lundi 10 novembre 2014

Un très rare type de Géta avec Minerve précédée d'un serpent (Rome, 206)

Ce denier de Géta est un type d'une rareté insigne. En effet, avant la découverte de cette monnaie, seul un exemplaire connu était conservé au kunsthistorisches Museum de Vienne (n°15624). Il est en effet absent des autres grandes collections institutionnelles comme Londres ou Paris ou de trésors comme celui de Reka-Devnia. Cependant, Cohen connaissait l'existence de cette monnaie, car il a certainement eu entre les mains le Synopsis numorum romanorum qui in Museo Caesareo Vindobonensi adservantur rédigé par J. Arneth en 1837. Cohen avait attribué à ce denier le numéro 86 de son ouvrage en y indiquant la provenance (V), mais il avait fait une erreur dans sa description, indiquant une tête au lieu d'un buste drapé au droit. Ceci a eu pour conséquence lors de la rédaction du BMC de remettre en cause ce type, les auteurs de ce catalogue n'ayant certainement pas fait le déplacement en Autriche afin de confirmer l'existence de la monnaie. Cela est d'autant plus surprenant que d'autres auteurs connaissaient l'existence de cette monnaie à Vienne: ainsi Mionnet et Akerman citent le père Khell en parlant d'elle. Ce dernier avait rédigé en 1767 un supplément au catalogue de Vaillant où le premier il mentionnait ce type mais sans l'illustrer. La monnaie était présente dans la collection du comte Ariosti qui avait ensuite été intégralement achetée par le cabinet viennois. Il est aussi étonnant que Hill l'avait oublié dans son corpus à moins qu'il considérait la monnaie du Cabinet de Vienne comme étant un faux à la suite de Mattingly, l'auteur du BMC qui l'avait jugée douteuse. L'arrivée d'un second exemplaire sur le marché, partageant le même coin de droit mais de revers différent, confirme donc l'authenticité de ce denier.
Cette monnaie fait donc partie des types les plus rares de Géta, d'autant qu'il n'existe ni pour les autres métaux frappés pour le jeune César, ni pour les monnaies des autres membres de la famille impériale.


n° G45 

Dénomination: Denier

Empereur: Géta

Avers: P SEPTIMIVS - GETA CAES - Buste drapé à droite.

Revers: MINERVAE - VICTRICI - Minerve avançant à gauche, brandissant son javelot et tenant un bouclier ; à ses pieds, un serpent la précède.

Atelier (année de frappe): Rome (206 ou 207?)

Références: RSC 86 (120£) - RIC 47 (R) - BMC 454 note - Hill / - BnF / 

Caractéristiques: Argent, 20mm, 3.49g, 6h - Ex. CNG e-Auction 309 n°322.

Note: après vision à fort grossissement du bouclier, il est fort probable que ce dernier était orné d'une tête de Méduse.

Commentaire:

F. Schmidt-Dick qui a rédigé un atlas des types monétaires romains, illustre ce type (f7A/01) par l'exemplaire viennois, alors le seul connu. Il n'y a pas d'autre équivalent de ce type dans le monnayage romain. Cependant, Minerve est très souvent utilisée comme divinité tutélaire par les jeunes Césars destinés à la pourpre comme c'est le cas pour Géta. Domitien avant lui en avait fait sa déesse personnelle et un type courant où Minerve armée de son bouclier rond brandit sa lance a eu une certaine postérité auprès des Antonins. Or sur ce type, elle est orientée à droite et il n'y a pas de serpent (mais parfois une chouette). Néanmoins, un type pour Domitien justement, est très proche du nôtre, à savoir Minerve avançant à gauche. Il y a pourtant des différences: l'absence du serpent toujours et la présence d'ailes dans le dos de la déesse. 
Décrivons un peu plus précisément ce type de denier pour Géta, Minerve y est casquée, ce qui permet de la reconnaître ainsi que par la présence de son bouclier rond. Elle porte une tunique et sa palla, le manteau féminin, flotte au vent. Elle brandit une lance, pointe vers le bas, en direction d'un serpent cornu qui la précède. L'animal, ne rampe pas, mais est dressé formant des circonvolutions. Pour tenter de comprendre cette monnaie il faut la replacer dans le cadre des émissions exceptionnelles frappées en 206-207 afin de célébrer les quinze de règne de Septime Sévère. Des monnaies excessivement rares sont émises comme les deniers et aurei à la légende PROVIDENTIA. Trois monnaies exceptionnelles de Géta peuvent être rapprochées de notre denier par leur iconographie: un buste de Minerve, Minerve tenant sa lance ainsi qu'une chouette et le temple d'Echmoun. Cette dernière montre Asclepios-Echmoun entre deux serpents. Il y a peut-être un lien à faire entre Minerve troisième élément de la triade capitoline et Echmoun qui possède la même place chez les Phéniciens. Il faut ici rappeler les origines puniques de la famille des Sévères. Mais même sans ces explications, le serpent est un des attributs de Minerve. En effet, d'après Plutarque, on disait qu'un serpent habitait la crypte de l'Erechtheion d'Athènes, temple consacré à Athéna, la Minerve grecque. Le serpent apparaît alors comme un gardien de la déesse, vierge et chaste. Il semblerait aussi qu'une statue de Minerve existait à Rome avec, à ses pieds, un serpent enroulé sur lui-même, certainement en souvenir du serpent athénien. La Minerve Medica dite "Giustiniani" parvenue jusqu'à nous en est une réminiscence. Il faut maintenant tenter de rattacher l'iconographie à la légende MINERVAE VICTRICI, "à Minerve victorieuse". Le serpent pourrait alors faire référence à l'Encelade, ce géant anguipède, mis hors de combat par la lance de la déesse et enterré sous l'Etna. Il pourrait alors n'être plus le symbole bénéfique accompagnant la déesse et donc le jeune César, mais l'ennemi vaincu par lui. Dans ce cas, de quel ennemi s'agit-il? Il pourrait s'agir de mystérieux combats en Afrique mentionnés par d'autres monnaies, mais dont les textes sont silencieux ou à mettre en relation avec la préparation de la campagne britannique. On voit qu'il est très difficile d'avoir une explication définitive quant au sens de cette iconographie.
Finissons la présentation de cette monnaie par le commentaire de Khell lui-même à la fin du XVIIIème siècle: "j'espère ne pas être trop indulgent envers les collections autrichiennes, si j'accorde les louanges "d'intérêt exceptionnel" à cette monnaie du fait de son type de revers".


Statue de Minerve (Musée Chiaramonti - Vatican)

lundi 9 juin 2014

A Mars Pacificateur sur un denier de Caracalla (Rome, 211)

La légende de ce denier au datif, MARTI PACATORI, "à Mars pacificateur", est explicite et parfaitement cohérente avec la représentation de Mars tenant un rameau d'une main et ayant déposé ses armes sur le côté. Le dieu de la guerre est ici représenté à moitié nu, comme c'est l'usage pour une divinité, et casqué. Cette image est cependant unique dans le monnayage romain: aucun autre empereur n'a utilisé avant lui cette représentation et elle sera sans postérité. On trouve en effet d'autres iconographies de Mars Pacator sur des monnaies impériales, mais où le dieu est en fait entièrement nu portant une draperie sur l'épaule et sans son bouclier (Commode ou Septime Sévère). La représentation la plus courante est celle où il est revêtu d'une cuirasse comme sur des monnaies de Sévère Alexandre, de Caracalla encore ou des "empereurs soldats" tels que Gordien III ou Trébonien Galle.


n° C113

Dénomination: Denier

Empereur: Caracalla

Avers: ANTONINVS PIVS - AVG BRIT - Tête laurée à droite.

Revers: MARTI - PA-CATORI - Mars, nu jusqu'à la taille, debout de face, tête casquée à gauche, tenant un rameau de la main droite et une haste de la main gauche qui repose contre un bouclier posé au sol. 

Atelier (année de frappe): Rome (211)

Références: RSC 149 (25£) - RIC 222 (S) - BMC SG81-6 - Hill 1294 (C) - BnF 6747-8

Caractéristiques: Argent, 18mm, 3.14g, 6h - Ex. Cayon Auction May 2012 n°4887.

Commentaire:

L'émission de ce denier, selon P. V. Hill, intervient à un moment où la campagne de Bretagne est terminée. Il place en effet ce denier durant le règne conjoint des deux frères ennemis Caracalla et Géta, peu après la mort de leur père à York le 4 février 211. Le message délivré par cette monnaie est en tout cas très clair et permet une alternative à la très classique Victoria. La campagne militaire que les Romains ont mené en Bretagne s'est soldée par le retour de la paix symbolisé par ce dieu guerrier: si vis pacem para bellum.

dimanche 23 février 2014

Le portrait de Julia Domna et Hilaritas sur un denier romain

Hilaritas, l'Allégresse, est une personnification célébrant la gaieté, l'enjouement. Elle est présente sur les monnaies de l'atelier de Rome plus particulièrement durant la période Hadrien - Commode. Julia Domna en fera abondamment usage sur ses deniers de Rome ou Laodicée et ce aussi bien durant le règne de son mari, Septime Sévère que celui de son fils, Caracalla. L'attribut principal de l'Allégresse est la longue feuille du palmier. Elle porte sur ce denier de l'atelier romain un sceptre long, mais elle peut tout aussi porter une corne d'abondance comme sur ce denier syrien. L'atelier de l'Urbs a aussi frappé ce type, mais très vraisemblablement quelques années plus tôt.


n° J20

Dénomination: Denier

Impératrice: Julia Domna

Avers: IVLIA - AVGVSTA - Buste drapé à droite.

Revers: HIL-A-RITAS - Hilaritas debout de face, tête à gauche, tenant une longue palme de la main droite et un sceptre long de la gauche.

Atelier (année de frappe): Rome (202)

Références: RSC 76 (25£) - RIC S555 (C) - BMC S32-3 - Hill 563 (R) - BnF 6601.

Caractéristiques: Argent, 18mm, 3.35g, 6h - Ex. iNumis VSO 4 n°283.

Note: ce type existe, toujours en argent, sur un rare quinaire conservé à Vienne (RIC 555 - RSC 77).

Commentaire:

Le portrait de l'impératrice (M selon la codification de Hill) est ici de beau style avec une tête ronde. Durant cette période où l'impératrice a encore des traits jeunes (199-209), on notera que le traitement du portrait est très variable, plus sophistiqué en tout cas que durant la première période et aussi parfois idéalisé. C'est certainement le cas sur ce denier où l'on voit également nettement la mèche de cheveux sur la joue. Le style des portraits durant cette période, la plus faste du règne de Septime Sévère, est très inégal: très fin comme sur ce denier à extrêmement médiocre avec un buste petit et une tête allongée. Il ne semble pas y avoir de chronologie entre ces styles qui sont uniquement le fait de graveurs plus ou moins doués.


Buste de Julia Domna (Braccio Nuovo, Musées du Vatican)

dimanche 10 novembre 2013

Une émission posthume pour Caracalla frappée par Elagabale (Rome, 218)

Cette monnaie sort du cadre temporel du règne des premiers Sévères, mais elle représente néanmoins l'empereur Caracalla divinisé après sa mort. Comme le denier de Julia Domna, l'exemplaire présenté ici a sans doute été frappé en 218 par le fils de Julia Soaemias, cousine germaine de Caracalla, empereur connu sous le nom d'Elagabale. Les deux empereurs portent le même nom, Marc Aurèle Antonin, car Julia Maesa, soeur de Julia Domna, et ses filles font passer le petit Varius Avitus Bassianus pour un fils adultérin de Caracalla, en particulier auprès des soldats de la IIIème légion Gallica stationnée près d'Emèse où l'empereur Macrin les a reléguées.
Voici ce qu'en dit Dion Cassius, il parle d'ailleurs d'Elagabale en termes de "faux-Antonin":
"Les assiégés, en effet, à force de promener sur les remparts Avitus, que déjà ils appelaient M. Aurélius Antonin, de montrer de loin, comme étant son portrait, des images de Caracalla, enfant, dont il était, disaient-ils véritablement le fils [...]"
Hérodien évoque aussi cette usurpation de paternité:
"Cette femme [Julia Maesa], les voyant dans l'admiration de son enfant, leur fit un récit supposé ou véritable : elle leur annonça « que Bassianus était fils naturel d'Antonin, quoiqu'il passât pour le fils d'un autre ; qu'Antonin avait eu commerce avec ses filles qui étaient dans l'éclat de la jeunesse et de la beauté à l'époque où elle demeurait elle-même au palais avec sa sœur. » "
L'auteur de l'Histoire Auguste qui déteste Caracalla et Elagabale va même jusqu'à faire passer cette origine comme véritable!
Les chefs de la légion acclament finalement Elagabale empereur le 15 mai 218, par fidélité à Caracalla, aimé des légionnaires, mais aussi grâce à l'or donné par les princesses syriennes. Les partisans de ces dernières battent Macrin le 8 juin, elles ont réussi à remettre un "Sévère" au pouvoir.


n° C123 

Dénomination: Denier

Empereur: Caracalla

Avers: DIVO ANTONINO MAGNO - Tête nue à droite.

Revers: CONSECRATIO - Aigle de face, tête à droite, debout sur un globe.

Atelier (année de frappe): Rome (218)

Références: RSC 32 (350£) - RIC Sev Alex 717 (R2) - BMC Elag 7-8 - BnF 6692.

Caractéristiques: Argent, 18mm, 2.63g, 12h - Ex. fonds CGB.

Note: comme pour le denier de la divine Julia Domna, ce denier est classé au RIC par Mattingly et Sydenham en 1936 sous Sévère Alexandre, ce qui est bien tardif. Plus tard, les auteurs du catalogue du British Museum attribueront ces émissions posthumes à Elagabale en 218.

Commentaire:

Cette monnaie est assez rare, Cohen la cotait même 60 Frs. Il en est de même pour les émissions d'aes. Cette rareté est expliquée par les auteurs du BMC par la détestation des sénateurs envers Caracalla. Ils pensent, à juste titre, qu'ils ont dû voter l'émission monétaire correspondante sans enthousiasme voire même avec une certaine répulsion, car il existe en effet des sesterces, donc avec marques [Ex] S[enatus] C[onsulto], avec le portrait du divin Antonin.
Attardons nous justement sur ce portrait qui fait référence à Alexandre, modèle de Caracalla. Cela est d'ailleurs renforcé par la légende de droit DIVO ANTONINO MAGNO, "au divin Antonin le Grand". La barbe est plus soignée que sur les monnaies de son règne et il est tête nue, car désormais il siège au rang des dieux. C'est Macrin qui a divinisé Caracalla afin de plaire aux partisans des Sévères, mais il n'est certainement pas l'auteur des émissions monétaires.
L'aigle de Jupiter au revers est le médiateur entre l'empereur défunt et la divinité, c'est lui qui emmène son âme auprès du dieu des dieux. Au centre du plafond de l'arc de Titus, on voit d'ailleurs ce dernier emporté dans les cieux par l'animal tutélaire de Jupiter. Cette image fait référence à la fin de la cérémonie d'apothéose où un aigle s'envole du bûcher symbolisant l'âme portée au ciel au moment de la consumation de l'enveloppe corporelle du défunt. Certaines monnaies (comme un sesterce de Marc Aurèle) montrent l'empereur sur le dos de l'oiseau.


Apothéose de Titus au plafond de l'arc de Titus (Rome)