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samedi 7 mai 2011

Un type unique de Salus sur un denier de Caracalla (Rome, 212)

Salus apparaît à trois reprises sur les deniers de Caracalla: deux fois lors du règne conjoint avec son père Septime Sévère et une fois lors de son règne seul en 212. C'est la dernière apparition de cette divinité sur le monnayage de cet empereur. On confond souvent Hygie et Salus. D'un côté, Hygie est la déesse grecque de la Santé, fille d'Asclepios, dieu de la Médecine, comme Panacée, déesse des Soins, et Iaso, déesse des Remèdes. On la retrouve sur de nombreuses monnaies grecques. On traduirait en latin ce nom grec par Valetudo. De l'autre côté, nous avons Salus qui est une ancienne divinité romaine souvent identifiée avec Hygie. Elle est la personnification de la Santé, de la Guérison et du Bien-Etre de l'empereur et de l'Empire. C'est pourquoi, bien que Salus apparaisse sur de nombreuses monnaies romaines, elle doit plus souvent être comprise dans un sens politique que dans un contexte purement médical. Il faut dire que la santé de l'empereur est intimement liée à la paix et à la sécurité de l'Etat. S'il vient à disparaître, la guerre civile peut survenir et les ennemis extérieurs en profiter. Elle est donc une personnification du Bien Public, voire du Bonheur et du Salut.


n° C90 

Dénomination: Denier

Empereur: Caracalla

Avers: ANTONINVS PIVS - AVG BRIT - Tête laurée à droite.

Revers: P M TR XV COS III P P - Salus assise à gauche, tenant une corne d'abondance de la main gauche et nourrissant, avec une patère dans la main droite, un serpent enroulé autour d'un autel.

Atelier (année de frappe): Rome (212)

Références: RSC 206 (25£) - RIC 196 (C) - BMC 45-6 - Hill 1326 (C) - BnF 6788-9

Caractéristiques: Argent, 19mm, 3.47g, 12h - Ex. Chris' Numismatique.

Commentaire:

Ce denier est issu de la première émission de l'empereur Caracalla seul, donc peu après l'assassinat de son frère Géta. Comme expliqué précédemment, le sens de Salus doit être interprété ici politiquement. Cette monnaie s'insère ainsi dans la propagande qui a suivi le soit-disant complot de Géta contre son frère. Ce denier fait donc référence au salut de l'empereur mis en danger par les partisans de Géta. Voici ce que Hérodien raconte sur les événements qui ont suivi l'assassinat de Géta: "Arrivé au camp, il se jette dans le temple où sont renfermés les enseignes et les images sacrées de l'armée. Il se prosterne, et fait aux dieux qui l'ont sauvé un sacrifice d'actions de grâces. Au bruit de cet événement, les soldats qui se baignaient ou se reposaient accourent dans le camp pleins d'effroi. Alors Antonin s'avance au milieu d'eux, et, sans avouer encore la vérité, il s'écrie « qu'il vient d'échapper aux embûches meurtrières de son ennemi, de l'ennemi de l'État (c'est ainsi qu'il désignait son frère) ; après avoir lutté longtemps, il a triomphé de son adversaire; le danger a été égal pour tous deux, mais enfin la fortune a laissé à Rome un empereur. » Antonin voulait, à la faveur de ce langage équivoque, faire deviner la vérité sans la dire." 
Le type utilisé ici par Caracalla est unique dans le monnayage romain par la présence de la corne d'abondance dans la main de la personnification. Cette dernière est reconnue par la présence du serpent, animal-totem de Salus, car la légende datée ne permet pas d'interpréter l'iconographie. La corne signifie peut-être que l'abondance est désormais possible, les ennemis de l'empire ayant été éliminés.

dimanche 13 mars 2011

La victoire parthique sur un antoninien et son imitation en 217

Ces deux antoniniens font partie de la dernière émission de 217 peu avant la mort de l'empereur assassiné près de Carrhes. Cette émission spéciale célèbre la victoire sur les Parthes (au revers: Victoire assise et VIC PART à l'exergue) et les Vicennalia de l'empereur (VO XX inscrit sur le bouclier tenu par la Victoire). En effet, Caracalla est Auguste depuis son enfance en 198 et allait donc célébrer ses vingt ans de règne en 218. Les deux monnaies présentées ici sont intéressantes, car l'une est officielle en argent (titre de fin à 500 0/00) et l'autre est une imitation en bronze destinée à circuler dans les zones frontalières et périphériques de l'Empire. Ces antoniniens du "limes" comme on pourrait les appeler sont beaucoup plus rares que les deniers du "limes" dénommés ainsi par les Anglo-Saxons en référence aux fortifications le long du Rhin et du Danube aux marges de l'Empire romain. Il se peut en effet qu'à cette époque les espèces frappées à Rome arrivaient difficilement dans ces régions du haut et moyen Danube alors en plein développement économique. Afin de pallier ces problèmes d'approvisionnement en numéraire des faux étaient alors fabriqués. On remarque cependant que l'antoninien imité est de très bon style et quasiment identique à celui de l'atelier officiel. Seuls la disparition de la pellicule d'argent le recouvrant initialement et le poids plus léger permettent de distinguer le vrai du faux. Il y a néanmoins des différences dans le détail comme on pourrait en trouver d'ailleurs sur deux exemplaires officiels de coins différents: traitement de la gravure de la Victoire (les ailes en particulier ainsi que son attitude: plus active sur l'imitation car elle écrit sur le bouclier) ou du trophée, présence ou non du bouclier sous celle-ci, taille des captifs.


n° C86



n° C28

Dénomination: Antoninien

Empereur: Caracalla

Avers: ANTONINVS PIVS AVG GERM - Buste radié, drapé et cuirassé vu de l'arrière (C86), buste radié et drapé vu de l'arrière (C28).

Revers: P M TR P XX COS IIII P P // VIC PART - La Victoire assise à droite sur une cuirasse, tenant sur ses genoux un bouclier, sur lequel est inscrit VO XX ; devant elle deux captifs assis sous un trophée.

Atelier (année de frappe): C86: Rome (217) ; C28: atelier indéterminé (après 217)

Références: C86: RSC 648 (125£) - RIC 297d (S) - BMC 199 - Hill 1597 (R3) - BnF 6969-70

Caractéristiques: C86: Argent, 22mm, 4.27g, 12h - Ex: Gorny & Mosch Auction 191 n°2207 ; C28: Bronze, 22mm, 3.36g, 12h - Ex: CGB Rome XVI n°227.

Commentaire:

L'annonce de la victoire sur les Parthes arrive au moment où l'empereur s'apprête à célébrer ses vota XX soluta. Ces voeux sont effectifs l'année suivante, mais comme souvent les célébrations commencent au cours de la vingtième année. Il est certain que si l'empereur avait continué sa carrière un peu plus longtemps, il aurait certainement ajouté le titre de Parthique à sa titulature, ainsi qu'une nouvelle acclamation impériale. Le triomphe est d'ailleurs vu de bon augure pour l'accompagnement naturel de l'anniversaire (Mattingly, BMC). On verra qu'il n'en sera rien, l'empereur étant assassiné peu après cette victoire. On reviendra également lors d'un autre message sur la façon perfide dont Caracalla a vaincu les Parthes. Simplement écoutons juste Hérodien dans son livre IV (§ XXI) mentionner cette victoire: "Après avoir ainsi surpris et égorgé un peuple sans défense, il pénètre bientôt jusqu'au fond du royaume des Parthes; et quand ses soldats sont las de meurtres et de rapines, il retourne en Mésopotamie, et écrit au sénat et au peuple romain qu'il a soumis l'Orient et réduit sous son obéissance tous les rois de ces vastes contrées. Le sénat, quoique instruit de tout (car les actions des princes ne peuvent rester cachées), lui décerne cependant, par crainte et par flatterie, les honneurs du triomphe. Antonin se reposa quelque temps en Mésopotamie de la gloire de son expédition, uniquement occupé à conduire des chars et à tuer des bêtes féroces."

dimanche 16 janvier 2011

La Constitution antonine évoquée sur un denier de Caracalla (Rome, 213)

En 212, afin de faire oublier une histoire familiale tragique (l'assassinat de son frère et de ses partisans) et de détourner ainsi l'attention sur ses crimes, Caracalla fait un acte de générosité sans précédent: il accorde à tous les habitants libres de l'Empire la citoyenneté romaine. Cet acte est officialisé par un texte, l'Edit de Caracalla ou Constitution antonine (constitutio antoniniana de civitate peregrinis danda). Libertas, au revers de notre monnaie fait très certainement référence à cet événement. Comme ce type n'apparait pas avant 213 pour le règne de Caracalla seul, l'édit a très certainement été promulgué vers la fin de 212. Il a certainement complété par ce texte, un processus déjà bien avancé. La citoyenneté avant 212, n'était en effet accordé qu'aux habitants de l'Italie, aux vétérans des troupes auxiliaires (20 ans de service) et aux habitants des provinces aux municipes avec statut de colonie romaine. Le nombre de citoyens dans les provinces avait donc déjà augmenté avant ce nouvel élargissement et cette généralisation. La portée de l'édit est immense dans le domaine du droit, car désormais tout habitant de l'Empire peut faire appel aux règles juridiques du droit romain qui est réservé aux seuls citoyens.
Cependant, pour Dion Cassius, les motivations de Caracalla sont toutes autres, car être citoyen romain ce sont des privilèges mais aussi des devoirs en particulier fiscaux: "c'est pour cela que tous les habitants de l'empire furent, sous apparence d'honneur, mais en réalité pour plus de revenus à l'empereur, attendu que les étrangers étaient exempts de la plupart de ces taxes, déclarés citoyens romains". Pour lui, ce sont donc des raisons fiscales (impôt successoral notamment) qui ont poussé l'empereur à édicter cette loi. En effet, afin de payer des légionnaires plus nombreux (trois nouvelles légions créées par son père) et mieux payés (plusieurs augmentations de la solde depuis 193) il faut trouver de nouvelles ressources en augmentant l'assiette de l'impôt. Une autre raison peut être également que cette uniformisation des statuts des personnes simplifie grandement le travail des administrations permettant de réaliser des économies. Enfin, le texte de l'édit évoque aussi des motivations religieuses avec la multiplication des adorateurs des dieux romains... et de l'empereur. Cette monnaie donne donc à voir à tous les habitants de l'Empire la liberté nouvelle accordée par l'empereur qui espère par cet acte que la gloire rejaillisse sur lui.


n° C69

Dénomination: Denier

Empereur: Caracalla

Avers: ANTONINVS PIVS - AVG BRIT - Tête laurée à droite.

Revers: P M TR P XVI COS IIII P P - La Liberté debout à gauche, tenant un bonnet et un sceptre.

Atelier (année de frappe): Rome (213)

Références: RSC 224 (25£) - RIC 209a (C) - BMC 53-4 - Hill 1358 (C) - BnF 6801-2 et J & M Delepierre 1966

Caractéristiques: Argent, 18mm, 3.2g, 6h - Ex. Frédéric Chapour.

Note: Ce type existe aussi pour une émission plus tardive durant cette même année avec la légende d'avers ANTONINVS PIVS FEL AVG.

Commentaire:

Voici le texte de l'édit traduit par J. Modrzejewski (in Girard & Senn, Les lois des Romains, Naples, 1977, pp. 478-490, n. 21) à partir d'un papyrus acheté en 1902 à Hermoupolis la Grande (Giessen 40):

"[L'Empereur César] Marc Aurèle Sévère Antonin Auguste proclame :
[Il faut donc...], après avoir reçu des pétitions (?) et des [requêtes], [chercher] avant tout comment je pourrai rendre grâces aux dieux [immortels] de m'avoir sauvé par une telle [victoire (?) ...]. Voilà pourquoi j'estime pouvoir accomplir de manière si [magnifique (?) et si pieuse (?)] un acte qui convienne à leur majesté en ralliant [aux cérémonies de leur culte (?)] [les pérégrins], toutes les fois qu'ils viendront se joindre à mes hommes. Je donne donc à tous [les pérégrins qui sont dans] l'Empire le droit de cité romaine, étant entendu [que sont maintenues les cités de toute sorte] excepté celles des déditices. Il se doit en effet que [la multitude... non seulement...] ... tout, mais qu'elle soit dès maintenant associée aussi à la victoire. Et le présent édit augmentera (?) la majesté du [peuple] romain, ...

[L'Empereur César] Marc Aurèle Sévère Antonin Auguste proclame:
[D'une manière générale, c'est à la divinité qu'il faut] avant tout [reporter et] les causes et les raisons (des choses) ; [et moi aussi, comme il se doit], je voudrais rendre grâces aux dieux [immortels] pour m'avoir sauvé d'un tel [complot tramé (contre ma vie)]. Voilà pourquoi j'estime pouvoir accomplir de manière si [magnifique et si digne des dieux] un acte qui convienne à leur majesté, en ralliant [à leur culte, comme Romains], [autant de fois de dizaines de milliers (de fidèles)] qu'il en viendra chaque fois se joindre à mes hommes. Je donne donc à tous [ceux qui habitent] l'Empire le droit de cité romaine, étant entendu [que personne ne se trouvera hors du cadre des cités], excepté les déditices. Il se doit en effet [que la multitude soit non seulement associée] aux charges qui pèsent sur tous, mais qu'elle soit désormais aussi englobée dans la victoire. [Et le présent édit] augmentera la majesté du [peuple] romain : [il est conforme à celle-ci] que d'autres puissent être admis à cette même [dignité que celle dont les Romains bénéficient depuis toujours], alors qu'en étaient exclus... de chaque..."

mardi 4 janvier 2011

Esculape sur un denier de Caracalla (Rome, 215)

Esculape est le dieu de la médecine, l'équivalent du grec Asclepios. Il est le fils d'Apollon et de Coronis et père entre autres d'Hygie et de Télesphore. Avant d'être un dieu mineur du panthéon grec, Asclepios était un médecin, puis un héros. C'est le centaure Chiron qui lui enseigna l'art de la médecine. Il n'était pas seulement invoqué pour des guérisons, mais pour toute aide ou sauvegarde dans de nombreux domaines. Dans le cadre du culte d'Esculape, des serpents étaient gardés en captivité dans les temples, comme celui de l'île Tibérine à Rome. Ce lieu pouvait être comparé à notre Lourdes moderne où une foule nombreuse et pieuse se pressait dans l'espoir d'une guérison rapide. Ces malades étaient logés aux abords du temple sous les portiques.


n° C81

Dénomination: Denier

Empereur: Caracalla

Avers: ANTONINVS PIVS AVG GERM - Tête laurée à droite.

Revers: P M TR P XVIII COS IIII P P - Esculape, debout de face, tête à gauche, tenant de la main droite un bâton debout contre son flanc droit d'où s'enroule un serpent ; son bras gauche restant le long du corps ; sur la droite une sphère est posée au sol.

Atelier (année de frappe): Rome (215)

Références: RSC 302 (30£) - RIC 251 (C) - BMC - Hill 1442 (C) - BnF 6834 - 6834bis - 1970/224 - X.L. 1984/387

Caractéristiques: Argent, 19mm, 3.1g, 6h. - Ex. David Morgan

Note: On peut parfois observer des bandes sécantes sur le globe aux pieds d'Esculape et il existe une variante de ce type sans ce globe.

Commentaire:

Le type d'Esculape, est rare sur les monnaies romaines et doit être mis en lien avec une maladie de l'émetteur. A cause de sa rareté, il ne présente que peu de variations. Le type correspond à la statue du dieu dans son temple de Rome, il semblerait que cette statue corresponde à celle retrouvée sur l'île à la Renaissance et exposée aujourd'hui à Naples.


Statue d'Esculape (Salon du Palais Neuf - Musées Capitolins, Rome)

Esculape est représenté sous la forme d'un dieu barbu, représenté de face, nu jusqu'à la taille, un pan de son vêtement recouvre néanmoins son épaule gauche. Il s'appuie de la main droite sur un bâton d'où s'enroule un serpent. Il peut être parfois accompagné de Télesphore (ce qui est le cas sur un autre denier de Caracalla) et une sphère peut être aussi posée à ses pieds. Cet attribut est emprunté à la Providence et assimile le dieu à cette personnification.

vendredi 5 novembre 2010

Vénus et des captifs sur un antoninien

Tous les antoniniens de Caracalla sont datés par la présence au revers du nombre de puissances tribuniciennes, sauf pour deux types: Vénus debout portant une Victoriola et Vénus debout entre deux captifs portant un casque. Dans les deux cas, elle tient également un sceptre long et s'appuie sur un bouclier. Hill place ces deux monnaies dans une même émission en 216. Ce type est plus rare que celui avec Vénus portant la Victoire (2.37% du total des antoniniens de Caracalla contre 16.58% selon une étude statistique réalisée sur 591 antoniniens pointés). Le trésor de Marcianopolis (Réka-Devnia) qui est le plus gros trésor sur la période en recense 8 contre 33 pour le type plus courant, ce qui représente une proportion plus importante que sur mon comptage. Sans être rare, ce type fait malgré tout partie des antoniniens peu communs. Ce type aurait été précédé un peu plus tôt (en 215 selon Hill), comme la Vénus sans les captifs, d'un type avec la légende au datif: VENERI VICTRICI. Retrouvé à deux exemplaires (sur 176) par Mouchmov dans le trésor de Marcianopolis, il n'a pas été observé dans mon recensement de 591 monnaies (BM, BnF, ventes aux enchères, boutiques sur internet).


n° C54

Dénomination: Antonionien

Empereur: Caracalla

Avers: ANTONINVS PIVS AVG GERM - Buste radié à droite, drapé et cuirassé vu de l'arrière.

Revers: VENVS VICTRIX - Vénus debout à gauche, tenant un casque de la main droite et un sceptre long de la gauche, son coude gauche appuyé sur un bouclier; deux captifs assis de part et d'autre.

Atelier (année de frappe): Rome (216)

Références: RSC 612b var. (65£) - RIC 312c var. (S) - BMC 86 var. - Hill 1521 (R) - BnF 6961

Caractéristiques: Argent, 22mm, 4.89g, 5h. - Ex. Gorny & Mosch Auktion 170 n°2471

Note: Le RSC recense comme le RIC une variante avec un buste cuirassé (RSC 612, RIC 312b) et drapé (RSC 612a, RIC 312a). Sur cet exemplaire, il est drapé et cuirassé comme sur celui du British Museum (BMC 86), mais dans cette collection on voit au revers que le bouclier écrase le captif de droite (RSC 612b, RIC 312c). Il n'y a peut-être pas lieu de distinguer cette variante.

Commentaire:

Les deux captifs sont représentés dans l'attitude de la tristesse et non attachés dans le dos comme on a l'habitude de les voir de part et d'autre d'un trophée par exemple. Ici, le trophée est remplacé par Vénus, mais en compagnie d'éléments composant habituellement ce genre de représentation, un casque et un bouclier. En empruntant les attributs de son mari Mars, dieu de la guerre, la déesse de l'amour s'est transformée en guerrière. Cette monnaie illustre en fait le projet raté de mariage de Caracalla avec la fille du roi des rois parthe et qui se transforme en expédition militaire.

dimanche 17 octobre 2010

Le 15 avril 202: un mariage romain - Deniers de Caracalla et Plautille (Rome, 202)

En 202, lors des fastueuses festivités célébrant les décennales de Septime Sévère et son triomphe parthique, l'empereur organisa aussi le mariage de son fils Antonin Caracalla avec la fille de son meilleur ami et préfet du Prétoire Plautien. Cette union renforçait (provisoirement...) la puissance de cet homme fortuné. Caracalla venait d'avoir 14 ans, mais on ne connait pas l'âge de la future épouse, Plautille, mais on suppose qu'elle était également très jeune.
Dion Cassius parle de l'événement en ces termes: "On célébra aussi les noces d'Antonin, fils de Sévère, et de Plautilla, fille de Plautianus ; la dot donnée par celui-ci était assez forte pour suffire à cinquante filles de rois. Nous la vîmes porter au palais à travers le Forum. On nous fit également un festin qui tenait à la fois et de la magnificence des rois et de la grossièreté des barbares, festin où on nous donna tout ce qu'on a coutume de servir cuit et cru, et même des animaux vivants." Les deux jeunes mariés sont apparentés, car Septime et Plautien sont cousins du côté de la mère de l'empereur. Malgré les voeux de Concorde heureuse et éternelle inscrits sur les revers de ces monnaies, le mariage des deux jeunes princes sera un échec. 
Les deux deniers présentés ici sont classés par Hill dans deux émissions distinctes: tout d'abord une émission spéciale (la deuxième) consacrée au mariage pour Plautille et la 15ème émission qui la suit immédiatement pour Caracalla. Il existe aussi au sein de cette dernière des monnaies similaires pour Plautille mais avec la légende CONCORDIA FELIX.


n°C45


n°P7

Dénomination: Denier

Empereur et impératrice: Caracalla et Plautille

Avers: ANTONINVS - PIVS AVG - Buste drapé et lauré à droite (C45) ; PLAVTILLAE AVGVSTAE - Buste drapé à droite (portrait Pa) (P7). 

Revers: CONCOR-DIA - FELIX (C45) ; CONCORDIAE AETERNAE (P7) - Plautille debout à droite et donnant la main à Caracalla debout à gauche.

Atelier (année de frappe): Rome (202)

Références: C45: RSC 23 (40£) - RIC 124a (S) - BMC S272-3 - Hill 581 (S2) - BnF 6690-1 ; P7: RSC 10 (45£) - RIC 361 (S) - BMC 401-4- Hill 575A (C) - BnF 6996-8 (+1 exemplaire J&M Delepierre 1966)

Caractéristiques: C45: Argent, 19mm, 2.8g, 7h. - Ex. Creusy ; P7: Argent, 17mm, 3.28g, 6h. - Ex. HD Rauch Sommerauktion 2008 n°753

Note: Sur cette monnaie Plautille porte la coiffure chronologiquement la plus ancienne présente sur ses deniers (portrait Pa). La légende au datif est également la première, elle sera remplacée ensuite par la légende au nominatif en même temps que le passage au portrait Pb.

Commentaire:

A. Daguet-Gagey dans sa biographie sur Septime Sévère donne des informations intéressantes sur le déroulement des noces et rend très vivant le récit de celles-ci. Je me permets de retranscrire ici librement son propos. J'invite tous les passionnés par cette période à lire son ouvrage.
Le mariage, comme la plupart des actions des Romains, s'accompagne de rituels et de sacrifices aux dieux. Caracalla et Plautille se rendent ainsi dans la journée avec leurs familles dans un sanctuaire où des animaux (généralement un porc ou une brebis) sont immolés. Une prise d'auspices a lieu afin que l'union ait l'assentiment des divinités consultées. Plautille a revêtu pour l'occasion la traditionnelle tunique sans ourlets, un manteau safran et des sandales de mêmes teintes. Puis, les promis échangent leurs consentements: Ubi tu Antoninus, ego Plautilla que l'on peut traduire par "là où tu seras Antonin, là je serai, moi Plautille". La foule présente sur les lieux clame alors Feliciter! Feliciter! Le festin se déroule ensuite en présence de tout le gratin aristocratique de Rome dont de nombreux sénateurs, ainsi que d'hôtes illustres dont certains venant de loin comme le roi Abgar VIII d'Edesse. Dion Cassius, dans l'extrait cité en introduction, dénonce les comportements de parvenu de l'empereur avec cette profusion et variété de nourriture qui sont très loin de l'antique vertu romaine faite de frugalité, de retenue, de sobriété. Enfin, à la tombée de la nuit,les mariés se rendent en cortège dans leur demeure privée dans une aile réservée du palais impérial sur le Palatin. A l'entrée de la demeure éclairée par une torche d'aubépines tressées, la jeune mariée franchit le seuil sans toucher le sol, portée par des bras amis.


Vestiges de la Domus Severiana (dont il ne reste principalement que l'ensemble thermal), le palais de l'empereur sur le Palatin, commencé par ses prédecesseurs et agrandi par Septime Sévère.

dimanche 26 septembre 2010

Le retour à Rome des deux frères et un gouvernail pris pour une colonne - Denier de Caracalla (Rome, 211)

Cette monnaie s'inscrit dans la courte période du règne conjoint de Caracalla et Géta au cours de l'année 211, leur père mourant le 4 février 211 à York. Le fils cadet de Septime Sévère étant assassiné au tout début de l'année 212, cette période de règne conjoint des deux frères s'étend donc sur une période d'à peine un an. Cette monnaie célèbre le retour de Bretagne des deux frères avec les cendres de leur père.
Voici ce qu'en dit Hérodien: "Les deux frères convinrent donc de partager également les honneurs du rang suprême; ils voulurent quitter la Bretagne et partirent pour Rome, emportant les restes de leur père. Le corps du prince avait été livré aux flammes, et ses cendres avaient été renfermées avec des parfums dans une urne d'albâtre, que ses fils devaient placer à Rome dans le tombeau des empereurs. Ils se mirent à la tête de l'armée, passèrent l'Océan, et débarquèrent en triomphateurs dans les Gaules. [...] Après sa mort, ses jeunes fils partirent en toute hâte pour Rome, accompagnés de leur mère. Pendant la route, la discorde commença de nouveau à se manifester entre eux. Ils logeaient séparément, ne mangeaient jamais ensemble et se défiaient de tous les mets, de tous les breuvages. Chacun d'eux craignait d'être devancé par l'autre et de recevoir un poison des mains de son rival ou de celles d'un agent secret. Cette inquiétude même hâtait leur voyage." 
La monnaie présentée ici représente au revers Fortuna, la Fortune du Retour (FORT RED), celle du voyage sans encombre de l'île de Bretagne à Rome. La suite de l'inscription prolonge la titulature de Caracalla avec son nouveau titre de Pontife suprême (P M), sa quatorzième puissance tribunicienne (TR P XIIII) qui nous permet de dater l'émission de 211 et le titre de Père de la Patrie (P P). Les inscriptions P M et P P nous assurent que cette monnaie date d'après la mort de Septime Sévère, donc du règne conjoint de Caracalla et Géta. On ajoutera enfin que contrairement au temps de leur père, le titre de Père de la Patrie est partagé entre les deux corégnants comme indiqué par l'historien grec, mais que Caracalla en tant qu'aîné s'arroge seul le titre religieux de Pontife suprême qui ne peut être partagé.


n°C76

Dénomination: Denier

Empereur: Caracalla

Avers: ANTONINVS PIVS AVG BRIT - Tête laurée à droite.

Revers: FORT RED P M TR P XIIII COS III P P - Fortuna debout à gauche, tenant une corne d'abondance de la main droite et appuyant son bras gauche sur un gouvernail renversé, une roue à ses pieds.

Atelier (année de frappe): Rome (211)

Références: RSC 84 (30£) - RIC 189corr. (C) - BMC G1-2 - Hill 1273 (S2) - BnF 6715-6

Caractéristiques: Argent, 18mm, 3.13g, 12h. - Ex. Freeman & Sear Mail Bid Sale #17 n°479  - Ex. Collection A. Lynn - Ex. CNG eAuctions 25/02/01 n°61739

Commentaire:

La Fortune porte ici comme sur la statue du Vatican ces attributs traditionnels: corne d'abondance et gouvernail, une roue étant à ses pieds. Cette représentation précise est unique dans le monnayage romain d'Auguste à Emilien (Typenatlas de F. Schmidt-Dick). On remarquera que le gouvernail est ici porté à l'envers: l'axe touche le sol, alors que la partie qui est normalement immergée donc vers le bas, le safran, est vers le haut. L'incongruité de la position du gouvernail a d'ailleurs même entraîné Cohen à y voir une colonne dans son catalogue de 1884. Cette erreur est ensuite reprise par le RIC.


Une représentation classique d'un gouvernail portée par "La Seine" d'A. Coysevox (1706) - (Musée du Louvre - Paris)

Terminons par Hérodien qui racontre l'arrivée triomphale des deux jeunes empereurs à Rome, grâce aux bons soins de la Fortune: "A leur arrivée, le peuple alla à leur rencontre avec des branches de laurier ; le sénat leur présenta ses hommages. Les deux princes, revêtus de la pourpre impériale, ouvraient le cortège; les consuls les suivaient, portant l'urne où reposaient les restes de Sévère. On accourait pour saluer les nouveaux empereurs, et l'on s'inclinait religieusement devant l'urne funéraire. C'est dans cet appareil pompeux qu'ils la déposèrent au temple où sont placés les tombeaux de Marc-Aurèle et de ses prédécesseurs."


Le Château Saint-Ange, mausolée de Marc-Aurèle, de ses prédécesseurs et de Septime Sévère (Rome)

mardi 27 juillet 2010

Le surnom de Caracalla et ses titres sur un denier (Rome, 200)

Caracalla n'est que le surnom (cognomen) du jeune prince, il n'apparait donc pas sur les monnaies. Il s'agit en fait du nom d'un manteau gaulois qu'il affectionnait parait-il beaucoup. Voici ce qu'en dit l'Histoire Auguste: "Quant à son nom de Caracallus, il lui vint d'un type de vêtement qu'il avait fait distribuer au peuple et qui tombait jusqu'aux talons, ce qui ne se faisait pas auparavant. C'est pour cela  qu'aujourd'hui encore on donne le nom d'"antoninien" à ce genre de manteaux - caracalla - très utilisé par la plèbe romaine." Dion Cassius, qui est une source plus sérieuse apporte également son témoignage: "En effet, en Syrie et en Mésopotamie, il fit usage de l'habit et de la chaussure des Celtes. Il imagina une sorte de vêtement d'une coupe barbare, composé de morceaux cousus en forme de lacerne ; il s'en revêtit fréquemment, ce qui lui valut le surnom de Caracallus, et ordonna que les soldats surtout en fussent couverts." Son vrai nom est en fait Bassianus et son nom d'empereur est Antonin donné par son père afin de le rattacher fictivement à la dynastie précédente. Nous allons profiter de ce denier afin de commenter les titres composant la titulature de l'empereur sur cette monnaie. Un commentaire sur le revers interviendra sur un autre message, car il existe aussi sur des deniers avec la légende RECTOR(I) ORBIS.


n°C27

Dénomination: Denier

Empereur: Caracalla

Avers: ANTONINVS - AVGVSTVS - Buste lauré, drapé et cuirassé à droite.

Revers: PONTIF - TR P III - Caracalla (en Sol) nu debout à gauche, le manteau sur l'épaule gauche, tenant un globe de la main droite et une haste renversée de la gauche.

Atelier (année de frappe): Rome (200)

Références: RSC 413 (25£) - RIC 30a (C) - BMC S179-83 - Hill 434 (C4) - BnF 1 exemplaire (sans n°)

Caractéristiques: Argent, 18mm, 3.3g, 12h.

Note: cette monnaie existe aussi avec un buste uniquement drapé.

Commentaire:

Cette monnaie est le seul denier de Caracalla daté explicitement de 200 grâce à la troisième puissance tribunicienne qui se déploie au revers en prolongement de la titulature du droit. La puissance tribunicienne (tribunicia postestas) représentait à l'origine (sous la République) l'autorité et les moyens d'action du tribun de la plèbe, magistrat chargé de représenter cette partie des citoyens. Tous les empereurs depuis le premier, Auguste, se sont fait attribuer ces pouvoirs à vie, car ils sont alors intouchables (sacrosanctus), ont un droit de veto et un pouvoir judiciaire à l'intérieur de la cité, ce qu'ils n'avaient pas avec l'imperium consulaire. Avec l'imperium civil et militaire et la puissance tribunicienne, les empereurs ont alors la toute-puissance.
Depuis 199, la titulature du jeune Caracalla est simplement constituée de son nom, Antoninus, suivi du surnom du premier princeps, Augustus. Ce terme est une sorte de formule de respect presque sacrée. En tout cas, l'adjonction par Octave de ce cognomen a fait passé son détenteur de l'imperium, le pouvoir militaire, à l'auctoritas, l'autorité naturelle qui est généralement associée aux dieux. Cette auctoritas assure la prééminence du prince sur les autres citoyens. Tous les empereurs à la suite d'Octave ont reçu (ou se sont appropriés) ce surnom d'Auguste. C'est lui qui fait véritablement l'empereur. Ainsi une prise de pouvoir par un usurpateur est effective lorsque ce dernier prend le titre d'Auguste, il y en a alors deux: un légitime reconnu par le Sénat et un usurpateur (qui peut devenir ensuite légitime, s'il parvient à éliminer son rival...)  Enfin, la légende de revers fait également mention du pontificat, charge religieuse que Caracalla assume depuis 197, le pontificat suprême étant assuré par son père Septime Sévère.

dimanche 13 juin 2010

L'apparition de Jupiter dans le monnayage de Caracalla en 214

Cette pièce se place au sein de la 6ème émission du règne de Caracalla seul, la toute première de 214. Les émissions qui suivront cette année-là sont des émission spéciales: victoires germaniques et libéralité associée, voeux de santé. Jupiter représente 27% des types datés de 214 au sein du trésor de Marcianopolis (Reka-Devnia en Bulgarie, 1929) qui est le trésor de référence de la période. Cela représente 74 deniers sur 275. Les autres types majoritaires sont Apollon (33%) et le Génie du Sénat (29%). Jupiter fait donc une apparition remarquée et massive dans le monnayage d'argent de Caracalla durant cette année 214 (hormis le type avec la statue de Jupiter dans son écrin en 206 et la légende IOVI SOSPITATORI). Cette arrivée était précédée par un Jupiter Victor sur des aurei en 212. Jupiter ne quittera plus le devant de la scène, c'est-à-dire le revers des monnaies impériales jusqu'à la mort de Caracalla en 217. 


n°C42

Dénomination: Denier

Empereur: Caracalla

Avers: ANTONINVS PIVS AVG GERM - Tête laurée à droite.

Revers: P M TR P XVII - COS IIII P P - Jupiter, nu, excepté un manteau sur l'épaule, debout à gauche, tenant un foudre de la main droite et un long sceptre de la gauche, un aigle à ses pieds.

Atelier (année de frappe): Rome (214)

Références: RSC 239 (25£) - RIC 240 (C) - BMC 94 - Hill 1402 (C) - BnF 6804-5

Caractéristiques: Argent, 19mm, 3.59g, 6h. - Ex. Divus Numismatik

Commentaire:

Jupiter, en tant que dieu des dieux est très souvent pris comme protecteur par les empereurs tout comme les impératrices se placent volontiers sous le patronage de son épouse, Junon. Ce dieu symbolise le pouvoir suprême désormais aux mains de Caracalla.Ce pouvoir sur le monde est symbolisé par l'attribut principal de Jupiter: le foudre. Il est ainsi dénommé Iuppiter fulgurator. Ce foudre (au masculin), qui représente l'élément métérologique foudre (au féminin) crainte des hommes, est généralement représenté sous la forme d'un faisceau de flèches enflammées et zigzagantes.
La statue ci-dessous représente Jupiter brandissant un foudre. Cependant, le bras droit a été rajouté sur cette statue du milieu du IIè siècle ap. J.-C., peut-être à l'origine d'Asclépios, par le sculpteur Granier vers 1686.


Statue du Jupiter de Smyrne (Musée du Louvre, salle du Manège - Paris)

dimanche 30 mai 2010

Les Quatre Saisons sur un denier de Caracalla (Rome, 206)

Les Quatre Saisons sont un type plutôt rare dans le monnayage romain. Hill regroupe en 206 de nombreuses monnaies rarissimes au sein d'une même émission spéciale consacrée à la célébration prochaine des quinze ans de règne de Septime Sévère. Les premières représentations monétaires des Saisons apparaissent sous Hadrien. Sévère et ses fils utilisent à nouveau l'iconographie antonine à des fins de propagande. D'autres empereurs du IIIème ou IVème siècle reprendront ces images des Saisons.


n° C72

Dénomination: Denier

Empereur: Caracalla

Avers: ANTONINVS - PIVS AVG - Tête laurée à droite.

Revers: FELICIA // TEMPORA - Les Quatres Saisons représentées par quatre enfants jouant.

Atelier (année de frappe): Rome (206)

Références: RSC 59 (350£) - RIC 153 (R3) - BMC S505 - Hill 792 (R4) - BnF 6699

Caractéristiques: Argent, 19mm, 3.65g, 12h. - Ex. Helios Auction 5 n°554 - Ex. Coll. A. Lynn

Note: Cette monnaie fait partie des monnaies les plus rares du monnayage de Caracalla, Cohen la cotait déjà 80f or à la fin du XIXème siècle. Cependant, pour Géta le type semble encore plus rare et devrait également exister pour Septime Sévère (mais non répertorié). Signalons enfin, un exemplaire à la BnF avec un buste drapé.

Commentaire:

Les premières représentations des saisons sont féminines (les "Heures" grecques), puis se masculinise sous l'empire romain. Les Quatre Saisons est un thème qui fait référence à l'âge d'or et qui est souligné par la légende FELICIA TEMPORA, les "Temps heureux". En apportant la paix à l'Empire, Sévère a ouvert un nouvel âge d'or comme avant lui la République mettant fin au pouvoir des rois ou Auguste établissant un nouveau régime sur les décombres de la guerre civile des derniers temps de la République. Il existe une autre représentation des Saisons chez les Sévères sur des monnaies de Julia Domna représentant la Terre allongée. Dans l'Art classique, les représentations des Quatre Saisons par de jeunes enfants jouant sont souvent assimilées à des divinités adultes: Flore pour le printemps, Cérès pour l'été, Bacchus ou Pomone pour l'automne et Saturne pour l'hiver.
Sur notre monnaie ou comme ici sur ce solidus de Constantin II, les Saisons se succèdent à la manière d'une ronde enfantine.

Revers d'un solidus de Constantin II (Vente HD Rauch)

Un attribut permet de reconnaitre chaque saison. Trois des enfants sont nus, seul l'Hiver est habillé. Le Printemps, saison des fleurs, tient à bout de bras une corbeille de fleurs. L'Eté, saison des moissons est symbolisé par la faucille que tient le personnage au-dessus de sa tête. 

L'été (détail du denier de Caracalla)

L'Automne est la saison des vendanges et des fruits comme ceux présents dans la main du troisième enfant. Enfin l'Hiver, la saison froide et de la chasse, est symbolisé par un personnage portant tunique et capuche. Il tient dans la main gauche, par les pattes avants, un lapin et une branche sur son épaule droite où est accroché un canard.

L'Hiver (détail du denier de Caracalla)

samedi 6 mars 2010

La Concorde sur des deniers de Caracalla et un changement de titulature (Rome, 210)

La campagne britannique bat son plein lorsque les trois Augustes se proclamment BRITANNICVS, vainqueurs des Britanniques. Ce titre accordé en 210, intervient au moment d'une deuxième expédition montée par les empereurs depuis leur quartier-général d'Eburacum (York). On ne connait pas trop les résultats de ces opérations militaires, mais on pense que les succès ont dû être très limités. Le titre est donc plutôt le résultat de la campagne de 209 qui s'est soldée par la soumission des Calédoniens et des Méates et la signature d'un traité de paix. Sur ces deux deniers de Caracalla datés de sa treizième puissance tribunicienne (année 210) on observe un changement de titulature. Sur le premier (deuxième émission du règne conjoint des trois Augustes et placé en début d'année par Hill), il porte encore la légende ANTONINVS PIVS AVG utilisée depuis 201. Sur le second, il lui est adjoint le titre de BRITANNICVS abrégé en BRIT. Cette monnaie est selon Hill de la troisième émission, placée en fin d'année par le chercheur anglais. Ces deux émissions, entrecoupées d'émissions spéciales consacrées aux victoires sur les Bretons, partagent les mêmes types (pour les deniers Concorde et Virtus pour Caracalla, Felicitas et Genius pour Géta, Jupiter, Neptune et Salus pour Septime Sévère), mais avec l'emploi du nouveau titre sur les légendes d'avers des trois Augustes. 


n°C16


n°C63

Dénomination: Denier

Empereur: Caracalla

Avers: ANTONINVS - PIVS AVG (C16) ; ANTONINVS PIVS - AVG BRIT (C63) - Tête laurée à droite.

Revers: PONTIF TR P - XIII - COS III - Concordia assise à gauche sur un trône, tenant une patère de la main droite et une double corne d'abondance de la gauche.

Atelier (année de frappe): Rome (210)

Références: C16: RSC 484 (25£) - RIC 116a (C) - BMC SG 29-31 - Hill 1082 (S) - BnF 6906-X.L.1984/381 ; C63: RSC 483 (25£) - RIC 116b (C) - BMC SG34-6 - Hill 1151 (S) - BnF 6904-5

Caractéristiques: C16: Argent, 18 mm, 2.9 g, 12 h ; C63: Argent, 19 mm, 2.9 g, 6 h. - Ex. Rol Rolls Monnaies

Note: la Concorde porte sur ces deniers une double corne d'abondance.

Commentaire:

En 210, trois Augustes règnent sur Rome, on retrouve donc sur les monnaies de Caracalla comme durant le règne conjoint de Marc-Aurèle et Lucius Verus la Concorde qui est sensée règner entre les différents empereurs. Un rare denier de Géta possède au revers une représentation des deux frères se serrant la main. Cette bonne entente symbolisée sur nos deux deniers par l'allégorie du revers est un euphémisme lorsqu'on sait la haine que se vouaient les deux frères, Caracalla assassinant finalement son jeune frère dans les bras de sa mère. On remarquera au droit une troublante ressemblance entre le portrait de Caracalla et celui de Géta à la même période.

Portrait de Géta sur un denier de 210.

samedi 6 février 2010

Pileus et vindicta: les attributs de la Liberté - Denier de Caracalla (Rome, 209)

La déesse au revers de ce denier est Libertas. Elle a été très utilisée sous la République et représentée sous deux formes: une femme tête nue, image de la Liberté romaine et une femme avec un voile et un diadème. Dans ce cas, il s'agit alors de la déesse Libertas dont le temple était sur l'Aventin à côté de celui de Iuno Regina. Sous l'Empire, comme généralement avec les divinités ou les allégories, Libertas est en pied au revers des monnaies, seuls les empereurs ou les membres de leur famille ayant droit à un portrait. On peut remarquer que ce type est souvent frappé conjointement avec Liberalitas, ce qui est le cas pour cette 29ème émission du règne conjoint de Septime Sévère et Caracalla. Il s'agit ici de la sixième libéralité. Libertas a particulièrement été utilisée par Galba, ce qui n'est pas surprenant car après le règne de Néron le peuple croyait que la République allait être restaurée: d'après le témoignage de Suétone, les Romains couraient dans les rues coiffés du bonnet de la Liberté. Nous allons revenir sur ses attributs.


n° C12

Dénomination: Denier

Empereur: Caracalla

Avers: ANTONINVS - PIVS AVG - Tête laurée à droite.

Revers: LIBER-TAS AVG - La Liberté debout à gauche, tenant un bonnet (pileus) et un sceptre (vindicta).

Atelier (année de frappe): Rome (209)

Références: RSC 143 (25£) - RIC 161 (C) - BMC S511-2 - Hill 1027 (S) - BnF 6743-6

Caractéristiques: Argent, 18mm, 2.72g, 12h.

Commentaire:

Les attributs portés par la déesse évoquent la liberté des esclaves au moment de leur affranchissement (manumissio). Elle tient en effet dans la main droite le pileus, le bonnet de laine des esclaves affranchis. Ce symbole très fort orne le revers d'une des monnaies romaines les plus célèbres: celle de Brutus commémorant la "libération" qu'a été l'assassinat de César. Le bonnet est entouré de deux poignards et à l'exergue l'inscription EID MAR rappelle la date de cet événement: les ides de mars. On le trouve aussi sur un quadrans, la plus petite dénomination du système monétaire d'Auguste, frappé par Caligula afin de célébrer la réduction d'un impôt particulièrement impopulaire.


De la main gauche Libertas tient la vindicta, une baguette servant lors de la cérémonie d'affranchissement. Cela se passait devant un magistrat qui demandait au maître les raisons qui le poussait à libérer son esclave. Pendant que le maître tenait son esclave, le licteur du magistrat plaçait la baguette sur la tête de l'esclave tout en prononçant les formules d'usage. Ainsi le droit romain envisage la possibilité d'une ascension sociale même pour ceux qui ne sont considérés que comme des objets. Cependant, l'affranchi (libertus) a des obligations envers son ancien maître qui devient son patron, ses enfants par contre en seront exemptés. Les affranchis exercent aussi bien des activités d'esclaves (professeur, médecin, acteur) que d'hommes libres (commerçant, artisan, banquier). Quelques-uns deviennent très riches et acquièrent un pouvoir important.
On lira avec intérêt l'article en deux parties de F. Da Silva dans "Numismatique et Change" de décembre 2004 et janvier 2005, repris ici: La Liberté sur les monnaies romaines.

samedi 16 janvier 2010

Un lion fantastique sur un antoninien de Caracalla (Rome, 216)

On retrouve de temps en temps des animaux sur le monnayage romain. Je pense aux monnaies de consécration avec l'aigle de Jupiter ou le paon de Junon. Deux remarquables séries du IIIè siècle ont mis les animaux à l'honneur sur les monnaies: Philippe pour le millénaire de Rome en 248 et Gallien avec les emblèmes des légions. Autant pour Philippe les animaux sauvages présentés sont réels car exhibés durant les festivités et chassés dans les arènes des amphithéâtres, autant pour les légions bêtes réelles et imaginaires cohabitent. Sur cet antoninien de Caracalla apparaît un animal réel, un lion, mais aussi fantastique, car doté d'attributs divins.


n°C58

Dénomination: Antoninien

Empereur: Caracalla

Avers: ANTONINVS PIVS AVG GERM - Buste radié, drapé vu de l'arrière.

Revers: P M TR P XVIIII COS IIII P P - Lion radié passant à gauche, tenant un foudre dans sa gueule.

Atelier (année de frappe): Rome (216)

Références: RSC 368 (90£) - RIC 283b (R) - BMC 177note - Hill 1548 (R4) - BnF 6859

Caractéristiques: Argent, 21 mm, 4.83 g, 12 h. - Ex. HD Rauch New York Sale 2009 n°133

Note: Ce type sera repris plus tard par Philippe, Gallien ou Probus.

Commentaire:

Ce mystérieux lion apparaît sur les monnaies des dernières années de règne de Caracalla. Il cumule plusieurs attributs: tout d'abord il est souvent associé à Hercule (lion de Némée), ensuite il porte dans sa gueule un foudre symbole de Jupiter. Enfin, le lion est radié comme le Soleil et fait écho au portrait radié de l'empereur au droit. Sol prend à cette époque dans le panthéon romain une importance de plus en plus grande, jusqu'à culminer sous Aurélien. Caracalla associe d'ailleurs sa mère au sein d'une dualité masculine/féminine avec les représentations du Soleil et de la Lune. L'empereur sera d'ailleurs assassiné l'année suivant l'émission de cette monnaie en se rendant au temple de la Lune à Carrhae. Durant les trois dernières années de son règne (215-217), le Soleil occupe une place importante dans le monnayage (autour d'un tiers des monnaies retrouvées dans le trésor de Marcianopolis pour ces années).
Le lion symbolise aussi le pouvoir de l'empereur, pouvoir qu'il tient de Jupiter (le foudre). Il est donc une représentation symbolique de l'empereur et de sa puissance.
Enfin, ce type apparait au moment de la campagne Parthique et certaines unités légionnaires ou prétoriennes ont le lion comme emblème.
Au sujet de cette campagne, l'Histoire Auguste (ch. V de la vie d'Antonin Caracalla) raconte qu' il "faut dire en son honneur qu’il ne permit point, comme l’avait fait Commode, qu’on lui donnât des noms de divinités, quoiqu’on voulût l’appeler Hercule, parce qu’il avait tué de sa main un lion et d’autres animaux féroces". Plus on loin il est écrit: "il tint souvent tête à des sangliers, et même un jour il combattit un lion: à ce sujet il écrivit à ses amis des lettres où il s’en faisait gloire, et se vantait d’avoir égalé la valeur d’Hercule."

mercredi 30 décembre 2009

Le départ de l'empereur pour la Bretagne - Denier de Caracalla (Rome, 208)

Ce denier commémore le départ en 208 des trois empereurs pour l'île de Bretagne. Septime Sévère et ses deux fils ne sont pas les premiers à se rendre en Britannia. Outre Jules César qui a débarqué à deux reprises en -55 et -54, c'est Claude qui a conquis l'île de 43 à 47 et en a fait une province romaine. 
Hérodien nous relate le départ des trois Césars en ces mots: "Pendant que Sévère voyait avec indignation la conduite de ses fils et leurs goûts pour de frivoles plaisirs, il reçut une dépêche du gouvernement de la Bretagne, qui lui annonçait que les Barbares s'étaient soulevés, et que dans leurs incursions ils pillaient et dévastaient tout le pays. Le gouverneur demandait un secours de troupes ou même la présence de l'empereur. Sévère reçut cette nouvelle avec plaisir : il aimait avec passion la gloire; après avoir obtenu dans l'Orient et dans le Nord des victoires éclatantes et de glorieux surnoms, il désirait pouvoir élever de nouveaux trophées jusque chez les Bretons. Il voulait en outre éloigner de Rome ses fils, pour les habituer, loin du luxe et des plaisirs de la capitale, à la vie sobre et pénible des camps. Il décréta donc une expédition contre la Bretagne, et voulut la diriger, malgré son grand âge et la goutte qui le tourmentait. Mais il avait encore plus de fermeté d'âme qu'aucun des plus jeunes Romains. Il se mit en route, se faisant presque toujours porter en litière, pressant sa marche et s'arrêtant le moins possible. Ses fils l'accompagnaient : il traversa l'Océan et débarqua en Bretagne, avant qu'on y sût son départ, ou qu'à Rome on pût espérer son arrivée. Il rassembla de toutes parts des troupes, forma une armée nombreuse et se prépara vigoureusement à la guerre." (Livre III, Chapitre XLVI, Trad. L. Halévy).



n°C9

Dénomination: Denier

Empereur: Caracalla

Avers: ANTONINVS - PIVS AVG - Tête laurée à droite.

Revers: PONTIF TR P XI COS III // PROF - Caracalla en habit militaire à cheval à droite ; devant lui, un captif à terre.

Atelier (année de frappe): Rome (208)

Références: RSC 510 (40£) - RIC 108 (S) - BMC S574-5 - Hill 983 (S)

Caractéristiques: Argent, 20 mm, 3.45 g, 6 h.

Note: Sur ce denier, la titulature de l'empereur s'expose sur le revers, mais c'est en exergue que l'iconographie est explicitée: PROF pour profectio, le départ. Il existe une variante sans le captif sous le sabot du cheval. De plus, un autre type existe où l'empereur à cheval est précédé d'un soldat.

Commentaire:

Outre la description habituelle d'une scène de profectio, on notera que l'empereur s'en va déjà victorieux. En effet, un captif minuscule face à la majesté du jeune Auguste cavalier se trouve agenouillé sous le sabot de la patte antérieure. Au terme de cette expédition, la province de Bretagne sera divisée en deux, mais la mort de Sévère obligera Caracalla et Géta à rentrer précipitamment à Rome.

samedi 28 novembre 2009

Une représentation inspirée de la statuaire archaïque grecque - Denier de Caracalla (Laodicée, 199)

C'est Claude, le quatrième empereur, qui introduit la personnification de l'Espérance sur les monnaies. Elle est représentée tenant une fleur et relevant le pan de sa robe. La fleur symbolise l'espérance du fruit à venir et c'est pourquoi elle apparaît souvent sur les monnaies des Césars, les héritiers dont le règne à venir est plein d'espoir. Ce qui est remarquable, c'est que sa représentation, abondante dans le monnayage romain, reste cohérente durant trois siècles. Elle est figée dans une attitude archaïque et reprend le type de la statuaire grecque de la Corè. Un temple devait lui être dédié à Rome vers le "marché aux légumes", le forum olitorium.



n°C37

Dénomination: Denier

Empereur: Caracalla

Avers: IMP CAE M AVR ANT AVG P TR P II - Buste lauré, drapé à droite.

Revers: SPES PV-BLICA - Spes marchant à gauche, tenant une fleur de la main droite et relevant sa robe de la gauche.

Atelier (année de frappe): Laodicée (199)

Références: RSC 600 (25£) - RIC 341a (S) - BMC 697-8

Caractéristiques: Argent, 17 mm, 3.46 g, 12 h.

Note: La légende d'avers n'est active qu'en 199, car elle fait référence à la deuxième puissance tribunicienne. Ce type existe avec d'autres légendes d'avers datée (198) ou non datée (198-199) à Rome et Laodicée. 



Commentaire:

Le jeune Prince, il a autour de 10 ans, est ici désigné comme l'espoir de l'Empire. Il est depuis peu Auguste, donc théoriquement co-dirige ces immenses territoires avec son père. Il est donc tout naturel, qu'au commencement du règne de Caracalla, des monnaies à l'effigie de l'Espérance soient frappées. En réalité, c'est bien sûr Septime Sévère qui assure le pouvoir, mais il a voulu très tôt associé ses enfants afin de bâtir une nouvelle dynastie à l'image des Antonins.
La représentation du revers fait immanquablement penser à certaines statues archaïques grecques, sytèles funéraires ou statuettes en argile.


Corè corinthienne, fin du VIè siècle avant J.-C. - (Musée du Louvre - Paris) Copyright Musée du Louvre



Fragment de stèle dit "l'exaltation de la fleur", vers 470-460 av.J.-C. (Musée du Louvre - Paris)

jeudi 12 novembre 2009

Un Mars pacifique sur un denier de Caracalla (Rome, 205)

Mars peut revêtir différentes formes en fonction de son attitude et de ses attributs: vengeur, victorieux ou protecteur (par les armes). Le sens est parfois accentué par l'épithète de la légende. Nous avons ici un dieu pacificateur, ce qui est plutôt étonnant si on connait les histoires de la mythologie impliquant Mars. En fait sur le monnayage et dans la religion romaine, la personnalité du dieu est parfois éloignée des histoires légendaires.
Regardons de plus près ce revers. La guerre est terminée, le dieu a le pied sur le casque de l'ennemi vaincu et la haste, cette longue lance, est ici renversée. Ainsi, elle n'a pas une attitude agressive et Mars a donc apporté la paix par la guerre. On pourrait illustrer cette symbolique en retournant le célèbre proverbe latin si vis pacem para bellum, "si tu veux la paix prépare-toi à la guerre": c'est par ce qu'il y a eu la guerre que maintenant il y a la paix. Enfin, le rameau que tient Mars à la main est un des symboles de la personnification de la paix: Pax.


n°C34

Dénomination: Denier

Empereur: Caracalla

Avers: ANTONINVS - PIVS AVG - Buste lauré, drapé à droite.

Revers: PONTIF TR P - VIII COS II - Mars nu, l'épaule gauche couverte d'un manteau, debout à gauche, posant le pied sur un casque, et tenant un rameau de la main droite et une haste renversée de la gauche.

Atelier (année de frappe): Rome (205)

Références: RSC 420a (25£) - RIC 80b (C) - BMC S481 - Hill 729 (C2) - BnF 6875

Caractéristiques: Argent, 18 mm, 3.43 g, 12 h.

Note: Le portrait de Caracalla n'est plus tout à fait enfantin, en 205 c'est un jeune homme de 17 ans. 

Commentaire:

A Rome, le principal temple dédié à Mars était le temple de Mars Ultor dédié en 2 av. J.-C. par Auguste en commémoration de la bataille de Philippes. Situé sur le forum du premier empereur, il avait huit colonnes corinthiennes en façade, mais il n'en reste plus que trois complètes, hautes de 17.70m, sur le côté droit. Dans la cella, la statue de Mars était conservée avec celles de Vénus et du Divin César. Ce temple est donc très liée à la famille julio-claudienne, Vénus étant son ancêtre légendaire. Il faut mentionner également que le temple du dieu guerrier conservait aussi une relique: l'épée de César ainsi que des enseignes prises aux ennemis. Enfin, les jeunes hommes de la famille impériale y recevait la toge virile, entièrement blanche après avoir porté durant leur enfance la toge prétexte qui est aussi celle des magistrats et qui est ornée d'une bande de pourpre. Ce rite de passage intervenait après 16 ans et donc Caracalla, représenté sur ce denier, devait l'avoir revêtue peu de temps avant la frappe de ce denier.



Podium du temple de Mars Ultor - Forum d'Auguste (Rome)




Colonnes du côté droit du temple de Mars Ultor - Forum d'Auguste (Rome)

samedi 17 octobre 2009

Le décompte des Libéralités pour Caracalla (Rome, 211)

Les largesses de l'empereur envers le peuple étaient enregistrées sur le monnayage à travers le type de la Libéralité en tant que personnification seule ou sur des scènes plus complexes de distribution avec plusieurs personnages. Les Libéralités étaient numérotées. En 211, sous le règne conjoint de Caracalla et Géta, une sixième Libéralité est consignée. Les premières largesses de Caracalla en tant qu'Auguste apparaissent alors qu'enfant il règne conjointement avec son père, mais ne sont pas forcément enregistrées sur le monnayage. Et lorsqu'elles sont mentionnées, c'est avec la numérotation de son père! Ainsi en 209, une sixième libéralité avec la légende LIBERALITAS AVGG VI (en réalité la cinquème pour Caracalla) est émise. Deux ans plus tard, Septime Sévère est mort et à l'occasion des victoires passées en Bretagne une distribution a nouveau lieu, elle est alors commémorée sur les monnaies avec la légende LIBERALITAS AVG VI. Outre le fait que Caracalla aient à deux ans d'écart à nouveau une sixième Libéralité, on peut s'étonner que Géta ne soit pas mentionné en tant qu'Auguste. En fait, uniquement sur les monnaies où apparaissent des scènes de distribution (donc avec les deux Augustes) on voit la marque du pluriel: LIB ou LIBERALITAS AVGG VI ET V. Ici la sixième Libéralité ne concerne que Caracalla, d'où le singulier AVG. Dans cette même émission, Géta utilise le même type que son frère mais avec la légende LIBERALITAS AVG V. Notons enfin que Caracalla est avec Commode le "recordman" du nombre de libéralités (huit).



n° C19

Dénomination: Denier

Empereur: Caracalla

Avers: ANTIONINVS PIVS - AVG BRIT - Tête laurée à droite.

Revers: LIBERA-LI-TAS AVG VI - La Libéralité debout à gauche, tenant une tessère et une corne d'abondance.

Atelier (année de frappe): Rome (211)

Références: RSC 129 (30£) - RIC 216 (S) - BMC SG76A-77 - Hill 1293 (S) - BnF 6740-1.

Caractéristiques: Argent, 18 mm, 2.7 g, 12 h.

Note: On observera à l'avers des inscriptions à l'encre noire (des "3") qui sont certainement des marques d'inventaires faites par des marchands ou collectionneurs au XIXème ou XXème siècle.

Commentaire:

La Libéralité qui doit être une des qualités principales du Prince apparait très souvent dans le monnayage romain afin d'attester des événements où la générosité de l'empereur envers le peuple s'est manifestée. Cela se traduisait par des distributions principalement d'argent et de nourriture (Congiarium). Ce terme vient de l'expression "congios oléo pleno", car on distribuait à l'origine des récipients remplis d'huile.
La Libéralité est personnifiée par une femme tenant à la main une tessère ou un abaque. Cet instrument sert de table de calcul et est utilisé pour compter ce qui est donné lors des distributions. On le voit clairement sur le relief ci-dessous. De l'autre main, elle tient une corne d'abondance afin de rassurer le peuple sur l'ampleur des réserves de nourriture des greniers publics.



Scène de distribution sur l'arc de Constantin (Rome)

lundi 14 septembre 2009

Un même type sur un denier et un antoninien: Sol au fouet (Rome, 217)

Dans sa monographie consacrée au monnayage de la famille de Septime Sévère à l'atelier de Rome, P. V. Hill applique la théorie des cycles développée par R. A. G. Carson dans le volume VI du catalogue du British Museum. Un même type est frappé par officine pour tous les métaux confondus dans un ordre bien déterminé. Par exemple, on frappait d'abord l'or avec le type 1 dans l'officine 1, le type 2 dans l'officine 2, etc. puis les deniers d'argent avec le type 1 dans l'officine 1 et ainsi de suite.
Les deux monnaies présentées ici montrent le même type de revers daté de la XXè puissance tribunicienne (217) avec Sol debout tenant un fouet. Elles ont été frappées lors de la dixième et avant-dernière émission de Caracalla.


n°C48


n°C23

Dénomination: C48: Denier ; C23: Antoninien

Empereur: Caracalla

Avers: ANTONINVS PIVS AVG GERM - Tête laurée à droite pour C48 et buste radié à droite, drapé et cuirassé, vu de l'arrière pour C23.

Revers: P M TR P XX COS IIII P P - Sol, radié, debout à moitié à gauche, levant la main droite et tenant un fouet dans la main gauche.
Atelier (année de frappe): Rome (217)

Références: C48: RSC 389 (25£) - RIC 293d (C) - BMC 194 - Hill 1587 (R) - BnF 6868; C23: RSC 390a (65£) - RIC 293f (S) - BMC 191 - Hill 1581 (R).

Caractéristiques: C48: Argent, 19mm, 3.2 g, 12h - Ex. Platt ; C23: Argent, 21mm, 4.88g, 12h. - Ex. CGB

Commentaire:

L'année 217, dernière année de règne de Caracalla, a vu un changement dans la continuité des types émis. Outre de nouveaux revers célébrant les victoires parthiques, les anciens types apparus avec les premiers antoniniens en 215 et maintenus en 216 sont prolongés en 217, mais avec de légères variantes: lion radié bondissant au lieu d'être passant, Sérapis tenant une couronne à la place de la main levée ou Jupiter tenant son foudre vers le haut au lieu du bas. Le Soleil avait un globe sur les premières émissions d'antoniniens. En 217, cet attribut est remplacé par le fouet de l'aurige, symbole de la conduite du char du soleil et signe d'invincibilité. Si vous êtes intéressés par ce type monétaire, je vous invite fortement à visiter l'excellent site de l'Helvien sur la figure du Soleil sur les monnaies romaines: http://soleilmonnaies.free.fr/mapage1/index.html

samedi 29 août 2009

Une légende originale: SEVERI PII AVG FIL (Rome, 199)

La légende de revers rappelle que le jeune empereur Caracalla (il est Auguste depuis l'année précédente) est le "fils de Sévère Pieux et Auguste". Encore une fois, on a affaire ici au message politique de Septime Sévère qui instaure une nouvelle dynastie et privilégie les liens du sang à l'adoption du meilleur candidat à la conduite de l'Empire. Il se rattache donc plutôt à Marc Aurèle qu'aux premiers Antonins.


n°C51

Dénomination: Denier

Empereur: Caracalla

Avers: ANTONINVS - AVGVSTVS - Buste drapé et cuirassé à droite.

Revers: SEVERI - PII - AVG FIL - Caracalla en habit militaire debout à gauche, tenant une Victoriola sur un globe de la main droite et une haste de la gauche; à ses pieds un captif assis à gauche dans l'attitude de la tristesse.

Atelier (année de frappe): Rome (199)

Références: RSC 590 (30£) - RIC 45 (C) - BMC S172-3 - Hill 413 (S)

Caractéristiques: Argent, 3.64 g, 19 mm, 12 h. - Ex. FAC

Commentaire:

L'habit militaire est composé de caligae, les chaussures à clous, d'une tunique et parfois comme on le voit sur la monnaie, de vêtements à franges, les cirratae militares ou castrenses. Le ceinturon fait généralement la fierté du soldat, car il est interdit aux civils. Sur le haut du corps l'empereur porte une cuirasse qui est généralement décorée (Gorgone, griffons, etc.) comme on peut le voir sur les statues impériales. Enfin, on distingue le paludamentum, le manteau du général qui pend dans le dos.


Détail d'un vêtement militaire sur une statue de Marc Aurèle - Musée du Louvre (Paris)
Le captif devant Caracalla est assis, les mains certainement liées, dans une attitude de tristesse et de soumission, il a été vaincu par l'empereur et la différence de taille entre les deux personnages est éloquente. Ce prisonnier est un archétype du barbare: il porte un bonnet phrygien comme les statues de Daces de l'époque de Trajan et des vêtements très éloignés de ceux des Romains. On retrouve ces personnages sur de nombreuses monnaies en particulier au pied de trophées. Il s'agit ici d'une référence à la victoire sur les Parthes.


Captif assis - Musée du Louvre (Paris)