie de Septime Sévère exceptionnelle, rare et complexe iconographiquement

Cette monnaie est exceptionnelle à plus d'un titre. Tout d'abord par sa rareté. Même si le British Museum possède deux exemplaires (dont un usé), elle est absente de beaucoup de grandes collections institutionnelles en premier lieu de Paris. Au moment de la rédaction de son ouvrage à la fin du XIXème siècle, H. Cohen ne connaissait que l'exemplaire du Cabinet de Vienne. Aujourd'hui, cinq exemplaires semblent être connus, tous de même coin de revers, ce qui confirme la rareté du type. Ensuite par son iconographie unique dans le monnayage romain. La scène est complexe, car de nombreux personnages et attributs occupent le flan. Tout d'abord l'empereur, reconnaissable à sa barbe bifide, est assis sur une chaise curule de face, ce qui est déjà remarquable. C'est le magistrat qui est représenté ici puisqu'il est en toge et il est assis sur le siège réservé à ceux qui possèdent l'imperium. On notera que Mattingly dans le RIC interprète le personnage principal comme Roma, contrairement à Cohen, car pour lui l'exemplaire du British Museum montre un personnage féminin. La barbe qui se voit clairement sur l'exemplaire ci-dessous ne laisse planer aucun doute sur l'identité du personnage, c'est bien Septime Sévère. La légende, quant à elle est militaire: VICTORIAE AVGG, les Victoires des Augustes. Et on voit effectivement deux Victoires sur cette monnaie, l'une dans les mains de l'empereur sous la forme d'une statuette, l'autre est Victoria, personnification et déesse de la Victoire qui, planant dans les airs, vient couronner Septime Sévère. Reste à identifier le personnage à genoux et l'attribut qu'il porte à bout de bras au-dessus de lui.

n° S113

Dénomination: Denier

Empereur: Septime Sévère

Avers: SEVERVS - PIVS AVG - Tête laurée à droite.

Revers: VICTORIAE AVGG - Septime Sévère en toge assis de face sur une chaise curule, tenant une Victoriola dans sa main droite; sur la droite à ses pieds, une petite figure nue porte un orbe sur sa tête. A droite, une Victoire volante couronne l'empereur.

Atelier (année de frappe): Rome (206)

Références: RSC 717 (350£) - RIC 301 (R3) - BMC 371-2 - Hill 1008 (R4) - BnF /

Caractéristiques: Argent, 19mm, 3.38g, 6h -  Ex. Aureo & Calico Subasta 238 n°1114 ; Ex. Lanz Auktion 100 n°33 ; Ex. Lanz Auktion 30 n°636.

Note: Cette monnaie est rarissime comme le montre les indices de rareté et les cotes. A la fin du XIXème siècle, Cohen la cotait déjà 100F Or.

Commentaire:

Les mystères sont nombreux pour cette monnaie à commencer par sa datation. Mattingly la date de 208, Hill la place quant à lui en 209 lors d'une émission spéciale sur la campagne et les premières victoires en Bretagne. Or rien n'explique le lien entre cette iconographie hors du commun et la campagne britannique. Curtis C. Clay a un argument décisif pour l'année 206. Il a en effet observé des liaisons de coins de droit avec le type LAETITIA TEMPORVM (jeux du Cirque avec le navire au centre, les chars en haut et les animaux en bas). De nombreux types rares et exceptionnels comme ceux-ci ont été frappés cette année-là et il ne serait pas étonnant que cela soit aussi le cas pour notre denier à la légende VICTORIAE AVGG. 
Il reste à identifier le petit personnage aux pieds de l'empereur. Certains y voit un captif portant un bouclier. Les captifs sont rarement nus et portent des vêtements distinctifs afin de bien les identifier. De plus, le "bouclier" ne correspond pas vraiment à ce que les graveurs représentent pour ce type de matériel militaire. D'autres comme Cohen y voient Atlas soutenant le globe et donc on pourrait penser par extension qu'il s'agit d'une représentation de la chaîne de l'Atlas en Afrique du nord.

Atlas Farnese au Musée archéologique national de Naples

Détail du globe céleste

Cette monnaie symboliserait donc des victoires dans cette province du sud de l'Empire. C'est certainement pour cette raison que Mattingly dans le BMC plaçait approximativement (sans connaitre la liaison de coin?) l'émission de ce denier en 208. Cependant, ce n'est guère probable, la possible visite (et victoire?) de Septime Sévère en Afrique ne daterait que de 207 et si on retient 206 pour la date de frappe, cela ne colle plus... De plus, le globe n'a pas non plus sa représentation canonique (comme on peut le voir par exemple sur des exemplaires de consécration avec l'aigle ou comme attribut de Providentia), donc il ne s'agit pas non plus d'Atlas.  L'émission ne serait alors qu'un rappel des victoires parthiques de 198? Le mystère n'est aujourd'hui pas résolu. En tous les cas, C. Clay fait le lien entre ce denier et un autre de Caracalla tout aussi rare, exceptionnel et avec la même légende... et Septime Sévère au revers! En plus des deux Victoires, deux captifs "parthes" sont présents, ce qui accréditerai ce lien avec la campagne parthique victorieuse de 198. Enfin, la dernière possibilité, certainement la plus séduisante, est celle d'Aiôn, l'Eternité, qui est souvent représenté plus ou moins nu et qui porte au-dessus de lui le ruban zodiacal. Un très bel exemple est visible sur cet auréus d'Hadrien avec explicitement à l'exergue SAEC AVR. On remarquera aussi le phénix posé sur un globe symbole  d'éternité et de renouvellement.

Auréus d'Hadrien avec représentation d'Aiôn au revers
Courtesy: Numismatica Ars Classica

On est donc dans une représentation liée au Saeculum Aureum très en vogue en ce IIIème siècle et dont on aura l'occasion de reparler. La victoire sur l'ennemi héréditaire parthe est peut-être pour le pouvoir impérial le point de départ pour ce nouvel âge d'or que les Sévères incarnent.

dimanche 24 juin 2012

Caracalla sacrifiant pour ses décennales (Rome, 202 et 206)

En 198, Caracalla est nommé Auguste par son père. Selon Hill, des voeux pour les dix années à venir (VOTA SVSCEPTA X) sont commémorés en 202 et 206. En 202, on trouve effectivement des deniers avec la légende VOT SVSC DEC PON TR P V COS. Caracalla a encore l'allure juvénile (il n'a que 14 ans) et l'avers de la monnaie arbore un buste drapé. Les dix ans de règne sont abrégés en DEC. Le revers mentionne le pontificat et le consulat qu'il revêt en cette année 202. La monnaie est parfaitement datée par la cinquième puissance tribunicienne. Quelques années plus tard, un autre denier est émis pour les voeux. L'enfant a grandi et est maintenant un jeune homme. A l'image de son père, il est représenté sans draperie au droit de la monnaie, mais la légende est la même, celle qui est active de 201 à 210, ANTONINVS PIVS AVG. Le type de revers est lui aussi identique, l'empereur voilé sacrifiant, mais cette fois la monnaie n'est plus datée, seule la mention des voeux VOTA SVSCEPTA X est maintenue, non plus abrégé mais en toutes lettres, le nombre des années étant cette fois noté sous forme de chiffre. Cependant, l'existence d'un buste drapé pour ce même type monétaire prouve que la monnaie date de 206. En effet, c'est cette année-là que la transition de buste s'opère pour le jeune Auguste. Il ne reste donc plus que deux ans avant l'accomplissement des décennales...


n° C103



n° C111

Dénomination: Denier

Empereur: Caracalla

Avers: ANTONINVS - PIVS AVG - C 103: Buste drapé, lauré à droite ; C111: Tête laurée à droite.

Revers: C103: VOT SVSC DEC - PON TR P V COS ; C111: VOTA SVS-CEPTA X - Caracalla, voilé, debout de face, tête à gauche, sacrifiant à l'aide d'une patère au-dessus d'un trépied allumé et tenant un rouleau de la main gauche.

Atelier (année de frappe): C103: Rome (202) ; C111: Rome (206)

Références: C103: RSC 686 (40£) - RIC 68 (S) - BMC S396-7 - Hill 552 (R) - BnF 6981 (+1ex. sans n°) ; C111: RSC 689 (25£) - RIC 179 (S) - BMC S524-6 - Hill 821 (C2) - BnF 6982;244

Caractéristiques: C103: Argent, 19mm, 3.4g, 6h - Ex. Creusy ; C111: Argent, 20mm, 3.8g, 6h - Ex. Creusy.

Commentaire:
Le voeu est un contrat conclu entre un homme et une divinité. A cette occasion (ici pour les décennales à venir), un sacrifice était dû.
La représentation de l'empereur sacrifiant répond à un canon que l'on retrouve sur des bas-reliefs, statues etc. D'un seul coup d'oeil on reconnait l'action, même si, ici, le terme VOTA appuie l'image. L'empereur qui est aussi prêtre (pontife) est voilé (sa toge de citoyen est drapée afin de recouvrir sa tête et libérer le bras) comme l'impose le rite romain. Il tient en main une patère et effectue une libation au-dessus d'un trépied allumé. Son geste est celui d'une offrande (encens et vin) faite aux dieux. Le trépied devant lui contient un foyer qui sert donc à transmettre cette offrande à la divinité. Sur le bas-relief ci-dessous (face interne de l'arc des changeurs sur le Vélabre), on voit le jeune Caracalla effectuant un sacrifice, très certainement lors des Jeux Séculaires de 204. Il suit le rite grec (sa tête n'est pas couverte) et comme sur la monnaie, il tient en main un rouleau ainsi que la patère au-dessus d'un trépied où un feu est allumé.



Caracalla effectuant une libation au-dessus d'un autel portatif (Arc des changeurs, Rome).

dimanche 1 avril 2012

Plusieurs variantes pour le départ de l'empereur - Denier de Caracalla (Rome, 213)

Le départ de l'empereur, la profectio, est souvent représenté à cheval. Contrairement aux légionnaires, les officiers supérieurs et généraux et notamment le premier d'entre eux se déplacent à cheval. Or, il est ici à pied. Ce qui ne change pas, en revanche, c'est la lance pointée vers le haut: Caracalla est prêt à partir en campagne. La monnaie est non datée et la titulature au droit indique la fourchette 210-213 grâce au titre de Britannicus. Ce denier est en fait très certainement lié à la campagne de 213 contre les Alamans qui lui vaudront le titre de Germanicus. Hill place cette monnaie au sein de la deuxième émission du règne seul, au début de l'année 213. Il existe un type proche de la même émission où le soldat et son enseigne sont remplacés par deux enseignes fichées au sol.


n° C57



n° C97

Dénomination: Denier

Empereur: Caracalla

Avers: ANTONINVS PIVS AVG BRIT - Tête laurée à droite.

Revers: PROFECTIO - AVG - C57: Caracalla en habit militaire, debout à droite, tenant une haste des deux mains; derrière lui, un soldat tenant une enseigne; C97: Même description, sauf que le soldat est derrière Caracalla, en partie caché par lui et l'enseigne à peine visible.

Atelier (année de frappe): Rome (213)

Références: C57: RSC 509 (40£) - RIC 226 (S) - BMC SG 95-6 - Hill 1337 (S2) - BnF 6921, X.L. 1984/385 ; C97: RSC 509a (45£) - BnF 6919-6920.

Caractéristiques: C57: Argent, 18mm, 3.22g, 12h. - Ex. Monnaies d'Antan VSO 4 n°252 ; C97: Argent, 18mm, 3.6g, 1h - Ex. Hugon Numismatique.

Note: Cohen cotait 10f cette monnaie, ce qui est exagéré au vu du nombre d'exemplaires constaté de nos jours. La cote de 40£ permet d'avoir une idée plus juste, de même que l'indice S2 de Hill. La variante avec porte-enseigne accolé semble un peu plus rare que le type principal.
L'exemplaire C97 provient d'un trésor tunisien trouvé par une compagnie de chemin de fer dans les années 1930.

Commentaire:

La variante avec le porte-enseigne accolé à l'empereur est rapportée par le RSC avec la référence : Seaby's Bull. Jan. 1942 (G. R. Arnold). Elle semble être une véritable variante et non une simple variation de gravure sur un coin. En effet, plusieurs monnaies issues de coins différents montrent cette particularité. Il est par contre difficile de trouver un sens précis à ceci.
Une légion regroupée sous un insigne particulier, l'aigle, est composée d'environ 5000 hommes. Elle est subdivisée en dix cohortes de trois manipules elle-même (sauf la première) composée de six centuries. Outre l'aigle, unique, qui symbolise la légion et que l'on peut voir sur certains deniers de Septime Sévère, de nombreuses enseignes existaient au sein de la légion. En effet, chaque manipule (ou centurie?) avait son enseigne (signum) portée par un soldat particulier: le porte-enseigne ou signifer. Ce dernier revêtait souvent une dépouille animale sur son casque avec la tête et les pattes avant, d'un loup généralement. Cet uniforme devait être particulièrement impressionnant sur un champ de bataille et devait contribuer à effrayer l'ennemi. Il y a peut-être aussi originellement une signification totémique. L'enseigne était parfois couronnée par un fer de lance ou une main (d'où le lien avec manipule), comme on le devine sur un de nos deniers. La hampe était abondamment décorée de 2 à 6 disques, de croissants de lune, de tours ou de couronnes. Les disques pouvaient être décorés d'un aigle ou d'un portrait. Ces variations permettaient de distinguer chaque unité. On notera enfins ur un de nos deniers, en bas sur la hampe, une poignée recourbée. En effet, les enseignes étaient souvent plantées dans le sol et il fallait une certaine force pour pouvoir les sortir. Les illustrations ci-dessous montrent différentes enseignes sur des reliefs de la colonne trajane à Rome.

Enseignes (Détails de la colonne trajane, Rome)

samedi 30 juillet 2011

Un buste de transition peu courant pour Géta (Rome, 209)

Ce portrait est caractéristique de l'année 209, où Géta est promu au rang d'Auguste et rejoint ainsi son père et son frère aîné au sommet de la hiérarchie impériale. Durant moins de trois ans, trois Augustes sont au pouvoir, ce qui est un fait sans précédent jusqu'à cette date. Sur notre monnaie, Géta est encore César, comme l'indique la titulature au droit et son portrait ne revêt pas encore la couronne de laurier. Cependant, il a abandonné sur les deniers le buste drapé (avec ou sans cuirasse) qu'il a utilisé depuis ses premières monnaies émises en 198. Ce type de buste (tête nue) est peu utilisé dans le monnayage sévérien, surtout pour un empereur vivant. En effet, ce type de portrait est généralement employé sur les monnaies de consécration où l'empereur apparait dans la nudité des dieux. Il est donc débarrassé des attributs des hommes tels que le paludamentum ou la couronne. En tout cas, ce type monétaire est un type de transition, car il existe aussi avec un buste drapé. Quelques mois plus tard, au passage à l'Augustat, Géta conservera l'absence de draperies sur ces deniers mais portera désormais la couronne laurée.


n° G13

Dénomination: Denier

Empereur: Géta

Avers: P SEPTIMIVS GETA CAES - Tête nue à droite.

Revers: PONTIF COS - II - Géta galopant à gauche et terrassant un ennemi.

Atelier (année de frappe): Rome (209)

Références: RSC 123a (90£) - RIC 64b (R) - BMC S591A - Hill 1056 (R4) - BnF 7060.

Caractéristiques: Argent, 19mm, 3.5g, 7h.

Note: cette monnaie est peu courante, Cohen la cotait 15f or à la fin du XIXème siècle. Cela est confirmé par des ouvrages plus récents (R pour le RIC, 90£ pour le RSC et R4 pour Hill).

Commentaire:

Hill classe cette monnaie dans une deuxième émssion spéciale consacrée à la campagne de Bretagne. La thématique est éminemment guerrière, l'empereur est à cheval armé d'une lance et terrasse un ennemi un genou à terre et tentant de se protéger à l'aide de son bouclier. Cette iconographie sera largement utilisée aux IIIème et IVème siècles et peut faire penser aux images de St Georges terrassant le dragon. Elle prend sa source dans la chasse à cheval au gros gibier où une longue lance sert à mettre à mort l'animal tout en le maintenant à distance.


Chasse au sanglier de Calydon par Méléagre sur un sarcophage romain (Musée d'Ostie antique)

Sur ce sarcophage romain, se développe une scène de chasse que l'on rencontre fréquemment sur ce type de cuve funéraire: la chasse au sanglier de Calydon. Le héros Méléagre a sa vie liée à un tison fatidique que sa mère Althée enlève du feu afin d'éviter qu'il ne meure précocement. Adulte, il participe à la chasse du monstrueux sanglier de Calydon qu'il finit par tuer. Il offre alors la dépouille à Atalante une jeune fille dont il s'est épris et qui la première a blessé l'animal. Mais les oncles de Méléagre, furieux que le prix revienne à une femme, l'arrache des mains de la jeune fille. Méléagre tue les frères d'Althée, mais celle-ci faisant passer ses sentiments de soeur avant ceux de mère, finit par jeter au feu la bûche liée à la vie de son fils, le condamnant ainsi à mort.

samedi 2 avril 2011

Les décennales de Septime Sévère célébrées sur un denier de Laodicée

Les fêtes décennales (decennalia) marquaient le dixième anniversaire du règne de l'empereur, mais étaient célébrées au bout de neuf ans le jour du dies imperii, c'est-à-dire le jour anniversaire de la prise de pouvoir. L'empereur entrait ainsi dans sa dixième année de règne par des célébrations religieuses, des distributions de blé et d'argent (donativa), des jeux, etc. qui ont duré sept jours pour Septime Sévère selon Dion Cassius: "Sévère, à l'occasion du dixième anniversaire de son règne, fit don à la multitude qui recevait du blé de l'Etat, ainsi qu'aux soldats prétoriens, d'autant d'aurei qu'il y avait d'années qu'il était au pouvoir. Ce fut pour lui une occasion de montrer la grandeur de sa vanité ; personne n'avait, en vérité, tant donné à tous à la fois ; car cinquante millions de drachmes furent dépensés pour ce don. On célébra aussi les noces d'Antonin, fils de Sévère, et de Plautilla, fille de Plautianus ; la dot donnée par celui-ci était assez forte pour suffire à cinquante filles de rois. Nous la vîmes porter au palais à travers le Forum. On nous fit également un festin qui tenait à la fois et de la magnificence des rois et de la grossièreté des barbares, festin où on nous donna tout ce qu'on a coutume de servir cuit et cru, et même des animaux vivants. Il y eut aussi alors des spectacles de toute sorte, à l'occasion du retour de Sévère, de la dixième année de son règne et de ses victoires."
On le voit Sévère célèbre avec faste ses decennalia en 202, en y joignant le mariage de son fils Antonin (Caracalla) avec Plautille la fille de son puissant et riche préfet du Prétoire Plautien, ainsi que son triomphe récent sur les Parthes. Ces festivités ont profondément impressionné les contemporains par un éclat et une opulence rarement vu par les Romains. Cet article revient sur les moments marquants de ces fêtes et les monnaies qui les évoquent.


n° S67

Dénomination: Denier

Empereur: Septime Sévère

Avers: L SEPT SEV AVG IMP XI PART MAX - Tête laurée à droite. 

Revers: VOTIS DECENNALIBVS - Septime Sévère, voilé, debout à gauche, tenant un rouleau de la main gauche et sacrifiant avec une patère au-dessus d'un trépied allumé.

Atelier (année de frappe): Laodicée (202)

Références: RSC 796 (85£) - RIC 519 (S) - BMC 680 - BnF 6564

Caractéristiques: Argent, 19mm, 2.87g, 6h - Ex. HD Rauch Sommerauktion 2008 n°700.

Note: il existe aussi un autre denier de Laodicée présentant la légende VOTIS DECENNALIBVS, mais elle est au centre de la monnaie, entourée par une couronne de laurier. Cette légende n'existe pas à Rome.

Commentaire:

On devine la tête de l'empereur au revers où la barbe "à la Sérapis" de Septime Sévère est parfaitement reconnaissable.


La scène représentée sur la monnaie est typique de la religion romaine qui est basée essentiellement sur des rituels. Au dessus d'un foyer allumé sur un trépied portatif, l'empereur accomplit un geste très souvent représenté comme sur ce bas-relief exposé au Capitole.


L'empereur Marc Aurèle effectuant une libation à l'aide d'une patère au-dessus d'un trépied. En face de lui un jeune assistant, un camille, porte une boîte d'encens (acerra); à l'arrière on devine un flamine (un prêtre) coiffé de son bonnet surmonté d'un apex. (Musées capitolins - Rome).

Il s'agit d'une scène de libation, l'empereur ici dans sa fonction de prêtre verse sur le feu du vin ou de l'encens à partir d'une patère, cette coupelle en céramique ou en métal parfois décorée.
Pour la datation de cette monnaie, le BMC évoque plutôt une date proche des cinq ans de règne (vers 197-198), c'est-à-dire pour les voeux des dix ans à venir (vota solvta V et vota svscepta X) plutôt que pour les voeux accomplis (vota solvta X) qui dateraient alors ce denier de 202-203. La titulature d'avers est active de 198 à 202.

mardi 27 juillet 2010

Le surnom de Caracalla et ses titres sur un denier (Rome, 200)

Caracalla n'est que le surnom (cognomen) du jeune prince, il n'apparait donc pas sur les monnaies. Il s'agit en fait du nom d'un manteau gaulois qu'il affectionnait parait-il beaucoup. Voici ce qu'en dit l'Histoire Auguste: "Quant à son nom de Caracallus, il lui vint d'un type de vêtement qu'il avait fait distribuer au peuple et qui tombait jusqu'aux talons, ce qui ne se faisait pas auparavant. C'est pour cela  qu'aujourd'hui encore on donne le nom d'"antoninien" à ce genre de manteaux - caracalla - très utilisé par la plèbe romaine." Dion Cassius, qui est une source plus sérieuse apporte également son témoignage: "En effet, en Syrie et en Mésopotamie, il fit usage de l'habit et de la chaussure des Celtes. Il imagina une sorte de vêtement d'une coupe barbare, composé de morceaux cousus en forme de lacerne ; il s'en revêtit fréquemment, ce qui lui valut le surnom de Caracallus, et ordonna que les soldats surtout en fussent couverts." Son vrai nom est en fait Bassianus et son nom d'empereur est Antonin donné par son père afin de le rattacher fictivement à la dynastie précédente. Nous allons profiter de ce denier afin de commenter les titres composant la titulature de l'empereur sur cette monnaie. Un commentaire sur le revers interviendra sur un autre message, car il existe aussi sur des deniers avec la légende RECTOR(I) ORBIS.


n°C27

Dénomination: Denier

Empereur: Caracalla

Avers: ANTONINVS - AVGVSTVS - Buste lauré, drapé et cuirassé à droite.

Revers: PONTIF - TR P III - Caracalla (en Sol) nu debout à gauche, le manteau sur l'épaule gauche, tenant un globe de la main droite et une haste renversée de la gauche.

Atelier (année de frappe): Rome (200)

Références: RSC 413 (25£) - RIC 30a (C) - BMC S179-83 - Hill 434 (C4) - BnF 1 exemplaire (sans n°)

Caractéristiques: Argent, 18mm, 3.3g, 12h.

Note: cette monnaie existe aussi avec un buste uniquement drapé.

Commentaire:

Cette monnaie est le seul denier de Caracalla daté explicitement de 200 grâce à la troisième puissance tribunicienne qui se déploie au revers en prolongement de la titulature du droit. La puissance tribunicienne (tribunicia postestas) représentait à l'origine (sous la République) l'autorité et les moyens d'action du tribun de la plèbe, magistrat chargé de représenter cette partie des citoyens. Tous les empereurs depuis le premier, Auguste, se sont fait attribuer ces pouvoirs à vie, car ils sont alors intouchables (sacrosanctus), ont un droit de veto et un pouvoir judiciaire à l'intérieur de la cité, ce qu'ils n'avaient pas avec l'imperium consulaire. Avec l'imperium civil et militaire et la puissance tribunicienne, les empereurs ont alors la toute-puissance.
Depuis 199, la titulature du jeune Caracalla est simplement constituée de son nom, Antoninus, suivi du surnom du premier princeps, Augustus. Ce terme est une sorte de formule de respect presque sacrée. En tout cas, l'adjonction par Octave de ce cognomen a fait passé son détenteur de l'imperium, le pouvoir militaire, à l'auctoritas, l'autorité naturelle qui est généralement associée aux dieux. Cette auctoritas assure la prééminence du prince sur les autres citoyens. Tous les empereurs à la suite d'Octave ont reçu (ou se sont appropriés) ce surnom d'Auguste. C'est lui qui fait véritablement l'empereur. Ainsi une prise de pouvoir par un usurpateur est effective lorsque ce dernier prend le titre d'Auguste, il y en a alors deux: un légitime reconnu par le Sénat et un usurpateur (qui peut devenir ensuite légitime, s'il parvient à éliminer son rival...)  Enfin, la légende de revers fait également mention du pontificat, charge religieuse que Caracalla assume depuis 197, le pontificat suprême étant assuré par son père Septime Sévère.

dimanche 21 mars 2010

Géta, Prince de la Jeunesse (Rome, 201)

Géta a porté, comme son frère aîné auparavant, le titre de Princeps Iuventutis, "Prince de la Jeunesse". Il le reçoit en 200, deux ans après celui de César. Ces deux distinctions confirment qu'il est, au même titre que Caracalla, héritier du trône de son père. 



n°G15

Dénomination: Denier

Empereur: Géta

Avers: P SEPT GETA - CAES PONT - Buste drapé à droite.

Revers: PR-INC - IVVENT - Géta en habit militaire, debout à gauche, tenant un rameau de la main droite et une haste renversée de la gauche.

Atelier (année de frappe): Rome (201)

Références: RSC 159 (35£) - RIC 15a (S) - BMC S229-31 - Hill 503 (C2)

Caractéristiques: Argent, 20mm, 3.4g, 6h. - Ex. Poinsignon

Note: ce denier existe aussi avec un buste drapé et cuirassé.

Commentaire:

A l'origine, le Prince de la Jeunesse était le chef de l'ordre équestre. En tout cas, ce titre place d'emblée Géta à la tête des jeunes hommes, comme son père est le premier personnage de l'Etat.
Trois monnaies mentionnent le rôle de Géta au sein de la jeunesse romaine, celle-ci datée par Hill de 201 précédée par un premier type avec Géta devant un trophée en 200. Le troisième type avec des cavaliers est plus tardif et commémore le cinquième anniversaire de l'obtention du titre, mais rappelle bien les origines équestres de cette distinction. Sur la monnaie présentée aujourd'hui les éléments militaires sont mis en avant, mais avec un rôle pacificateur à l'image de Mars Pacator: rameau, symbole du triomphe de la Paix dans une main et une haste renversée de l'autre. Géta est habillé de manière militaire, on voit en particulier parfaitement bien le pan de paludamentum sur son épaule gauche.
L'Histoire Auguste, toujours sujette à caution décrit ainsi le jeune Prince: "C'était un beau jeune homme, d'un caractère violent sans être immoral, glouton, très porté sur la nourriture et les vins diversement aromatisés. [...] En dépit d'un léger bégaiement, sa voix était harmonieuse. Il avait la passion des vêtements élégants, ce qui lui valait les sarcasmes paternels. Tout ce que lui offraient ses parents, il le consacrait à sa toilette, sans jamais rien donner à personne."

mercredi 30 décembre 2009

Le départ de l'empereur pour la Bretagne - Denier de Caracalla (Rome, 208)

Ce denier commémore le départ en 208 des trois empereurs pour l'île de Bretagne. Septime Sévère et ses deux fils ne sont pas les premiers à se rendre en Britannia. Outre Jules César qui a débarqué à deux reprises en -55 et -54, c'est Claude qui a conquis l'île de 43 à 47 et en a fait une province romaine. 
Hérodien nous relate le départ des trois Césars en ces mots: "Pendant que Sévère voyait avec indignation la conduite de ses fils et leurs goûts pour de frivoles plaisirs, il reçut une dépêche du gouvernement de la Bretagne, qui lui annonçait que les Barbares s'étaient soulevés, et que dans leurs incursions ils pillaient et dévastaient tout le pays. Le gouverneur demandait un secours de troupes ou même la présence de l'empereur. Sévère reçut cette nouvelle avec plaisir : il aimait avec passion la gloire; après avoir obtenu dans l'Orient et dans le Nord des victoires éclatantes et de glorieux surnoms, il désirait pouvoir élever de nouveaux trophées jusque chez les Bretons. Il voulait en outre éloigner de Rome ses fils, pour les habituer, loin du luxe et des plaisirs de la capitale, à la vie sobre et pénible des camps. Il décréta donc une expédition contre la Bretagne, et voulut la diriger, malgré son grand âge et la goutte qui le tourmentait. Mais il avait encore plus de fermeté d'âme qu'aucun des plus jeunes Romains. Il se mit en route, se faisant presque toujours porter en litière, pressant sa marche et s'arrêtant le moins possible. Ses fils l'accompagnaient : il traversa l'Océan et débarqua en Bretagne, avant qu'on y sût son départ, ou qu'à Rome on pût espérer son arrivée. Il rassembla de toutes parts des troupes, forma une armée nombreuse et se prépara vigoureusement à la guerre." (Livre III, Chapitre XLVI, Trad. L. Halévy).



n°C9

Dénomination: Denier

Empereur: Caracalla

Avers: ANTONINVS - PIVS AVG - Tête laurée à droite.

Revers: PONTIF TR P XI COS III // PROF - Caracalla en habit militaire à cheval à droite ; devant lui, un captif à terre.

Atelier (année de frappe): Rome (208)

Références: RSC 510 (40£) - RIC 108 (S) - BMC S574-5 - Hill 983 (S)

Caractéristiques: Argent, 20 mm, 3.45 g, 6 h.

Note: Sur ce denier, la titulature de l'empereur s'expose sur le revers, mais c'est en exergue que l'iconographie est explicitée: PROF pour profectio, le départ. Il existe une variante sans le captif sous le sabot du cheval. De plus, un autre type existe où l'empereur à cheval est précédé d'un soldat.

Commentaire:

Outre la description habituelle d'une scène de profectio, on notera que l'empereur s'en va déjà victorieux. En effet, un captif minuscule face à la majesté du jeune Auguste cavalier se trouve agenouillé sous le sabot de la patte antérieure. Au terme de cette expédition, la province de Bretagne sera divisée en deux, mais la mort de Sévère obligera Caracalla et Géta à rentrer précipitamment à Rome.

samedi 21 novembre 2009

L'Empereur s'en va-t-en guerre - Denier de Septime Sévère (Laodicée, 197)

La profectio est le départ de l'empereur de la Ville. Il est à cheval tourné vers la droite (pour le retour, il est généralement vers la gauche), sa lance est pointée vers l'avant, car c'est un départ vers la guerre. Ce denier a été frappé à Laodicée au moment du lancement de la campagne parthique en 197. Voilà comment l'Histoire Auguste relate le départ de Sévère de Rome: Profectus dehinc ad bellum Parthicum est edito gladiatorio munere et congiario populo dato, "puis il partit pour la guerre contre les Parthes, après avoir donné un spectacle de gladiateurs et fait au peuple une distribution d'argent".


n°S55

Dénomination: Denier

Empereur: Septime Sévère

Avers: L SEPT SEV PERT - AVG IMP VIIII - Tête laurée à droite.

Revers: PROFEC-TIO AVG - Septime Sévère en habit militaire, à cheval passant à droite, tenant de la main droite une haste vers l'avant.

Atelier (année de frappe): Laodicée (197)

Références: RSC 580 (45£) - RIC 494 (S) - BMC W466-7 - BnF 6499

Caractéristiques: Argent, 18 mm, 3 g, 12 h. - Ex. Poinsignon

Commentaire:

A l'avers, la titulature porte mention de la VIIIIème acclamation impériale reçue en 197 après la défaite de Clodius Albinus à Lyon le 17 février. Le style du portrait est celui de Laodicée. Il fait partie du "nouveau style", même s'il n'a pas encore les caractéristiques des dernières émissions de cet atelier.
On peut se poser la question si ce départ est celui de Rome, dans ce cas la monnaie de Laodicée copie celle de l'atelier romain émise en 197. Si l'empereur est passé par Laodicée sur sa route vers la Mésopotamie, il peut alors s'agir du départ de cette cité syrienne afin de commémorer cet événement.

samedi 29 août 2009

Une légende originale: SEVERI PII AVG FIL (Rome, 199)

La légende de revers rappelle que le jeune empereur Caracalla (il est Auguste depuis l'année précédente) est le "fils de Sévère Pieux et Auguste". Encore une fois, on a affaire ici au message politique de Septime Sévère qui instaure une nouvelle dynastie et privilégie les liens du sang à l'adoption du meilleur candidat à la conduite de l'Empire. Il se rattache donc plutôt à Marc Aurèle qu'aux premiers Antonins.


n°C51

Dénomination: Denier

Empereur: Caracalla

Avers: ANTONINVS - AVGVSTVS - Buste drapé et cuirassé à droite.

Revers: SEVERI - PII - AVG FIL - Caracalla en habit militaire debout à gauche, tenant une Victoriola sur un globe de la main droite et une haste de la gauche; à ses pieds un captif assis à gauche dans l'attitude de la tristesse.

Atelier (année de frappe): Rome (199)

Références: RSC 590 (30£) - RIC 45 (C) - BMC S172-3 - Hill 413 (S)

Caractéristiques: Argent, 3.64 g, 19 mm, 12 h. - Ex. FAC

Commentaire:

L'habit militaire est composé de caligae, les chaussures à clous, d'une tunique et parfois comme on le voit sur la monnaie, de vêtements à franges, les cirratae militares ou castrenses. Le ceinturon fait généralement la fierté du soldat, car il est interdit aux civils. Sur le haut du corps l'empereur porte une cuirasse qui est généralement décorée (Gorgone, griffons, etc.) comme on peut le voir sur les statues impériales. Enfin, on distingue le paludamentum, le manteau du général qui pend dans le dos.


Détail d'un vêtement militaire sur une statue de Marc Aurèle - Musée du Louvre (Paris)
Le captif devant Caracalla est assis, les mains certainement liées, dans une attitude de tristesse et de soumission, il a été vaincu par l'empereur et la différence de taille entre les deux personnages est éloquente. Ce prisonnier est un archétype du barbare: il porte un bonnet phrygien comme les statues de Daces de l'époque de Trajan et des vêtements très éloignés de ceux des Romains. On retrouve ces personnages sur de nombreuses monnaies en particulier au pied de trophées. Il s'agit ici d'une référence à la victoire sur les Parthes.


Captif assis - Musée du Louvre (Paris)

mercredi 19 août 2009

L'Arrivée des Augustes - Denier de Septime Sévère (Rome, 202)

L'adventus, l'arrivée, est la contrepartie de la profectio, le départ. Généralement, l'empereur est tourné vers la gauche, car il revient vers Rome d'où il était parti. Ce denier a été frappé en 202 à l'occasion du grand retour de la famille impériale après la campagne parthique. Il s'agit du deuxième adventus célébré sur les monnaies de Septime Sévère. Le premier eut lieu en 196, au plus tard en juin 197 après les victoires sur les usurpateurs Pescennius Niger et Clodius Albinus. Mais à l'été 197, la famille impériale repart pour l'Orient pour ne revenir donc qu'en 202. Après ce retour dans la capitale de nombreuses festivités eurent lieu: triomphe, mariage de Caracalla et décennales de l'empereur.



n°S24

Dénomination: Denier

Empereur: Septime Sévère

Avers: SEVERVS - PIVS AVG - Tête laurée à droite.

Revers: ADVENT AVGG - Septime Sévère en habit militaire, à cheval à gauche, tenant une haste, et précédé d'un soldat à pied tenant un vexillum et menant le cheval.

Atelier (année de frappe): Rome (202)

Références: RSC 1 (45£) - RIC 248 (S) - BMC 304-6 - Hill 559 (S2) - BnF 6258-9

Caractéristiques: Argent, 18mm, 3.2g, 6h.

Note: Le redoublement de la lettre G dans la légende de revers ADVENT AVGG indique que les Augustes sont au nombre de deux: Septime Sévère et Caracalla. C'est le cas depuis l'accession à l'Augustat du fils aîné de l'empereur en 198. Lors du premier adventus en 196, la légende n'indiquait qu'un seul Auguste.

Commentaire:

Observons attentivement la scène du revers. Le soldat qui précède le cheval de l'empereur est casqué et porte un vexillum, étendard de la cavalerie romaine. Ce carré de tissu accroché à une traverse horizontale est l'insigne particulier de cette unité.


Détails de la colonne trajane (Rome)




Détail de l'arc de Constantin (Rome)

Quant à l'empereur, la barbe nous rend son portrait reconnaissable, son cheval est cabré, une des figures équestres les plus impressionnantes. Il salue ses troupes et le peuple qui l'acclame après ses victoires sur les Parthes. Il porte une haste, arme et symbole de son pouvoir militaire. Cette lance, à l'image d'un sceptre long, n'a pas de pointe; elle était remise en récompense au légionnaire qui s'était distingué sur le champ de bataille. L'empereur a revêtu le paludamentum, ce manteau pourpre hérité des généraux de la République, il est retenu à l'épaule par une fibule. Enfin, Septime Sévère est ceint de la couronne de laurier des généraux victorieux.

mardi 11 août 2009

Une représentation de triomphe - Denier de Géta (Rome, 206)

On ne trouve pas souvent d'images de triomphe sur les monnaies romaines, les victoires militaires étant souvent annoncées sur le monnayage par l'intermédiaire de la personnification Victoria. Il arrive cependant de voir des représentations de l'empereur en quadrige, comme c'est le cas sur ce denier qui commémore le premier consultat du jeune César Géta.

n°G21

Dénomination: Denier

Empereur: Géta (César)

Avers: P SEPTIMIVS - GETA CAES - Buste drapé à droite.

Revers: // COS - Géta en robe consulaire dans un quadrige au pas à gauche, tenant un sceptre surmonté d'un aigle.

Atelier (année de frappe): Rome (206)

Références: RSC 28 (120£) - RIC 28 (R) - BMC S443 - Hill 796 (R4)

Caractéristiques: Argent, 19mm, 3.45g, 6h. - Ex. Aegean Numismatics

Note: Cette monnaie est rare pour l'ensemble des ouvrages de référence (Cohen la cote 30 francs, elle est R pour le RIC et R4 pour Hill). On remarquera la composition particulièrement réussie de cette monnaie, laissant l'intégralité du champ à l'image, les trois lettres COS étant reléguées à l'exergue. Le char de Géta est ainsi bien mis en valeur.

Commentaire:

Au revers de ce denier, Géta est dans un quadrige en habit consulaire et tient le scipio. Le scipio est un sceptre en ivoire surmonté d'une aigle, on le retrouve en particulier, ainsi que le vêtement, sur les bustes consulaires de Probus.


Portrait de Probus au droit d'un aurelianus

Ce denier a été frappé dans le cadre d'une émission spéciale célébrant par anticipation les quinze ans de règne de Sévère. C'est pourquoi Hill date la monnaie de 206. On trouve dans cette émission de nombreux deniers aux revers exceptionnels (spectacles du Cirque, arc de triomphe, scène de sacrifice ou les Quatre Saisons). Géta a été consul en 205, ce que commémore cette monnaie. Durant cette même année, Caracalla a partagé cette charge avec son frère cadet, mais il s'agissait pour lui de son deuxième consulat.


Triomphe de Marc-Aurèle (Musées capitolins - Rome)