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lundi 23 juillet 2012

Une longue titulature au droit et Felicitas au revers sur un denier de Géta (Rome, 210)

Peu de monnaies de Géta Auguste ont été frappées en 209, année de son accession à l'Augustat au côté de son père et de son frère aîné. A l'opposé, 210 voit de nombreux deniers afficher la deuxième puissance tribunicienne (TR P II) du plus jeune des Sévère. C'est le cas sur cette monnaie que P. V. Hill place en début d'année (2ème émission du règne conjoint des trois Augustes). On remarquera que la titulature de Géta, contrairement à son père (SEVERVS PIVS AVG) et à son frère (ANTONINVS PIVS AVG) pour la même période, est plus complexe: IMP CAES P SEPT GETA PIVS AVG. On y fait encore mention de son nom complet avec prénom et surnom (P[VBLIVS] SEPT[IMIVS] GETA), ainsi que de son titre de César (CAES) alors qu'il vient d'être nommé Auguste (AVG). Enfin, le titre d'Imperator (IMP) est aussi mentionné alors qu'il ne l'est plus pour cause de paix, pour les autres Augustes depuis de nombreuses années. La campagne britannique en cours explique certainement cela, un commandement d'unités militaires étant certainement accordé au jeune homme. Cette titulature se poursuit au revers avec mention du pontificat (PONT), très employé par le jeune prince sur son monnayage, et de son deuxième consulat (COS II), charge qu'il a portée en 208.
 

n°G37

Dénomination: Denier

Empereur: Géta

Avers: IMP CAES P SEPT - GETA PIVS AVG - Tête laurée à droite.

Revers: PONTIF TR P II COS II - Felicitas debout de face, tête à gauche, tenant dans sa main droite, une corne d'abondance et de la gauche, un caducée long.

Atelier (année de frappe): Rome (210) 

Références: RSC 137 (50£) - RIC 69a (C) - BMC G40-2 - Hill 1084 (S) - BnF 7066

Caractéristiques: Argent, 19mm, 3.56g, 12h - Ex. HD Rauch Sommer Auktion 2011 n°839.

Commentaire:

Même si la légende n'est pas explicite, c'est Felicitas (la Félicité, le Bonheur) qui orne le revers de ce denier. C'est une personnification très en vogue au troisième siècle, considéré par les Romains comme l'aube d'un nouvel âge d'or. En effet, pas moins de 27 empereurs de ce siècle utiliseront cette dénomination sur leurs monnaies! Felicitas porte dans ses mains ses deux attributs principaux. Contrairement à d'autres monnaies de Géta où le caducée est court, on remarquera ici un caducée long. Cette combinaison, caducée long et cornucopiae, est abondamment reprise par Macrin, Gordien III ou Philippe I, mais les attributs sont dans les mains opposées (type f1A,E/24 selon la typologie de F. Schmidt-Dick). En effet, peut-être pour des raisons esthétiques, la corne d'abondance est représentée dans la main droite, près du corps quand le personnage est tournée vers la gauche. Ici, c'est le contraire (type f1A/27) et c'est une nouveauté introduite sur les monnaies de Géta. Seul Diaduménien, un autre jeune empereur, reprendra cette disposition.
Felicitas forme avec Pax, Securitas et Salus le noyau des personnifications bénéfiques utilisées par les empereurs pour glorifier la prospérité de leur règne. Introduite par Galba et très proche iconographiquement de Pax, Felicitas symbolisait alors le bonheur retrouvé après les guerres civiles. Géta reprendra cette personnification à de nombreuses reprises et en combinaison avec de nombreuses légendes: FELIVITAS AVGG, PVBLICA ou TEMPOR. L'âge d'or arrivait assurément avec le règne des Sévères.

dimanche 24 juin 2012

Caracalla sacrifiant pour ses décennales (Rome, 202 et 206)

En 198, Caracalla est nommé Auguste par son père. Selon Hill, des voeux pour les dix années à venir (VOTA SVSCEPTA X) sont commémorés en 202 et 206. En 202, on trouve effectivement des deniers avec la légende VOT SVSC DEC PON TR P V COS. Caracalla a encore l'allure juvénile (il n'a que 14 ans) et l'avers de la monnaie arbore un buste drapé. Les dix ans de règne sont abrégés en DEC. Le revers mentionne le pontificat et le consulat qu'il revêt en cette année 202. La monnaie est parfaitement datée par la cinquième puissance tribunicienne. Quelques années plus tard, un autre denier est émis pour les voeux. L'enfant a grandi et est maintenant un jeune homme. A l'image de son père, il est représenté sans draperie au droit de la monnaie, mais la légende est la même, celle qui est active de 201 à 210, ANTONINVS PIVS AVG. Le type de revers est lui aussi identique, l'empereur voilé sacrifiant, mais cette fois la monnaie n'est plus datée, seule la mention des voeux VOTA SVSCEPTA X est maintenue, non plus abrégé mais en toutes lettres, le nombre des années étant cette fois noté sous forme de chiffre. Cependant, l'existence d'un buste drapé pour ce même type monétaire prouve que la monnaie date de 206. En effet, c'est cette année-là que la transition de buste s'opère pour le jeune Auguste. Il ne reste donc plus que deux ans avant l'accomplissement des décennales...


n° C103



n° C111

Dénomination: Denier

Empereur: Caracalla

Avers: ANTONINVS - PIVS AVG - C 103: Buste drapé, lauré à droite ; C111: Tête laurée à droite.

Revers: C103: VOT SVSC DEC - PON TR P V COS ; C111: VOTA SVS-CEPTA X - Caracalla, voilé, debout de face, tête à gauche, sacrifiant à l'aide d'une patère au-dessus d'un trépied allumé et tenant un rouleau de la main gauche.

Atelier (année de frappe): C103: Rome (202) ; C111: Rome (206)

Références: C103: RSC 686 (40£) - RIC 68 (S) - BMC S396-7 - Hill 552 (R) - BnF 6981 (+1ex. sans n°) ; C111: RSC 689 (25£) - RIC 179 (S) - BMC S524-6 - Hill 821 (C2) - BnF 6982;244

Caractéristiques: C103: Argent, 19mm, 3.4g, 6h - Ex. Creusy ; C111: Argent, 20mm, 3.8g, 6h - Ex. Creusy.

Commentaire:
Le voeu est un contrat conclu entre un homme et une divinité. A cette occasion (ici pour les décennales à venir), un sacrifice était dû.
La représentation de l'empereur sacrifiant répond à un canon que l'on retrouve sur des bas-reliefs, statues etc. D'un seul coup d'oeil on reconnait l'action, même si, ici, le terme VOTA appuie l'image. L'empereur qui est aussi prêtre (pontife) est voilé (sa toge de citoyen est drapée afin de recouvrir sa tête et libérer le bras) comme l'impose le rite romain. Il tient en main une patère et effectue une libation au-dessus d'un trépied allumé. Son geste est celui d'une offrande (encens et vin) faite aux dieux. Le trépied devant lui contient un foyer qui sert donc à transmettre cette offrande à la divinité. Sur le bas-relief ci-dessous (face interne de l'arc des changeurs sur le Vélabre), on voit le jeune Caracalla effectuant un sacrifice, très certainement lors des Jeux Séculaires de 204. Il suit le rite grec (sa tête n'est pas couverte) et comme sur la monnaie, il tient en main un rouleau ainsi que la patère au-dessus d'un trépied où un feu est allumé.



Caracalla effectuant une libation au-dessus d'un autel portatif (Arc des changeurs, Rome).

lundi 7 mai 2012

Bacchus sur un denier de Septime Sévère (Rome, 194)

Il n'y a pas de référence à la puissance tribunicienne sur ce denier et pourtant il est datable presque encore plus précisément que si elle était présente. En effet, la présence de TR P sur une monnaie de Septime Sévère est la garantie de dater une monnaie à l'année près, car ce dernier revêtait la puissance tribunicienne au 1er janvier de chaque année. Ici, point de TR P, mais IMP III, on note ainsi que l'empereur est salué pour la troisième fois imperator. Cette acclamation impériale semble intervenir au cours du mois de janvier 194 à la suite des victoires des légions de Septime Sévère sur celles de son rival Pescennius Niger. Au revers apparaît Liber, autre nom de Bacchus, un des dieux protecteurs, avec Hercule, de Septime Sévère et de sa ville natale Lepcis Magna.



n° S96

Dénomination: Denier

Empereur: Septime Sévère

Avers: L - SEPT SEV PE-RT AVG IMP III - Tête laurée à droite.

Revers: LIBERO - PATRI - Liber debout de face, tête à gauche, une peau sur l'épaule gauche, tenant un thyrse de la main gauche et une oenochoé de la droite ; à gauche, une panthère se tenant à gauche, tête tournée vers l'arrière essayant d'attraper des gouttes s'échappant du récipient. 

Atelier (année de frappe): Rome (194)

Références: RSC 301 (25£) - RIC 32 (S) - BMC W64-6 - Hill 84 (S) - BnF 6382

Caractéristiques: Argent, 18mm, 2.69g, 12h - Ex. CGB.

Commentaire:
Liber Pater, dieu italique assimilé à Bacchus, est l'équivalent du dieu tutélaire punique Shadrapa. A côté du Capitole de Lepcis Magna, un temple s'élevait, consacré à la fois à Hercule et à Liber. La légende de ce denier, sous forme de dédicace est explicite, LIBERO PATRI: à Liber Pater. La représentation est canonique, le dieu de la vigne et du vin est nu (sauf une peau sans doute de léopard sur l'épaule et il porte cerainement sur la tête une couronne de pampres) et porte ses attributs, le thyrse et l'oenochoé. Le thyrse est un bâton à l'image d'un sceptre long recouvert de lierre ou de vigne et surmonté aux extrémités par une pomme de pin. L'oenochoé est un pichet servant au service du vin, ce dernier était puisé au cratère (un autre vase) où il avait été mêlé à l'eau. Enfin, le jeune dieu est accompagné de son animal fétiche, une panthère. Elle tire parfois le char du dieu, mais boit ici directement le vin qui s'écoule du récipient. Cette représentation est encore visible sur des statues comme celle ci-dessous du Musée du Vatican.


Statue de Bacchus portant ses attributs et accompagné d'une panthère (Musée Chiaramonti, Vatican)

Les deux dieux spécialement honorés à Lepcis Magna, Hercule et Liber auront une place particulière lors de la célébration des Jeux Séculaires en 204. Hercule sera adopté comme dieu protecteur par le fils aîné de Sévère, Caracalla, et Liber par le cadet, Géta.

dimanche 29 avril 2012

La mort de Caracalla en chemin vers le temple de Lunus à Carrhes - Antoninien frappé à Rome (215)

Hérodien et l'Histoire Auguste mentionnent la volonté de Caracalla lors de la campagne parthique en 217 sur le chemin d'Edesse à Carrhes, de rendre visite au temple de la Lune (σελήνης) pour l'historien grec ou du dieu Lunus pour l'auteur de la vie de Caracalla. La ville de Carrhes (ou Carrhae) en Mésopotamie est le lieu de la fameuse défaite Crassus en 53 av. J.-C. Elle possédait un temple très ancien dédié à un dieu devin (mantique): Lunus, dieu masculin lunaire sans doute le dieu sémite Sin. Les Grecs et à leur suite les Romains ont féminisé ce dieu afin de l'intégrer à leur propre panthéon (Séléné, Luna). Voici ce qu'en dit d'ailleurs l'Histoire Auguste:
"Puisque nous avons fait mention du dieu Lunus, nous devons ajouter que tous les savants ont écrit, et que les habitants de Carres surtout ont encore aujourd’hui la conviction, que ceux qui croient devoir honorer la Lune comme une déesse et lui donner un nom qui suppose ce sexe, sont à jamais les esclaves des femmes; tandis que celui qui lui offre son culte comme à un dieu, et lui en donne le nom, se fait toujours obéir des femmes, et n’a rien à craindre des pièges qu’elles peuvent lui tendre. De là vient que les Grecs et les Égyptiens, tout en désignant par un nom féminin la Lune, comme si elle était une déesse, ont soin cependant de l’appeler dieu dans leur langue sacrée."
L'antoninien présenté ici porte à son revers une rare représentation de Luna dans un bige de taureaux.


n° C104 

Dénomination: Antoninien

Empereur: Caracalla

Avers: ANTONINVS PIVS AVG GERM - Buste radié, drapé et cuirassé, vu de l'avant.

Revers: P M TR P XVIII COS III P P - Luna, un croissant sur la tête et l'écharpe flottante, dans un bige de taureaux courant à gauche.

Atelier (année de frappe): Rome (215)

Références: RSC 294a (75£) - RIC 256c (S) - BMC 120 - Hill 1466 (R2) - BnF /.

Caractéristiques: Argent, 22mm, 4.8g, 12h - Ex. Parsy.

Commentaire:

Le fait que Caracalla allait au temple de Lunus, dieu qui prédit l'avenir, a certainement précipité le complot ourdi par Macrin pour assassiner l'empereur. Le 8 avril 217, lors d'une halte sur le chemin vers le temple, un de ses gardes du corps, Martial, le poignarde à mort.
Voici comment Hérodien relate l'assassinat de Caracalla: "il y avait parmi les gardes d'Antonin un centurion nommé Martial, qui accompagnait toujours le prince, et dont celui-ci, peu de jours auparavant, avait fait périr le frère, sur la foi d'une simple dénonciation. Il traitait Martial lui-même outrageusement, l'appelant lâche, efféminé, et digne ami de Macrin. Ce dernier n'ignorait pas le double ressentiment que la mort d'un frère et des insultes personnelles avaient allumé dans le cœur de Martial : il le fait venir, et, comptant sur son zèle depuis longtemps à l'épreuve, et surtout sur le souvenir de nombreux bienfaits, il lui propose de saisir la première occasion pour assassiner Antonin. Martial, séduit par les promesses de Macrin, entraîné par son propre ressentiment contre l'empereur, et par le désir aveugle de venger son malheureux frère, s'engage sans délibérer à saisir la première circonstance pour tout oser.
Peu de temps après cette entrevue, Antonin qui se trouvait à Carrhes, ville de Mésopotamie, eut envie d'aller visiter le temple de la Lune, divinité que les habitants honorent du culte le plus respectueux. Ce temple était assez éloigné de la ville pour que le trajet fût presque un voyage; aussi Antonin, pour en épargner la fatigue à toute son armée, ne prit-il pour escorte qu'un petit nombre de cavaliers, se proposant d'ailleurs de revenir après avoir sacrifié à la déesse. Au milieu du chemin, se sentant pressé d'un besoin, il quitte sa suite, et, accompagné d'un seul de ses gens, il veut le satisfaire. Alors Martial, qui épiait sans cesse l'instant favorable, voyant l'escorte rangée à l'écart loin de l'empereur, par respect pour la bienséance, et l'empereur seul, court vers lui comme s'il en eût été appelé du geste ou de la voix, et au moment où le prince avait le dos tourné et détachait ses vêtements, il le frappe à la gorge d'un poignard qu'il tenait caché dans ses mains. La blessure était mortelle, et Antonin tomba mort à l'instant sans pouvoir se défendre."
Sur la monnaie ci-dessous, on peut voir une représentation du temple de Lunus avec au centre, sur un tripode, un bétyle conique surmonté d'un croissant de lune. D'autres croissants ornent le fronton du temple ainsi que des étendards de part et d'autre de la pierre sacrée.


Revers d'une monnaie de Septime Sévère frappée à Carrhes (http://www.arminius-numismatics.com/)

dimanche 1 avril 2012

Plusieurs variantes pour le départ de l'empereur - Denier de Caracalla (Rome, 213)

Le départ de l'empereur, la profectio, est souvent représenté à cheval. Contrairement aux légionnaires, les officiers supérieurs et généraux et notamment le premier d'entre eux se déplacent à cheval. Or, il est ici à pied. Ce qui ne change pas, en revanche, c'est la lance pointée vers le haut: Caracalla est prêt à partir en campagne. La monnaie est non datée et la titulature au droit indique la fourchette 210-213 grâce au titre de Britannicus. Ce denier est en fait très certainement lié à la campagne de 213 contre les Alamans qui lui vaudront le titre de Germanicus. Hill place cette monnaie au sein de la deuxième émission du règne seul, au début de l'année 213. Il existe un type proche de la même émission où le soldat et son enseigne sont remplacés par deux enseignes fichées au sol.


n° C57



n° C97

Dénomination: Denier

Empereur: Caracalla

Avers: ANTONINVS PIVS AVG BRIT - Tête laurée à droite.

Revers: PROFECTIO - AVG - C57: Caracalla en habit militaire, debout à droite, tenant une haste des deux mains; derrière lui, un soldat tenant une enseigne; C97: Même description, sauf que le soldat est derrière Caracalla, en partie caché par lui et l'enseigne à peine visible.

Atelier (année de frappe): Rome (213)

Références: C57: RSC 509 (40£) - RIC 226 (S) - BMC SG 95-6 - Hill 1337 (S2) - BnF 6921, X.L. 1984/385 ; C97: RSC 509a (45£) - BnF 6919-6920.

Caractéristiques: C57: Argent, 18mm, 3.22g, 12h. - Ex. Monnaies d'Antan VSO 4 n°252 ; C97: Argent, 18mm, 3.6g, 1h - Ex. Hugon Numismatique.

Note: Cohen cotait 10f cette monnaie, ce qui est exagéré au vu du nombre d'exemplaires constaté de nos jours. La cote de 40£ permet d'avoir une idée plus juste, de même que l'indice S2 de Hill. La variante avec porte-enseigne accolé semble un peu plus rare que le type principal.
L'exemplaire C97 provient d'un trésor tunisien trouvé par une compagnie de chemin de fer dans les années 1930.

Commentaire:

La variante avec le porte-enseigne accolé à l'empereur est rapportée par le RSC avec la référence : Seaby's Bull. Jan. 1942 (G. R. Arnold). Elle semble être une véritable variante et non une simple variation de gravure sur un coin. En effet, plusieurs monnaies issues de coins différents montrent cette particularité. Il est par contre difficile de trouver un sens précis à ceci.
Une légion regroupée sous un insigne particulier, l'aigle, est composée d'environ 5000 hommes. Elle est subdivisée en dix cohortes de trois manipules elle-même (sauf la première) composée de six centuries. Outre l'aigle, unique, qui symbolise la légion et que l'on peut voir sur certains deniers de Septime Sévère, de nombreuses enseignes existaient au sein de la légion. En effet, chaque manipule (ou centurie?) avait son enseigne (signum) portée par un soldat particulier: le porte-enseigne ou signifer. Ce dernier revêtait souvent une dépouille animale sur son casque avec la tête et les pattes avant, d'un loup généralement. Cet uniforme devait être particulièrement impressionnant sur un champ de bataille et devait contribuer à effrayer l'ennemi. Il y a peut-être aussi originellement une signification totémique. L'enseigne était parfois couronnée par un fer de lance ou une main (d'où le lien avec manipule), comme on le devine sur un de nos deniers. La hampe était abondamment décorée de 2 à 6 disques, de croissants de lune, de tours ou de couronnes. Les disques pouvaient être décorés d'un aigle ou d'un portrait. Ces variations permettaient de distinguer chaque unité. On notera enfins ur un de nos deniers, en bas sur la hampe, une poignée recourbée. En effet, les enseignes étaient souvent plantées dans le sol et il fallait une certaine force pour pouvoir les sortir. Les illustrations ci-dessous montrent différentes enseignes sur des reliefs de la colonne trajane à Rome.

Enseignes (Détails de la colonne trajane, Rome)

dimanche 12 février 2012

Un lion solaire aux côtés de l'armée romaine

Ce denier s'inscrit dans le cadre de la campagne orientale que Caracalla conduit à la fin de son règne. Ses pas suivent ceux d'Alexandre le Grand, le modèle de tous les généraux romains qui rêvent un jour de l'Orient et de ses richesses. Une victoire contre l'ennemi héréditaire parthe est toujours prestigieuse et le jeune empereur, désormais seul au pouvoir, entend faire rejaillir ce prestige sur sa personne et incarner le nouvel Alexandre.
Dion Cassius précise dans le livre LXVIII qu'un lion descendit de la montagne et combattit aux côtés de l'armée romaine. Il semble en effet que des lions vivaient encore dans ces régions de l'Asie à cette époque. Caracalla a dû y voir un présage divin et croire que Sol l'accompagnait au combat.
On notera aussi que plusieurs légions utilisaient le lion comme emblème distinctif, comme la IIII Flavia Felix, VII Claudia ou la XIII Gemina.


n° C102

Dénomination: Denier

Empereur: Caracalla

Avers: ANTONINVS PIVS AVG GERM - Tête laurée à droite.

Revers: P M TR P XVIIII COS IIII P P - Lion radié passant à gauche, tenant un foudre dans sa gueule.

Atelier (année de frappe): Rome (216)

Références: RSC 367 (55£) - RIC 283c (R) - BMC 178 - Hill 1550 (R3) - BnF 6857-8

Caractéristiques: Argent, 20mm, 3.53g, 12h - Ex. Gorny & Mosch Auktion 200 n°2670

Commentaire:

Le lion, roi des animaux, est dans de nombreuses civilisations un symbole de force et de majesté. Le premier des travaux d'Hercule est le combat contre le lion de Némée. Après sa victoire, le héros se revêt de sa dépouille et cet attribut sera repris par tous ceux qui se revendiqueront d'Hercule, d'Alexandre le Grand à Maximien, en passant par Commode. La tête ci-dessous, oeuvre romaine du Ier siècle ap. J.-C., est celle du roi du Pont, Mithridate VI (120-63 av. J.-C.). A l'image d'Alexandre sur ses monnaies ou du modèle Heracles, ce souverain est coiffé de la léonté, la dépouille du lion de Némée.


Mithridate VI Eupator, roi du Pont (Musée du Louvre, Paris)

Caracalla, grand admirateur d'Alexandre, au moment de lancer sa campagne parthique n'hésite pas à faire représenter un lion sur ses monnaies. Ce lion est également un symbole solaire de par la couleur fauve de sa fourrure. Sur l'animal représenté sur ce denier, des rayons entourent sa tête. On notera aussi que le soleil se lève à l'est, là précisément où l'empereur conduit ses soldats face à l'Empire parthe.
Les Achéménides qui ont précédé les Parthes sur le territoire perse et ont dû affronter le jeune roi macédonien Alexandre ont également laissé des vestiges qui ont certainement impressionner les soldats macédoniens, comme la célèbre frise des lions en briques siliceuses à glaçure du palais de Darius Ier à Suse (vers 510 av. J.-C.).


Frise des lions, cour orientale du palais de Darius Ier à Suse (Musée du Louvre, Paris)

dimanche 22 janvier 2012

Un fratricide chez les Sévères: le meurtre de Géta par Caracalla

En 211, Géta et Caracalla rentrent à Rome avec les cendres de leur père Septime Sévère mort de maladie à Eboracum (actuelle York) le 4 février au cours de la campagne de Bretagne.
Sur ce denier daté de cette année-là (TR P III = troisième puissance tribunicienne), Géta arbore les titres d'Auguste (il a été promu en 209 = TR P) et de Britannicus pour les victoires romaines dans cette province du nord de l'Empire. Au revers P P pour Pater Patriae précise un peu plus la date de frappe de cette monnaie: forcément postérieure à la mort de de son père qui possédait ce titre. Il partage cet honneur d'être "Père de la Patrie" avec son frère aîné qui ne va pas tarder à se débarrasser de son cadet.


n° G34 

Dénomination: Denier

Empereur: Géta

Avers: P SEPT GETA - PIVS AVG BRIT - Tête laurée à droite.

Revers: FORT RED TR P III COS II P P - Fortuna assise à gauche, tenant un gouvernail de la main droite et une corne d'abondance de la gauche; sous le trône, une roue.

Atelier (année de frappe): Rome (211)

Références: RSC 59 (50£) - RIC 76 (C) - BMC p.421,* - Hill 1263 (R4) - BnF /

Caractéristiques: Argent, 18mm, 3.23g, 6h. ; Ex. HD Rauch Auction Numismata 2011 n°325.

Note: Précisons que ce denier est absent des deux grandes collections institutionelles que sont le British Museum et la Bibliothèque nationale de France. Il existe aussi une variante sans la roue sous le trône (BnF, Paris).

Commentaire:
Quand cette monnaie est frappée, les deux jeunes empereurs qui règnent désormais conjointement sont déjà arrivés à Rome. La Fortune est ainsi remerciée pour le retour sans encombres dans l'Urbs. Pourtant la haine entre les deux frères est trop forte. Certainement au tout début de l'année 212, Caracalla assassine son jeune frère. Les faits sont longuement relatés par Hérodien:
"Enfin, impatient de régner seul et dominé par sa violente ambition, Antonin se détermina à porter un coup décisif, funeste à son rival ou à lui-même, et à ne plus employer d'autre arme que le fer, d'autre moyen que le meurtre.
Il avait vu ses manœuvres secrètes échouer; il voulut recourir, dans l'aveuglement de son ambition, à un acte de désespoir. Il envahit soudainement la chambre de son frère, qui ne s'attendait à rien de semblable; il frappe Géta d'un coup mortel ; l'infortuné tombe et inonde de sang le sein de sa mère. Antonin, après avoir commis le crime, s'échappe aussitôt et parcourt le palais, s'écriant qu'il vient d'être préservé du plus grand péril, et qu'il n'a sauvé sa vie qu'avec peine. En même temps il ordonne à ses gardes de l'entraîner avec eux dans le camp, seule retraite, disait-il, qui pût garantir ses jours et le défendre ; car s'il restait au palais il était perdu. Les soldats ajoutent foi à sa frayeur, et, ignorant ce qui venait de se passer dans l'intérieur du palais, se précipitent sur ses pas et l'accompagnent. Le peuple, cependant, s'agite, étonné de voir l'empereur s'élancer en fuyard à travers la ville."
Dans ce récit, Caracalla tue son frère de ses propres mains, nous sommes en pleine trgédie grecque ! L'histoire est un peu différente chez Dion Cassius qui revient également longuement sur les événements. Pour lui, si Caracalla est bien le commanditaire du meurtre, il laisse à d'autres la sale besogne: "Antonin avait eu l'intention d'assassiner son frère pendant les Saturnales, mais il ne le put pas, parce que le crime aurait été trop manifeste pour être caché ; à partir de ce moment, il y eut entre eux des combats semblables à ceux de gens qui cherchent à se surprendre mutuellement, beaucoup de précautions prises pour se garantir contre son rival.
Mais, comme des soldats et des gladiateurs en grand nombre gardaient Géta nuit et jour, tant au dehors que dans sa maison, Antonin persuada à sa mère de les convoquer tous les deux, seuls, dans sa chambre, afin d'amener une réconciliation. Géta, s'étant laissé persuader par cette offre, vint avec son frère ; mais ils ne furent pas plutôt entrés qu'une troupe de centurions, apostés par Antonin, s'élança et massacra Géta qui, à leur vue, s'était réfugié auprès de sa mère, et, suspendu à son cou, attaché à sa poitrine et à son sein, poussait des cris lamentables : « Mère, ô ma mère, toi, ô toi qui m'as enfanté, viens à mon secours, on m'égorge. » Julia, ainsi abusée, eut la douleur de voir son fils tué entre ses bras par le crime le plus impie, et elle reçut, pour ainsi dire, la mort dans ces mêmes entrailles où elle lui avait donné le jour ; car, elle fut couverte tout entière de son sang, en sorte qu'elle compta pour rien une blessure qui lui avait été faite à la main."

dimanche 15 janvier 2012

Vénus heureuse sur deux deniers de Julia Domna à Rome et Alexandrie

Vénus est dite ici "heureuse", car elle a remporté le titre de plus belle des déesses face à ses "rivales" Minerve et Junon. La déesse de l'Amour et de la Beauté a usé de tous ses charmes pour l'emporter, on la voit d'ailleurs relever sur cette monnaie la draperie qui couvre son épaule et tenir en main la "pomme de la Discorde", prix de ce concours des "miss de l'Olympe". Mais, surtout elle a promis à Pâris qui avait été désigné arbitre de la confrontation, la main d'Hélène, reine de Sparte et épouse de Ménélas. Ce jugement va entraîner la guerre de Troie et par ricochet être aux origines de Rome, par la fuite du prince troyen Enée à l'issue de la victoire des Grecs.
Vénus est très utilisée sur leurs monnaies par les impératrices avec différents épithètes: Victrix, Genetrix, etc. Felix attribue ainsi les pouvoirs de Felicitas, c'est-à-dire le bonheur, à son porteur. Vénus est donc heureuse, mais aussi l'impératrice, et de par son mariage avec l'empereur qui règne sur le monde, elle étend cette bénédiction sur l'ensemble des femmes de l'Empire. Ce bonheur est bien sûr celui d'être épouse et d'avoir des enfants...


n°J43



n°J3

Dénomination: Denier

Impératrice: Julia Domna

Avers: IVLIA - AVGVSTA - Buste drapé à droite.

Revers: VENVS - FELIX - Vénus drapée debout à gauche, tenant une pomme de la main droite et ramenant sa robe sur son épaule de la gauche.

Atelier (année de frappe): J43: Alexandrie (195) ; J3: Rome (199)

Références: J43: RSC 198var. - RIC / - BMC / - BnF / ; J3: RSC 198 (25£) - RIC S580 (S) - BMC SC85-9 - Hill 379 (C) - BnF 6656

Caractéristiques: J43: Argent, 18mm, 2.8g, 5h - Ex. HD Rauch Auction 88 n°45 ; J3: argent, 17mm, 3.02g, 12h.

Commentaire:

Le type n'est mentionné dans les ouvrages de référence que pour l'atelier de Rome. Or il est apparaît clairement que deux styles différents sont à distinguer. Le portrait de la première (J43) est à rattacher aux monnaies d'Alexandrie. R. Bickford-Smith a publié dans la Rivista Italiana di Numismatica e Scienze Affini au milieu des années 1990 un article de référence sur les monnaies de Septime Sévère frappées dans les ateliers orientaux. Il a permis d'ajouter un grand nombre de monnaies au répertoire des deniers syriens et alexandrins qui datait un peu depuis les travaux de Mattingly pour le RIC et le BMC. Ce type avec Vénus est placé dans la troisième phase de l'atelier, dans les premiers mois de 195 et peu avant sa fermeture. Pour son époux, les types utilisés dans cette phase sont ceux de l'atelier de Rome exclusivement. Pour Domna, seul ce type est rattaché à cette phase et il a également son prototype romain (J3). Cependant, Hill le date de 199, ce qui semble incompatible avec ce que l'on observe à Alexandrie. Notons que pour le denier alexandrin, il semble relativement abondant avec la légende longue IVLIA AVGVSTA. Néanmoins, il existe aussi avec la légende courte antérieure, mais cette dernière n'a pas dû être utilisée très longtemps avec ce type car elle est beaucoup plus rare.
La statue ci-dessous représente Vénus Felix à moitié déshabillée et accompagnée de son fils Cupidon (Eros).


Statue de Vénus (Musée Pio Clementino, Vatican)

dimanche 18 décembre 2011

Un Génie sur un denier de Septime Sévère (Rome, 204)

Ce denier à la titulature précise (douzième puissance tribunicienne) est donc daté de 204 et son type est caractéristique des deniers datés de cette année-là.
L'année 204 est l'année des Jeux Séculaires et j'invite les lecteurs à lire ma contribution à la revue "Les Monnaies de l'Antiquité" à ce sujet. L'auteur du RIC et du BMC/RE, H. Mattingly, voit dans l'utilisation de ce type une référence générale aux cérémonies religieuses qui ont rythmé les célébrations de de ce moment unique de la vie romaine, car ils avaient lieu en moyenne tous les 110 ans. Ces Jeux sont l'occasion pour la famille impériale de montrer sa Pietas en participant aux différents sacrifices, sanglants ou non, qui ont lieu pendant trois nuits et trois jours.  


n° S105

Dénomination: Denier

Empereur: Septime Sévère

Avers: SEVERVS - PIVS AVG - Tête laurée à droite.

Revers: P M TR P XII COS III P P - Genius debout de face, tête à gauche, sacrifiant avec une patère de la main droite au-dessus d'un autel paré et allumé et tenant des épis de la main gauche.

Atelier (année de frappe): Rome (204)

Références: RSC 464 (25£) - RIC 195 (C) - BMC 467 - Hill 682 (S) - BnF 6452; ex. duplicibus Delécluse 6452a; Maspéro 1967/616

Caractéristiques: Argent, 18mm, 3.2g, 11h - Ex. Chris' Numismatique.

Note: Un denier conservé au British Museum et avec la légende SEVERVS AVG PART MAX active jusqu'en 201 est manifestement un faux d'époque, car avers et revers ne peuvent être contemporains. On parle alors d'hybride.

Commentaire:
Il existe de nombreuses divinités tutélaires dans la religion romaine. Ainsi les Lares et les Pénates disposent de temples ainsi que d'autels dans les toutes maisons. Ils sont respectivement les protecteurs des lieux publics ou particuliers et les dieux de la famille (ancêtres).


Statuette de Lare en bronze (Musée de la Civilisation gallo-romaine, Lyon)

Quant aux Génies, ils sont attachés aux lieux, mais aussi aux personnes à qui ils assurent la protection. Les sacrifices au Génie, à l'image de celui exécuté par le Génie au revers de notre monnaie, n'est pas sanglant mais consiste en une libation avec par exemple du vin. On sacrifiait généralement à son Génie le jour anniversaire de sa naissance. Mais les Génies sont aussi invoqués dans de nombreuses célébrations religieuses souvent après Janus, le dieu des commencements. On invoque alors le Génie du lieu ou celui de la divinité destinataire du sacrifice. L'empereur et le peuple romain avaient aussi leurs Génies et un culte leur étaient rendus.
La représentation du revers de ce denier est celle d'un Génie particulier, Bonus Eventus, lié aux événenements heureux et est représenté nu avec des épis de blé dans la main. Ces événement sont très certainement les Jeux Séculaires de 204.

samedi 3 décembre 2011

L'Annone sur un denier de Septime Sévère (Rome, 206)

Ce denier est daté à l'année près grâce à la puissance tribunicienne présente au revers de la monnaie. En 206, Septime Sévère renouvelle sa quatorzième puissance tribunicienne, la première correspondant à sa première année de règne en 193.
Sur les deniers de Septime Sévère frappés à l'atelier de Rome, l'Annone intervient à cinq reprises. La première fois en 198, puis en 200, à chaque fois avec la légende ANNONAE AVGG. Ensuite, de 205 à 207, elle revient chaque année avec cette fois-ci une légende datée (suite de la titulature de l'avers) et non plus explicite. Si on tient compte des autres métaux, la personnification apparaît dès 194 et se retrouve d'autres années encore, mais sans présence de deniers lors de ces émissions. L'étymologie d'annone a un lien avec annus l'année. En effet, il s'agissait à l'origine de la récolte annuelle et donc des provisions disponibles pour une année. L'Annone tient ici une corne d'abondance et des épis de céréales au-dessus d'un modius qui est une mesure pour le grain.


n° S109

Dénomination: Denier

Empereur: Septime Sévère

Avers: SEVERVS - PIVS AVG - Tête laurée à droite.

Revers: P M TR P XIIII - COS III P PL'Annone debout à gauche, tenant des épis de la main droite et une corne d'abondance de la gauche ; à ses pieds le modius rempli d'épis.

Atelier (année de frappe): Rome (206)

Références: RSC 476 (25£) - RIC 200 (C) - BMC 489-92 - Hill 766 (C2) - BnF 6459-60

Caractéristiques: Argent, 20mm, 3.17g, 12h. - Ex. Hugon Numismatique.

Note: Cette monnaie provient d'un trésor tunisien trouvé par une compagnie de chemin de fer dans les années 1930.

Commentaire:

L'Annone est utilisée sur les monnaies impériales romaines depuis Néron et la représentation utilisée sur notre denier est certainement la plus populaire. Septime Sévère, par exemple, l'emploie sur les trois émissions datées où elle apparaît. Elle a également été très utilisée sous les Antonins. Si l'Annone figure si souvent sur les monnaies de Septime Sévère, c'est qu'il accorde, contrairement à certains de ses prédécesseurs, beaucoup d'importance au ravitaillement de l'Urbs et aux stocks de céréales vitaux pour une ville si dépendante des provinces céréalières, en particulier de l'Afrique. Il veillait donc à conserver des réserves élevées, ce qui n'était pas toujours le cas par le passé. A  deux reprises, l'Histoire Auguste mentionne cet excédent en céréales en particulier au moment de la mort de l'empereur. Voici un des extraits: Rei frumentariae, quam minimam reppererat, ita consuluit, ut excedens vita septem annorum canonem p. R. relinqueret, ce qui signifie: "il s'occupa si efficacement de l'approvisionnement en blé - qu'il aurait trouvé très déficient - qu'à sa mort il laissait dans les greniers du peuple romain un contingent correspondant à l'apport fiscal de sept années" (trad. A. Chastagnol).
Ce blé était stocké dans les entrepôts d'Etat, les horrea, situés à Rome au niveau de l'Emporium, le port fluvial entre les collines de l'Aventin et du Testaceus, au sud-ouest de la ville.


Le port de Rome (Emporium) au bord du Tibre avec les horrea galbana et le portique émilien s ur la maquette de Gismondi au musée de la Civilisation romaine (Rome)

dimanche 27 novembre 2011

Jupiter sur un antoninien de Caracalla et l'introduction d'une nouvelle dénomination (Rome, 215).

On a vu que Jupiter était apparu dans le monnayage de Caracalla l'année précédente. En 215, dans la première émission d'antoniniens le plus grand des dieux romains continue d'apparaître et ne cessera plus d'être présent jusqu'à la mort de l'empereur en 217. Si on compare la représentation de Jupiter sur cet antoninien avec la pose des deniers de 214, on voit qu'elle est ici plus travaillée, un peu à l'image des sculptures grecques classiques où une des jambes est repliée. Sur le denier, Jupiter est vu de face alors que sur l'antoninien, seul le torse est de face, ce qui lui donne plus de majesté. On remarquera sur cet exemplaire le traitement du foudre ainsi que des cheveux du dieu. Avec Sol et Sérapis, ce type au Jupiter debout est un des plus courants. Il en est de même pour ce buste qui est caractéristique des premiers antoniniens. Les autres variantes sont moins communes pour ce type.


n° C94

Dénomination: Antoninien

Empereur: Caracalla

Avers: ANTONINVS PIVS AVG GERM - Buste radié à droite, drapé et cuirassé vu de l'avant.

Revers: P M TR P XVIII - COS IIII P P - Jupiter, nu un manteau sur l'épaule gauche, debout à moitié à droite, tenant un sceptre de la main gauche et un foudre de la droite.

Atelier (année de frappe): Rome (215)

Références: RSC 279 (65£) - RIC 258a (S) - BMC 110 - Hill 1465 (R) - BnF 6816

Caractéristiques: Argent, 23mm, 5.43g, 12h. - Ex. Hugon Numismatique.

Note: Cette monnaie provient d'un trésor tunisien trouvé par une compagnie de chemin de fer dans les années 1930.
Il existe une variante où Jupiter à la tête à gauche.

Commentaire:

L'introduction de cette nouvelle dénomination qu'est l'antoninien est très certainement en lien avec la campagne que l'empereur décide de mener en Orient. En effet, les guerres coûtent cher, il faut payer plus de légionnaires (Septime Sévère avait augmenté le nombre de légion avec la création des trois légions parthiques et avait augmenté les soldes) et le stock d'argent diminue. Cependant les manipulations monétaires des empereurs entraîne un processus vicieux: la mauvaise monnaie chasse la bonne. Les particuliers conserve donc leurs anciennes espèces de meilleure qualité et se constitue des trésors et seules les nouvelles monnaies circulent. Lorsqu'elle revienne à l'Etat et sont reffrappées la quantité de métal précieux diminue, d'autant que les quantités frappées ne cesse d'augmenter afin de régler les dépenses publiques, essentiellement militaires.
On ne connait pas le nom de la nouvelle monnaie, mais une mention existe dans l'Histoire Auguste : «[…] argenteos Antoninianos mille[...]». De plus, toujours dans cette ouvrage dans l'histoire de Sévère Alexandre, il est dit: «Monetae nomen Antonini reddatur», car en effet l'antoninien n'existait plus sous ce règne. Cette affirmation fait donc très certainement référence au double denier.

samedi 19 novembre 2011

Un projet de mariage sournois - Vénus sur un denier de Caracalla (Rome, 216)

Deux antoniniens du même type ont déjà été présentés, mais ici c'est un denier issu de la même émission. Selon la théorie des cycles, au sein d'une même émission les différents métaux (et donc dénominations) étaient monnayés les uns après les autres, un type monétaire étant attaché à une des six officines (c'est le nombre pour la période qui nous intéresse) de l'atelier de Rome. Selon Hill, durant la 9ème émission, ce type avec Vénus est d'abord émis en or avec le double aureus, puis l'aureus, ensuite vient l'argent avec l'antoninien, puis notre denier, enfin les aes avec le sesterce, puis le dupondius et finalement l'as. Il n'y a plus ni semis, ni quadrans à cette période. Ce type précis n'existe que pour Caracalla.


n° C98

Dénomination: Denier

Empereur: Caracalla

Avers: ANTONINIVS PIVS AVG GERM - Tête laurée à droite.

Revers: VENVS VICTRIX - Vénus debout à moitié à gauche, tenant une Victoriola de la main droite et un sceptre transversal de la gauche, son bras gauche reposant sur un bouclier posé sur un casque.

Atelier (année de frappe): Rome (216)

Références: RSC 606 (25£) - RIC 311b (C) - BMC 82-5 - Hill 1534 (C) - BnF X.L. 1984/389

Caractéristiques: Argent, 19mm, 2.91g, 6h. - Ex. Hugon Numismatique.

Note: Cette monnaie provient d'un trésor tunisien trouvé par une compagnie de chemin de fer dans les années 1930.

Commentaire:

Après la campagne germanique du début de son règne seul et son séjour à Alexandrie en 215, Caracalla entreprend une guerre contre les Parthes. Le type de Vénus, victorieuse ici, est extrêmement rare pour un empereur et est généralement réservé aux impératrices. De rares exemples existent cependant pour des hommes (Auguste, Titus, Hadrien ou Gordien III). On remarque que dans notre cas la déesse de l'Amour revêt des attributs guerriers. Caracalla envisageait tout d'abord unir son Empire à celui des Parthes par l'intermédiaire d'une union avec la fille du Roi des rois. Mais cette offensive diplomatique va rapidement se transformer en conflit armé. Certains textes antiques évoquent ce mariage dans leurs écrits et décrivent une noce où l'empereur romain, modèle de perfidie, massacre les invités parthes.
Ainsi, Dion Cassius (LXXVIII, 1): "Menant après cela, son armée contre les Parthes, sous prétexte qu'Artabanos ne voulait pas lui donner sa fille, dont il avait demandé la main (Artabanos, en effet, savait bien que l'intention de l'empereur était, en apparence, d'épouser sa fille, mais, en réalité, de s'emparer du royaume des Parthes), Antonin dévasta une grande partie de la contrée qui entoure la Médie..." 
C'est Hérodien dans son livre IV de son Histoire romaine (chapitres XVIII, XIX et XX) qui est le plus prolixe à ce sujet: "Peu de temps après, il imagina de se faire donner le surnom de Parthique : il désirait vivement pouvoir écrire à Rome qu'il avait dompté les Barbares de l'Orient. Il était en pleine paix avec les Parthes; il eut recours à son arme ordinaire, la perfidie. Il écrivit à Artaban, leur roi, et lui adressa une députation chargée de présents aussi précieux pour la richesse de la matière, que pour la perfection du travail. Il lui demandait dans sa lettre la main de sa fille : « Empereur, fils d'empereur, il devait à sa gloire de ne point devenir le gendre de quelque obscur citoyen, mais de s'unir à la fille d'un roi puissant. Grâce à cette alliance, il n'y aurait plus d'Euphrate; les deux plus grands empires du monde, l'empire romain et celui des Parthes, réunis par un lien commun, formeraient une puissance invincible, et les autres nations barbares, encore indépendantes, se soumettraient facilement, si on leur laissait leurs mœurs et leurs lois. Les Romains avaient une infanterie habituée à combattre de près, et sans égale pour le maniement de la lance ; les Parthes, une cavalerie nombreuse, composée d'excellents archers. Forts de tous ces avantages, et possédant ainsi tous les éléments de la victoire, ils subjugueraient sans peine sous un seul sceptre l'univers entier. » Il ajoutait que les productions des Parthes, leurs parfums, leurs précieuses étoffes, les métaux des Romains, et tous les chefs-d'œuvre de leur industrie, ne seraient plus des raretés d'un trafic clandestin, mais que ces richesses, répandues sur une même terre, dans un même empire, viendraient en liberté s'offrir aux besoins des deux nations. Artaban rejeta d'abord ces propositions : « Une femme étrangère, disait-il, ne pouvait convenir à un Romain. Quelle harmonie règnerait entre deux époux différents de langage, de mœurs, d'habitudes? Il y avait d'ailleurs à Rome vingt familles patriciennes où l'empereur pouvait se choisir un beau-père, comme Artaban un gendre parmi les Arsacides. Pourquoi alors se mésallier? » Telle fut la première réponse du Parthe : les offres de Caracalla étaient donc repoussées. Cependant ses instances, des présents, des serments d'amitié, les protestations de son vif désir d'un tel mariage, triomphèrent de la sage défiance du roi barbare. Il lui promet sa fille, il l'appelle déjà son gendre. A la nouvelle de cette alliance, les Parthes se préparent avec empressement à recevoir l'empereur, et embrassent avec joie l'espérance d'une paix éternelle. Cependant, après avoir passé le Tigre et l'Euphrate sans aucun obstacle, Antonin traverse le pays des Parthes, comme il eût traversé ses propres États. A son passage on couvrait les autels du sang des victimes et de fleurs ; on lui offrait de toutes parts les parfums les plus précieux. Il recevait tous ces hommages avec une feinte reconnaissance. Lorsqu’après un long trajet, il approcha enfin de la capitale, le roi vint à sa rencontre dans une plaine hors de la ville, pour recevoir l'époux futur de sa fille. Il était accompagné d'une multitude de Parthes qui, couronnés de fleurs du pays, revêtus d'habits brillants d'or et de l'éclat de mille couleurs, se livraient à la joie la plus vive, et dansaient au son de la flûte et des cymbales. Les Parthes aiment avec passion la danse et la musique, quand le vin a échauffé leur esprit. Lorsque les Barbares eurent inondé la plaine, ils abandonnèrent leurs chevaux, déposèrent leurs arcs et leurs javelots, firent des libations, et se livrèrent aux plaisirs de l'ivresse. Réunis par groupes dans l'imprudente sécurité d'un joyeux désordre, ils se pressent pour voir le nouvel époux : aussitôt Antonin donne le signal et toute son armée se précipite sur cette foule d'hommes désarmés. Épouvantés de cette attaque imprévue, ils reçoivent, en fuyant, les coups du fer ennemi; le roi lui-même, enlevé par ses gardes et jeté sur un cheval, s'échappe à peine avec une faible escorte. Les Parthes privés de leurs chevaux, sans lesquels ils ne peuvent combattre et qui paissaient dans la plaine, tombaient par milliers; la longueur de leur robe flottante les embarrassait dans leur fuite et entravait l'agilité de leur course. Ils n'avaient avec eux ni leurs flèches ni leurs arcs. Devaient-ils garder ces armes pour une fête ? Après avoir fait un affreux massacre, Antonin s'éloigna, emportant, sans trouver de résistance, un riche butin et un grand nombre de prisonniers; il permit à ses soldats d'incendier sur leur passage les bourgs et les villes, les laissant maîtres de tout enlever et de tout piller."
Ces évènements sont le début de conflits armés récurrents entre Romains et Parthes (puis Perses) et mettent fin à une paix qui durait depuis la campagne orientale de Septime Sévère en 198. Ils se solderont par plusieurs défaites romaines, l'empereur Valérien étant même fait prisonnier en 259 et mourra en captivité en Perse.

samedi 22 octobre 2011

Une mauvaise decription d'un denier de Julia Domna avec Vénus et Cupidon (Rome, 210)

Généralement les deniers, étant donné leur faible diamètre (autour de 19mm), ne présentent pas de scène complexe: un ou deux personnages tout au plus avec leurs attributs. C'est le cas sur cette pièce, mais ici la représentation est plus riche et n'a jamais été correctement décrite par les ouvrages de référence. Qu'observe-t-on sur cette monnaie ? De gauche à droite, Cupidon tenant un arc ou un bouclier, la déesse portant casque et palme, une colonne et derrière celle-ci une cuirasse posée à terre. Ce denier pourtant présent à la Bibliothèque nationale de France, avait été décrit incomplètement en 1860 par H. Cohen dans sa première édition de sa "Description historique des monnaies frappées sous l'Empire romain" (C 115). En effet, il décrit Vénus comme étant à demi nue et oublie l'objet qui se trouve entre Cupidon et la déesse de l'Amour, nous y reviendrons. Dans sa deuxième édition en 1884, Cohen oublie carrément cette fois de mentionner la présence du petit Amour sur cette même monnaie (qui porte désormais la référence C 218) et cette erreur sera reprise telle quelle dans le RIC et dans la note du BMC, cette monnaie étant absente du British Museum. Une autre monnaie décrite dans la note du catalogue britannique fait référence à deux Cupidons (Atti et Mem. dell'Ist. It., 1925), mais il s'agit certainement d'une confusion avec la cuirasse derrière la colonne.


n° J40

Dénomination: Denier

Impératrice: Julia Domna 

Avers: IVLIA - AVGVSTA - Buste drapé à droite.

Revers: VENVS - VI-CTRIX - Vénus drapée debout de face, tête à gauche, les jambes croisées et le bras gauche appuyé sur une colonne, tenant une palme de la main gauche et un casque de la droite ; devant elle, Cupidon appuyé sur son arc (ou un bouclier?) ; derrière elle, une cuirasse.

Atelier (année de frappe): Rome (210)

Références: RSC 218a corr. (45£) - RIC 581note corr. - BMC S90note corr. - Hill 1123A corr. (R4) - BnF 6664

Caractéristiques: Argent, 19mm, 3.57g, 7h - ex. Helios Auktion 5 n°309

Note: On notera le traitement particulier de la draperie ainsi que du portrait si on les compare à d'autres deniers de cette impératrice.

Commentaire:

Revenons maintenant à l'objet que tient l'enfant ailé. On peut de prime abord penser à un bouclier. En effet, de nombreuses armes sont représentées sur cette scène: cuirasse derrière la colonne et casque dans la main de la déesse. Elles font très certainement référence aux armes de Mars, dieu de la Guerre et amant de Vénus. Cette dernière fait également forger des armes par son mari Vulcain pour son fils, le héros Enée durant la guerre de Troie. On sait l'importance d'Enée dans les origines de Rome et l'imaginaire des Romains. Jules Cesar se déclarera même descendant d'Enée et donc de Vénus. Le groupe sculpté ci-dessous de l'ancienne collection Borghèse montre Vénus et Cupidon portant des armes: épée, casque, une cuirasse est posée derrière eux. Il date du IIème siècle, mais a été complété au XVIème siècle comme c'était la mode à l'époque.


Vénus en armes (Musée du Louvre, Paris)

De plus, Vénus est qualifiée ici de Victrix, nous sommes donc dans un contexte guerrier. P. V. Hill place d'ailleurs cette monnaie au sein d'une émission spéciale consacrée aux victoires en Bretagne où elle est accompagnée de deniers au nom des trois Augustes avec des revers montrant les empereurs à cheval terrassant des ennemis, ainsi que de multiples Victoria dans diverses attitudes. Ainsi même l'Augusta participe, même si elle est restée à Rome, aux victoires de son époux et de ses fils. Septime Sévère est donc victorieux des tribus calédoniennes, car ses armes sont aussi puissantes que celles forgées par les dieux qui le soutiennent sur le champ de bataille. Mais revenons maintenant à l'objet dans les mains de Cupidon. Un autre denier plus courant (RSC 215), montre Vénus à demi nue cette fois, avec casque, palme et colonne, mais sans la cuirasse et sans Cupidon. Un bouclier rond est posé devant elle. Sur notre denier, l'objet de Cupidon ne ressemble pas forcément à un bouclier, même de profil. On constate que dans ce cas il est souvent strié et "plein". Ici, nous ne voyons qu'un contour. On ne peut cependant tranché définitivement, car des bouclier peuvent être représentés pr un arc de cercle fin. Il est donc possible qu'il s'agisse d'un arc, attribut généralement utilisé par Cupidon. Cet arc, le fils de Mars et Vénus, se l'était taillé lui-même dans un frêne, comme on peut le voir sur de célèbres statues antiques. Celle présentée ci-dessous est une copie romaine d'après un original de Lysippe (IVème siècle av. J.-C.) représentant l'Amour tendant son arc qui a hélas disparu.


L'Amour tendant son arc d'après Lysippe (Musée du Louvre, Paris)

dimanche 9 octobre 2011

Un Mars belliqueux sur un denier de Caracalla - Rome (208)

En 208, la campagne contre les tribus du nord de la Bretagne qui menacent cette province insulaire septentrionale de l'Empire est annoncée. Quelle meilleure publicité que le dieu de la Guerre en personne pour annoncer aux Romains le départ de leurs empereurs pour le champ de bataille? Sur ce denier Mars en arme, à l'allure de soldat romain progressant avec précaution, protégé par son casque et son bouclier, lance pointée vers l'ennemi, est parfaitement adapté pour représenter une guerre en marche.
Mars, fils de Jupiter et Junon, est un dieu particulièrement honoré par les Romains en tant que père de Romulus et Remus. Il avait un autel sur le Champ de Mars et était particulièrement honoré par les légions aux mois de mars (qui avait été le premier mois de l'année pendant très longtemps et marquait le début de la saison guerrière) et d'octobre qui clôturait cette période de combats.
On notera enfin le portrait de Caracalla typique de cette année 208, où les favoris descendent bas sur la mâchoire sans pour autant former une barbe qui n'apparaitra plus distinctement que l'année suivante.


n° C61 

Dénomination: Denier

Empereur: Caracalla

Avers: ANTONINVS - PIVS AVG - Tête laurée à droite.

Revers: PONTIF TR P - XI COS III - Mars, en habit militaire, avec le manteau flottant derrière lui, de face, avançant lentement vers la droite, tenant une haste et un bouclier.

Atelier (année de frappe): Rome (208)

Références: RSC 447 (25£) - RIC 100 (C) - BMC S569-70 - Hill 982 (C) - BnF 6892-3 (la 6891 est un faux d'époque)

Caractéristiques: Argent, 19mm, 3.1g, 6h - Ex. Noël.

Note: les variations des graveurs dans l'attitude de Mars ont conduit Cohen à distinguer deux monnaies alors qu'il s'agit d'une seule (C446 et C447 avec pour cette dernière la mention "en posture de combat" ajoutée à la description de la première).

Commentaire:

Les représentations de Mars sur les deniers de Caracalla peuvent être pacifiques ou statiques. Ici, nous avons un dieu de la Guerre dynamique, son manteau flotte derrière lui renforçant cette impression de mouvement, son bouclier n'est pas posé au sol mais utilisé pour se défendre. Enfin, la haste est pointée vers l'avant, légèrement vers le haut, prête à être employée face à l'ennemi. On retrouve ici le type de Mars Ultor, le Vengeur, dont le temple se trouvait dans le forum d'Auguste.


Temple de Mars Ultor sur la maquette de Gismondi au musée de la Civilisation romaine (Rome)

La statue ci-dessous, longtemps identifiée à Pyrrhus, le roi d'Epire, est en fait une représentation de Mars debout portant la lorica (cuirasse). Trouvée au XVIème siècle près du forum de Nerva, elle serait datée de l'époque flavienne au Ier siècle et aurait été placée à l'extérieur du temple de Mars Ultor.


Statue de Mars (Musées Capitolins, Rome)

samedi 27 août 2011

Un buste de transition pour Plautille et la possible naissance d'un héritier ?

En moins de cinq ans, pas moins de cinq types de coiffures peuvent être observés sur le monnayage impérial en argent de Plautille.
Ce denier présente un type de coiffure que je nommerai de type "c" comme dans le BMC et qui n'est utilisé que par un seul type monétaire, celui avec Pietas au revers.
Il fait la transition entre le type de coiffure "bvar" apparu un an plus tôt et le dernier type utilisé principalement en 204-205. Comme son prédécesseur les cheveux descendent en une natte recouvrant la nuque, mais la tresse est enroulée au lieu de remonter sur la tête. Cette configuration sera reprise sur le dernier de type de coiffure. L'oreille contrairement au dernier type est dégagée et les nombreuses rides plus ou moins horizontales ne présentent pas de crans.


n° P12

Dénomination: Denier

Impératrice: Plautille

Avers: PLAVTILLA - AVGVSTA - Buste drapé à droite.

Revers: PIETAS - AVGG - Pietas debout à droite tenant un sceptre de la main droite et un enfant sur le bras gauche.

Atelier (année de frappe): Rome (203)

Références: RSC 16 (45£) - RIC 367 (S) - BMC 422-3 - Hill 607 (C)

Caractéristiques: Argent, 19mm, 3.28g, 12h. - Ex. Künker Auction 174 n°870

Note: ce type de coiffure est absent des collections de la BnF pour les deniers de Plautille.

Commentaire:

Je ne ferai pas ici l'étude du type Pietas et de ses différentes représentations qui feront l'objet d'un autre message. Par contre, il est intéressant de développer le possible lien entre cette monnaie et la naissance d'un enfant de Caracalla et Plautille. En effet, en analysant le texte très fragmenté du carmen saeculare (contrairement à celui d'Horace pour les Jeux de -17) ainsi que les Actes de 204 eux aussi lacunaires, J. Gagé émet l'hypothèse qu'il fait référence à la naissance d'un enfant issu du mariage de Caracalla et Plautille, peut-être à la fin de l'année 203. La décision de célébration des Jeux à ce moment a peut être été motivée par l'arrivée de cet héritier, car étant dans la période de célébration (les 110 ans étaient déjà écoulés), cette naissance a été vue comme un signe des temps au moment justement d'entamer un siècle nouveau. L'auteur rapproche ce postulat de la monnaie de Plautille émise en effet en 203 et portant au revers Pietas avec dans ses bras un enfant. Des monnaies semblables pour Domitia ainsi que durant la période antonine pour Matidie ou Faustine II font très certainement aussi référence à des naissances au sein de la famille impériale. Dans ce type de représentation de Pietas avec enfant, le sens est plus familial que religieux. Dans le cas de Faustine jeune, très féconde puisqu'elle aurait eu onze enfants, le nombre d'enfants auprès de Pietas augmente avec les années. En revanche, il n'y a aucune mention explicite dans les textes des auteurs antiques de l'existence de cet enfant, fruit de l'union réputée stérile de Caracalla et Plautille, mort certainement prématurément. Évidemment, cette communication sur la naissance a des visées politiques: il s'agit, par l'intermédiaire de cette image de la piété familiale et de la fécondité des femmes de la maison impériale, de montrer à tous la perpétuité de l'empire grâce à la descendance des souverains.

samedi 30 juillet 2011

Un buste de transition peu courant pour Géta (Rome, 209)

Ce portrait est caractéristique de l'année 209, où Géta est promu au rang d'Auguste et rejoint ainsi son père et son frère aîné au sommet de la hiérarchie impériale. Durant moins de trois ans, trois Augustes sont au pouvoir, ce qui est un fait sans précédent jusqu'à cette date. Sur notre monnaie, Géta est encore César, comme l'indique la titulature au droit et son portrait ne revêt pas encore la couronne de laurier. Cependant, il a abandonné sur les deniers le buste drapé (avec ou sans cuirasse) qu'il a utilisé depuis ses premières monnaies émises en 198. Ce type de buste (tête nue) est peu utilisé dans le monnayage sévérien, surtout pour un empereur vivant. En effet, ce type de portrait est généralement employé sur les monnaies de consécration où l'empereur apparait dans la nudité des dieux. Il est donc débarrassé des attributs des hommes tels que le paludamentum ou la couronne. En tout cas, ce type monétaire est un type de transition, car il existe aussi avec un buste drapé. Quelques mois plus tard, au passage à l'Augustat, Géta conservera l'absence de draperies sur ces deniers mais portera désormais la couronne laurée.


n° G13

Dénomination: Denier

Empereur: Géta

Avers: P SEPTIMIVS GETA CAES - Tête nue à droite.

Revers: PONTIF COS - II - Géta galopant à gauche et terrassant un ennemi.

Atelier (année de frappe): Rome (209)

Références: RSC 123a (90£) - RIC 64b (R) - BMC S591A - Hill 1056 (R4) - BnF 7060.

Caractéristiques: Argent, 19mm, 3.5g, 7h.

Note: cette monnaie est peu courante, Cohen la cotait 15f or à la fin du XIXème siècle. Cela est confirmé par des ouvrages plus récents (R pour le RIC, 90£ pour le RSC et R4 pour Hill).

Commentaire:

Hill classe cette monnaie dans une deuxième émssion spéciale consacrée à la campagne de Bretagne. La thématique est éminemment guerrière, l'empereur est à cheval armé d'une lance et terrasse un ennemi un genou à terre et tentant de se protéger à l'aide de son bouclier. Cette iconographie sera largement utilisée aux IIIème et IVème siècles et peut faire penser aux images de St Georges terrassant le dragon. Elle prend sa source dans la chasse à cheval au gros gibier où une longue lance sert à mettre à mort l'animal tout en le maintenant à distance.


Chasse au sanglier de Calydon par Méléagre sur un sarcophage romain (Musée d'Ostie antique)

Sur ce sarcophage romain, se développe une scène de chasse que l'on rencontre fréquemment sur ce type de cuve funéraire: la chasse au sanglier de Calydon. Le héros Méléagre a sa vie liée à un tison fatidique que sa mère Althée enlève du feu afin d'éviter qu'il ne meure précocement. Adulte, il participe à la chasse du monstrueux sanglier de Calydon qu'il finit par tuer. Il offre alors la dépouille à Atalante une jeune fille dont il s'est épris et qui la première a blessé l'animal. Mais les oncles de Méléagre, furieux que le prix revienne à une femme, l'arrache des mains de la jeune fille. Méléagre tue les frères d'Althée, mais celle-ci faisant passer ses sentiments de soeur avant ceux de mère, finit par jeter au feu la bûche liée à la vie de son fils, le condamnant ainsi à mort.