samedi 14 avril 2012

Deux légendes d'avers pour un type à la Victoire - Deniers de Septime Sévère (Laodicée, 198)

Voici deux deniers présentant la Victoire, comme toujours ailée, marchant à gauche et munie de ses deux attributs traditionnels: la palme et la couronne. La légende de revers indique la Victoire des Augustes (Septime Sévère et Caracalla) et précise les titres de l'empereur père: son deuxième consulat (depuis 194) et celui de Père de la Patrie. 
Ces deux deniers ont été frappés à peu de temps d'intervalle dans l'atelier syrien de Laodicea ad Mare. Le plus ancien (S110) a une titulature que l'on peut déployer ainsi: L[VCIVS] SEP[TIMIVS] SEVERVS PER[TINAX] AVG[VSTVS] P[ONTIFEX] M[AXIMVS] IMP[ERATOR]XI. Cette légende a été utilisée peu de temps au début de l'année 198.  Ce denier ne semble pas avoir été frappé à Rome. Le suivant (S118) a une titulature différente et employée jusqu'en 202. Le début est modifié ainsi: SEPTIMIVS est rallongé de SEP en SEPT, SEVERVS est abrégé en SEV et les mentions à Pertinax (PERT) et au grand pontificat (P M) sont abandonnés. A la fin, la onzième acclamation impériale est suivie du titre de grand Parthique (PART[HICVS] MAX[IMVS]). Ce denier a aussi été frappé à Rome comme souvent pour les deniers de Laodicée dits du "nouveau style".



n°S110



n°S118

Dénomination: Denier

Empereur: Septime Sévère

Avers: S110: L SEP SEVERVS PE-R AVG P M IMP XI ; S118: L SEPT SEV AVG IMP XI - PART MAX - Tête laurée à droite.

Revers: VICT AV-GG - C-OS II P P - Victoire marchant à gauche, tenant une couronne de la main droite et une palme de la gauche.

Atelier (année de frappe): Laodicée (198)

Références: S110: RSC 695 (25£) - RIC 499 (C) - BMC 634-5 - BnF 6531-2 ; S118: RSC 694a (30£) - RIC 513B (R) - BMC / - BnF /.

Caractéristiques: S110: Argent, 18mm, 3.4g, 12h - Ex. Creusy ; S118: Argent, 19mm, 2.8g, 12h - Ex. Cresson.

Note: Ce type est très courant à Rome avec IMP X. Pour Laodicée, la monnaie avec légende en PART MAX semble plus rare que celle en IMP XI seul. Le RIC cite la collection L. A. Lawrence et il est étonnant que le BMC n'en fasse pas mention. Elle est absente des collections de Londres et Paris.

Commentaire:

Tout d'abord, on constate qu'une des deux monnaies porte le titre de PART MAX et que l'autre non. L'acclamation impériale et le titre de grand Parthique sont donc clairement dissociés sur les deux deniers de même type de revers à la Victoire.
L'acclamation impériale est le fait des troupes qui accordent ce titre à leur général en chef victorieux. Ce terme d'imperator a donné abusivement en français le mot empereur. Par cette acclamation, le général a droit au triomphe accordé par le Sénat. Ce dernier ne fait donc que valider en quelque sorte ce que les soldats ont accordé à leur chef. Le premier denier frappé en Syrie, donc au plus près des champs de bataille de la campagne orientale, a été en quelque sorte émis en avant-première juste avant que les nouvelles arrivent à Rome et que le Sénat donne le titre de grand Parthique à Sévère. Ce qui explique l'inexistence de cette monnaie pour l'atelier de Rome. En revanche, le titre de grand Parthique ne pouvait être donné par les soldats. Lorsque le second denier est émis en Syrie, la nouvelle est donc connue à Rome et le Sénat a accordé le titre de Parthicus Maximus à Septime Sévère. C'est pour cette raison que des deniers de ce type ont aussi été frappés à Rome.

dimanche 1 avril 2012

Plusieurs variantes pour le départ de l'empereur - Denier de Caracalla (Rome, 213)

Le départ de l'empereur, la profectio, est souvent représenté à cheval. Contrairement aux légionnaires, les officiers supérieurs et généraux et notamment le premier d'entre eux se déplacent à cheval. Or, il est ici à pied. Ce qui ne change pas, en revanche, c'est la lance pointée vers le haut: Caracalla est prêt à partir en campagne. La monnaie est non datée et la titulature au droit indique la fourchette 210-213 grâce au titre de Britannicus. Ce denier est en fait très certainement lié à la campagne de 213 contre les Alamans qui lui vaudront le titre de Germanicus. Hill place cette monnaie au sein de la deuxième émission du règne seul, au début de l'année 213. Il existe un type proche de la même émission où le soldat et son enseigne sont remplacés par deux enseignes fichées au sol.


n° C57



n° C97

Dénomination: Denier

Empereur: Caracalla

Avers: ANTONINVS PIVS AVG BRIT - Tête laurée à droite.

Revers: PROFECTIO - AVG - C57: Caracalla en habit militaire, debout à droite, tenant une haste des deux mains; derrière lui, un soldat tenant une enseigne; C97: Même description, sauf que le soldat est derrière Caracalla, en partie caché par lui et l'enseigne à peine visible.

Atelier (année de frappe): Rome (213)

Références: C57: RSC 509 (40£) - RIC 226 (S) - BMC SG 95-6 - Hill 1337 (S2) - BnF 6921, X.L. 1984/385 ; C97: RSC 509a (45£) - BnF 6919-6920.

Caractéristiques: C57: Argent, 18mm, 3.22g, 12h. - Ex. Monnaies d'Antan VSO 4 n°252 ; C97: Argent, 18mm, 3.6g, 1h - Ex. Hugon Numismatique.

Note: Cohen cotait 10f cette monnaie, ce qui est exagéré au vu du nombre d'exemplaires constaté de nos jours. La cote de 40£ permet d'avoir une idée plus juste, de même que l'indice S2 de Hill. La variante avec porte-enseigne accolé semble un peu plus rare que le type principal.
L'exemplaire C97 provient d'un trésor tunisien trouvé par une compagnie de chemin de fer dans les années 1930.

Commentaire:

La variante avec le porte-enseigne accolé à l'empereur est rapportée par le RSC avec la référence : Seaby's Bull. Jan. 1942 (G. R. Arnold). Elle semble être une véritable variante et non une simple variation de gravure sur un coin. En effet, plusieurs monnaies issues de coins différents montrent cette particularité. Il est par contre difficile de trouver un sens précis à ceci.
Une légion regroupée sous un insigne particulier, l'aigle, est composée d'environ 5000 hommes. Elle est subdivisée en dix cohortes de trois manipules elle-même (sauf la première) composée de six centuries. Outre l'aigle, unique, qui symbolise la légion et que l'on peut voir sur certains deniers de Septime Sévère, de nombreuses enseignes existaient au sein de la légion. En effet, chaque manipule (ou centurie?) avait son enseigne (signum) portée par un soldat particulier: le porte-enseigne ou signifer. Ce dernier revêtait souvent une dépouille animale sur son casque avec la tête et les pattes avant, d'un loup généralement. Cet uniforme devait être particulièrement impressionnant sur un champ de bataille et devait contribuer à effrayer l'ennemi. Il y a peut-être aussi originellement une signification totémique. L'enseigne était parfois couronnée par un fer de lance ou une main (d'où le lien avec manipule), comme on le devine sur un de nos deniers. La hampe était abondamment décorée de 2 à 6 disques, de croissants de lune, de tours ou de couronnes. Les disques pouvaient être décorés d'un aigle ou d'un portrait. Ces variations permettaient de distinguer chaque unité. On notera enfins ur un de nos deniers, en bas sur la hampe, une poignée recourbée. En effet, les enseignes étaient souvent plantées dans le sol et il fallait une certaine force pour pouvoir les sortir. Les illustrations ci-dessous montrent différentes enseignes sur des reliefs de la colonne trajane à Rome.

Enseignes (Détails de la colonne trajane, Rome)

dimanche 18 mars 2012

Bonus Eventus représenté sous les traits de Fides sur un denier d'Emèse

La légende de revers BONI EVENTVS, littéralement "au bon événement", fait référence à la personnification d'un génie lié aux événements qui ont une fin heureuse. Son emploi n'est pas courant dans le monnayage romain et il apparaît surtout dans les ateliers orientaux, comme ici sur ce denier d'Emèse, ville natale de l'impératrice. Pescennius Niger qui revendique la pourpre au même moment que Septime Sévère utilise également cette personnification sur son monnayage d'Antioche. On assiste donc à une compétition dans la propagande monétaire entre l'empereur officiel et l'usurpateur sur leurs monnaies destinées à leurs légions se combattant dans les provinces orientales.  
Le denier n'est pas daté avec précision. Le deuxième consulat date de 194 et on pense que l'atelier syrien ferme ses portes en 198 à la fin de la campagne parthique, ce qui laisse presque cinq ans d'incertitudes sur la datation.


n°S85 

Dénomination: Denier

Empereur: Septime Sévère

Avers: IMP CAE L SEP SEV PERT AVG COS II - Tête laurée à droite.

Revers: BONI E-VENTVS - Bonus Eventus debout à gauche, tenant un plateau de fruits dans la main droite et deux épis de blé dans la gauche. 

Atelier (année de frappe): Emèse (194-198?)

Références: RSC 68 (25£) - RIC 369 (S) - BMC W343-4 - BnF 6283-4

Caractéristiques: Argent, 17mm, 3.3g, 12h -  Ex. Monnaies d'Antan VSO 4.

Note: comme souvent avec les monnaies frappées à Emèse, aujourd'hui Homs en Syrie, il existe de nombreuses variantes de légendes fautées.

Commentaire:

On retrouve les origines "agricoles" de ce dieu Bonus Eventus sur les attributs portés par lui sur la monnaie: les fruits et les céréales. Il veillait à la bonne issue des moissons. Mais ce cadre restreint s'est progressivement élargi et les Romains l'invoquaient en de nombreuses circonstances. Cependant, un amalgame est fait ici avec une autre personnification: Fides, la bonne Foi, la Fidélité ou Loyauté. En effet, Bonus Eventus est une divinité masculine, souvent représenté comme Genius, nu tenant une patère et des épis. Or, dans les ateliers orientaux, c'est une personnification féminine drapée qui est représentée sous les traits de Fides et avec les attributs de celle-ci: le plateau de fruits et les épis. Le message qu'ont voulu faire passer les monétaires est qu'avec la fidélité à l'empereur, les conflits qui émaillent le début du règne de Septime Sévère (lutte interne contre Niger et campagne contre les Parthes) ne peuvent qu'aboutir à un heureux dénouement.

dimanche 12 février 2012

Un lion solaire aux côtés de l'armée romaine

Ce denier s'inscrit dans le cadre de la campagne orientale que Caracalla conduit à la fin de son règne. Ses pas suivent ceux d'Alexandre le Grand, le modèle de tous les généraux romains qui rêvent un jour de l'Orient et de ses richesses. Une victoire contre l'ennemi héréditaire parthe est toujours prestigieuse et le jeune empereur, désormais seul au pouvoir, entend faire rejaillir ce prestige sur sa personne et incarner le nouvel Alexandre.
Dion Cassius précise dans le livre LXVIII qu'un lion descendit de la montagne et combattit aux côtés de l'armée romaine. Il semble en effet que des lions vivaient encore dans ces régions de l'Asie à cette époque. Caracalla a dû y voir un présage divin et croire que Sol l'accompagnait au combat.
On notera aussi que plusieurs légions utilisaient le lion comme emblème distinctif, comme la IIII Flavia Felix, VII Claudia ou la XIII Gemina.


n° C102

Dénomination: Denier

Empereur: Caracalla

Avers: ANTONINVS PIVS AVG GERM - Tête laurée à droite.

Revers: P M TR P XVIIII COS IIII P P - Lion radié passant à gauche, tenant un foudre dans sa gueule.

Atelier (année de frappe): Rome (216)

Références: RSC 367 (55£) - RIC 283c (R) - BMC 178 - Hill 1550 (R3) - BnF 6857-8

Caractéristiques: Argent, 20mm, 3.53g, 12h - Ex. Gorny & Mosch Auktion 200 n°2670

Commentaire:

Le lion, roi des animaux, est dans de nombreuses civilisations un symbole de force et de majesté. Le premier des travaux d'Hercule est le combat contre le lion de Némée. Après sa victoire, le héros se revêt de sa dépouille et cet attribut sera repris par tous ceux qui se revendiqueront d'Hercule, d'Alexandre le Grand à Maximien, en passant par Commode. La tête ci-dessous, oeuvre romaine du Ier siècle ap. J.-C., est celle du roi du Pont, Mithridate VI (120-63 av. J.-C.). A l'image d'Alexandre sur ses monnaies ou du modèle Heracles, ce souverain est coiffé de la léonté, la dépouille du lion de Némée.


Mithridate VI Eupator, roi du Pont (Musée du Louvre, Paris)

Caracalla, grand admirateur d'Alexandre, au moment de lancer sa campagne parthique n'hésite pas à faire représenter un lion sur ses monnaies. Ce lion est également un symbole solaire de par la couleur fauve de sa fourrure. Sur l'animal représenté sur ce denier, des rayons entourent sa tête. On notera aussi que le soleil se lève à l'est, là précisément où l'empereur conduit ses soldats face à l'Empire parthe.
Les Achéménides qui ont précédé les Parthes sur le territoire perse et ont dû affronter le jeune roi macédonien Alexandre ont également laissé des vestiges qui ont certainement impressionner les soldats macédoniens, comme la célèbre frise des lions en briques siliceuses à glaçure du palais de Darius Ier à Suse (vers 510 av. J.-C.).


Frise des lions, cour orientale du palais de Darius Ier à Suse (Musée du Louvre, Paris)