dimanche 13 juin 2010

L'apparition de Jupiter dans le monnayage de Caracalla en 214

Cette pièce se place au sein de la 6ème émission du règne de Caracalla seul, la toute première de 214. Les émissions qui suivront cette année-là sont des émission spéciales: victoires germaniques et libéralité associée, voeux de santé. Jupiter représente 27% des types datés de 214 au sein du trésor de Marcianopolis (Reka-Devnia en Bulgarie, 1929) qui est le trésor de référence de la période. Cela représente 74 deniers sur 275. Les autres types majoritaires sont Apollon (33%) et le Génie du Sénat (29%). Jupiter fait donc une apparition remarquée et massive dans le monnayage d'argent de Caracalla durant cette année 214 (hormis le type avec la statue de Jupiter dans son écrin en 206 et la légende IOVI SOSPITATORI). Cette arrivée était précédée par un Jupiter Victor sur des aurei en 212. Jupiter ne quittera plus le devant de la scène, c'est-à-dire le revers des monnaies impériales jusqu'à la mort de Caracalla en 217. 


n°C42

Dénomination: Denier

Empereur: Caracalla

Avers: ANTONINVS PIVS AVG GERM - Tête laurée à droite.

Revers: P M TR P XVII - COS IIII P P - Jupiter, nu, excepté un manteau sur l'épaule, debout à gauche, tenant un foudre de la main droite et un long sceptre de la gauche, un aigle à ses pieds.

Atelier (année de frappe): Rome (214)

Références: RSC 239 (25£) - RIC 240 (C) - BMC 94 - Hill 1402 (C) - BnF 6804-5

Caractéristiques: Argent, 19mm, 3.59g, 6h. - Ex. Divus Numismatik

Commentaire:

Jupiter, en tant que dieu des dieux est très souvent pris comme protecteur par les empereurs tout comme les impératrices se placent volontiers sous le patronage de son épouse, Junon. Ce dieu symbolise le pouvoir suprême désormais aux mains de Caracalla.Ce pouvoir sur le monde est symbolisé par l'attribut principal de Jupiter: le foudre. Il est ainsi dénommé Iuppiter fulgurator. Ce foudre (au masculin), qui représente l'élément métérologique foudre (au féminin) crainte des hommes, est généralement représenté sous la forme d'un faisceau de flèches enflammées et zigzagantes.
La statue ci-dessous représente Jupiter brandissant un foudre. Cependant, le bras droit a été rajouté sur cette statue du milieu du IIè siècle ap. J.-C., peut-être à l'origine d'Asclépios, par le sculpteur Granier vers 1686.


Statue du Jupiter de Smyrne (Musée du Louvre, salle du Manège - Paris)

samedi 5 juin 2010

Emèse atelier monétaire et sanctuaire d'Elagabale - Spes sur un denier de Septime Sévère

Ce denier a été frappé à Emèse (aujourd'hui Homs en Syrie), ville natale de la femme de Septime Sévère, Julia Domna, au tout début de son règne. Au revers l'Espérance, bénit les entreprises de Septime Sévère au moment où il combat son rival Pescennius Niger. L'ensemble des monnaies que l'on considère comme étant frappées à Emèse forme une entité bien constituée: style, types utilisés, traitement des légendes. Cependant, l'attribution à la cité d'origine de Julia Domna est conjecturale, mais il apparait évident qu'il s'agit d'une ville syrienne. L'étude des trésors trouvés à Dura montre que les monnaies attribuées à Emèse sont bien plus nombreuses dans les dépôts que celles de Laodicée, ce qui suggère que l'atelier dont sortent ces monnaies est plus près de Dura ou du moins plus facile d'accès que Laodicée. Un auteur comme Bellinger suggère plutôt la ville de Zeugma comme atelier monétaire pour ces deniers.


n°S28

Dénomination: Denier

Empereur: Septime Sévère

Avers: IMP CAE L SEP SE-V PERT AVG COS II - Tête laurée à droite.

Revers: BONA - SPES - L'Espérance marchant à gauche, tenant une fleur et relevant sa robe.

Atelier (année de frappe): Emèse (194)

Références: RSC 58 (30£) - RIC 364 (S) - BMC W340 - BnF 6279

Caractéristiques: Argent, 17mm, 2.9g, 12h.

Note: On notera la façon dont le S de SPES est formé avec l'adjonction d'un I. La lettre ainsi formée fait penser au sigma minuscule. Ce type de graphie est typique des ateliers orientaux hellénophones.

Commentaire:

Emèse a très vite adhéré à la cause de Septime Sévère après sa prise de pouvoir en 193. Julia Domna est originaire de cette ville et fait partie de la lignée des prêtres-rois qui dominaient la ville. Un bétyle (littéralement "maison de dieu"), pierre noire conique, météorité tombée du ciel, y est adoré comme étant la demeure d'un dieu: Elagabale. Voici comment Hérodien décrit la pierre: "Ils lui ont élevé un temple immense, décoré d'une grande quantité d'or et d'argent et éblouissant de pierres précieuses. Le dieu n'est pas adoré seulement par les indigènes ; mais tous les satrapes et les rois barbares des contrées voisines lui envoient à l'envi chaque année de magnifiques présents. On ne voit pas dans le temple, comme chez les Grecs et les Romains, de statue faite à l'image du dieu par la main d'un artiste habile; mais on y remarque une grande pierre, ronde par le bas et se terminant en pointe : elle a la figure d'un cône; sa couleur est noire : les habitants se glorifient de cette pierre, qu'ils disent tombée, du ciel ; ils font voir aux étrangers qui la considèrent quelques inégalités, quelques formes peu apparentes. Ils affirment que c'est une image imparfaite du soleil, et ils la révèrent à ce titre."

dimanche 30 mai 2010

Les Quatre Saisons sur un denier de Caracalla (Rome, 206)

Les Quatre Saisons sont un type plutôt rare dans le monnayage romain. Hill regroupe en 206 de nombreuses monnaies rarissimes au sein d'une même émission spéciale consacrée à la célébration prochaine des quinze ans de règne de Septime Sévère. Les premières représentations monétaires des Saisons apparaissent sous Hadrien. Sévère et ses fils utilisent à nouveau l'iconographie antonine à des fins de propagande. D'autres empereurs du IIIème ou IVème siècle reprendront ces images des Saisons.


n° C72

Dénomination: Denier

Empereur: Caracalla

Avers: ANTONINVS - PIVS AVG - Tête laurée à droite.

Revers: FELICIA // TEMPORA - Les Quatres Saisons représentées par quatre enfants jouant.

Atelier (année de frappe): Rome (206)

Références: RSC 59 (350£) - RIC 153 (R3) - BMC S505 - Hill 792 (R4) - BnF 6699

Caractéristiques: Argent, 19mm, 3.65g, 12h. - Ex. Helios Auction 5 n°554 - Ex. Coll. A. Lynn

Note: Cette monnaie fait partie des monnaies les plus rares du monnayage de Caracalla, Cohen la cotait déjà 80f or à la fin du XIXème siècle. Cependant, pour Géta le type semble encore plus rare et devrait également exister pour Septime Sévère (mais non répertorié). Signalons enfin, un exemplaire à la BnF avec un buste drapé.

Commentaire:

Les premières représentations des saisons sont féminines (les "Heures" grecques), puis se masculinise sous l'empire romain. Les Quatre Saisons est un thème qui fait référence à l'âge d'or et qui est souligné par la légende FELICIA TEMPORA, les "Temps heureux". En apportant la paix à l'Empire, Sévère a ouvert un nouvel âge d'or comme avant lui la République mettant fin au pouvoir des rois ou Auguste établissant un nouveau régime sur les décombres de la guerre civile des derniers temps de la République. Il existe une autre représentation des Saisons chez les Sévères sur des monnaies de Julia Domna représentant la Terre allongée. Dans l'Art classique, les représentations des Quatre Saisons par de jeunes enfants jouant sont souvent assimilées à des divinités adultes: Flore pour le printemps, Cérès pour l'été, Bacchus ou Pomone pour l'automne et Saturne pour l'hiver.
Sur notre monnaie ou comme ici sur ce solidus de Constantin II, les Saisons se succèdent à la manière d'une ronde enfantine.

Revers d'un solidus de Constantin II (Vente HD Rauch)

Un attribut permet de reconnaitre chaque saison. Trois des enfants sont nus, seul l'Hiver est habillé. Le Printemps, saison des fleurs, tient à bout de bras une corbeille de fleurs. L'Eté, saison des moissons est symbolisé par la faucille que tient le personnage au-dessus de sa tête. 

L'été (détail du denier de Caracalla)

L'Automne est la saison des vendanges et des fruits comme ceux présents dans la main du troisième enfant. Enfin l'Hiver, la saison froide et de la chasse, est symbolisé par un personnage portant tunique et capuche. Il tient dans la main gauche, par les pattes avants, un lapin et une branche sur son épaule droite où est accroché un canard.

L'Hiver (détail du denier de Caracalla)

mercredi 26 mai 2010

Un denier de Plautille au type d'Hilaritas frappé à Laodicée (202)

Il y a peu de monnaies frappées pour Plautille à Laodicée. Nous en connaissons trois types: deux présentant au revers l'allégorie Concordia assise, l'une avec la légende longue au datif (PLAVTILLAE AVGVSTAE), l'autre avec la légende courte au nominatif (PLAVTILLA AVG) et qui est inexistante à Rome. La monnaie présentée aujourd'hui correspond au troisième type avec Hilaritas au revers.
On notera aussi que toutes les monnaies de Laodicée présentent le deuxième type de coiffure (Pb) dans la chronologie des monnaies de Plautille. La première coiffure en chignon haut est curieusement absente et les suivantes (Pbvar, Pc et Pd) n'ont jamais non plus été utilisées sur les deniers de la jeune impératrice à l'atelier syrien.


n° P9

Dénomination: Denier

Impératrice: Plautille

Avers: PLAVTILLAE AVGVSTAE - Buste drapé à droite (portrait Pb).

Revers: HIL-A-R-ITAS - Hilaritas debout à gauche, tenant une longue palme de la main droite et une corne d'abondance de la gauche.

Atelier (année de frappe): Laodicée (202)

Références: RSC 14 (60£) - RIC 371 (S) - BMC 737-8 - BnF 7002

Caractéristiques: Argent, 19mm, 3.24g, 12h. - Ex. FAC

Note: Ce type est le plus rare de l'atelier syrien pour Plautille

Commentaire:

Hilaritas, que l'on pourrait traduire en français par l'Allégresse, la Joie, est peu présente dans le monnayage romain en général. Cependant certains empereurs (les Antonins) et impératrices (Faustine II, Julia Domna...) l'ont utilisée peut-être en lien avec des réjouissances religieuses. Son attribut principal et distinctif est la palme qu'elle plante au sol et qui servait à décorer rues et bâtiments. On peut faire le lien aussi avec les palmes ayant servies à accueillir Jésus-Christ lors de son entrée à Jérusalem peu avant sa Passion ("dimanche des Rameaux"). La joie est aussi celle de la victoire, c'est pourquoi ce symbole est aussi portée par Victoria. La palme est avant tout un symbole de vie comme n'importe quel végétal et il n'est pas rare de voir Hilaritas accompagnée par des enfants. Ici, la jeunesse de la nouvelle Augusta est soulignée par l'utilisation de cette personnification, mais elle doit aussi certainement être mise en relation avec une signification plus religieuse. Enfin, il ne faut pas oublier qu'en 202, la jeune fille est mariée à Caracalla. La joie c'est la promesse de bonheur et d'une progéniture qu'est censée apporter cette union. On connait la suite de l'histoire...