dimanche 16 décembre 2012

Trois liaisons de coin pour une Minerve sans bouclier - Denier de Caracalla (Rome, 198)

Ce type avec Minerve armée et tenant une statuette de Victoire devant un trophée existe pour Caracalla aux ateliers de Rome et Laodicée et présente de nombreuses variantes. On trouve en effet deux légendes de droit, l'une datée de 198 par la première puissance tribunicienne (IMP CAE M AVR ANT AVG P TR P), l'autre avec une légende active en 198 et 199 comme sur l'exemplaire présenté ici: IMP CAES M AVR ANTON AVG. 
P. V. Hill découpe ainsi la troisième émission du règne conjoint de Sévère et Caracalla en deux phases en fonction de cette légende d'avers. 
Ce type monétaire avec Minerve est apparu sous Commode (par exemple avec la légende MIN VICT P M TR P XIIII // COS V P P), mais n'aura pas de descendance au IIIème siècle.
Caracalla est César de 196 à 198 et se place sous la protection de Mars (VLTOR) et de Minerve (SECVRITAS). Minerve, déesse de la Guerre, renvoie aux victoires de son père (présence du trophée) et est classiquement depuis Domitien la protectrice des Césars en tant que fille de Jupiter, figure de l'Auguste. Mars a un peu la même fonction et il n'est donc pas étonnant de les retrouver ensemble. Dans le trésor de Marcianopolis, ces deux types représentent 38% des deniers de Caracalla pour cette période. En 198, date de son accession à l'Augustat, on ne trouve plus que Minerve (VICTRIX) représentant 44% des types de revers de Caracalla.


n° C8

Dénomination: Denier

Empereur: Caracalla

Avers: [I]MP CAES M AVR - ANTON AVG - Buste lauré, drapé à droite.

Revers: MIN-ER - VICTRIX - Minerve debout à gauche, tenant une Victoriola et une haste renversée, un trophée derrière elle.

Atelier (année de frappe): Rome (198)

Références: RSC 161v. (30£) - RIC 21v. (S) - BMC S117v. - Hill 369v. (R3) - BnF 6760v.

Caractéristiques: Argent, 18mm, 3.21g, 12h.

Commentaire:

Cette seconde phase à laquelle se rattache notre denier est plus rare (seulement 2 exemplaires dans le trésor de Marcianopolis) au lieu de 55 pour la première. Les trois ouvrages de référence: RSC (n°161), RIC (n°21) et BMC (n°S117) ne signalent pour ce type que le buste drapé et cuirassé, alors que Hill, ne signale au contraire que la variante avec buste drapé uniquement (n°369). Cette dernière existe cependant dans les collections de la Bibliothèque nationale de France à Paris sous le n° 6760, il est curieux qu'il n'en soit pas fait mention dans les autres ouvrages. C'est le cas également de mon exemplaire. Cependant, ce qui le distingue de ceux référencés ci-dessus est l'absence du bouclier devant Minerve. Cette absence est notée dans le RSC pour le denier de la première phase à la légende datée.


Denier de Caracalla avec le bouclier absent (RSC 159b) daté de la première phase de l'émission. Ex. silvernut.

L'exemplaire ci-dessus est intéressant, car il partage le coin de revers avec mon exemplaire, ce qui permet de lier les deux phases de frappe au sein de l'émission. La pièce ci-dessus a donc d'abord été frappée, mais le coin de droit s'est usé à la longue et il a été remplacé par celui non daté, le coin de revers étant inchangé. L'exemplaire C8 de ma collection fait partie de cette deuxième fournée. Mais ce qui est encore plus étonnant est ce troisième exemplaire présentant un rare buste drapé et cuirassé vu de l'avant. Cette monnaie est non répertoriée avec ce buste mais est présente dans les collections nationales (Cabinet des Monnaies, Médailles et Antiques, BnF).


Denier de Caracalla avec le bouclier absent daté de la première phase de l'émission. Ex. BnF Paris (n°6759)

Encore une fois, Minerve a perdu son bouclier et encore une fois il s'agit du même coin de revers, ce qui montre la rareté de cette variante résultant de l'erreur du scalptor lors de la gravure. Nous sommes donc en présence de trois monnaies présentant une erreur de gravure, les avers correspondants présentant deux bustes différents et deux légendes également différentes.

dimanche 14 octobre 2012

Un quadrige pour célébrer le deuxième consulat de Géta (Rome, 208)

Cette monnaie fait partie des deniers les plus rares du règne de Géta. Curtis C. Clay en connait autour d'une douzaine d'exemplaires, tous issus du même coin de revers, ce qui confirme la rareté du type. Un autre coin est connu, mais il présente une légende raccourcie en PONTIF au lieu de PONTIFEX. Philip V. Hill classe cette monnaie dans une émission spéciale de 208 célébrant les consulats des fils de Septime Sévère, le troisième pour Caracalla et le deuxième pour Géta, comme le mentionne la légende à l'exergue du revers. Le pontificat est également mis en avant sur cette légende.


n° G28 


Dénomination: Denier

Empereur: Géta

Avers: P SEPTIMIVS - GETA CAES - Buste drapé, tête nue, à droite.

Revers: PON-TIFEX // COS II - Géta debout dans un quadrige triomphal à droite, tenant le scipio.

Atelier (année de frappe): Rome (208)

Références: RSC 103b (200£) - RIC 66 (R) - BMC S591note - Hill 944 (R4) - BnF /

Caractéristiques: Argent, 20mm, 3.2g, 6h - Ex. Gemini VI n°495.

Note: Ce type est absent des deux grandes collections institutionnelles que sont le British Museum et la Bibliothèque nationale de France. Le BMC cite pour cette monnaie "Ciani Stock, 1927, n°3342". 

Commentaire:
Ce denier commémore une cérémonie qui a lieu le premier jour de l'année et jour de l'investiture des nouveaux consuls ordinaires. Les consuls sont debouts sur leur char et sont revêtus de leurs insignes: le sceptre surmonté d'un aigle et un costume particulier, la toga picta et la tunica palmata. Un peu à la manière du triomphe, ils montent ainsi au Capitole précédés des licteurs dans une procession appelée processus consularis. Ils effectuent ensuite, entre autres, un sacrifice à Jupiter. Cette année là, Caracalla et Géta sont consuls ordinaires. Ils donnent leur nom à l'année de leur mandat, ainsi 208 est l'an de Rome 961, Antonin étant consul pour la troisième fois et Géta pour la deuxième. Il faut signaler enfin que d'autres consuls, dits suffects, peuvent également être nommés par l'empereur.
Cette monnaie rappelle un autre denier de Géta, mais avec le quadrige à gauche cette fois-ci. Elle fait référence au premier consulat du fils cadet de Septime Sévère qui avait eu lieu durant l'année 205.
Sur cette reproduction d'un relief de l'arc de Lepcis Magna, on peut voir l'entrée triomphale des Augustes. Cela donne une idée du faste de ce type de cérémonie.


Copie d'un bas-relief de l'arc de Lepcis Magna (Musée de la Civilisation romaine - Rome)

Des listes chronologiques des consuls existent dans des textes (comme dans "l'Histoire de Rome" de Tite-Live, par exemple), mais aussi sous forme d'inscriptions souvent fragmentaires gravées dans la pierre (fastes consulaires).


Fragment des fastes consulaires, les 'fasti capitolini' (Musées capitolins - Rome)

dimanche 7 octobre 2012

Hilaritas sur un denier syrien de Julia Domna

Hilaritas fait partie de ces personnifications que l'on retrouve traditionnellement sur les monnaies des impératrices, plus rarement chez des empereurs (majoritairement les Antonins). Ce type est partagé avec d'autres deniers frappés pour sa belle-fille, Plautille. Mais contrairement à cette dernière, l'atelier de Rome a également émis des monnaies avec l'Allégresse portant les mêmes attributs, la palme et la corne d'abondance. On fait la distinction entre les deux ateliers par leur style iconographique et épigraphique. La monnaie n'est pas datée, il y a en effet peu de titres pour une impératrice, ce qui limite la précision dans la datation. La monnaie est dans le nouveau style de Laodicée en vigueur à partir de 196 et jusqu'à la fermeture de l'atelier en 202. On peut envisager alors une date autour de 198-200 comme son prototype romain ou alors vers 202 pour coïncider avec l'émission du mariage de son fils aîné conjointement avec Plautille.


n° J46

Dénomination: Denier

Impératrice: Julia Domna

Avers: IVLIA - AVGVSTA - Buste drapé à droite.

Revers: HIL-A-RITAS - Hilaritas debout à gauche, tenant une longue palme de la main droite et une corne d'abondance de la gauche.

Atelier (année de frappe): Laodicée (198?)

Références: RSC 72 (25£) - RIC S639 (S) - BMC S600 - BnF 6597.

Caractéristiques: Argent, 19mm, 3.1g, 11h - VAuctions Sale 275 n°383.

Commentaire:

Hilaritas est la personnification de la bonne humeur, de la gaîté, de l'allégresse. Une matrone romaine se devait en public de montrer cette qualité et de la transmettre à son entourage. Les seules monnaies en métaux précieux que l'on connaisse de Didia Clara, la fille du prédécesseur malheureux de Septime Sévère, Didius Julianus ont également ce revers, mais avec la légende HILAR TEMPOR, l'Allégresse des Temps. La légende de la monnaie de Julia Domna est moins claire, s'agit-il de la promotion d'une qualité de l'impératrice elle-même (Hilaritas Augustae) ou de la propagande pour un nouvel âge d'or (Hilaritas Temporum)? En effet, le règne des nouveaux maîtres de Rome, les Sévères, est censé apporter la joie aux différents habitants de l'Empire. La légende HILARITAS ne permet hélas pas de trancher.

mercredi 15 août 2012

Le Soleil dans son quadrige sur un antoninien de Caracalla (Rome, 217)

Cet antoninien est daté de 217, la dernière année de règne de l'empereur Caracalla. En effet, la XXème puissance tribunicienne est gravée au revers de la monnaie. Cette monnaie est rare: dans le cadre d'une étude sur les antoniniens de Caracalla, j'avais noté 3 exemplaires de ce type (sur un total de 631, soit 0,48% des antoniniens rencontrés). De plus, ce revers n'existe qu'avec ce buste drapé et cuirassé vu de l'arrière, le plus utilisé en 217. L'existence de variantes avec un buste drapé seul est possible, car c'est le cas pour d'autres types de 217. Cependant, l'empereur étant assassiné en avril, il est possible qu'il y ait eu peu ou pas du tout d'exemplaires frappés avec cette variante de buste.


n° C107

Dénomination: Antoninien

Empereur: Caracalla

Avers: ANTONINVS PIVS AVG GERM - Buste radié, drapé et cuirassé vu de l'arrière. 

Revers: P M TR P XX COS IIII P P - Sol radié, monté sur un quadrige galopant à gauche, levant la main droite et tenant un fouet de la gauche.

Atelier (année de frappe): Rome (217)

Références: RSC / - RIC / - BMC 195A - Hill 1559 (R4) - BnF /

Caractéristiques: Argent, 22mm, 5.22g, 12h - Ex. Montay.

Note: Cette monnaie n'est pas référencée dans le Roman Silver Coins (RSC) III, pourtant l'ouvrage de référence le plus récent sur la période (1982). Il est donc absent également des ouvrages de référence plus anciens: Cohen ou RIC. Un exemplaire est présent dans les addenda du BMC, c'est certainement celui rencontré par Hill qui classe cette monnaie R4.

Commentaire:

Sol sur un quadrige apparaît sur le monnayage d'Hadrien, mais est véritablement popularisé sous les Sévères et on le retrouvera dans les émissions d'autres empereurs du IIIème siècle, comme sur cet impressionnant quadrige vu de face frappé sous Probus.
Sol bénéficie d'une popularité importante sous les Sévères, empereurs "orientaux" ainsi que dans l'armée. Caracalla fait frapper des monnaies avec ce dieu au revers chaque année à partir de 215. Durant la période républicaine et les débuts du principat jusqu'aux Antonins, Sol est généralement représenté afin de désigner l'Orient et de célébrer des victoires face aux peuples habitant les marges orientales de l'Empire. Mais à partir des Sévères, il prend une connotation plus religieuse, Sol étant une divinité solaire reprenant des éléments à la fois gréco-romain (Apollon, Helios) et oriental (Mithra). Le culte de Sol est alors très vivace et concurrence le christianisme qui lui aussi progresse dans l'Empire. Des empereurs comme Aurélien feront de Sol Invictus la divinité principale d'un panthéon qui ressemble de plus en plus à un monothéisme, sans l'être pourtant totalement.