dimanche 8 septembre 2013

Une statue équestre de l'empereur sur un denier de Septime Sévère (Rome, 206)

La représentation présente au revers de ce denier est tout à fait intéressante. On y observe l'empereur à cheval dans une attitude hiératique, la lance est verticale et il porte dans la main gauche une statuette de Victoire. Même si la légende n'explique pas l'image, car elle est décline la titulature de l'empereur, elle indique néanmoins la date de frappe (TR P XIIII = 206). Il s'agit là très certainement d'une représentation d'une statue équestre de l'empereur qui s'élevait au centre du Forum romain et qui est aujourd'hui disparue. Elle avait été élevée afin de commémorer un "rêve prémonitoire" qu'avait eu Septime Sévère alors qu'il était gouverneur de Pannonie supérieure peu avant l'assassinat de Pertinax en 193. Hérodien en rappelle les faits dans son livre II d'Histoire romaine:
Lorsqu'on eut reçu la nouvelle de l'avènement de Pertinax au trône, Sévère, après s'être rendu au temple pour y sacrifier, et prêter serment de fidélité à la puissance du nouvel empereur, rentra le soir dans sa maison, et s'endormit presque aussitôt. Il rêva qu'il était à Rome : il vit un grand et superbe cheval, magnifiquement caparaçonné, qui portait Pertinax à travers la Voie sacrée. Arrivé à l'entrée du forum, où le peuple, du temps de la république, se rassemblait pour délibérer, ce cheval, par une secousse violente, renversa Pertinax, vint s'offrir à lui, Sévère, qui se trouvait près de cet endroit, et sembla l'inviter, en se courbant, à prendre la place de l'empereur. Il monta le cheval, qui, docile à son nouveau maître, le conduisit au milieu du forum, l'offrant aux regards et à la vénération de la multitude. La statue équestre d'airain, élevée, pour représenter ce songe, au forum même et dans des proportions colossales, subsiste encore de nos jours.
Après sa propre accession à la pourpre, Sévère fera ériger son image en empereur victorieux à l'emplacement désigné par le songe.


n° S122

Dénomination: Denier

Empereur: Septime Sévère

Avers: SEVERVS - PIVS AVG - Tête laurée à droite.

Revers: P M TR P XIIII - COS III P P - Septime Sévère à cheval marchant à gauche, tenant une haste verticale de la main droite et une statuette de Victoire de la gauche. 

Atelier (année de frappe): Rome (206)

Références: RSC 478 (50£) - RIC 203 (S) - BMC 494 - Hill 791 (R4) - BnF /.

Caractéristiques: Argent, 18mm, 2.99g, 12h - Ex. Cayon Auction May 2012 n°4811.

Note: ce type est peu commun comme l'indique la cote du RSC, celle de Cohen (5f) et l'indice fourni par Hill. Le type est d'ailleurs absent de la collection du Cabinet de Paris et du trésor de Réka Devnia pourtant riche en monnaies sévériennes.

Commentaire:

Comme je l'ai indiqué, la statue de Septime Sévère n'existe plus, mais elle était encore debout au moment où Hérodien écrit son texte au milieu du IIIème siècle. Cependant, il est possible que quelques dizaines d'années plus tard, Constantin Ier ait fait déplacer celle de son prédécesseur pour la remplacer par sa propre statue équestre.
La statue est proche de celle de Marc Aurèle visible aujourd'hui à l'abri au palais des Conservateurs à Rome et dont la copie orne toujours la place du Capitole. La main gauche devait porter une statuette, mais le bras droit est étendu alors que celui de Sévère devait porter verticalement une lance.



Statue équestre de Marc Aurèle (Musées Capitolins, Rome)

samedi 24 août 2013

La victoire parthique sur des deniers de Caracalla (Rome, 204)

L'Empire parthe se trouve aux confins orientaux de l'Empire romain et la question de cette frontière a souvent été une priorité pour les empereurs. A trois reprises, Septime Sévère effectue des campagnes militaires en Orient: la première en 193-194 (expeditio Asiana) contre son rival Pescennius Niger, la deuxième en 195 (expeditio Mesopotamena) contre les Parthes et leurs alliés (les Arabes et l'Adiabène) et enfin en 196-198 contre l'entité correspondant à l'Iran actuel (expeditio Parthica) et son chef le roi Vologèse IV.
A l'automne 198, une partie de l'armée embarqua sur l'Euphrate à bord de bateaux à fond plat construits pour l'occasion et l'autre partie suivit le cours du fleuve. L'armée romaine ne rencontra pas d'obstacles, car les Parthes reculèrent au fur et à mesure. Ils prirent ainsi Babylone puis poursuivant le long du canal royal qui relie l'Euphrate au Tigre, s'emparèrent de la double capitale Séleucie et Ctésiphon. L'empereur obtint une Xème puis une XIème acclamation impériale, et reçut de ses troupes le titre de Parthicus Maximus ("Très Grand Parthique") près de 81 ans jour pour jour après le grand Trajan. Il faut rappeler que l'empereur africain avait le désir de rapprocher sa famille de celle des Antonins afin de toujours plus garantir sa légitimité et de montrer ainsi une continuité du pouvoir. 
Voici comment Dion Cassius évoque les événements: 
"Les Parthes, sans attendre l'empereur, s'étant retirés chez eux  [...], [Sévère] à l'aide de bateaux qu'il construisit sur l'Euphrate, s'avançant par le fleuve et par terre le long de ses bords, ne tarda pas, grâce à la rapidité, à la vitesse et au bon aménagement de ces constructions, pour lesquelles la forêt qui borde l'Euphrate et les régions voisines lui fournissaient le bois en abondance, à se rendre maître de Séleucie et de Babylone qui avaient été abandonnées. Il s'empara aussi de Ctésiphon, dont il permit le pillage à ses soldats, il y fit un grand carnage, et prit vifs environ cent mille hommes. Néanmoins, il ne poursuivit pas Vologèse et ne conserva pas Ctésiphon ; mais, [..] il s'en alla [...] parce qu'il manquait du nécessaire ; il revint par un autre chemin."
Hérodien ajoute: 
"Dans l'enivrement de ce succès, il écrivit au sénat et au peuple, leur annonçant ses victoires avec emphase; il les fit même représenter sur des tableaux qui furent exposés publiquement. Le sénat lui décerna les plus grands honneurs, et le décora du surnom des peuples qu'il avait vaincus."
La Victoire Parthique apparaît sur les monnaies de Septime Sévère, mais aussi sur celles de son jeune fils et héritier Caracalla.


n° C118



n° C18

Dénomination: Denier

Empereur: Caracalla

Avers: ANTONINVS - PIVS AVG - Buste lauré, drapé à droite.

Revers: C 118: VICTORIA - PART MAX; C18: VICT PART MA-X - Victoria courant à gauche, tenant une palme de la main gauche et une couronne de la main droite.

Atelier (année de frappe): Rome (204)

Références: C118: RSC 661 (35£) - RIC 145 (R) - BMC S298-9 - Hill 684 (S2) - BnF 6974; C18: RSC 658 (30£) - RIC 144b (S) - BMC S296-7 - Hill 689 (S) - BnF 6973;Maspero 1967/630;J&M Delepierre 1966.

Caractéristiques: C118: Argent, 18mm, 3.7g, 1h, Ex. Cayon Auction May 2012 n°4944; C18: Argent, 18mm, 3.28g, 6h.

Note: Cohen cote la monnaie C118 le double (10f) du denier C18. Ils semble en effet que le denier à légende longue soit un plus rare que celui à légende courte.

Commentaire:

La célébration du triomphe sur les Parthes a eu lieu en 202 en conjonction avec le mariage de Caracalla et Plautille et l'anniversaire des dix années de règne de Septime Sévère. Ces deniers ont donc pu être frappés en 202 à cette occasion. Comme ils ne sont pas explicitement datés (la légende de droit jointe au buste drapé donne la fourchette 201-206), il est difficile de fournir une date précise sauf si l'on trouve des liaisons de coins avec des monnaies datées. C'est ainsi que Hill place ces deniers en 204 au sein de la 18ème émission. Le denier à légende longue VICTORIA PART MAX ferait partie d'un première groupe, suivi par une deuxième et troisième partie d'émission avec la légende courte VICT PART MAX. Il note également une évolution du portrait qui l'amène à distinguer deux groupes, l'exemplaire C18 étant certainement rattaché à la troisième partie de l'émission où le portrait semble plus âgé. Enfin, il faut noter une monnaie avec la tête de Caracalla (donc buste non drapé) trouvée dans le trésor de Marcianopolis et qui semble très rare si elle existe vraiment.

dimanche 23 juin 2013

La Lune et la Grande Ourse sur un denier de Septime Sévère frappé à Emèse

La représentation d'objets stellaires sur les monnaies commence dès la République et continue sous l'Empire, mais sont relativement peu fréquentes au total. Le monnayeur L. Lucretius Trio au premier quart du Ier siècle av. J.-C. a frappé une monnaie avec le buste de Sol à l'avers et le croissant de lune accompagné de sept étoiles au revers, mais disposées différemment que sur le denier de Sévère. Il s'agit d'une représentation des septem triones (les sept boeufs de labour) dont le nom évoque un boeuf tournant sur une aire à battre le blé, image que les Anciens ont repris pour l'étoile polaire tournant autour des six autres étoiles de la constellation. Et en effet, une étoile est au centre de la composition. Ce nom de septem triones, formant aussi un jeu de mot avec le nom du monnayeur républicain, a donné le terme de septentrion pour désigner le nord, l'étoile polaire étant le pôle nord céleste. Certains auteurs interprètent les étoiles comment étant les corps célestes connus dans l'Antiquité: Soleil, Lune, Mercure, Vénus, Mars, Jupiter et Saturne. Dans ce cas, la Lune serait répétée avec la présence du croissant.


n° S33

Dénomination: Denier

Empereur: Septime Sévère

Avers: IMP CAE L SEP SEV - [PERT AVG COS] II - Tête laurée à droite.

Revers: SAECVL F[EL]ICIT . - Croissant de lune surmonté de sept étoiles.

Atelier (année de frappe): Emèse (194)

Références: RSC 628a (30£) - RIC 417 (S) - BMC W390-1 - BnF 6514-6

Caractéristiques: Argent, 17mm, 2.86g, 12h - Ex. CGB Rome XVI n°204.

Commentaire:

Ce type fait partie du programme sévérien annonçant l'aube d'un nouvel âge d'or, comme Virgile dans la quatrième églogue au sujet d'Auguste. La légende SAECVLI FELICITAS y fait référence: "le bonheur du siècle". En latin, saeculum désigne au départ la génération. L'empereur affirme ainsi que son règne va marquer le retour des temps heureux et qu'ils vont se prolonger par l'installation de sa dynastie au pouvoir. Les corps célestes renvoient aussi à l'idée d'Aeternitas. Le début du nouveau Siècle commence lorsque les objets célestes reviennent à leur position initiale après leur périple dans les cieux. C'est l'éternel retour de l'ordre ancien, particulièrement attendu à une époque de troubles et de guerre civile. Dans ce cas, l'hypothèse des planètes avec le Soleil et la Lune est peut-être plus appropriée qu'une représentation de la Grande Ourse.
Le type de revers sur notre denier d'Emèse avait déjà été utilisé par Hadrien, avec la même disposition des objets célestes, mais une légende non explicite (COS III). Septime Sévère se rattache ainsi à la prestigieuse dynastie des Antonins qui l'a précédé, mais en explicitant son programme. Cependant, ce denier n'est connu que pour l'atelier d'Emèse  (on ne le retrouve pas à Rome) et a probablement un message adapté aux populations orientales. En effet, on le trouve quasiment au même moment sur les monnaies d'Antioche de l'usurpateur Pescennius Niger. On peut donc y voir aussi les influences religieuses syriennes où les astres ont une importance de premier ordre.

dimanche 16 juin 2013

Un palmier pour une victoire britannique sur un denier de Septime Sévère (Rome, 210)

Dans sa monographie consacrée au monnayage romain de Septime Sévère et sa famille, P. V. Hill place ce denier en 210 dans une émission spéciale célébrant les victoires impériales en Bretagne. Selon lui, une première émission avait eu lieu un peu plus tôt dans l'année. Les victoires en Bretagne sont l'occasion pour le pouvoir de faire connaitre les succès militaires en multipliant les représentations de Victoria sur les monnaies. Accompagnées de la légende explicite VICTORIAE BRIT (à la Victoire britannique), la déesse de la victoire revêt des positions variées, assise ou debout, à gauche ou à droite, avec ou sans éléments adjoints tels des trophées ou captifs. On notera à l'avers la présence du titre de vainqueur des Bretons (BRIT) que l'empereur arbore sur sa titulature à partir de cette année 210.


n° S72

Dénomination: Denier

Empereur: Septime Sévère

Avers: SEVERVS PIVS - AVG BRIT - Tête laurée à droite.

Revers: VICTORIAE - BRIT - Victoria à moitié nue, debout de face, tête à droite, tenant une palme de la main droite, le bras gauche le long du corps; à droite, un bouclier attaché à un palmier.

Atelier (année de frappe): Rome (210)

Références: RSC 729 (70£) - RIC 337 (S) - BMC G58 - Hill 1139 (R) - BnF 6541-2

Caractéristiques: Argent, 18mm, 3.16g, 6h - Ex. Gorny & Mosch Auktion 170 n°2436

Note: on notera la présence d'une variante où le bras gauche de Victoria au lieu d'être le long du corps, attache le bouclier à l'arbre.

Commentaire:

Victoria, équivalent romain de la grecque Nikê, est représentée ailée portant palme et couronne, attributs dédiés aux vainqueurs. Elle est représentée ici à demie-nue à côté d'un arbre portant un bouclier. Nous sommes en présence du trophée primitif qui consistait à attacher des armes à un arbre le rendant ainsi anthropomorphe. L'arbre a ici l'allure d'un palmier, ce qui est curieux puisqu'il ne correspond pas à un végétal poussant dans les îles britanniques! En fait les graveurs ont repris un type émis en 207 sur de possibles victoires en Afrique. Ils ne connaissaient sans doute pas la végétation de ces provinces du nord, le palmier permettant certainement d'introduire de l'exotisme et de la distance.