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dimanche 16 novembre 2014

Le portrait de Caracalla durant son règne seul et l'Annone sur un denier (Rome, 212)

Si Septime Sévère émet des monnaies avec l'Annone debout ou assise, Caracalla va plutôt privilégier une représentation voilée et assise de cette personnification. Elle n'apparaît dans son monnayage que durant cette seule année 212 et uniquement sur les deniers. Nous sommes au tout début du règne seul et il doit imposer son pouvoir après les massacres des partisans de son frère Géta assassiné peu avant. La figure de l'Annone est destinée à rassurer la population sur l'approvisionnement de l'Urbs en grains après ces événements qui pouvaient faire craindre une nouvelle guerre civile. Mais intéressons-nous plus précisément avec cette monnaie à son avers et au portrait de l'empereur. 


n° C128

Dénomination: Denier

Empereur: Caracalla

Avers: ANTONINVS PIVS - AVG BRIT - Tête laurée à droite

Revers: P M TR P XV COS III P P - Annone voilée assise à gauche, tenant une corne d'abondance de la main gauche et deux épis de blé de la main droite au-dessus d'un modius placé à ses pieds d'où sortent deux autres épis.

Atelier (année de frappe): Rome (212)

Références: RSC 205 (25£) - RIC 195 (C) - BMC 44 - Hill 1324 (C) - BnF 6787

Caractéristiques: Argent, 18mm, 3.38g, 7h - Ex. Pecumen Auction 6 n°445.

Note: Cohen voyait plutôt dans ce type une représentation de l'Abondance, mais cette dernière est plutôt assise sur un siège fait de cornes d'abondance et il n'y a pas de modius devant la personnification.

Commentaire:
Jean Babelon, conservateur du Cabinet des Médailles de 1937 à 1961, a rédigé un ouvrage consacré au portrait dans l'Antiquité d'après les monnaies. Voyons ce qu'il dit au sujet de Caracalla: "chez [lui], cette dignité assez âpre devient une affectation de férocité, dont tous les bustes du prince brutal reçoivent l'empreinte. A cet expressionnisme outrancier s'allie une autre tendance, car Bassien [...] prétendait ressembler à Alexandre: "Magnum atque Alexandrum se jussit appellari", dit Aurelius Victor. [...] Cette ressemblance avec le conquérant macédonien fut une hantise durant tout l'Empire, et nous verrons Constantin, à son tour, lever les yeux au ciel, à l'imitation de son illustre modèle. Caracalla affectait, dit-on, de pencher la tête sur l'épaule, et levait les yeux lui aussi." 
Cette évocation transparaît très bien dans le célèbre buste qui correspond au premier portrait officiel de son règne seul (ersten Alleinherrschertypus). On ne connaît pas le nom du sculpteur (on parle du "Maître de Caracalla" pour l'évoquer) et le prototype des "répliques" que l'on connaît a disparu. Deux de ces copies datées de la période 212-215 sont illustrées ci-dessous.


Buste de Caracalla dans la salle des Empereurs du musée du Capitole à Rome (à gauche) et buste de Caracalla déposé par le Louvre au musée archéologique de Lyon (à droite)

On en trouve de nombreux exemplaires dans les musées (Naples, Berlin, etc.) et il a même trouvé une postérité sous le règne de Louis XIV avec des exemplaires réalisés en bronze (voir salles des Objets d'art du XVIIème siècle au Louvre par exemple). 
Sous des airs ombrageux voire menaçants et où son caractère colérique est évoqué, l'Empereur avait la volonté d'asseoir à l'aide de ses portraits son pouvoir, éventuellement par la terreur, tout en défiant ses ennemis de son regard. On retrouve sur ces bustes les mêmes caractéristiques que sur le denier, à savoir le cou puissant, les cheveux bouclés courts et la barbe qui est également courte rompant ainsi avec l'image aux airs de Sérapis de son père. Les rides au front et le sourcil menaçant sont particulièrement bien évoqués, même sur un aussi petit objet (moins de 2cm de diamètre) qu'est une monnaie d'argent.
Mais laissons le dernier mot à J. Babelon: "Mais, au fait, c'est plutôt le muffle d'un lion qu'évoquent le profil et la toison frisée du fils de Sévère, quand il fronce le sourcil". C'est exactement cette image qu'illustre notre portrait monétaire! Comme sur le buste, la monnaie nous montre un portrait à la fois idéalisé dans sa volonté de ressembler au héros macédonien et réaliste, conforme à la fois aux textes historiques et à l'image que l'Empereur voulait donné à ses sujets et à ses ennemis. 

lundi 9 juin 2014

A Mars Pacificateur sur un denier de Caracalla (Rome, 211)

La légende de ce denier au datif, MARTI PACATORI, "à Mars pacificateur", est explicite et parfaitement cohérente avec la représentation de Mars tenant un rameau d'une main et ayant déposé ses armes sur le côté. Le dieu de la guerre est ici représenté à moitié nu, comme c'est l'usage pour une divinité, et casqué. Cette image est cependant unique dans le monnayage romain: aucun autre empereur n'a utilisé avant lui cette représentation et elle sera sans postérité. On trouve en effet d'autres iconographies de Mars Pacator sur des monnaies impériales, mais où le dieu est en fait entièrement nu portant une draperie sur l'épaule et sans son bouclier (Commode ou Septime Sévère). La représentation la plus courante est celle où il est revêtu d'une cuirasse comme sur des monnaies de Sévère Alexandre, de Caracalla encore ou des "empereurs soldats" tels que Gordien III ou Trébonien Galle.


n° C113

Dénomination: Denier

Empereur: Caracalla

Avers: ANTONINVS PIVS - AVG BRIT - Tête laurée à droite.

Revers: MARTI - PA-CATORI - Mars, nu jusqu'à la taille, debout de face, tête casquée à gauche, tenant un rameau de la main droite et une haste de la main gauche qui repose contre un bouclier posé au sol. 

Atelier (année de frappe): Rome (211)

Références: RSC 149 (25£) - RIC 222 (S) - BMC SG81-6 - Hill 1294 (C) - BnF 6747-8

Caractéristiques: Argent, 18mm, 3.14g, 6h - Ex. Cayon Auction May 2012 n°4887.

Commentaire:

L'émission de ce denier, selon P. V. Hill, intervient à un moment où la campagne de Bretagne est terminée. Il place en effet ce denier durant le règne conjoint des deux frères ennemis Caracalla et Géta, peu après la mort de leur père à York le 4 février 211. Le message délivré par cette monnaie est en tout cas très clair et permet une alternative à la très classique Victoria. La campagne militaire que les Romains ont mené en Bretagne s'est soldée par le retour de la paix symbolisé par ce dieu guerrier: si vis pacem para bellum.

dimanche 10 novembre 2013

Une émission posthume pour Caracalla frappée par Elagabale (Rome, 218)

Cette monnaie sort du cadre temporel du règne des premiers Sévères, mais elle représente néanmoins l'empereur Caracalla divinisé après sa mort. Comme le denier de Julia Domna, l'exemplaire présenté ici a sans doute été frappé en 218 par le fils de Julia Soaemias, cousine germaine de Caracalla, empereur connu sous le nom d'Elagabale. Les deux empereurs portent le même nom, Marc Aurèle Antonin, car Julia Maesa, soeur de Julia Domna, et ses filles font passer le petit Varius Avitus Bassianus pour un fils adultérin de Caracalla, en particulier auprès des soldats de la IIIème légion Gallica stationnée près d'Emèse où l'empereur Macrin les a reléguées.
Voici ce qu'en dit Dion Cassius, il parle d'ailleurs d'Elagabale en termes de "faux-Antonin":
"Les assiégés, en effet, à force de promener sur les remparts Avitus, que déjà ils appelaient M. Aurélius Antonin, de montrer de loin, comme étant son portrait, des images de Caracalla, enfant, dont il était, disaient-ils véritablement le fils [...]"
Hérodien évoque aussi cette usurpation de paternité:
"Cette femme [Julia Maesa], les voyant dans l'admiration de son enfant, leur fit un récit supposé ou véritable : elle leur annonça « que Bassianus était fils naturel d'Antonin, quoiqu'il passât pour le fils d'un autre ; qu'Antonin avait eu commerce avec ses filles qui étaient dans l'éclat de la jeunesse et de la beauté à l'époque où elle demeurait elle-même au palais avec sa sœur. » "
L'auteur de l'Histoire Auguste qui déteste Caracalla et Elagabale va même jusqu'à faire passer cette origine comme véritable!
Les chefs de la légion acclament finalement Elagabale empereur le 15 mai 218, par fidélité à Caracalla, aimé des légionnaires, mais aussi grâce à l'or donné par les princesses syriennes. Les partisans de ces dernières battent Macrin le 8 juin, elles ont réussi à remettre un "Sévère" au pouvoir.


n° C123 

Dénomination: Denier

Empereur: Caracalla

Avers: DIVO ANTONINO MAGNO - Tête nue à droite.

Revers: CONSECRATIO - Aigle de face, tête à droite, debout sur un globe.

Atelier (année de frappe): Rome (218)

Références: RSC 32 (350£) - RIC Sev Alex 717 (R2) - BMC Elag 7-8 - BnF 6692.

Caractéristiques: Argent, 20mm, 2.75g, 6h - CNG Electronic Auction 525 n°1203; Ex Conti Collection; Ex Freeman & Sear bid Sale 9 n°637.

Note: comme pour le denier de la divine Julia Domna, ce denier est classé au RIC par Mattingly et Sydenham en 1936 sous Sévère Alexandre, ce qui est bien tardif. Plus tard, les auteurs du catalogue du British Museum attribueront ces émissions posthumes à Elagabale en 218.

Commentaire:

Cette monnaie est assez rare, Cohen la cotait même 60 Frs. Il en est de même pour les émissions d'aes. Cette rareté est expliquée par les auteurs du BMC par la détestation des sénateurs envers Caracalla. Ils pensent, à juste titre, qu'ils ont dû voter l'émission monétaire correspondante sans enthousiasme voire même avec une certaine répulsion, car il existe en effet des sesterces, donc avec marques [Ex] S[enatus] C[onsulto], avec le portrait du divin Antonin.
Attardons nous justement sur ce portrait qui fait référence à Alexandre, modèle de Caracalla. Cela est d'ailleurs renforcé par la légende de droit DIVO ANTONINO MAGNO, "au divin Antonin le Grand". La barbe est plus soignée que sur les monnaies de son règne et il est tête nue, car désormais il siège au rang des dieux. C'est Macrin qui a divinisé Caracalla afin de plaire aux partisans des Sévères, mais il n'est certainement pas l'auteur des émissions monétaires.
L'aigle de Jupiter au revers est le médiateur entre l'empereur défunt et la divinité, c'est lui qui emmène son âme auprès du dieu des dieux. Au centre du plafond de l'arc de Titus, on voit d'ailleurs ce dernier emporté dans les cieux par l'animal tutélaire de Jupiter. Cette image fait référence à la fin de la cérémonie d'apothéose où un aigle s'envole du bûcher symbolisant l'âme portée au ciel au moment de la consumation de l'enveloppe corporelle du défunt. Certaines monnaies (comme un sesterce de Marc Aurèle) montrent l'empereur sur le dos de l'oiseau.


Apothéose de Titus au plafond de l'arc de Titus (Rome)

samedi 24 août 2013

La victoire parthique sur des deniers de Caracalla (Rome, 204)

L'Empire parthe se trouve aux confins orientaux de l'Empire romain et la question de cette frontière a souvent été une priorité pour les empereurs. A trois reprises, Septime Sévère effectue des campagnes militaires en Orient: la première en 193-194 (expeditio Asiana) contre son rival Pescennius Niger, la deuxième en 195 (expeditio Mesopotamena) contre les Parthes et leurs alliés (les Arabes et l'Adiabène) et enfin en 196-198 contre l'entité correspondant à l'Iran actuel (expeditio Parthica) et son chef le roi Vologèse IV.
A l'automne 198, une partie de l'armée embarqua sur l'Euphrate à bord de bateaux à fond plat construits pour l'occasion et l'autre partie suivit le cours du fleuve. L'armée romaine ne rencontra pas d'obstacles, car les Parthes reculèrent au fur et à mesure. Ils prirent ainsi Babylone puis poursuivant le long du canal royal qui relie l'Euphrate au Tigre, s'emparèrent de la double capitale Séleucie et Ctésiphon. L'empereur obtint une Xème puis une XIème acclamation impériale, et reçut de ses troupes le titre de Parthicus Maximus ("Très Grand Parthique") près de 81 ans jour pour jour après le grand Trajan. Il faut rappeler que l'empereur africain avait le désir de rapprocher sa famille de celle des Antonins afin de toujours plus garantir sa légitimité et de montrer ainsi une continuité du pouvoir. 
Voici comment Dion Cassius évoque les événements: 
"Les Parthes, sans attendre l'empereur, s'étant retirés chez eux  [...], [Sévère] à l'aide de bateaux qu'il construisit sur l'Euphrate, s'avançant par le fleuve et par terre le long de ses bords, ne tarda pas, grâce à la rapidité, à la vitesse et au bon aménagement de ces constructions, pour lesquelles la forêt qui borde l'Euphrate et les régions voisines lui fournissaient le bois en abondance, à se rendre maître de Séleucie et de Babylone qui avaient été abandonnées. Il s'empara aussi de Ctésiphon, dont il permit le pillage à ses soldats, il y fit un grand carnage, et prit vifs environ cent mille hommes. Néanmoins, il ne poursuivit pas Vologèse et ne conserva pas Ctésiphon ; mais, [..] il s'en alla [...] parce qu'il manquait du nécessaire ; il revint par un autre chemin."
Hérodien ajoute: 
"Dans l'enivrement de ce succès, il écrivit au sénat et au peuple, leur annonçant ses victoires avec emphase; il les fit même représenter sur des tableaux qui furent exposés publiquement. Le sénat lui décerna les plus grands honneurs, et le décora du surnom des peuples qu'il avait vaincus."
La Victoire Parthique apparaît sur les monnaies de Septime Sévère, mais aussi sur celles de son jeune fils et héritier Caracalla.


n° C118



n° C18

Dénomination: Denier

Empereur: Caracalla

Avers: ANTONINVS - PIVS AVG - Buste lauré, drapé à droite.

Revers: C 118: VICTORIA - PART MAX; C18: VICT PART MA-X - Victoria courant à gauche, tenant une palme de la main gauche et une couronne de la main droite.

Atelier (année de frappe): Rome (204)

Références: C118: RSC 661 (35£) - RIC 145 (R) - BMC S298-9 - Hill 684 (S2) - BnF 6974; C18: RSC 658 (30£) - RIC 144b (S) - BMC S296-7 - Hill 689 (S) - BnF 6973;Maspero 1967/630;J&M Delepierre 1966.

Caractéristiques: C118: Argent, 18mm, 3.7g, 1h, Ex. Cayon Auction May 2012 n°4944; C18: Argent, 18mm, 3.28g, 6h.

Note: Cohen cote la monnaie C118 le double (10f) du denier C18. Ils semble en effet que le denier à légende longue soit un plus rare que celui à légende courte.

Commentaire:

La célébration du triomphe sur les Parthes a eu lieu en 202 en conjonction avec le mariage de Caracalla et Plautille et l'anniversaire des dix années de règne de Septime Sévère. Ces deniers ont donc pu être frappés en 202 à cette occasion. Comme ils ne sont pas explicitement datés (la légende de droit jointe au buste drapé donne la fourchette 201-206), il est difficile de fournir une date précise sauf si l'on trouve des liaisons de coins avec des monnaies datées. C'est ainsi que Hill place ces deniers en 204 au sein de la 18ème émission. Le denier à légende longue VICTORIA PART MAX ferait partie d'un première groupe, suivi par une deuxième et troisième partie d'émission avec la légende courte VICT PART MAX. Il note également une évolution du portrait qui l'amène à distinguer deux groupes, l'exemplaire C18 étant certainement rattaché à la troisième partie de l'émission où le portrait semble plus âgé. Enfin, il faut noter une monnaie avec la tête de Caracalla (donc buste non drapé) trouvée dans le trésor de Marcianopolis et qui semble très rare si elle existe vraiment.

dimanche 16 décembre 2012

Trois liaisons de coin pour une Minerve sans bouclier - Denier de Caracalla (Rome, 198)

Ce type avec Minerve armée et tenant une statuette de Victoire devant un trophée existe pour Caracalla aux ateliers de Rome et Laodicée et présente de nombreuses variantes. On trouve en effet deux légendes de droit, l'une datée de 198 par la première puissance tribunicienne (IMP CAE M AVR ANT AVG P TR P), l'autre avec une légende active en 198 et 199 comme sur l'exemplaire présenté ici: IMP CAES M AVR ANTON AVG. 
P. V. Hill découpe ainsi la troisième émission du règne conjoint de Sévère et Caracalla en deux phases en fonction de cette légende d'avers. 
Ce type monétaire avec Minerve est apparu sous Commode (par exemple avec la légende MIN VICT P M TR P XIIII // COS V P P), mais n'aura pas de descendance au IIIème siècle.
Caracalla est César de 196 à 198 et se place sous la protection de Mars (VLTOR) et de Minerve (SECVRITAS). Minerve, déesse de la Guerre, renvoie aux victoires de son père (présence du trophée) et est classiquement depuis Domitien la protectrice des Césars en tant que fille de Jupiter, figure de l'Auguste. Mars a un peu la même fonction et il n'est donc pas étonnant de les retrouver ensemble. Dans le trésor de Marcianopolis, ces deux types représentent 38% des deniers de Caracalla pour cette période. En 198, date de son accession à l'Augustat, on ne trouve plus que Minerve (VICTRIX) représentant 44% des types de revers de Caracalla.


n° C8

Dénomination: Denier

Empereur: Caracalla

Avers: [I]MP CAES M AVR - ANTON AVG - Buste lauré, drapé à droite.

Revers: MIN-ER - VICTRIX - Minerve debout à gauche, tenant une Victoriola et une haste renversée, un trophée derrière elle.

Atelier (année de frappe): Rome (198)

Références: RSC 161v. (30£) - RIC 21v. (S) - BMC S117v. - Hill 369v. (R3) - BnF 6760v.

Caractéristiques: Argent, 18mm, 3.21g, 12h.

Commentaire:

Cette seconde phase à laquelle se rattache notre denier est plus rare (seulement 2 exemplaires dans le trésor de Marcianopolis) au lieu de 55 pour la première. Les trois ouvrages de référence: RSC (n°161), RIC (n°21) et BMC (n°S117) ne signalent pour ce type que le buste drapé et cuirassé, alors que Hill, ne signale au contraire que la variante avec buste drapé uniquement (n°369). Cette dernière existe cependant dans les collections de la Bibliothèque nationale de France à Paris sous le n° 6760, il est curieux qu'il n'en soit pas fait mention dans les autres ouvrages. C'est le cas également de mon exemplaire. Cependant, ce qui le distingue de ceux référencés ci-dessus est l'absence du bouclier devant Minerve. Cette absence est notée dans le RSC pour le denier de la première phase à la légende datée.


Denier de Caracalla avec le bouclier absent (RSC 159b) daté de la première phase de l'émission. Ex. silvernut.

L'exemplaire ci-dessus est intéressant, car il partage le coin de revers avec mon exemplaire, ce qui permet de lier les deux phases de frappe au sein de l'émission. La pièce ci-dessus a donc d'abord été frappée, mais le coin de droit s'est usé à la longue et il a été remplacé par celui non daté, le coin de revers étant inchangé. L'exemplaire C8 de ma collection fait partie de cette deuxième fournée. Mais ce qui est encore plus étonnant est ce troisième exemplaire présentant un rare buste drapé et cuirassé vu de l'avant. Cette monnaie est non répertoriée avec ce buste mais est présente dans les collections nationales (Cabinet des Monnaies, Médailles et Antiques, BnF).


Denier de Caracalla avec le bouclier absent daté de la première phase de l'émission. Ex. BnF Paris (n°6759)

Encore une fois, Minerve a perdu son bouclier et encore une fois il s'agit du même coin de revers, ce qui montre la rareté de cette variante résultant de l'erreur du scalptor lors de la gravure. Nous sommes donc en présence de trois monnaies présentant une erreur de gravure, les avers correspondants présentant deux bustes différents et deux légendes également différentes.

mercredi 15 août 2012

Le Soleil dans son quadrige sur un antoninien de Caracalla (Rome, 217)

Cet antoninien est daté de 217, la dernière année de règne de l'empereur Caracalla. En effet, la XXème puissance tribunicienne est gravée au revers de la monnaie. Cette monnaie est rare: dans le cadre d'une étude sur les antoniniens de Caracalla, j'avais noté 3 exemplaires de ce type (sur un total de 631, soit 0,48% des antoniniens rencontrés). De plus, ce revers n'existe qu'avec ce buste drapé et cuirassé vu de l'arrière, le plus utilisé en 217. L'existence de variantes avec un buste drapé seul est possible, car c'est le cas pour d'autres types de 217. Cependant, l'empereur étant assassiné en avril, il est possible qu'il y ait eu peu ou pas du tout d'exemplaires frappés avec cette variante de buste.


n° C107

Dénomination: Antoninien

Empereur: Caracalla

Avers: ANTONINVS PIVS AVG GERM - Buste radié, drapé et cuirassé vu de l'arrière. 

Revers: P M TR P XX COS IIII P P - Sol radié, monté sur un quadrige galopant à gauche, levant la main droite et tenant un fouet de la gauche.

Atelier (année de frappe): Rome (217)

Références: RSC / - RIC / - BMC 195A - Hill 1559 (R4) - BnF /

Caractéristiques: Argent, 22mm, 5.22g, 12h - Ex. Montay.

Note: Cette monnaie n'est pas référencée dans le Roman Silver Coins (RSC) III, pourtant l'ouvrage de référence le plus récent sur la période (1982). Il est donc absent également des ouvrages de référence plus anciens: Cohen ou RIC. Un exemplaire est présent dans les addenda du BMC, c'est certainement celui rencontré par Hill qui classe cette monnaie R4.

Commentaire:

Sol sur un quadrige apparaît sur le monnayage d'Hadrien, mais est véritablement popularisé sous les Sévères et on le retrouvera dans les émissions d'autres empereurs du IIIème siècle, comme sur cet impressionnant quadrige vu de face frappé sous Probus.
Sol bénéficie d'une popularité importante sous les Sévères, empereurs "orientaux" ainsi que dans l'armée. Caracalla fait frapper des monnaies avec ce dieu au revers chaque année à partir de 215. Durant la période républicaine et les débuts du principat jusqu'aux Antonins, Sol est généralement représenté afin de désigner l'Orient et de célébrer des victoires face aux peuples habitant les marges orientales de l'Empire. Mais à partir des Sévères, il prend une connotation plus religieuse, Sol étant une divinité solaire reprenant des éléments à la fois gréco-romain (Apollon, Helios) et oriental (Mithra). Le culte de Sol est alors très vivace et concurrence le christianisme qui lui aussi progresse dans l'Empire. Des empereurs comme Aurélien feront de Sol Invictus la divinité principale d'un panthéon qui ressemble de plus en plus à un monothéisme, sans l'être pourtant totalement.

dimanche 24 juin 2012

Caracalla sacrifiant pour ses décennales (Rome, 202 et 206)

En 198, Caracalla est nommé Auguste par son père. Selon Hill, des voeux pour les dix années à venir (VOTA SVSCEPTA X) sont commémorés en 202 et 206. En 202, on trouve effectivement des deniers avec la légende VOT SVSC DEC PON TR P V COS. Caracalla a encore l'allure juvénile (il n'a que 14 ans) et l'avers de la monnaie arbore un buste drapé. Les dix ans de règne sont abrégés en DEC. Le revers mentionne le pontificat et le consulat qu'il revêt en cette année 202. La monnaie est parfaitement datée par la cinquième puissance tribunicienne. Quelques années plus tard, un autre denier est émis pour les voeux. L'enfant a grandi et est maintenant un jeune homme. A l'image de son père, il est représenté sans draperie au droit de la monnaie, mais la légende est la même, celle qui est active de 201 à 210, ANTONINVS PIVS AVG. Le type de revers est lui aussi identique, l'empereur voilé sacrifiant, mais cette fois la monnaie n'est plus datée, seule la mention des voeux VOTA SVSCEPTA X est maintenue, non plus abrégé mais en toutes lettres, le nombre des années étant cette fois noté sous forme de chiffre. Cependant, l'existence d'un buste drapé pour ce même type monétaire prouve que la monnaie date de 206. En effet, c'est cette année-là que la transition de buste s'opère pour le jeune Auguste. Il ne reste donc plus que deux ans avant l'accomplissement des décennales...


n° C103



n° C111

Dénomination: Denier

Empereur: Caracalla

Avers: ANTONINVS - PIVS AVG - C 103: Buste drapé, lauré à droite ; C111: Tête laurée à droite.

Revers: C103: VOT SVSC DEC - PON TR P V COS ; C111: VOTA SVS-CEPTA X - Caracalla, voilé, debout de face, tête à gauche, sacrifiant à l'aide d'une patère au-dessus d'un trépied allumé et tenant un rouleau de la main gauche.

Atelier (année de frappe): C103: Rome (202) ; C111: Rome (206)

Références: C103: RSC 686 (40£) - RIC 68 (S) - BMC S396-7 - Hill 552 (R) - BnF 6981 (+1ex. sans n°) ; C111: RSC 689 (25£) - RIC 179 (S) - BMC S524-6 - Hill 821 (C2) - BnF 6982;244

Caractéristiques: C103: Argent, 19mm, 3.4g, 6h - Ex. Creusy ; C111: Argent, 20mm, 3.8g, 6h - Ex. Creusy.

Commentaire:
Le voeu est un contrat conclu entre un homme et une divinité. A cette occasion (ici pour les décennales à venir), un sacrifice était dû.
La représentation de l'empereur sacrifiant répond à un canon que l'on retrouve sur des bas-reliefs, statues etc. D'un seul coup d'oeil on reconnait l'action, même si, ici, le terme VOTA appuie l'image. L'empereur qui est aussi prêtre (pontife) est voilé (sa toge de citoyen est drapée afin de recouvrir sa tête et libérer le bras) comme l'impose le rite romain. Il tient en main une patère et effectue une libation au-dessus d'un trépied allumé. Son geste est celui d'une offrande (encens et vin) faite aux dieux. Le trépied devant lui contient un foyer qui sert donc à transmettre cette offrande à la divinité. Sur le bas-relief ci-dessous (face interne de l'arc des changeurs sur le Vélabre), on voit le jeune Caracalla effectuant un sacrifice, très certainement lors des Jeux Séculaires de 204. Il suit le rite grec (sa tête n'est pas couverte) et comme sur la monnaie, il tient en main un rouleau ainsi que la patère au-dessus d'un trépied où un feu est allumé.



Caracalla effectuant une libation au-dessus d'un autel portatif (Arc des changeurs, Rome).

dimanche 29 avril 2012

La mort de Caracalla en chemin vers le temple de Lunus à Carrhes - Antoninien frappé à Rome (215)

Hérodien et l'Histoire Auguste mentionnent la volonté de Caracalla lors de la campagne parthique en 217 sur le chemin d'Edesse à Carrhes, de rendre visite au temple de la Lune (σελήνης) pour l'historien grec ou du dieu Lunus pour l'auteur de la vie de Caracalla. La ville de Carrhes (ou Carrhae) en Mésopotamie est le lieu de la fameuse défaite Crassus en 53 av. J.-C. Elle possédait un temple très ancien dédié à un dieu devin (mantique): Lunus, dieu masculin lunaire sans doute le dieu sémite Sin. Les Grecs et à leur suite les Romains ont féminisé ce dieu afin de l'intégrer à leur propre panthéon (Séléné, Luna). Voici ce qu'en dit d'ailleurs l'Histoire Auguste:
"Puisque nous avons fait mention du dieu Lunus, nous devons ajouter que tous les savants ont écrit, et que les habitants de Carres surtout ont encore aujourd’hui la conviction, que ceux qui croient devoir honorer la Lune comme une déesse et lui donner un nom qui suppose ce sexe, sont à jamais les esclaves des femmes; tandis que celui qui lui offre son culte comme à un dieu, et lui en donne le nom, se fait toujours obéir des femmes, et n’a rien à craindre des pièges qu’elles peuvent lui tendre. De là vient que les Grecs et les Égyptiens, tout en désignant par un nom féminin la Lune, comme si elle était une déesse, ont soin cependant de l’appeler dieu dans leur langue sacrée."
L'antoninien présenté ici porte à son revers une rare représentation de Luna dans un bige de taureaux.


n° C104 

Dénomination: Antoninien

Empereur: Caracalla

Avers: ANTONINVS PIVS AVG GERM - Buste radié, drapé et cuirassé, vu de l'avant.

Revers: P M TR P XVIII COS III P P - Luna, un croissant sur la tête et l'écharpe flottante, dans un bige de taureaux courant à gauche.

Atelier (année de frappe): Rome (215)

Références: RSC 294a (75£) - RIC 256c (S) - BMC 120 - Hill 1466 (R2) - BnF /.

Caractéristiques: Argent, 22mm, 4.8g, 12h - Ex. Parsy.

Commentaire:

Le fait que Caracalla allait au temple de Lunus, dieu qui prédit l'avenir, a certainement précipité le complot ourdi par Macrin pour assassiner l'empereur. Le 8 avril 217, lors d'une halte sur le chemin vers le temple, un de ses gardes du corps, Martial, le poignarde à mort.
Voici comment Hérodien relate l'assassinat de Caracalla: "il y avait parmi les gardes d'Antonin un centurion nommé Martial, qui accompagnait toujours le prince, et dont celui-ci, peu de jours auparavant, avait fait périr le frère, sur la foi d'une simple dénonciation. Il traitait Martial lui-même outrageusement, l'appelant lâche, efféminé, et digne ami de Macrin. Ce dernier n'ignorait pas le double ressentiment que la mort d'un frère et des insultes personnelles avaient allumé dans le cœur de Martial : il le fait venir, et, comptant sur son zèle depuis longtemps à l'épreuve, et surtout sur le souvenir de nombreux bienfaits, il lui propose de saisir la première occasion pour assassiner Antonin. Martial, séduit par les promesses de Macrin, entraîné par son propre ressentiment contre l'empereur, et par le désir aveugle de venger son malheureux frère, s'engage sans délibérer à saisir la première circonstance pour tout oser.
Peu de temps après cette entrevue, Antonin qui se trouvait à Carrhes, ville de Mésopotamie, eut envie d'aller visiter le temple de la Lune, divinité que les habitants honorent du culte le plus respectueux. Ce temple était assez éloigné de la ville pour que le trajet fût presque un voyage; aussi Antonin, pour en épargner la fatigue à toute son armée, ne prit-il pour escorte qu'un petit nombre de cavaliers, se proposant d'ailleurs de revenir après avoir sacrifié à la déesse. Au milieu du chemin, se sentant pressé d'un besoin, il quitte sa suite, et, accompagné d'un seul de ses gens, il veut le satisfaire. Alors Martial, qui épiait sans cesse l'instant favorable, voyant l'escorte rangée à l'écart loin de l'empereur, par respect pour la bienséance, et l'empereur seul, court vers lui comme s'il en eût été appelé du geste ou de la voix, et au moment où le prince avait le dos tourné et détachait ses vêtements, il le frappe à la gorge d'un poignard qu'il tenait caché dans ses mains. La blessure était mortelle, et Antonin tomba mort à l'instant sans pouvoir se défendre."
Sur la monnaie ci-dessous, on peut voir une représentation du temple de Lunus avec au centre, sur un tripode, un bétyle conique surmonté d'un croissant de lune. D'autres croissants ornent le fronton du temple ainsi que des étendards de part et d'autre de la pierre sacrée.


Revers d'une monnaie de Septime Sévère frappée à Carrhes (http://www.arminius-numismatics.com/)

dimanche 1 avril 2012

Plusieurs variantes pour le départ de l'empereur - Denier de Caracalla (Rome, 213)

Le départ de l'empereur, la profectio, est souvent représenté à cheval. Contrairement aux légionnaires, les officiers supérieurs et généraux et notamment le premier d'entre eux se déplacent à cheval. Or, il est ici à pied. Ce qui ne change pas, en revanche, c'est la lance pointée vers le haut: Caracalla est prêt à partir en campagne. La monnaie est non datée et la titulature au droit indique la fourchette 210-213 grâce au titre de Britannicus. Ce denier est en fait très certainement lié à la campagne de 213 contre les Alamans qui lui vaudront le titre de Germanicus. Hill place cette monnaie au sein de la deuxième émission du règne seul, au début de l'année 213. Il existe un type proche de la même émission où le soldat et son enseigne sont remplacés par deux enseignes fichées au sol.


n° C57



n° C97

Dénomination: Denier

Empereur: Caracalla

Avers: ANTONINVS PIVS AVG BRIT - Tête laurée à droite.

Revers: PROFECTIO - AVG - C57: Caracalla en habit militaire, debout à droite, tenant une haste des deux mains; derrière lui, un soldat tenant une enseigne; C97: Même description, sauf que le soldat est derrière Caracalla, en partie caché par lui et l'enseigne à peine visible.

Atelier (année de frappe): Rome (213)

Références: C57: RSC 509 (40£) - RIC 226 (S) - BMC SG 95-6 - Hill 1337 (S2) - BnF 6921, X.L. 1984/385 ; C97: RSC 509a (45£) - BnF 6919-6920.

Caractéristiques: C57: Argent, 18mm, 3.22g, 12h. - Ex. Monnaies d'Antan VSO 4 n°252 ; C97: Argent, 18mm, 3.6g, 1h - Ex. Hugon Numismatique.

Note: Cohen cotait 10f cette monnaie, ce qui est exagéré au vu du nombre d'exemplaires constaté de nos jours. La cote de 40£ permet d'avoir une idée plus juste, de même que l'indice S2 de Hill. La variante avec porte-enseigne accolé semble un peu plus rare que le type principal.
L'exemplaire C97 provient d'un trésor tunisien trouvé par une compagnie de chemin de fer dans les années 1930.

Commentaire:

La variante avec le porte-enseigne accolé à l'empereur est rapportée par le RSC avec la référence : Seaby's Bull. Jan. 1942 (G. R. Arnold). Elle semble être une véritable variante et non une simple variation de gravure sur un coin. En effet, plusieurs monnaies issues de coins différents montrent cette particularité. Il est par contre difficile de trouver un sens précis à ceci.
Une légion regroupée sous un insigne particulier, l'aigle, est composée d'environ 5000 hommes. Elle est subdivisée en dix cohortes de trois manipules elle-même (sauf la première) composée de six centuries. Outre l'aigle, unique, qui symbolise la légion et que l'on peut voir sur certains deniers de Septime Sévère, de nombreuses enseignes existaient au sein de la légion. En effet, chaque manipule (ou centurie?) avait son enseigne (signum) portée par un soldat particulier: le porte-enseigne ou signifer. Ce dernier revêtait souvent une dépouille animale sur son casque avec la tête et les pattes avant, d'un loup généralement. Cet uniforme devait être particulièrement impressionnant sur un champ de bataille et devait contribuer à effrayer l'ennemi. Il y a peut-être aussi originellement une signification totémique. L'enseigne était parfois couronnée par un fer de lance ou une main (d'où le lien avec manipule), comme on le devine sur un de nos deniers. La hampe était abondamment décorée de 2 à 6 disques, de croissants de lune, de tours ou de couronnes. Les disques pouvaient être décorés d'un aigle ou d'un portrait. Ces variations permettaient de distinguer chaque unité. On notera enfins ur un de nos deniers, en bas sur la hampe, une poignée recourbée. En effet, les enseignes étaient souvent plantées dans le sol et il fallait une certaine force pour pouvoir les sortir. Les illustrations ci-dessous montrent différentes enseignes sur des reliefs de la colonne trajane à Rome.

Enseignes (Détails de la colonne trajane, Rome)

dimanche 12 février 2012

Un lion solaire aux côtés de l'armée romaine

Ce denier s'inscrit dans le cadre de la campagne orientale que Caracalla conduit à la fin de son règne. Ses pas suivent ceux d'Alexandre le Grand, le modèle de tous les généraux romains qui rêvent un jour de l'Orient et de ses richesses. Une victoire contre l'ennemi héréditaire parthe est toujours prestigieuse et le jeune empereur, désormais seul au pouvoir, entend faire rejaillir ce prestige sur sa personne et incarner le nouvel Alexandre.
Dion Cassius précise dans le livre LXVIII qu'un lion descendit de la montagne et combattit aux côtés de l'armée romaine. Il semble en effet que des lions vivaient encore dans ces régions de l'Asie à cette époque. Caracalla a dû y voir un présage divin et croire que Sol l'accompagnait au combat.
On notera aussi que plusieurs légions utilisaient le lion comme emblème distinctif, comme la IIII Flavia Felix, VII Claudia ou la XIII Gemina.


n° C102

Dénomination: Denier

Empereur: Caracalla

Avers: ANTONINVS PIVS AVG GERM - Tête laurée à droite.

Revers: P M TR P XVIIII COS IIII P P - Lion radié passant à gauche, tenant un foudre dans sa gueule.

Atelier (année de frappe): Rome (216)

Références: RSC 367 (55£) - RIC 283c (R) - BMC 178 - Hill 1550 (R3) - BnF 6857-8

Caractéristiques: Argent, 20mm, 3.53g, 12h - Ex. Gorny & Mosch Auktion 200 n°2670

Commentaire:

Le lion, roi des animaux, est dans de nombreuses civilisations un symbole de force et de majesté. Le premier des travaux d'Hercule est le combat contre le lion de Némée. Après sa victoire, le héros se revêt de sa dépouille et cet attribut sera repris par tous ceux qui se revendiqueront d'Hercule, d'Alexandre le Grand à Maximien, en passant par Commode. La tête ci-dessous, oeuvre romaine du Ier siècle ap. J.-C., est celle du roi du Pont, Mithridate VI (120-63 av. J.-C.). A l'image d'Alexandre sur ses monnaies ou du modèle Heracles, ce souverain est coiffé de la léonté, la dépouille du lion de Némée.


Mithridate VI Eupator, roi du Pont (Musée du Louvre, Paris)

Caracalla, grand admirateur d'Alexandre, au moment de lancer sa campagne parthique n'hésite pas à faire représenter un lion sur ses monnaies. Ce lion est également un symbole solaire de par la couleur fauve de sa fourrure. Sur l'animal représenté sur ce denier, des rayons entourent sa tête. On notera aussi que le soleil se lève à l'est, là précisément où l'empereur conduit ses soldats face à l'Empire parthe.
Les Achéménides qui ont précédé les Parthes sur le territoire perse et ont dû affronter le jeune roi macédonien Alexandre ont également laissé des vestiges qui ont certainement impressionner les soldats macédoniens, comme la célèbre frise des lions en briques siliceuses à glaçure du palais de Darius Ier à Suse (vers 510 av. J.-C.).


Frise des lions, cour orientale du palais de Darius Ier à Suse (Musée du Louvre, Paris)

dimanche 27 novembre 2011

Jupiter sur un antoninien de Caracalla et l'introduction d'une nouvelle dénomination (Rome, 215).

On a vu que Jupiter était apparu dans le monnayage de Caracalla l'année précédente. En 215, dans la première émission d'antoniniens le plus grand des dieux romains continue d'apparaître et ne cessera plus d'être présent jusqu'à la mort de l'empereur en 217. Si on compare la représentation de Jupiter sur cet antoninien avec la pose des deniers de 214, on voit qu'elle est ici plus travaillée, un peu à l'image des sculptures grecques classiques où une des jambes est repliée. Sur le denier, Jupiter est vu de face alors que sur l'antoninien, seul le torse est de face, ce qui lui donne plus de majesté. On remarquera sur cet exemplaire le traitement du foudre ainsi que des cheveux du dieu. Avec Sol et Sérapis, ce type au Jupiter debout est un des plus courants. Il en est de même pour ce buste qui est caractéristique des premiers antoniniens. Les autres variantes sont moins communes pour ce type.


n° C94

Dénomination: Antoninien

Empereur: Caracalla

Avers: ANTONINVS PIVS AVG GERM - Buste radié à droite, drapé et cuirassé vu de l'avant.

Revers: P M TR P XVIII - COS IIII P P - Jupiter, nu un manteau sur l'épaule gauche, debout à moitié à droite, tenant un sceptre de la main gauche et un foudre de la droite.

Atelier (année de frappe): Rome (215)

Références: RSC 279 (65£) - RIC 258a (S) - BMC 110 - Hill 1465 (R) - BnF 6816

Caractéristiques: Argent, 23mm, 5.43g, 12h. - Ex. Hugon Numismatique.

Note: Cette monnaie provient d'un trésor tunisien trouvé par une compagnie de chemin de fer dans les années 1930.
Il existe une variante où Jupiter à la tête à gauche.

Commentaire:

L'introduction de cette nouvelle dénomination qu'est l'antoninien est très certainement en lien avec la campagne que l'empereur décide de mener en Orient. En effet, les guerres coûtent cher, il faut payer plus de légionnaires (Septime Sévère avait augmenté le nombre de légion avec la création des trois légions parthiques et avait augmenté les soldes) et le stock d'argent diminue. Cependant les manipulations monétaires des empereurs entraîne un processus vicieux: la mauvaise monnaie chasse la bonne. Les particuliers conserve donc leurs anciennes espèces de meilleure qualité et se constitue des trésors et seules les nouvelles monnaies circulent. Lorsqu'elle revienne à l'Etat et sont reffrappées la quantité de métal précieux diminue, d'autant que les quantités frappées ne cesse d'augmenter afin de régler les dépenses publiques, essentiellement militaires.
On ne connait pas le nom de la nouvelle monnaie, mais une mention existe dans l'Histoire Auguste : «[…] argenteos Antoninianos mille[...]». De plus, toujours dans cette ouvrage dans l'histoire de Sévère Alexandre, il est dit: «Monetae nomen Antonini reddatur», car en effet l'antoninien n'existait plus sous ce règne. Cette affirmation fait donc très certainement référence au double denier.

samedi 19 novembre 2011

Un projet de mariage sournois - Vénus sur un denier de Caracalla (Rome, 216)

Deux antoniniens du même type ont déjà été présentés, mais ici c'est un denier issu de la même émission. Selon la théorie des cycles, au sein d'une même émission les différents métaux (et donc dénominations) étaient monnayés les uns après les autres, un type monétaire étant attaché à une des six officines (c'est le nombre pour la période qui nous intéresse) de l'atelier de Rome. Selon Hill, durant la 9ème émission, ce type avec Vénus est d'abord émis en or avec le double aureus, puis l'aureus, ensuite vient l'argent avec l'antoninien, puis notre denier, enfin les aes avec le sesterce, puis le dupondius et finalement l'as. Il n'y a plus ni semis, ni quadrans à cette période. Ce type précis n'existe que pour Caracalla.


n° C98

Dénomination: Denier

Empereur: Caracalla

Avers: ANTONINIVS PIVS AVG GERM - Tête laurée à droite.

Revers: VENVS VICTRIX - Vénus debout à moitié à gauche, tenant une Victoriola de la main droite et un sceptre transversal de la gauche, son bras gauche reposant sur un bouclier posé sur un casque.

Atelier (année de frappe): Rome (216)

Références: RSC 606 (25£) - RIC 311b (C) - BMC 82-5 - Hill 1534 (C) - BnF X.L. 1984/389

Caractéristiques: Argent, 19mm, 2.91g, 6h. - Ex. Hugon Numismatique.

Note: Cette monnaie provient d'un trésor tunisien trouvé par une compagnie de chemin de fer dans les années 1930.

Commentaire:

Après la campagne germanique du début de son règne seul et son séjour à Alexandrie en 215, Caracalla entreprend une guerre contre les Parthes. Le type de Vénus, victorieuse ici, est extrêmement rare pour un empereur et est généralement réservé aux impératrices. De rares exemples existent cependant pour des hommes (Auguste, Titus, Hadrien ou Gordien III). On remarque que dans notre cas la déesse de l'Amour revêt des attributs guerriers. Caracalla envisageait tout d'abord unir son Empire à celui des Parthes par l'intermédiaire d'une union avec la fille du Roi des rois. Mais cette offensive diplomatique va rapidement se transformer en conflit armé. Certains textes antiques évoquent ce mariage dans leurs écrits et décrivent une noce où l'empereur romain, modèle de perfidie, massacre les invités parthes.
Ainsi, Dion Cassius (LXXVIII, 1): "Menant après cela, son armée contre les Parthes, sous prétexte qu'Artabanos ne voulait pas lui donner sa fille, dont il avait demandé la main (Artabanos, en effet, savait bien que l'intention de l'empereur était, en apparence, d'épouser sa fille, mais, en réalité, de s'emparer du royaume des Parthes), Antonin dévasta une grande partie de la contrée qui entoure la Médie..." 
C'est Hérodien dans son livre IV de son Histoire romaine (chapitres XVIII, XIX et XX) qui est le plus prolixe à ce sujet: "Peu de temps après, il imagina de se faire donner le surnom de Parthique : il désirait vivement pouvoir écrire à Rome qu'il avait dompté les Barbares de l'Orient. Il était en pleine paix avec les Parthes; il eut recours à son arme ordinaire, la perfidie. Il écrivit à Artaban, leur roi, et lui adressa une députation chargée de présents aussi précieux pour la richesse de la matière, que pour la perfection du travail. Il lui demandait dans sa lettre la main de sa fille : « Empereur, fils d'empereur, il devait à sa gloire de ne point devenir le gendre de quelque obscur citoyen, mais de s'unir à la fille d'un roi puissant. Grâce à cette alliance, il n'y aurait plus d'Euphrate; les deux plus grands empires du monde, l'empire romain et celui des Parthes, réunis par un lien commun, formeraient une puissance invincible, et les autres nations barbares, encore indépendantes, se soumettraient facilement, si on leur laissait leurs mœurs et leurs lois. Les Romains avaient une infanterie habituée à combattre de près, et sans égale pour le maniement de la lance ; les Parthes, une cavalerie nombreuse, composée d'excellents archers. Forts de tous ces avantages, et possédant ainsi tous les éléments de la victoire, ils subjugueraient sans peine sous un seul sceptre l'univers entier. » Il ajoutait que les productions des Parthes, leurs parfums, leurs précieuses étoffes, les métaux des Romains, et tous les chefs-d'œuvre de leur industrie, ne seraient plus des raretés d'un trafic clandestin, mais que ces richesses, répandues sur une même terre, dans un même empire, viendraient en liberté s'offrir aux besoins des deux nations. Artaban rejeta d'abord ces propositions : « Une femme étrangère, disait-il, ne pouvait convenir à un Romain. Quelle harmonie règnerait entre deux époux différents de langage, de mœurs, d'habitudes? Il y avait d'ailleurs à Rome vingt familles patriciennes où l'empereur pouvait se choisir un beau-père, comme Artaban un gendre parmi les Arsacides. Pourquoi alors se mésallier? » Telle fut la première réponse du Parthe : les offres de Caracalla étaient donc repoussées. Cependant ses instances, des présents, des serments d'amitié, les protestations de son vif désir d'un tel mariage, triomphèrent de la sage défiance du roi barbare. Il lui promet sa fille, il l'appelle déjà son gendre. A la nouvelle de cette alliance, les Parthes se préparent avec empressement à recevoir l'empereur, et embrassent avec joie l'espérance d'une paix éternelle. Cependant, après avoir passé le Tigre et l'Euphrate sans aucun obstacle, Antonin traverse le pays des Parthes, comme il eût traversé ses propres États. A son passage on couvrait les autels du sang des victimes et de fleurs ; on lui offrait de toutes parts les parfums les plus précieux. Il recevait tous ces hommages avec une feinte reconnaissance. Lorsqu’après un long trajet, il approcha enfin de la capitale, le roi vint à sa rencontre dans une plaine hors de la ville, pour recevoir l'époux futur de sa fille. Il était accompagné d'une multitude de Parthes qui, couronnés de fleurs du pays, revêtus d'habits brillants d'or et de l'éclat de mille couleurs, se livraient à la joie la plus vive, et dansaient au son de la flûte et des cymbales. Les Parthes aiment avec passion la danse et la musique, quand le vin a échauffé leur esprit. Lorsque les Barbares eurent inondé la plaine, ils abandonnèrent leurs chevaux, déposèrent leurs arcs et leurs javelots, firent des libations, et se livrèrent aux plaisirs de l'ivresse. Réunis par groupes dans l'imprudente sécurité d'un joyeux désordre, ils se pressent pour voir le nouvel époux : aussitôt Antonin donne le signal et toute son armée se précipite sur cette foule d'hommes désarmés. Épouvantés de cette attaque imprévue, ils reçoivent, en fuyant, les coups du fer ennemi; le roi lui-même, enlevé par ses gardes et jeté sur un cheval, s'échappe à peine avec une faible escorte. Les Parthes privés de leurs chevaux, sans lesquels ils ne peuvent combattre et qui paissaient dans la plaine, tombaient par milliers; la longueur de leur robe flottante les embarrassait dans leur fuite et entravait l'agilité de leur course. Ils n'avaient avec eux ni leurs flèches ni leurs arcs. Devaient-ils garder ces armes pour une fête ? Après avoir fait un affreux massacre, Antonin s'éloigna, emportant, sans trouver de résistance, un riche butin et un grand nombre de prisonniers; il permit à ses soldats d'incendier sur leur passage les bourgs et les villes, les laissant maîtres de tout enlever et de tout piller."
Ces évènements sont le début de conflits armés récurrents entre Romains et Parthes (puis Perses) et mettent fin à une paix qui durait depuis la campagne orientale de Septime Sévère en 198. Ils se solderont par plusieurs défaites romaines, l'empereur Valérien étant même fait prisonnier en 259 et mourra en captivité en Perse.

dimanche 9 octobre 2011

Un Mars belliqueux sur un denier de Caracalla - Rome (208)

En 208, la campagne contre les tribus du nord de la Bretagne qui menacent cette province insulaire septentrionale de l'Empire est annoncée. Quelle meilleure publicité que le dieu de la Guerre en personne pour annoncer aux Romains le départ de leurs empereurs pour le champ de bataille? Sur ce denier Mars en arme, à l'allure de soldat romain progressant avec précaution, protégé par son casque et son bouclier, lance pointée vers l'ennemi, est parfaitement adapté pour représenter une guerre en marche.
Mars, fils de Jupiter et Junon, est un dieu particulièrement honoré par les Romains en tant que père de Romulus et Remus. Il avait un autel sur le Champ de Mars et était particulièrement honoré par les légions aux mois de mars (qui avait été le premier mois de l'année pendant très longtemps et marquait le début de la saison guerrière) et d'octobre qui clôturait cette période de combats.
On notera enfin le portrait de Caracalla typique de cette année 208, où les favoris descendent bas sur la mâchoire sans pour autant former une barbe qui n'apparaitra plus distinctement que l'année suivante.


n° C61 

Dénomination: Denier

Empereur: Caracalla

Avers: ANTONINVS - PIVS AVG - Tête laurée à droite.

Revers: PONTIF TR P - XI COS III - Mars, en habit militaire, avec le manteau flottant derrière lui, de face, avançant lentement vers la droite, tenant une haste et un bouclier.

Atelier (année de frappe): Rome (208)

Références: RSC 447 (25£) - RIC 100 (C) - BMC S569-70 - Hill 982 (C) - BnF 6892-3 (la 6891 est un faux d'époque)

Caractéristiques: Argent, 19mm, 3.1g, 6h - Ex. Noël.

Note: les variations des graveurs dans l'attitude de Mars ont conduit Cohen à distinguer deux monnaies alors qu'il s'agit d'une seule (C446 et C447 avec pour cette dernière la mention "en posture de combat" ajoutée à la description de la première).

Commentaire:

Les représentations de Mars sur les deniers de Caracalla peuvent être pacifiques ou statiques. Ici, nous avons un dieu de la Guerre dynamique, son manteau flotte derrière lui renforçant cette impression de mouvement, son bouclier n'est pas posé au sol mais utilisé pour se défendre. Enfin, la haste est pointée vers l'avant, légèrement vers le haut, prête à être employée face à l'ennemi. On retrouve ici le type de Mars Ultor, le Vengeur, dont le temple se trouvait dans le forum d'Auguste.


Temple de Mars Ultor sur la maquette de Gismondi au musée de la Civilisation romaine (Rome)

La statue ci-dessous, longtemps identifiée à Pyrrhus, le roi d'Epire, est en fait une représentation de Mars debout portant la lorica (cuirasse). Trouvée au XVIème siècle près du forum de Nerva, elle serait datée de l'époque flavienne au Ier siècle et aurait été placée à l'extérieur du temple de Mars Ultor.


Statue de Mars (Musées Capitolins, Rome)

mardi 28 juin 2011

Des variations de bustes sur des antoniniens de Caracalla au revers avec Vénus

L'antoninien est créé par Caracalla en 215 et durant trois années jusqu'à sa mort en 217, cette nouvelle dénomination sera associée aux mêmes types de revers que sur les deniers et les espèces d'or et de bronze. La plupart des types d'antoniniens sont datés avec la suite de la titulature (en particulier la puissance tribunicienne) au revers. Le type le plus courant des antoniniens de Caracalla est par contre non daté et représente Vénus drapée tenant un sceptre et une petite statue de Victoire (Victoriola), un bouclier est également posée à côté d'elle. Le revers des antoniniens portent le portrait de l'empereur ceint de la couronne radiée, symbole solaire, et qui indique la valeur double de la pièce, l'unité étant le denier au portrait lauré. Ces bustes radiés sont, contrairement aux deniers, plus variés au niveau des attributs vestimentaires. 


n° C25



n° C78

Avers: ANTONINVS PIVS AVG GERM - Buste radié, drapé à droite, vu de l'arrière (C25) ; Buste radié cuirassé à droite, vu de l'arrière (C78).

Revers: VENVS VICTRIX - Vénus drapée debout à gauche, tenant une Victoriola de la main droite et un sceptre de la gauche; son bras gauche reposant sur un bouclier posé au sol.

Atelier (année de frappe): Rome (216)

Références: C25: RSC 608c (65£) - RIC 311d (S) - BMC 80-1 - Hill 1525 (S) ; C78: RSC 608var. - RIC / - BMC / - Hill 1525var. - BnF 6956-7;6960.

Caractéristiques: C25: Argent, 24mm, 5.49g, 11h ; C78: Argent, 23mm, 4.72g, 12h - Ex. Gorny & Mosch Auktion 186 n°2158

Note: L'antoninien C78 n'est curieusement pas présent dans les ouvrages de référence avec ce buste cuirassé, alors que trois exemplaires sont conservés à la BnF. Cela prouve le peu de précision dans la description des bustes dans les répertoires et catalogues.

Commentaire:

En 206, le portrait de Caracalla sur les deniers évolue, il abandonne les bustes drapés ou drapés cuirassés qu'il utilise depuis ses premières monnaies lorsqu'il était enfant pour le buste nu ("tête" dans le vocabulaire numismatique) utilisé par son père jusqu'à présent et de manière quasiment unique. A partir de ce moment, cette tête laurée est aussi utilisé massivement sur les deniers de Caracalla. En revanche, sur les antoniniens les bustes radiés sont habillés en utilisant la cuirasse et/ou le paludamentum, le manteau pourpre du général en chef. Plusieurs combinaisons existent en fonction de l'élément de costume utilisé et l'angle de vue à savoir depuis l'avant ou l'arrière, on a donc les bustes radiés suivants:
- cuirassé, vu de l'arrière
- cuirassé, vu de l'avant
- drapé, vu de l'arrière
- drapé et cuirassé, vu de l'arrière
- drapé et cuirassé, vu de l'avant
Le buste drapé vu de l'avant rarement utilisé en denier (on connait quelques exemplaires de deniers pour Caracalla enfant par exemple), ne l'est pas du tout pour l'antoninien. La description des bustes et portraits n'est souvent pas très bien précise et rigoureuse dans les ouvrages de référence et il y a souvent des erreurs et des oublis. Par exemple: ni Hill, ni le RIC ne mentionnent le sens de visualisation, quant au RSC, plus précis, il omet le sens de visualisation pour le portrait cuirassé et signale des monnaies avec des bustes drapés de l'avant qui n'existent pas. Le BMC, également plus rigoureux sur ce point, n'est pas exempt d'erreurs.
On constate une grande disparité sur la distribution statistique des bustes. Ainsi par exemple, le buste cuirassé de l'avant est rarissime et ne se rencontre que sur le type de Sérapis émis en 217. Le buste drapé vu de l'arrière de l'exemplaire C25 est le plus courant soit près de 35% des antoniniens tous types confondus sur un comptage de plus de 600 échantillons. Le buste cuirassé vu de l'arrière (C78) est moins courant avec moins de 15% du total. On peut noter aussi que les bustes changent au cours du temps. Ainsi ce buste cuirassé de l'arrière est uniquement utilisé durant l'année 215 et pour Vénus. Il disparait ensuite au profit du buste drapé qui domine l'année 216 et qui est lui-même doublé en 217 par le buste drapé et cuirassé vu de l'arrière. L'utilisation massive du buste drapé et marginale du buste cuirassé semblent donc accréditer la date de 216 proposée par Hill pour ce type Venvs Victrix.