dimanche 10 mars 2013

La Lune sur son char sur un antoninien de Julia Domna

La dualité Lune/Soleil est exprimée sur les premiers antoniniens aussi bien dans le choix des revers (Sol sur son quadrige, Luna sur son bige), que sur les avers. En effet, la marque du doublement de valeur de l'antoninien est, sur la tête de l'empereur, la couronne radiée, attribut principal du Soleil. Quant aux impératrices, elles se placent sous l'autorité d'une divinité féminine souvent représentée sur leurs monnaies, Diane (DIANA LVCIFERA) ou plus précisément ici, son avatar Luna. Luna est la déesse de la Lune chez les Romains et un temple lui était dédié sur l'Aventin. Avec son frère Sol, elle symbolise le cycle du jour et de la nuit ainsi que des saisons. Elle a été identifiée très tôt à Séléné ainsi qu'évidemment à Diane, soeur d'Apollon, lui-même identifié au Soleil. On voit en fait que la marque du double denier est répétée pour les impératrices. Les premiers antoniniens de Julia Domna ne comportaient que le buste drapé de l'impératrice, avec dans ses cheveux le stephané, un diadème en forme de croissant. Des méprises ont très certainement eu lieu au sein de la population et ont donc poussé les autorités à ajouter un deuxième élément distinctif en complément du diadème: le croissant de lune, pendant bien plus parlant de la couronne de rayons.


n° J30

Dénomination: Antoninien

Impératrice: Julia Domna

Avers: IVLIA PIA - FELIX AVG - Buste diadémé et drapé posé sur un croissant.

Revers: LVNA LVCIFER-A - La Lune, un croissant sur la tête et l'écharpe flottant autour de la tête, debout sur un bige au galop, à gauche.

Atelier (année de frappe): Rome (215)

Références: RSC 106 (85£) - RIC 379a (C) - BMC C9 - Hill 1471-2 (R) - BnF 6616-8;Armand Valton 1138 - Ex. CNG Electronic Auction 202 n°358 - Ex. White Mountain Coll.

Caractéristiques: Argent, 23mm, 5.48g, 7h. 

Note: le RSC distingue une variante où la Lune n'aurait pas son diadème, citant le BMC. Or, ce dernier ne mentionne pas cette variante qui de toute évidence ne pourrait être due qu'à l'usure. Hill indique aussi cette variante (n°1472) en indiquant que Luna avec le croissant est plus rare (R4). Les deux occurrences 1471 et 1472, ne font en fait qu'une et l'indice de rareté est donc erroné.  

Commentaire:

Luna Lucifera ("celle qui apporte la lumière") est représentée sur son char tiré par des chevaux volant dans les airs, car il n'y a pas de ligne d'exergue indiquant le sol. Caracalla, bien que privilégiant Sol sur les revers de ses monnaies, a également fait représenter la Lune dans un bige, mais tirée par deux taureaux sur certains de ces antoniniens, donc contemporains de notre monnaie.
On retrouve l'iconographie de Luna sur un bige, son écharpe volant au-dessus de sa tête diadémée, sur un des tondo de l'arc de Constantin, mais accompagnée de deux autres personnages (Oceanus et Hesperus). Il s'agit d'une représentation du coucher nocturne de la Lune descendant dans l'Océan, accompagnée de Vénus en tant qu'étoile du soir.


Luna sur un tondo de l'arc de Constantin (Rome)

dimanche 10 février 2013

Un buste atypique sur un denier à la Victoire de Septime Sévère (Rome, 196)

Les bustes de Septime Sévère sur les deniers sont relativement peu variés: la tête laurée à droite domine massivement. Cependant, à y regarder de plus près, on peut trouver des exceptions. Par exemple, les émissions posthumes montrent l'empereur tête nue. Mais du vivant de l'empereur, on trouve aussi des exemplaires qui sortent de l'ordinaire. Ces portraits "exceptionnels" sont localisés essentiellement dans les ateliers orientaux et particulièrement à Laodicée: tête à gauche, buste cuirassé vu de l'avant, etc. Cependant, des deniers romains présentent aussi des bustes sortant de l'ordinaire: présence de l'égide ou d'une légère draperie sur l'épaule gauche, par exemple.


n° S61

Dénomination: Denier

Empereur: Septime Sévère

Avers: L SEPT SEV PE-[RT AVG IMP VIII] - Buste lauré, drapé et cuirassé à droite.

Revers: P M TR P - IIII - C-OS II P P - Victoire marchant à gauche, tenant une palme de la main gauche et tendant une couronne de la droite.

Atelier (année de frappe): Rome (196)

Références: RSC 419v. - RIC 86v. - BMC W146-9v. - Hill 217v. - BnF 6435-6v.

Caractéristiques: Argent, 16mm, 3.2g, 6h - Ex. Forum Ancient Coins, ex. Barry Murphy coll.

Commentaire:

Plusieurs exemplaires de ce type avec buste lauré, drapé et cuirassé vu de l'arrière, ont été trouvés par Barry Murphy. On ne sait pas pourquoi certains types se sont vus attribuer des variations dans le traitement du portrait de l'empereur. L'empereur a peut-être voulu mettre en avant sa fonction de soldat en pleine période de guerre civile, en se présentant revêtu de la cuirasse et du manteau de général
Ce denier daté de 196 (TR P IIII) et présente à l'avers la mention de la huitième acclamation impériale. Cet honneur intervient à l'été 196 au moment de la chute de Byzance. Le siège avait duré deux ans et avait été particulièrement dur. L'empereur était encore en Mésopotamie après avoir vaincu Pescennius Niger quand il apprit la nouvelle. Il se réjouit mais pensait déjà à la prochaine étape: l'affrontement contre Clodius Albinus fraîchement déclaré ennemi public. Voici ce qu'en dit Hérodien: "Aussitôt que Sévère eut ainsi parlé, l'armée entière déclara Albinus ennemi de Rome. Les soldats poussent des acclamations en l'honneur de leur général ; ils témoignent par leurs cris la plus vive impatience; leur confiance redouble l'ardeur et les espérances de Sévère. Après leur avoir distribué de fortes sommes, il se met en marche. Auparavant, il avait envoyé des troupes assiéger Byzance ; cette ville, où s'étaient réfugiés les généraux de Niger, ne lui avait pas encore ouvert ses murs. Elle fut prise plus tard par famine; la ville entière fut détruite; on renversa ses théâtres, ses bains publics et tous les édifices qui l'embellissaient : cette superbe capitale, devenue un faible bourg, perdit encore sa liberté, et fut donnée aux Périnthiens, de même qu'Antioche se vit livrée aux habitants de Laodicée."

samedi 5 janvier 2013

Minerve sur un denier de Clodius Albinus (Rome, 194)

Clodius Albinus, Africain comme Septime Sévère (il est né à Hadrumentum, aujourd'hui Sousse en Tunisie), est nommé César certainement encore en 193 alors qu'il est gouverneur de Bretagne (actuelle Grande-Bretagne). Sévère lui offre ce titre qui fait de lui un héritier à la pourpre, mais ce n'est en fait qu'une manoeuvre afin de le tenir tranquille sur son flanc ouest. En effet, Albinus a sous ses ordres des soldats aguerris et des réseaux influents à Rome. Grâce à cette ruse, l'Auguste Septime Sévère peut alors en toute tranquillité s'occuper de son rival oriental Pescennius Niger. En 194, Septime Sévère se bat en effet en Asie (batailles de Cyzique et Nicée), mais il sait déjà pertinemment qu'il faudra plus tard régler le "problème" Albinus, car le Lepcitain veut fonder une dynastie et mettre ses propres enfants sur la liste à sa succession.


n° A1

Dénomination: Denier

Empereur: Clodius Albinus 

Avers: D CLOD SEPT - ALBIN CAES - Tête nue à droite.

Revers: MINER - PA-[CIF COS II] - Minerve casquée debout de face, tête à gauche, tenant une branche d'olivier de la main droite et un bouclier de la gauche posé derrière elle au sol; une haste est appuyée contre son bras gauche.

Atelier (année de frappe): Rome (194)

Références: RSC 48 (120£) - RIC 7 (R) - BMC W95-102 - Hill 119 (C) - BnF 6239-41;Y28-708;Maspéro 1967/610.

Caractéristiques: Argent, 17mm, 2.5g, 6h. 

Note: Cohen cotait cette pièce 12 francs or. Bien qu'Albin fasse partie des empereurs "peu courants", il n'est néanmoins pas rare. Ce type avec Minerve est d'ailleurs le plus courant des deniers d'Albin César, comme le montre le grand nombre d'exemplaires conservés dans les collections publiques. 
Ce denier présente un flan court caractéristique de cette période du règne.

Commentaire:

Voici comment Hérodien évoque la relation entre Sévère et Albin:
"Cependant sa circonspection et sa prévoyance avaient conçu quelque inquiétude des armées de la Bretagne, armées nombreuses, redoutables, et composées de soldats belliqueux. Elles étaient toutes sous les ordres d'Albinus, patricien et sénateur, homme nourri dès l'enfance dans le luxe et dans la mollesse. Sévère voulut se l'attacher par la ruse : il craignait qu'encouragé par sa richesse, sa naissance, le nombre de ses troupes et l'éclat dont son nom jouissait à Rome, Albinus ne vînt à désirer et à espérer l'empire, ne marchât sur la capitale, peu éloignée de la Bretagne, et ne s'en emparât, pendant que lui-même serait engagé dans la guerre d'Orient. Il amorça, en flattant sa vanité, cet homme d'un esprit léger, d'un caractère simple, et qui ajouta foi aux nombreuses protestations dont Sévère remplissait ses lettres. Sévère lui donna le titre de César, et prévint les désirs de son ambition en lui offrant le partage du trône. Il ne cessait de lui écrire du style le plus affectueux, le suppliant de se charger des soins de l'empire : « L'État avait besoin d'un homme qui fût, comme lui, d'une naissance illustre et dans la force de l'âge. Quant à lui Sévère, il était vieux, attaqué de la goutte, et ses fils encore dans l'enfance. » Le trop confiant Albinus accepta l'honneur qu'on lui offrait, joyeux d'obtenir sans combats et sans péril cet empire, l'objet de ses vœux.
Sévère, pour mieux tromper sa crédulité, communiqua au sénat la résolution qu'il avait prise, fit battre monnaie à l'effigie d'Albinus, lui érigea des statues, et en lui prodiguant des honneurs de toute espèce, lui inspira une confiance entière dans ses intentions. Quand par ces prudentes manœuvres il se fut ainsi rassuré sur Albinus et sur la Bretagne, quand il eut réuni autour de lui toute l'armée d'Illyrie, et préparé tout ce qui pouvait servir à ses succès, il marcha contre Niger."

Cet extrait d'Hérodien indique en effet que Sévère fit battre monnaie à l'effigie d'Albinus. On peut se demander quelle latitude avait le gouverneur de Bretagne qui n'est que César, donc dans une position moins élevée que l'Auguste, dans le choix des types monétaires. Ces derniers sont parfaitement en accord avec la politique impériale de Septime Sévère. Sur notre denier, Minerve, protectrice des Césars, est pacificatrice (MINERVA PACIFERA). Elle tient le rameau d'olivier symbole de paix et ses armes sont laissées de côté. Nous sommes en pleine guerre civile et la position de Clodius Albinus ne bougeant pas de sa province pour aider Pescennius Niger, qu'il a pourtant connu sur les champs de bataille du Danube sous Commode, apporte donc la paix à l'Empire. Il ne veut pas ajouter d'huile sur le feu à un moment critique de l'Histoire où des légionnaires romains combattent d'autres légionnaires. La légende de revers mentionne le deuxième consulat ordinaire de Clodius Albinus. C'est en effet en 194 que Septime Sévère est nommé consul par le Sénat afin de conforter son pouvoir et qu'il choisit Albinus comme collègue. C'est en effet un honneur important de siéger à cette magistrature en même temps que l'empereur régnant. Clodius Albinus s'imagine donc sans doute que d'autres honneurs arriveront. La suite lui donnera tort...


Détail d'un bas-relief sculpté sur une cuve de sarcophage représentant Minerve à côté d'un olivier, son arbre-emblème (Musée archéologique, Ostie). 

dimanche 16 décembre 2012

Trois liaisons de coin pour une Minerve sans bouclier - Denier de Caracalla (Rome, 198)

Ce type avec Minerve armée et tenant une statuette de Victoire devant un trophée existe pour Caracalla aux ateliers de Rome et Laodicée et présente de nombreuses variantes. On trouve en effet deux légendes de droit, l'une datée de 198 par la première puissance tribunicienne (IMP CAE M AVR ANT AVG P TR P), l'autre avec une légende active en 198 et 199 comme sur l'exemplaire présenté ici: IMP CAES M AVR ANTON AVG. 
P. V. Hill découpe ainsi la troisième émission du règne conjoint de Sévère et Caracalla en deux phases en fonction de cette légende d'avers. 
Ce type monétaire avec Minerve est apparu sous Commode (par exemple avec la légende MIN VICT P M TR P XIIII // COS V P P), mais n'aura pas de descendance au IIIème siècle.
Caracalla est César de 196 à 198 et se place sous la protection de Mars (VLTOR) et de Minerve (SECVRITAS). Minerve, déesse de la Guerre, renvoie aux victoires de son père (présence du trophée) et est classiquement depuis Domitien la protectrice des Césars en tant que fille de Jupiter, figure de l'Auguste. Mars a un peu la même fonction et il n'est donc pas étonnant de les retrouver ensemble. Dans le trésor de Marcianopolis, ces deux types représentent 38% des deniers de Caracalla pour cette période. En 198, date de son accession à l'Augustat, on ne trouve plus que Minerve (VICTRIX) représentant 44% des types de revers de Caracalla.


n° C8

Dénomination: Denier

Empereur: Caracalla

Avers: [I]MP CAES M AVR - ANTON AVG - Buste lauré, drapé à droite.

Revers: MIN-ER - VICTRIX - Minerve debout à gauche, tenant une Victoriola et une haste renversée, un trophée derrière elle.

Atelier (année de frappe): Rome (198)

Références: RSC 161v. (30£) - RIC 21v. (S) - BMC S117v. - Hill 369v. (R3) - BnF 6760v.

Caractéristiques: Argent, 18mm, 3.21g, 12h.

Commentaire:

Cette seconde phase à laquelle se rattache notre denier est plus rare (seulement 2 exemplaires dans le trésor de Marcianopolis) au lieu de 55 pour la première. Les trois ouvrages de référence: RSC (n°161), RIC (n°21) et BMC (n°S117) ne signalent pour ce type que le buste drapé et cuirassé, alors que Hill, ne signale au contraire que la variante avec buste drapé uniquement (n°369). Cette dernière existe cependant dans les collections de la Bibliothèque nationale de France à Paris sous le n° 6760, il est curieux qu'il n'en soit pas fait mention dans les autres ouvrages. C'est le cas également de mon exemplaire. Cependant, ce qui le distingue de ceux référencés ci-dessus est l'absence du bouclier devant Minerve. Cette absence est notée dans le RSC pour le denier de la première phase à la légende datée.


Denier de Caracalla avec le bouclier absent (RSC 159b) daté de la première phase de l'émission. Ex. silvernut.

L'exemplaire ci-dessus est intéressant, car il partage le coin de revers avec mon exemplaire, ce qui permet de lier les deux phases de frappe au sein de l'émission. La pièce ci-dessus a donc d'abord été frappée, mais le coin de droit s'est usé à la longue et il a été remplacé par celui non daté, le coin de revers étant inchangé. L'exemplaire C8 de ma collection fait partie de cette deuxième fournée. Mais ce qui est encore plus étonnant est ce troisième exemplaire présentant un rare buste drapé et cuirassé vu de l'avant. Cette monnaie est non répertoriée avec ce buste mais est présente dans les collections nationales (Cabinet des Monnaies, Médailles et Antiques, BnF).


Denier de Caracalla avec le bouclier absent daté de la première phase de l'émission. Ex. BnF Paris (n°6759)

Encore une fois, Minerve a perdu son bouclier et encore une fois il s'agit du même coin de revers, ce qui montre la rareté de cette variante résultant de l'erreur du scalptor lors de la gravure. Nous sommes donc en présence de trois monnaies présentant une erreur de gravure, les avers correspondants présentant deux bustes différents et deux légendes également différentes.